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Archive for the ‘Histoire de la Réformation’ Category

Consultez le site de Chalcedon Foundation pour les références bibliographiques.

Femme plaidant à Genève

Calvin’s Geneva came to be known as « the paradise of women. » There were good reasons for this. Calvin was strongly protective of « women’s rights. » Under his guidance, church consistories went after wife abusers. They prosecuted guardians who had misappropriated trust funds of widows and orphans. Deserted wives were protected, and so on. Prestwich has referred to « the attraction of Calvinism for women  in that area.

In that era, and for centuries before, powerful and prosperous elderly men and women contracted marriages with very young women and men. The families of the young complied with these arrangements for their personal advantages. Calvin felt strongly that such marriages should not be allowed. In January, 1557, the Consistory dissolved a marriage between a woman of « more than 70 » with a man of 27 or 28. Rules were published to protect both men and women in marriage. To avoid deception, many rules were established. Thus, « strangers coming from a distant country » could not be permitted to marry in Geneva until a careful investigation of their past and their family were made. (Hughes, p. 75.) A woman persecuted for her faith could legitimately leave her husband.

[…] What is clear is that Calvinist Geneva was seen in its day as « the paradise of women » because of the receptivity of Calvin and others to their plight and their need for justice. There was a reason for this attitude. It was the revival of the Old Testament as an inseparable part of the Bible […].

Because the Old Testament solidly links holiness with the law, and the law is concerned with everyday life, the result was what Henri Hauser called the « secularization of holiness, » i.e., holiness was made a matter of everyday life for all believers. Holiness now was the pursuit of all Christians. It was, in Luthy’s words, an « insistence on saintly life as the duty of every believer. » […]

We have a remarkable fact here in Calvin’s reformation of Geneva. It was a city rightly called in its day « the paradise of women. » This is an aspect of the Reformation which has been given insufficient attention. The reason is that these reforms in civil and church law which made Geneva so remarkable in its day are now associated with patriarchalism, and patriarchy is a hated word to the feminists in both skirts and trousers. It suggests visions of male oppression, domination and rule. It has become a symbol of past and present evils.

The significant fact, however, is that patriarchalism was not male-centered but faith-[governed] and family-governed. Modern men in the atomistic family often have more power, if they choose to exercise it, than did patriarchal man. The reason was a very clear one: patriarchal man was a trustee from the past to the future. In I Kings 21, we see that Naboth did not feel that he had the right to sell the family land no matter how much money King Ahab offered. The land was not his except as a trust from his forefathers to the generations yet unborn. […]

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Compléments :

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Scène tirée du film long-métrage Cromwell (1970).

Fichier alternatif.

Un siècle plus tard, cet événement était encore célébré par les chrétiens réformés, comme en fait foi cette page couverture d’un sermon publié à l’anniversaire du centenaire (en 1749) de l’exécution moralement louable du prétendu « roi » Charles Ier d’Angleterre (cliquez sur l’image pour accéder au texte)…

Mayhew Discourse

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Cet article est une présentation historique du Catéchisme de Heidelberg (1563), l’un des textes confessionnels les plus importants du protestantisme.

Le Palatinat du Rhin

Dominant les berges de la rivière Neckar, la ville de Heidelberg en Allemagne était autrefois la capitale d’un vaste territoire connu sous le nom de Palatinat du Rhin, Palatinat rhénan ou Bas-Palatinat (à ne pas confondre avec le Haut-Palatinat ayant pour chef-lieu Ratisbonne, qui forme aujourd’hui un district du Land de Bavière, d’où son autre nom de Palatinat bavarois). Le Palatinat rhénan et les régions avoisinantes au nord constituaient l’un des territoires les plus importants du Saint-Empire romain germanique.

Le Gouverneur du Palatinat, également appelé Comte ou plus communément Électeur, était l’un des sept Électeurs ayant la responsabilité de choisir le nouvel Empereur le temps venu. De plus, l’Électeur du Palatinat exerçait les fonctions d’Empereur intérimaire (ou curateur/régent) lors du décès de l’Empereur ou d’autres circonstances exceptionnelles.

Il va donc sans dire que la ville de Heidelberg n’était pas seulement une ville importante à l’intérieur du Palatinat, mais que, compte tenu des responsabilités considérables de son Électeur à l’intérieur du Saint-Empire romain germanique, l’étendue de son influence dépassait largement celle de sa taille. De toute évidence, le Catéchisme de Heidelberg est né dans une ville tout aussi importante qu’attrayante.

La Réforme religieuse au Palatinat

Bien que le Catéchisme de Heidelberg ait été écrit seulement en 1563, une Réforme spirituelle était déjà en cours dans le Palatinat depuis plusieurs années avant cette date. En fait, le mouvement qui avait débuté lorsque Martin Luther avait affiché ses Quatre-vingt-quinze thèses sur la porte de l’Église de Wittenberg, le 31 octobre 1517, a très tôt fait une brève apparition dans la ville de Heidelberg également. En avril 1518, Luther s’est rendu à Heidelberg pour tenir un débat public — appelé aussi dispute — dans le cadre de la rencontre annuelle des moines augustiniens. C’est là qu’il a présenté les Thèses de Heidelberg, quarante en tout, lesquelles exigeaient que la croix du Christ soit reconnue de façon claire et constante comme étant le seul moyen de salut.

Les Thèses de Heidelberg, rédigées par Luther, ne semblent pas avoir eu d’effet important immédiat sur la ville de Heidelberg elle-même ni sur ses citoyens. Ceci est possiblement dû en grande partie au fait que l’Électeur de l’époque, Louis V (1478-1544), ne s’était pas engagé à soutenir le mouvement de réforme spirituelle sur son territoire. Il était davantage intéressé par la politique et la chasse que par la doctrine et une vie de sanctification.

Pendant les années 1520, certains leaders de pensée réformée ont toutefois commencé à demander des changements. Heidelberg était une ville universitaire et certains membres du corps enseignant de l’Université de Heidelberg ont commencé à enseigner selon une perspective protestante. [Cette institution d’enseignement, fondée en 1386, est la plus ancienne université sur le sol allemand.] De plus, Wenzel Strauss, l’un des prédicateurs de l’Église principale, la Heiliggeistkirche (ou Église du Saint-Esprit), n’avait pas peur de prêcher le salut par la foi véritable en Jésus-Christ seul. On l’a communément surnommé la « trompette évangélique ». Heinrich Stoll, un autre prédicateur de Heidelberg, ne craignait pas lui non plus d’appeler les gens à la Réforme et d’y travailler lui-même.

Frédéric II, le successeur de l’Électeur Louis V, était beaucoup plus ouvert à la Réforme. En 1546, il a même fait la promotion de plusieurs réformes religieuses dans le Palatinat. Toutefois, même si l’Électeur Frédéric II était un homme influent, il n’était pas aussi puissant que l’Empereur lui-même, Charles V ou Charles Quint, qui était un ardent catholique romain. Lorsqu’une alliance des princes protestants, appelée la Ligue de Smalkade, a perdu la bataille contre l’armée impériale, Charles Quint s’est assuré que la Réforme soit bannie, tant dans le Palatinat que partout ailleurs. En 1548, il a promulgué l’Intérim d’Augsbourg, qui exigeait essentiellement que tous les territoires sur lesquels il régnait retournent aux enseignements et aux pratiques de Rome.

L’Intérim a porté un coup dur à la Réforme, mais ne l’a certainement pas empêché de progresser [grâce surtout à l’héroïque Cité de Magdebourg]. La résistance à l’Intérim a finalement conduit à la Paix d’Augsbourg (1555). Ce décret permettait à chaque prince local de décider de l’orientation religieuse de sa région. Cette politique se résumait par l’expression latine, cuius regio, eius religio (qui peut être traduite approximativement par « quiconque règne sur la région décide de la religion »).

L’année suivante, en 1556, l’Électeur Othon-Henri (Ottheinrich) a succédé à Frédéric II. Il soutenait davantage la Réforme. Non seulement a-t-il instauré un nouvel ordre ecclésiastique et fait la promotion du Catéchisme de Wurtemberg comme outil d’éducation, il a aussi envoyé une équipe ayant pour mission de visiter toutes les assemblées locales en vue de déterminer la condition spirituelle précise sur son territoire. Les résultats de cette enquête n’étaient pas encourageants. Les pasteurs n’étaient pas bien formés; les assemblées n’étaient pas bien nourries; les superstitions et les traditions prédominaient sur la connaissance des Écritures et sur la vie de piété. L’Électeur Othon-Henri désirait vivement changer tout cela — et il avait bien commencé — mais ses nobles efforts ont brusquement pris fin lorsqu’il est mort, à peine trois ans après être devenu Électeur. C’est au nouvel Électeur, Frédéric III, le neveu d’Othon-Henri, qu’est revenue la tâche de poursuivre ce que son oncle avait commencé.

La Réforme de l’éducation au Palatinat

Au 16e siècle, des changements importants se sont produits, non seulement dans les Églises, mais aussi dans les écoles. Pendant longtemps, l’éducation formelle avait été essentiellement le privilège des riches. L’enseignement dans ces écoles se donnait en latin. Cependant, à mesure que le 16e siècle progressait, on prenait davantage conscience que l’éducation ne devait pas se faire uniquement en latin ou être réservée uniquement aux riches, ce qui a conduit à l’établissement de nombreuses écoles allemandes. Trois matières principales constituaient le curriculum de ces écoles allemandes, tant pour les garçons que pour les filles: la lecture, l’écriture et… le catéchisme!

Étant donné la réforme religieuse et éducative qui se déroulait dans le Palatinat, il n’est pas surprenant que le besoin d’un bon catéchisme solide se soit fait sentir. Un tel catéchisme contribuerait à l’unification et à la solidification de la réforme religieuse, tout en répondant à un besoin élémentaire en matière de curriculum enseigné aux jeunes citoyens et futurs leaders du Palatinat.

La controverse au sujet de la sainte cène

Frédéric III (1515-1576) a succédé comme Électeur à son oncle Othon-Henri, lequel était sans enfant. Il est entré en fonction en 1559 et, dès le début, a dû faire face à une controverse des plus enflammées.

Le désaccord avait trait à la doctrine de la sainte cène, ou repas du Seigneur. D’un côté, il y avait Tilemann Heshusius. Celui-ci était l’un des professeurs de l’Université de Heidelberg ainsi qu’un prédicateur à l’Église principale de Heidelberg, la Heiliggeistkirche (ou Église du Saint-Esprit). Cet homme était un ardent défenseur de la position luthérienne sur le repas du Seigneur, ce qui signifie qu’il insistait sur la présence réelle et physique du Christ lors de la célébration du sacrement. De l’autre côté, se trouvait Wilhelm Klebitz. Ce dernier était étudiant à l’Université et il était diacre dans l’Église. Il défendait la perspective réformée sur le repas du Seigneur. Il affirmait que les croyants étaient en communion réelle et spirituelle avec le Christ, lequel était très certainement présent spirituellement, mais non physiquement. Le conflit entre ces deux hommes a fini par devenir si amer et si connu qu’il en était même question lors des prédications en chaire. Frédéric III a finalement décidé que, pour la paix et le bien de l’Église, ce conflit entre les deux hommes devait cesser. Il a agi de manière décisive en les renvoyant tous les deux et en les chassant pour qu’ils aillent vivre ailleurs.

Après le congédiement de Heshusius et de Klebitz par Frédéric III, les choses se sont un peu calmées à Heidelberg. Cependant, à la suite du départ de Heshusius, deux postes importants étaient maintenant vacants et il fallait trouver des remplaçants. L’Université avait besoin d’un nouveau professeur de théologie et l’Église avait besoin d’un nouveau prédicateur. Le premier homme que Frédéric III a recruté pour combler ces postes se nommait Caspar Olevianus. Celui-ci a enseigné pendant un certain temps à l’Université, mais il s’est rapidement concentré sur sa nouvelle fonction comme prédicateur dans la Heiliggeistkirche. Peu après, à la demande de Frédéric III, Zacharius Ursinus est également venu à Heidelberg. C’est lui qui a enseigné la théologie à l’Université. L’arrivée de ces deux hommes a préparé le terrain pour la rédaction du Catéchisme de Heidelberg, mais il est important de prendre conscience que l’homme qui a réellement lancé le processus n’était pas le prédicateur ni le professeur, mais bien plutôt l’Électeur Frédéric III lui-même. Il voyait le besoin d’un nouveau catéchisme et il a veillé à ce que le projet se concrétise.

L’Électeur Frédéric III commande un nouveau catéchisme

Une fois le Catéchisme de Heidelberg complété, Frédéric III a joint sa propre préface personnelle au document. Cette préface jette une lumière intéressante sur les raisons pour lesquelles il tenait tant à avoir un catéchisme de la plus haute qualité en usage sur son territoire. Dans sa préface, l’Électeur souligne les points suivants:

  • Les gouvernants ont non seulement le devoir de maintenir le bon ordre et la paix sur leur territoire, mais « aussi et par-dessus tout d’exhorter constamment leurs sujets et de les conduire à une pieuse connaissance et à la crainte du Tout-Puissant et de sa sainte Parole de salut ».
  • Bien que ses prédécesseurs aient semé les graines de la Réforme dans le Palatinat, ces efforts n’avaient jamais conduit à la récolte spirituelle abondante que plusieurs espéraient.
  • Une des raisons principales de ces piètres résultats était l’attention insuffisante portée aux jeunes, lesquels étaient soit « insouciants quant à la doctrine chrétienne », soit « sans aucune instruction chrétienne », soit « sans enseignement systématique », soit « perplexes devant des questions non pertinentes ou sans importance » — et, dans bien des cas, probablement dans les quatre situations à la fois.

Par conséquent, afin de remédier au problème mentionné précédemment — qui d’ailleurs ne touchait certainement pas seulement les jeunes — l’Électeur Frédéric III a commandé « la préparation d’un programme d’instruction condensé, ou catéchisme, de notre religion chrétienne, selon la Parole de Dieu ».

Ce nouveau catéchisme devait être utilisé à la fois dans « les Églises et les écoles » par les « pasteurs et les maîtres d’école ». Il allait permettre de donner un enseignement cohérent plutôt que d’avoir des enseignants et des prédicateurs qui « font des changements tous les jours ou qui introduisent des doctrines erronées ».

C’est ainsi que, ayant à cœur la jeunesse de sa ville et l’avenir de l’Église du Christ, l’Électeur Frédéric III a commandé la rédaction du Catéchisme de Heidelberg, exprimant son espoir « que si notre jeunesse est instruite et éduquée sérieusement dans la Parole de Dieu tôt dans la vie, il plaira sûrement au Dieu Tout-Puissant de permettre une réforme de la moralité publique et privée et d’accorder un bien-être temporel et éternel ».

Les auteurs du Catéchisme de Heidelberg

La plupart du temps, on identifie les auteurs du Catéchisme de Heidelberg comme étant Caspar Olevianus et Zacharias Ursinus. Avec le temps, ce sujet a suscité des débats parmi les spécialistes, particulièrement en ce qui a trait à la contribution d’Olevianus. Certains disent que c’est à Olevianus, qui était pasteur, que l’on doit le ton personnel et chaleureux du catéchisme. D’autres affirment qu’Olevianus n’était pas aussi impliqué que l’on pense. En fin de compte, comme pour bien des recherches historiques, il est difficile d’obtenir des réponses définitives.

Il est toutefois évident, à la lumière de la préface de l’Électeur Frédéric III, que la rédaction du catéchisme est le résultat d’un travail d’équipe. Il a écrit: « Par conséquent, grâce aux conseils et à la coopération de tout le corps enseignant de notre faculté de théologie en ce lieu et de tous les surintendants et les serviteurs distingués de l’Église, nous avons pu réaliser la préparation d’un programme d’instruction condensé, ou catéchisme, de notre religion chrétienne, selon la Parole de Dieu, dans les langues allemande et latine. »

Ainsi, au moins trois différents groupes de personnes ont participé à la préparation du Catéchisme de Heidelberg: des professeurs de théologie, des surintendants d’Église et des dirigeants d’Église, aussi bien pasteurs qu’autres membres de l’Église. Le dernier groupe est quelque peu comparable aux conseils d’anciens qui dirigent de nombreuses Églises réformées aujourd’hui. Quant au deuxième groupe, quelques explications sont de mise. Étant donné que la Réforme du 16e siècle s’est développée progressivement, certaines coutumes et structures d’origine catholique romaine ont subsisté encore pendant un certain temps dans les Églises protestantes. Par exemple, dans l’Église catholique romaine, un évêque est un clerc de rang supérieur qui a la responsabilité d’un certain nombre de prêtres répartis sur un grand territoire. De même, les surintendants d’Église supervisaient l’enseignement et la conduite d’un certain nombre de pasteurs d’une région donnée. Au fil du temps, la position de surintendant d’Église a disparu de la vie de l’Église réformée, mais cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.

Il est impossible de notre point de vue actuel de connaître la contribution précise de chaque personne à l’ensemble du projet. Certains auraient été impliqués dans la rédaction, d’autres dans la révision ou dans l’approbation. Par souci d’efficacité et de cohérence, le plus gros du travail a certainement dû être confié à deux ou trois personnes plus particulièrement, et Ursinus et Olevianus sont les noms les plus importants du groupe. En outre, l’implication de l’Électeur lui-même ne doit pas être sous-estimée. Tout indique qu’il a participé de manière bien concrète à ce projet de catéchisme.

En fin de compte, ce qui importe le plus n’est pas de savoir qui a écrit quelle phrase. Nous devrions simplement être reconnaissants de ce que tant de gens différents aient été impliqués dans la production du Catéchisme de Heidelberg. Cela a permis à tous les participants de mettre leurs forces respectives au service de cet effort conjoint, permettant de raffiner et d’améliorer le Catéchisme au-delà de ce qui aurait été possible si seulement une ou deux personnes avaient été impliquées. La clarté, la concision et la chaleur du produit final démontre qu’ils ont, ensemble, fait un très bon travail.

Caspar Olevianus (1536-1587)

Caspar Olevianus est né le 10 août 1536 dans la ville de Trèves. Son père Gerhard était à la fois boulanger et conseiller municipal de premier plan. Malheureusement, il est décédé subitement alors que Caspar était encore jeune. Caspar a été confié à son grand-père. Après avoir fréquenté les écoles préparatoires locales, son grand-père l’a envoyé en France pour étudier le droit.

Olevianus s’est avéré être un étudiant brillant, mais, rapidement, il a commencé à apprendre autre chose que le droit en France. Il a aussi été exposé au vigoureux mouvement protestant, inspiré en grande partie par les écrits de Jean Calvin. Plus tard, alors qu’il étudiait le droit à Bourges, il a rencontré le fils du Prince électeur Frédéric III, qui étudiait là lui aussi. Les deux sont devenus de bons amis. Cependant, un soir, la tragédie a frappé. Les deux jeunes hommes étaient sur un traversier pour se rendre de l’autre côté du fleuve. Un groupe d’étudiants ivres était également sur le bateau, provoquant tout un chahut. Il n’a fallu que peu de temps pour que le bateau chavire. Olevianus a tenté de sauver le fils de Frédéric III. Malheureusement, il a échoué, bien que lui-même ait été épargné et qu’il ait pu rejoindre le rivage en vie. Cette nuit tragique a eu un effet profond sur Olevianus, qui s’est engagé à servir le Seigneur non pas en tant qu’homme de droit, mais en tant que prédicateur.

Afin d’accomplir ce nouvel objectif dans sa vie, Olevianus s’est bientôt rendu dans plusieurs villes réformées, étudiant auprès de réformateurs de renom tels que Jean Calvin, Henri Bullinger, Guillaume Farel et Théodore de Bèze. Il a eu droit à un groupe de mentors tout à fait illustres, même si ce fut de courte durée. Après avoir profité au mieux de la solide doctrine de ces hommes, Olevianus est retourné à Trèves, sa ville natale, et a commencé à enseigner le latin à l’école secondaire locale en 1559.

Cependant, la passion et la vision d’Olevianus était de prêcher l’Évangile, pas seulement d’enseigner le latin. Quand il a commencé à prêcher les doctrines évangéliques du salut par la grâce au moyen de la foi, l’archevêque Johann von der Leyen lui a fait comprendre très clairement qu’il n’appréciait pas ses sermons. En fait, peu de temps après, Olevianus et d’autres ont été emprisonnés pour leur foi. Lorsque le prince électeur Frédéric III a pris connaissance de cette situation, lui et quelques autres ont tiré les ficelles nécessaires pour faire libérer Olevianus de sa prison et l’amener à Heidelberg.

Caspar Olevianus est arrivé à Heidelberg en janvier 1560 et il a commencé par enseigner la théologie à l’Université. Il a toutefois rapidement renoncé à ce poste pour laisser sa place à Ursinus Zacharius qui est arrivé peu de temps après lui. Ursinus était mieux préparé pour assumer les responsabilités de professeur de dogmatique. Ceci a également permis à Olevianus de s’adonner à sa plus grande passion: la prédication. Après avoir été pasteur de l’Église Saint-Pierre pendant une courte période, il est devenu l’un des prédicateurs dans l’Église principale, la Heiliggeistkirche.

Plus tard, après que Frédéric III soit mort et que Louis IV lui ait succédé en tant qu’électeur, les circonstances sont devenues moins favorables pour Olevianus à Heidelberg. Il a finalement été chassé de la ville et il a continué à servir la cause de la Réforme dans la région de Wetterau et Herborn. Il est mort à Herborn le 15 mars 1587.

Zacharias Ursinus (1534-1583)

Zacharias Ursinus est né le 18 juillet 1534 à Wroclaw (Breslau en allemand), près du fleuve Oder, dans la région qui s’appelle maintenant la Pologne. Bien que son nom de famille en latin ait été Ursinus, ses amis d’enfance devaient l’appeler par son nom allemand Zacharias Bär. Traduit littéralement, cela signifie Zacharias l’Ours.

Malgré son nom de famille, rien n’indique que le jeune Zacharias ait été un enfant particulièrement intimidant ou agressif. Au contraire, il semble avoir été un garçon plutôt calme et studieux. Il a étudié à l’école locale de Wroclaw jusqu’à l’âge de quinze ans. Durant cette période, il a probablement reçu une certaine instruction catéchétique d’un homme appelé Moibanus. L’instruction catéchétique qu’il a reçue dans sa jeunesse a sans doute contribué à façonner, dans une certaine mesure, les catéchismes qu’il a écrits plus tard dans sa vie.

En 1550, à l’âge de quinze ans, Ursinus a déménagé à Wittenberg où il a étudié avec le réformateur bien connu Philip Melanchthon. Quelques années plus tard, il a également fait une tournée des villes européennes qui avaient embrassé la Réforme. Tout comme Olevianus, ce voyage lui a permis de rencontrer des figures importantes de la Réforme, dont Henri Bullinger, Pierre Martyr Vermigli et Jean Calvin. Cependant, en 1558, il était temps pour lui de retourner à sa ville natale de Wroclaw et de commencer à utiliser à bon escient tout ce qu’il avait appris et étudié. Il est devenu professeur à l’école secondaire locale et, dans le cadre de son programme d’enseignement, il a utilisé le catéchisme de Melanchthon (Examen des ordinands, 1552) pour enseigner les jeunes. Qu’ils en aient toujours eu conscience ou non ou qu’ils l’aient apprécié ou non, les jeunes de Wroclaw ont très certainement eu un professeur très bien formé pour les instruire dans la doctrine du salut.

Cependant, il est devenu assez rapidement évident pour Ursinus que les choses n’allaient pas très bien dans sa ville natale. Encore une fois, la controverse entourant la doctrine de la cène du Seigneur couvait. Ursinus, en bon élève de Melanchthon, a tenté d’adopter une approche plus équilibrée et plus modérée sur cette question controversée. Tous n’appréciait pas sa position. En outre, Ursinus n’était pas le genre d’homme qui pouvait supporter de vifs débats pendant très longtemps, encore moins s’en réjouir. Dès 1560, il quittait son poste d’enseignant dans sa ville natale pour se rendre à Zürich. Après un court séjour dans cette ville, le prince électeur Frédéric III lui a demandé de venir enseigner à Heidelberg. En peu de temps, il a fait ses preuves en tant que professeur de théologie et a été nommé professeur de dogmatique à l’Université de Heidelberg.

En plus de sa contribution au Catéchisme de Heidelberg, il a écrit deux autres catéchismes pendant son séjour à Heidelberg : son Petit Catéchisme et son Grand Catéchisme. Tel que mentionné précédemment, lorsque Louis IV a succédé à Frédéric III en tant qu’électeur, le climat politique et théologique a changé à Heidelberg. En 1578, Ursinus a fini par aller s’installer à Neustadt-an-der-Weinstrasse où il a vécu jusqu’à sa mort en 1583.

Les sources du Catéchisme de Heidelberg

Le Catéchisme de Heidelberg n’est très certainement ni le seul ni le premier catéchisme à avoir été publié. En fait, l’utilisation des catéchismes remonte aux premiers siècles de l’Église chrétienne. Les réformateurs ont simplement repris cette bonne tradition et en ont fait grand usage. Luther a écrit son Petit Catéchisme en 1529. Jean Calvin a publié un catéchisme pour la ville de Genève en 1542. Ce ne sont là que deux exemples. De nombreux autres pourraient être ajoutés à la liste. Beaucoup de confessions ont aussi été écrites par des pasteurs et des théologiens réformés. Bien que ces confessions n’étaient pas directement destinées à l’instruction des jeunes et des nouveaux convertis, elles donnaient néanmoins un bref résumé des doctrines clés trouvées dans les Écritures. À ce titre, elles étaient certainement utiles pour enseigner les gens de tous âges.

Puisque tant de catéchismes et de confessions ont été écrits au 16e siècle, la question suivante se pose tout naturellement: Ursinus, Olevianus et le reste de l’équipe qui ont écrit le Catéchisme de Heidelberg ont-ils composé l’ensemble à partir de rien ou ont-ils emprunté des éléments d’autres catéchismes ou confessions? Il n’est pas facile de répondre à cette question avec précision. Il peut y avoir certaines similitudes entre deux catéchismes, mais cela ne prouve pas nécessairement qu’il y ait eu des emprunts dans un sens ou dans l’autre. Les deux pourraient peut-être dépendre d’un troisième document qui n’a pas encore été découvert. Et même s’il y avait effectivement eu certains emprunts entre deux catéchismes, il n’est pas toujours facile de déterminer lequel aurait emprunté de l’autre. Cela dit, il y a tout lieu de croire que les auteurs du Catéchisme de Heidelberg ont incorporé certains des meilleurs concepts et expressions d’autres catéchismes. Les paragraphes qui suivent permettront d’illustrer ce point.

Le Catéchisme de Heidelberg et le “Catéchisme de Genève” de Jean Calvin (1542)

Étant donné qu’Ursinus et Olevianus connaissaient bien le travail de Jean Calvin, il n’est pas surprenant que ces dirigeants religieux plus jeunes se soient tournés vers l’œuvre de Calvin, avec toute sa sagesse et son expérience, comme guide dans l’élaboration de diverses questions et réponses. Considérons par exemple ce que le Catéchisme de Heidelberg dit à propos de la providence.

La providence de Dieu est la force toute-puissante et partout présente de Dieu par laquelle il maintient et conduit, comme par la main, le ciel et la terre avec toutes les créatures, de sorte que les herbes et les plantes, la pluie et la sécheresse, les années de fertilité et celles de stérilité, le manger et le boire, la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, bref toutes choses ne nous viennent pas du hasard, mais de sa main paternelle. (R. 27).

Comparons maintenant cette réponse à ce que dit le Catéchisme de Calvin sur le même sujet.

Il envoie la pluie et la sécheresse, la grêle et les autres intempéries, mais aussi le beau temps. Il rend la terre fertile quand il le veut, ou au contraire stérile, s’il éloigne sa main; il dispose de la santé et de la maladie. Toutes choses lui sont soumises et il s’en sert comme il lui plaît. (R. 27).

Il semble raisonnable de supposer que les auteurs du Catéchisme de Heidelberg ont fait usage du Catéchisme de Calvin pour écrire les questions et réponses du 10e dimanche.

Le Catéchisme de Heidelberg et la “Brève Confession” de Théodore de Bèze (1559)

Pendant ses études en France, Caspar Olevianus a également rencontré Théodore de Bèze. Il appréciait le travail de de Bèze et il est fort probable, semble-t-il, qu’il ait à un certain moment traduit la Brève Confession de de Bèze du latin à l’allemand. Certains éléments de la confession de Théodore de Bèze ont peut-être filtré dans le Catéchisme de Heidelberg d’une manière ou d’une autre. Considérons, par exemple, la formulation des questions et réponses du 2e dimanche. À la question de savoir si nous pouvons obéir parfaitement à la loi, le Catéchisme de Heidelberg répond:

Non, car par nature je suis enclin à haïr Dieu et mon prochain. (R. 5).

Remarquez la ressemblance avec la confession de de Bèze, qui comprend la phrase suivante:

Notre nature [déchue] est si encline à la corruption que tous les hommes sont ignobles envers Dieu et haineux envers leur prochain (art. 4).

Le Catéchisme de Heidelberg et le “Petit Catéchisme” de Zacharias Ursinus

Il existe toutefois un document qui a servi hors de tout doute de source pour le Catéchisme de Heidelberg. Il s’agit du Petit Catéchisme d’Ursinus, probablement écrit vers la fin de 1561 ou au début de 1562, peu de temps après l’arrivée d’Ursinus à Heidelberg. Les deux brèves comparaisons qui suivent tirées de la première question permettront d’illustrer ce point. Le Catéchisme de Heidelberg débute ainsi:

Q.: Quelle est ton unique assurance dans la vie comme dans la mort? R.: C’est que, dans la vie comme dans la mort, j’appartiens, corps et âme, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ, mon fidèle Sauveur: par son sang précieux, il a totalement payé pour tous mes péchés et m’a délivré de toute puissance du Diable…

Le Petit Catéchisme d’Ursinus, en comparaison, commence par ces mots:

Q.: Quelle est l’assurance qui soutient ton cœur dans la mort comme dans la vie? R.: Que Dieu a vraiment pardonné tous mes péchés à cause du Christ et qu’il m’a donné la vie éternelle, afin que je puisse le glorifier éternellement.

Le Catéchisme de Heidelberg continue de manière semblable:

Q.: Combien de choses dois-tu savoir pour vivre et mourir dans cette heureuse assurance? R.: Trois. D’abord, combien sont grands mon péché et ma misère. Ensuite, comment j’en suis délivré. Enfin, quelle reconnaissance je dois à Dieu pour cette délivrance.

Le Petit Catéchisme d’Ursinus l’exprime de cette façon:

Q.: Qu’est-ce que la Parole de Dieu enseigne? R.: D’abord, elle nous montre notre misère; deuxièmement, comment nous en sommes délivrés; troisièmement, quelle reconnaissance nous devons montrer à Dieu pour cette délivrance.

Le Petit Catéchisme d’Ursinus semble être ce que nous pourrions qualifier de projet préliminaire ayant servi d’ébauche au Catéchisme de Heidelberg. Ce dernier contient les formulations plus raffinées d’Ursinus ainsi que les idées venant des autres auteurs.

Le Catéchisme de Heidelberg et “Un solide fondement” de Caspar Olevianus

En 1567, Caspar Olevianus a publié un catéchisme appelé Vester Grundt ou Un solide fondement. Il est possible que le document en question ait été écrit dès 1563, mais alors probablement vers la fin de l’année. Puisque le Catéchisme de Heidelberg a été publié au début de l’année, soit le 19 janvier 1563, il est probable qu’Un solide fondement ait été rédigé par Olevianus comme brève explication ou expansion de certaines parties du Catéchisme de Heidelberg. Quoi qu’il en soit, il est difficile de déterminer le sens de la relation. Ce qui est clair, c’est qu’il y a beaucoup de chevauchement entre la formulation d’Un solide fondement et celle du Catéchisme de Heidelberg.

En somme, les auteurs du Catéchisme de Heidelberg n’ont pas commencé à partir de rien. Pourquoi d’ailleurs auraient-ils dû le faire? D’autres avaient déjà exprimé certaines vérités scripturaires dans des phrases brèves et faciles à comprendre. Plutôt que de réinventer la roue catéchétique, les auteurs du Catéchisme de Heidelberg ont mis à profit ce que leurs pères dans la foi avaient déjà accompli. Ainsi, ils ont réussi à faire encore mieux et en sont arrivés à produire l’un des meilleurs catéchismes jamais écrits.

Éditions et réception contemporaine

On peut affirmer sans risque de se tromper que le Catéchisme de Heidelberg a attiré beaucoup l’attention dès sa publication, le 19 janvier 1563; certaines réactions ont été très positives, d’autres très négatives. Les réactions positives se voient de par le nombre d’éditions du Catéchisme produites en un temps relativement court et de par sa traduction dans plusieurs langues. Les réactions négatives se retrouvent dans certaines des critiques qui ont été formulées contre le catéchisme.

Dès sa première année de publication, en 1563, la version allemande du Catéchisme de Heidelberg a connu quatre éditions et impressions successives. La liste qui suit donne quelques-uns des détails les plus pertinents.

  • La première édition (janvier): Cette édition contenait la préface originale de Frédéric III, mais ne contenait pas la Q&R 80 relative à la messe papale.
  • La deuxième édition (mars): Cette édition comprenait une version courte de la Q&R 80 condamnant la messe papale.
  • La troisième édition (avril): Cette édition comprenait une version plus longue de la Q&R 80 condamnant la messe papale.
  • La quatrième édition (date inconnue): Le texte de cette édition était le même que celui de la troisième édition, mais il incluait également une préface courte et différente, expliquant et défendant la nécessité d’une instruction catéchétique.

En outre, ce catéchisme a paru en latin dès 1563  C’était là d’ailleurs le plan de l’électeur Frédéric III dès le départ. Que les enfants du Palatinat reçoivent leur éducation dans les écoles allemandes ou dans les écoles latines, il voulait qu’ils apprennent tous le même catéchisme. [Et n’oublions-pas que le latin est demeuré la langue de communication internationale par excellence jusqu’à ce qu’à ce qu’il soit déclassé par le français au XVIIIe siècle qui réussit à se maintenir dans cette position jusqu’à ce qu’il soit déclassé à son tour par l’anglais au XXe siècle.]

La même année, le Catéchisme de Heidelberg a également été traduit en néerlandais et occupe, depuis ce jour, une place de choix dans la vie des Églises réformées hollandaises.

Ainsi, le Catéchisme de Heidelberg a connu quatre éditions et deux traductions l’année même de sa publication. D’autres traductions ont rapidement suivi: en anglais (1572), en hongrois (1577), en français (1590) et en grec (1609). La liste croissante de traductions n’a cessé d’augmenter jusqu’à ce jour. Ce site Web s’efforce de recueillir le plus grand nombre possible de ces traductions. Vous trouverez notre sélection courante en cliquant sur ce lien.

Les critiques du Catéchisme de Heidelberg

À peine le Catéchisme avait-il vu le jour que plusieurs personnes commençaient déjà à le critiquer vivement. Tilemann Heshusius en faisait partie. Il a écrit une brochure intitulée Mise en garde urgente contre le Catéchisme de Heidelberg calviniste, accompagné d’une réfutation de plusieurs erreurs qu’il contient. Bien sûr, compte tenu de son histoire passée pas très plaisante à Heidelberg, il est possible que Heshusius ait cherché à défendre ses propres intérêts.

Matthias Flacius, qui a rédigé Réfutation d’un petit catéchisme calviniste allemand (1572), a joint sa voix à celle de Heshusius. Ces deux hommes étaient luthériens, mais les catholiques romains ont également critiqué le Catéchisme. Engelbertus Kenniphovius, par exemple, a écrit Une réfutation du Catéchisme de Heidelberg.

Le principal auteur du Catéchisme, Zacharias Ursinus, s’est porté à la défense du Catéchisme en écrivant sa Réponse aux critiques de divers théologiens, en 1564. Toutefois, il ne fait aucun doute que la défense la plus émouvante du Catéchisme est venue de l’homme qui, avant tout autre, avait donné l’impulsion initiale à sa composition, soit le prince électeur Frédéric III.

Sommé de comparaître à la Diète d’Augsbourg en 1566, Frédéric III a été appelé à défendre le Catéchisme de Heidelberg devant un public vraiment hostile, parmi lequel se trouvait l’Empereur Maximilien II lui-même. Il s’est levé et a parlé comme suit:

En ce qui concerne mon catéchisme, c’est ce que je confesse. Il est également si solidement ancré dans les Écritures Saintes, citées en marge, qu’il s’est avéré irréfutable. En effet, jusqu’à présent vous n’avez pas réussi à le réfuter et j’espère qu’avec l’aide de Dieu il continuera à être irréfutable longtemps encore…

S’il s’avère que quelqu’un, jeune ou vieux, savant ou illettré, ami ou ennemi, même le plus humble serviteur à la cuisine ou à l’étable, puisse, en se fondant sur la Parole de Dieu, m’enseigner de meilleure manière ou me donner des informations plus éclairées sur les Écritures bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament, en dehors desquelles il n’y a pas de salut, alors je lui en serai reconnaissant, ainsi qu’à Dieu, et me soumettrai de ce fait à Dieu et à sa Sainte Parole. S’il y a ici présents dans cette assemblée des messieurs ou de mes amis qui voudraient le nier, je serais alors heureux de les entendre; nous pouvons sans aucun doute trouver rapidement une Bible ici…

Si toutefois ma plus humble confiance devait se révéler vaine et que malgré cette offre chrétienne et honnête de ma part, on décidait de manière arrêtée de prendre des mesures contre moi ou si on envisageait de le faire, je trouverais ma consolation dans la promesse certaine qui m’a été donnée, ainsi qu’à tous les croyants, par mon Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à l’effet que tout ce que je perdrai pour son honneur et pour son nom me sera rendu au centuple dans l’autre monde. C’est ainsi que je désire me recommander à la grâce de votre Majesté impériale.

Après avoir entendu l’électeur défendre ainsi le Catéchisme, un membre de la cour impériale a déclaré: « Frédéric, vous êtes un homme meilleur que n’importe lequel d’entre nous. » Un autre a ajouté ces paroles: « Pourquoi attaquez-vous cet homme? Il est plus saint que n’importe qui parmi nous. »

Ainsi, en dépit des critiques, le Catéchisme de Heidelberg a été défendu sur la même base que celle sur laquelle il avait été rédigé: la Sainte Parole de Dieu. C’est cette Parole inspirée de Dieu — et cette Parole seule — qui confère au Catéchisme de Heidelberg sa valeur et sa beauté durables.

Source : Catéchisme de Heidelberg – Depuis 1563, un projet du Canadian Reformed Theological Seminary (texte traduit en français par Paulin Bédard et reproduit avec quelques modifications mineures sur Le Monarchomaque).

Voyez également ces articles sur le même thème :

Blason_Palatinat_Rhin

Blason du Comte palatin du Rhin de 1214 à 1777

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Le prince de Transylvanie Gabriel Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d'un pasteur sur une monnaie hongroise

Le prince de Transylvanie Gábor Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d’un pasteur réformé sur une récente monnaie hongroise

L’historiographie de la Réformation protestante aux XVIe et XVIIe siècle a largement négligé l’Europe centrale et orientale. Cet article vise à remédier en petite partie à cette lacune. Depuis le milieu Moyen Âge, la Hongrie formait un puissant royaume au nord des Balkans. La Hongrie avait intégré la sphère géopolitique de la Chrétienté occidentale lorsque Étienne Ier de Hongrie se convertit au christianisme en l’an 1001. En 1526, les Hongrois furent battus par les Turcs musulmans à la bataille de Mohács. Cela entraîne en 1538 l’éclatement de l’ancienne Hongrie médiévale : les Habsbourg d’Autriche s’emparent du territoire comprenant l’ouest des actuelles Hongrie et Slovaquie, zone appelée la « Hongrie Royale ». La majorité de la noblesse hongroise constitue un État comprenant l’est des actuelles Hongrie et Slovaquie ainsi que la vaste région de Transylvanie aujourd’hui en Roumanie. Ce second États hongrois s’appelle dès lors la Principauté de Transylvanie, bien que les Hongrois eux-même l’appellent le « Royaume de Hongrie orientale ». Puis, en 1541, les Ottomans s’emparent du centre de la Hongrie actuelle qu’ils organisent en province, la « Haute-Hongrie », scindant ainsi la Hongrie en trois entités politiques distinctes pour deux siècles et demi.

Voici quelques cartes pour vous situer géographiquement (cliquez pour élargir) :

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd'hui

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd’hui

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1683

La Hongrie en 1683

La Transylvanie en Roumanie aujourd'hui

La Transylvanie en Roumanie aujourd’hui

Comme en France, le protestantisme se propage rapidement en Hongrie dans la décennie 1550. En 1557, un premier synode national a lieu à Csenger, ville située à la pointe est de l’actuelle Hongrie. En 1567, un second synode national réunit à Debrecen (en zone transylvaine) adopte la Confession helvétique postérieure rédigée par Bullinger, le successeur de Zwingli à Zurich. Debrecen devient dès lors le centre académique protestant le plus important en dehors de l’Europe occidentale, au point que cette cité porte le surnom de Roma Calvinista jusqu’à ce jour. En 1568, la Diète (assemblée) de Transylvanie réunie à Turda (en actuelle Roumanie) reconnaît quatre confessions religieuses (calvinisme, luthéranisme, catholicisme et unitarisme) et tolère l’« orthodoxie ». La plupart des Hongrois de Transylvanie étaient d’obédience calviniste, la minorité bourgeoise allemande était luthérienne, tandis que la paysannerie roumaine de cette principauté demeura « orthodoxe ».

De 1605 à 1699, la Principauté de Transylvanie forme un État quasi-indépendant possédant ses propres institutions, ses propres lois et sa propre armée. Officiellement vassale de l’Empire ottoman mais également convoitée par le Saint-Empire romain des Habsbourg, ses princes réformés réussissent à maintenir une politique d’équilibre et d’autonomie vis-à-vis ces deux pouvoirs hégémoniques. Sous le règne de ces princes, la culture hongroise épanouit et les fondements littéraires du magyar (la langue hongroise) sont établis grâce à des traductions de la Bible. Les écoles et les collèges se multiplient. En 1653, l’érudition réformée produit la Magyar Encyclopaedia, première œuvre de cette envergure en cette langue.

Sources :

Plaque commémorative en l'honneur du prince réformé Étienne II Bocskai à Košice en Slovaquie

Plaque commémorative en l’honneur du prince réformé Étienne II Bocskai à Košice en Slovaquie

Monument de Gábor Bethlen sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Monument du prince réformé Gábor Bethlen sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Comme la quantité de ressources françaises sur la Réformation en Hongrie et en Transylvanie est très limitée, j’ai dressé une une listes des princes calvinistes de Transylvanie du XVIIe siècle récapitulant leurs principales réalisations…

  • Étienne II Bocskai (1604-1606) : Il mène une insurrection anti-Habsbourg en 1604-1606 pour la défense des protestants ; il obtient — avec la Paix de Vienne conclue avec les Habsbourg en 1606 — l’indépendance de la Transylvanie et la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Gábora (ou Gabriel) Bethlen (1613-1629) : Il construit un nouveau palais à Alba Iulia, la capitale transylvaine ; il fonde une académie réformée ; il oblige les propriétaires terriens à scolariser les enfants de leurs serfs ; il guerroie contre les Habsbourg en Slovaquie de 1619 à 1626 pour soutenir les protestants tchèques et allemands dans le cadre de la Guerre de Trente ans ; il obtient le respect de la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Georges Ier Rákóczi (1630-1648) : Il défait les Ottomans de Haute-Hongrie en 1636 ; assiège Brno (la capitale de la Moldavie) avec les Suédois en 1644 ; il obtient la liberté de culte pour les réformés de Hongrie Royale ainsi que le contrôle des sept comtés (le Partium) au Traité de Linz en 1645 ; bâtit le Palais Rákóczi à Prešov dans l’est de l’actuelle Slovaquie.
  • Georges II Rákóczi (1648-1659) : Il s’allie à la Suède et le Brandebourg (des puissances protestantes) à la fin de la Guerre de Trente ans en 1648. Aux négociations de Westphalie terminant cette grande guerre européenne en 1648, la Principauté de Transylvanie siège comme État indépendant.
  • Jean III Kemény (1560-1562) : Il entreprend une expédition dans le Grand-Duché de Pologne-Lithuanie où il est fait prisonnier par les Tatars de Crimée (des musulmans à la solde  des Turcs) de 1656 à 1659.
  • Michel Ier Abaffi : (1661-1690) : Il combat les Habsbourg dans la campagne de 1683 ; il accepte la suzeraineté des Habsbourg en 1687 en contrepartie d’un traité en vertu duquel la Transylvanie conserve ses droits politiques et religieux.
  • Imre Thököly (1690) : Il est prince de Haute-Hongrie dès 1681 ; il guerroie contre les Habsbourg en 1683 mais est emprisonné à Andrinople par le sultan en 1686 ; il écrase une armée Habsbourg à la bataille de Zărnești (au nord-ouest de l’actuelle Roumanie) en 1690 mais doit se réfugier en Thrace à cause des autres avancées de la « Sainte-Ligue » catholique.
Les trois poches réformées en Hongrie et Transylvanie et début du XXe siècle

Trois enclaves réformées en Autriche-Hongrie au début du XXe siècle (en vert)

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Calvin prêchant la Parole de Dieu

L’historiographie usuelle des Guerres de Religion françaises (1560-1594) veut que celles-ce auraient été déclenchées par une noblesse belliqueuse et impatiente qui aurait trainée les réticents pasteurs réformés dans une aventure incertaine. L’étude Prophets in Arms? Ministers in War, Ministers on War de Philip Benedict (Past & Present, vol. 214, no. 7, 2012, p. 163-196) démontre cependant que c’est là une vue erronée, et que c’est plutôt les ministres réformés — Théodore de Bèze et Jean Calvin en tête — qui poussèrent une noblesse huguenote engourdie à combattre militairement pour le Royaume de Dieu sur terre.

Le Dauphiné en France

Des extraits de cette étude sont ici reproduits.

+++++

The provincial synod of Dauphiné and the Lyonnais held in November 1561 decided that henceforward synods would ‘only treat matters pertaining to religion alone’; financial affairs would be put in the hands of competent deputies.

[…]

The decisions taken during the First Civil War by the Protestant-controlled Estates of Languedoc and Dauphiné to organize the military, fiscal, and political affairs of the substantial portions of those provinces under Huguenot control […] in December 1562. […] Meeting of the Estates of the Protestant-controlled Vivarais [took place] in the same month.

[…]

It appears that Beza and Calvin were jointly engaged in raising money for troops that they were willing to place at Antoine’s service if he were prepared to grasp the nettle [contexte : rencontre de Bèze et d’Antoine de Bourbon à Nérac en été 1560].

[…]

When the First Civil War broke out, Beza was once again in France. He quickly joined those around the prince of Condé [Louis Ier de Bourbon-Condé, dont l’étendard arborait la devise « Doux péril pour Christ et la Patrie » selon Agrippa d’Aubigné], was among those advising him during the critical days prior to his seizure of Orléans, probably ghost-authored his subsequent manifestos justifying his actions, wrote independently to the Reformed churches of the kingdom urging them to send men and money for the Protestant cause, and served as one of the cause’s treasurers and fund-raisers.

[…]

In early 1573, for instance, he [Bèze] was involved in the planning of a military expedition involving refugee Huguenot noblemen that set out from Geneva to revive the dormant churches of Dauphiné and that vainly attempted to seize Grenoble. The following year he helped to organize an expedition against Mâcon and Chalons-sur-Saône.

[…]

Martin Taschard […] had been ordained as a minister in Geneva in 1557 and dispatched to the Waldensian valleys of Piedmont. There in 1560–61 he led an armed squadron of 100 harquebusiers that seized and ‘purified’ churches in the Val Pragelato and Val Germanesca, then played an essential role in the successful armed defence that the churches of these valleys mounted against the duke of Savoy’s effort to outlaw their assemblies.

[…]

In the Gevaudan the minister Anthoine Copier captained the troops that took Mende in July 1562.

[…]

Before Condé’s army left Orléans for the campaign that culminated in the battle of Dreux, the prince attached ministers to each regiment of his troops at the behest of the numerous pastors who had taken refuge in the city, both so that the clergymen could lead prayers and offer exhortations, and ‘to restrain the men so that they do not go beyond due measure’. (‘Pour estre conduicts soubs l’obeissance de la parole de Dieu, nous entendons avoir en noz compagnies de bons et fideles Ministres de la gloire de Dieu, qui nous enseigneront sa volonté, et ausquels nous presterons audience telle qu’il appartient’. Mémoires de Condé, London, 1743, III, p. 260.)

[…]

On the whole, however, they [the ministers] seem to have advocated resistance without surrender more often than noble Protestants [!].

[…]

After the prince of Condé and the grandees who had rallied around him seized Orléans on 2 April, manifestos issued in his name were in fact likely to have been authored by Beza.

[…]

The treaty of association sworn by Condé and all those who rallied to his banner engaged those who signed on to lay down their lives if necessary to defend and liberate the king and to preserve the liberty of conscience granted by the Edict of January. They were also to comport themselves in an exemplary fashion according to God’s laws. [Pas seulement des individus mais aussi de nombreuses églises joignirent cette alliance assermentée.]

[…]

Once the wars were underway, a clear majority of ministers advocated resistance jusqu’au bout.

[…]

The concept of prophetic politics was first suggested to me by the dedicatory epistle that Theodore Beza addressed to Gaspard de Coligny in 1565 to accompany Calvin’s commentaries on the first twenty chapters of Ezekiel. […] He [Coligny] could act ‘in God’s manner and on God’s advice’. Since the same God determined the outcome of biblical events as those of all times, the maxims that can be drawn from Scripture are perpetual and unchanging, ‘indeed more certain and infallible than all the principles of the mathematicians’.

[…]

Take for instance the avis concerning the legitimacy of a war with Savoy addressed by the Company of Pastors to the authorities of Geneva in 1582 in response to their request for an opinion as to whether or not it was appropriate to undertake a war in response to the continued Savoyard harassment of the city’s commerce and provisioning. […] In this instance, the pastors judged, the repeated intrusions, violence, and pillaging of lands that they believed belonged to Geneva, ‘notably the damage done to temples and buildings belonging to the public together with the obstruction of the holy ministry’, made any war undertaken properly defensive and just.

[…]

It was also important that a good code of military justice be drawn up and enforced should war ensue.

[…]

[Dans une lettre de Bèze à Navarre en 1575, le ministre explique que le roi] should not listen to those who would try to convince him that free and regular meetings of representative bodies weakened the authority or dignity of rulers, but instead maintain well ordered assemblies as the true means to make rulers serene in their conscience, loved by their subjects, feared by their enemies, and blessed by God.

[…]

During the First Civil War Montauban emerged as one of France’s leading Protestant strongholds by successfully resisting three royalist and Catholic sieges, the third and longest of which lasted from October 1562 until March 1563. Soon after this final siege began, the enemy commander asked to open negotiations with the city and its military commander, the captain Laboria. The ministers in the city opposed all negotiations ‘alleging that through such means the hearts [of the defenders] would be weakened and their faith in God sapped’. […] As October advanced, the ministers as a group formally opposed further negotiations with the attackers ‘with several lively remonstrations and the express witness of Scripture, notably the story of Nehemiah and other similar passages’.

[…]

Another instance where we can recover some of the content of ministerial arguments is during the long and critically important royal siege of La Rochelle in the aftermath of the Saint Bartholomew’s massacre. […] [Les pasteurs s’objectent constamment dans les conseils à la capitulation.] La Rochelle had made a pact with the brethren of Nîmes and Montauban to communicate and cooperate with one another. […] When one of the ministers in the city, André de Mazières, a pastor in the region since 1557, learned at the conclusion of the meeting that [François de] La Noue inclined toward a negotiated settlement, he […] reprimanded him as a ‘perfidious traitor and a deserter of his party’, and slapped him across the face. […] [La Noue] chose to leave the city several weeks later and to withdraw from the conflict because he could not accept the policy of resistance.

[…]

In March 1563, after the prince of Condé had negotiated initial terms for what would become the Edict of Amboise and submitted them to the 72 ministers who had taken refuge in Orléans, the ministers drafted a written protest against the agreement and urged that the party fight on till the full rights of worship accorded in the Edict of January were restored and the crown agreed to punish the perpetrators of the massacres of Vassy and Sens.

[…]

At the December 1562 meeting in Montélimar of the provincial estates of the parts of Dauphiné controlled by the Protestants, a central question before the deputies was whether or not to accept peace terms negotiated between the Protestant regional chieftain, the baron des Adrets, and the royal and Catholic governor of the province, the duke of Nemours. The truce […] all inhabitants would enjoy freedom of conscience and worship, but only in the privacy of their homes. […] Unsurprisingly, the ministers present in the assembly were among the most vehement opponents of this proposal, which was defeated. Among their ranks, it might be noted, was Jacques Ruffi, representing the allied province of the Lyonnais.

[…]

 Contrary to what one would be led to expect by the argument […] that an essentially peaceful Protestant movement was only drawn into violence when noblemen became important within it, the ministers as a group seem more often to have advocated fighting.

[…]

After being admonished by Philippe Duplessis-Mornay for never having made public reparation for the notorious scandal of his affair with the daughter of a magistrate of La Rochelle, he [Henri de Navarre] agreed to admit his fault publicly before the church of Pons just prior to the battle of Coutras.

[…]

The fact of having entered into a sworn association before God intensified the obligation to persevere in its defence.

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Voir aussi…

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Le tour de France royal de 1564-66, crédit Henri IV Culture

Le tour de France royal de 1564-66, crédit Henri IV Culture

« Fin novembre [1564], Geoffroy de Caumont, que nous n’avions vu de longtemps, nous vint voir de ses Milandes [Périgord], tout plein de récits sur la rencontre des deux Reines, Jeanne d’Albret ayant été invitée par Catherine de Médicis à rejoindre la cavalcade royale sur son parcours, afin d’embrasser son fils [Henri de Navarre otage de la cour des Valois] et s’entretenir avec le roi [Charles IX] des plaintes qu’elle voulait lui faire sur Montluc. — Je fus, dit Caumont, non sans fierté, des trois cent cavaliers qui escortèrent Jeanne d’Albret à son départ de Pau le deuxième jour du mois d’avril. L’extraordinaire piquant de la chose, c’est que la Reine de Navarre remontait du sud au nord en soutenant nos Églises [réformées] de sa ferveur et des ses deniers, tandis que la Reine-Mère et le Roi descendaient du nord au sud en légiférant contre nous. […] Le plus beau de l’affaire fut la rencontre des deux cortèges à Mâcon ! Monsieur l’Écuyer, poursuivit-il en se tournant courtoisement vers Sauveterre, et vous, mon cousin, imaginez, je vous prie, l’ébahissement de ces courtisans musqués et des quatre-vingt putains brodées d’or de la Florentine, quand paru la Reine de Navarre, sans un bijou, sans une perle, toute de noir vêtue, entourée de huit ministres de notre Religion, et suivie de trois cent cavaliers gascons, vêtus non de soie mais de buffle, tous bottés et crottés, et sentant non point le musc, mais l’ail et la sueur. Ha, mon cousin ! Il n’y a pas une France, mais deux ! Celle du Nord, riche, fière puissante, et toute gâtée de ses vices, et celle du Midi, qui vaut deux fois celle du Nord. Mon père rit à cette saillie, mais Sauveterre, après un bref sourire, dit avec gravité : — Il n’y a pas deux Frances, monsieur Caumont, il n’y en a qu’une, et qui un jour sera, je l’espère, huguenote. — Amen ! dit Caumont. »

Source : Robert Merle, Fortune de France, Tome I, 1992, Éditions de Fallois, pages 391 à 393 sur 445.

Complément : Société de l’Histoire du Protestantisme dans la Vallée de la Dordogne

Prise de Nîmes par la cavalerie calviniste le 14 novembre 1569

Prise de Nîmes par la cavalerie calviniste le 14 novembre 1569

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Lors de la Réformation protestante, le Psaume 68 de l’Ancien Testament fut traduit en français par Théodore de Bèze, mis en vers par Clément Marot, puis harmonisé par Claude Goudimel pour être chanté par les fidèles réformés. Surnommé le « Psaume des Batailles », il devint rapidement l’hymne militaire favori des huguenots pendant les Guerres de Religion aux XVIe & XVIIe siècles ainsi que lors de l’insurrection des Camisards dans les Cévennes au début du XVIIIe siècle. Le voici chanté en magnifique polyphonie.

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(Hyperlien alternatif.)

Les paroles du Psaume des Batailles :

Que Dieu se montre seulement,
Et l’on verra dans un moment
Abandonner la place.
Le camp des ennemis épars,
Épouvanté de toute part,
Fuira devant sa face.
On verra tout ce camp s’enfuir,
Comme l’on voit s’évanouir
Une épaisse fumée.
Comme la cire fond au feu,
Ainsi des méchants, devant Dieu,
La force est consumée.

Mais, en présence du Seigneur,
Les justes chantent sa grandeur
Et sa gloire immortelle.
Et dans la grande joie qu’ils ont
Qu’en fuite, les méchants s’en vont,
Ils sautent d’allégresse.
Justes chantez tout d’une voix
Au Dieu des dieux, au Roi des rois,
La louange immortelle,
Car par l’orage il est porté,
Son nom est plein de majesté,
L’Éternel il s’appelle !

Réjouissez-vous devant lui,
Il est pour la veuve un appui,
Pour l’orphelin le Père.
Lui, l’Unique, est notre recours,
Lui, qu’on adore chaque jour,
Siège en son sanctuaire !
Le Dieu puissant, par sa bonté,
Apporte la fécondité,
Rend la femme fertile.
Il sort le captif de ses fers,
Il se saisit de l’homme fier,
Le chasse hors de la ville !

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Écoutez aussi : Chants protestants traditionnels interprétés par un chœur d’enfants [Le Monarchomaque]

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