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Archive for the ‘Histoire de la Réformation’ Category

Le prince de Transylvanie Gabriel Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d'un pasteur sur une monnaie hongroise

Le prince de Transylvanie Gábor Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d’un pasteur réformé sur une récente monnaie hongroise

L’historiographie de la Réformation protestante aux XVIe et XVIIe siècles a largement négligé l’Europe centrale et orientale. Le présent article vise à contribuer à remédier à cette lacune. Il y sera donc question, comme son titre l’indique, du mouvement de renouveau spirituel et culturel basé sur la Bible – Parole de Dieu – qui revivifia l’Occident lors de cette période.

Après un long périple l’ayant mené de la chaîne montagneuse de l’Oural jusqu’à la plaine de Pannonie en passant par la Steppe eurasienne, le peuple hongrois/magyar rejoignit la Chrétienté occidentale au tournant du second millénaire. Cette intégration fut symboliquement inaugurée par la conversion du roi Étienne Ier de Hongrie au christianisme en l’an de grâce 1001. Ses successeurs et ses sujets suivirent son exemple et pendant les cinq siècles subséquents, le Royaume de Hongrie fut un État européen stable et florissant. L’étendue de son territoire englobait le foyer national d’au moins deux autres peuples : Le Royaume de Croatie (c-à-d la Slavonie-Dalmatie en union personnelle permanente avec la couronne hongroise) et la Slovaquie (couramment appelée la « Haute-Hongrie »).

Mais malheur, en 1526, les hordes maléfiques du Califat islamique pénètrent dans le cœur du bassin des Carpates et écrasent les armées réunies des Royaumes de Hongrie et de Croatie à la bataille de Mohács. Cet événement tragique entraîne, dès 1538, l’éclatement de l’ancienne Hongrie médiévale. À peine trois ans plus tard, en 1541, l’Empire ottoman s’empare du milieu de la Hongrie qu’il restructure en province musulmane, la Hongrie ottomane, scindant ainsi la Hongrie en trois entités politiques distinctes pendant les prochains deux siècles et demi. Ensuite, la dynastie des Habsbourg d’Autriche (catholiques fanatiques) s’empare de la tranche de territoire s’étendant de la limite sud de la Pologne jusqu’à la mer Adriatique et couvrant l’ouest des actuelles Slovaquie, Hongrie, Slovénie et Croatie (direction nord→sud)  ; cette bande est appelée la Hongrie royale.

Toutefois, grâce au secours de la providence céleste, la majorité de la noblesse hongroise rebondit sur ses pieds et se réorganisa autour de la Principauté de Transylvanie quasi-indépendante (aujourd’hui entièrement située en Roumanie). À ce « bloc de départ » territorial vinrent s’ajouter, dès 1571, l’est des actuelles Hongrie et Slovaquie. Ce deuxième État hongrois est judicieusement surnommé Royaume de Hongrie orientale par les historiens magyarophones.

Voici quelques cartes pour vous situer géographiquement (cliquez pour élargir – s’il y a lieu) :

TriplePartitionHongrie1526

Partition du Royaume de Hongrie en 1538 entre trois entités : Principauté de Transylvanie, Hongrie ottomane et Hongrie royale

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd'hui

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd’hui

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1683

La Hongrie en 1683

La Transylvanie en Roumanie aujourd'hui

La Transylvanie géographique en Roumanie aujourd’hui

Comme en France, le protestantisme se propage rapidement en Hongrie dans la décennie 1550. En 1557, un premier synode national a lieu à Csenger, ville située à la pointe est de l’actuelle Hongrie. En 1567, un second synode national réunit à Debrecen (en zone transylvaine) adopte la Confession helvétique postérieure rédigée par Bullinger, le successeur de Zwingli à Zurich. Debrecen devient dès lors le centre académique réformé le plus important en dehors de l’Europe occidentale, au point que cette cité porte le surnom de Roma Calvinista jusqu’à ce jour. En 1568, la Diète (assemblée législative) de Transylvanie réunie à Turda (en actuelle Roumanie) reconnaît quatre confessions religieuses (calvinisme, luthéranisme, catholicisme et unitarisme) et tolère l’« orthodoxie » orientale. La plupart des Hongrois de Transylvanie étaient d’obédience calviniste, la minorité bourgeoise allemande était luthérienne, tandis que la paysannerie roumaine de cette principauté demeura pseudo-orthodoxe.

De 1605 à 1699, la Principauté de Transylvanie forme un État quasi-indépendant possédant ses propres institutions, ses propres lois et sa propre armée. Officiellement vassale de l’Empire ottoman mais également convoitée par le Saint-Empire romain des Habsbourg, ses princes réformés réussissent à maintenir une politique d’équilibre et d’autonomie vis-à-vis ces deux pouvoirs hégémoniques. Sous le règne de ces princes, la culture hongroise épanouit et les fondements littéraires du magyar (la langue hongroise) sont établis grâce à des traductions de la Bible. Les écoles et les collèges se multiplient. En 1653, l’érudition réformée produit la Magyar Encyclopædia, première œuvre de cette envergure dans cette langue.

Sources :

Plaque commémorative en l'honneur du prince réformé Étienne II Bocskai à Košice en Slovaquie

Plaque commémorative en l’honneur du prince réformé Étienne II Bocskai (1557-1606) à Košice en Slovaquie

Monument de Gábor Bethlen sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Monument du prince réformé Gábor Bethlen (1580-1629) sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Comme la quantité de ressources françaises sur la Réformation en Hongrie et en Transylvanie est très limitée, j’ai dressé une une listes des princes calvinistes de Transylvanie du XVIIe siècle récapitulant leurs principales réalisations…

  • Étienne II Bocskai (1604-1606) : Il mène une insurrection anti-Habsbourg en 1604-1606 pour la défense des protestants ; il obtient – avec la Paix de Vienne conclue avec les Habsbourg en 1606 – l’indépendance de la Transylvanie et la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Gábora (ou Gabriel) Bethlen (1613-1629) : Il construit un nouveau palais à Alba Iulia, la capitale transylvaine ; il fonde une académie réformée ; il oblige les propriétaires terriens à scolariser les enfants de leurs serfs ; il guerroie contre les Habsbourg en Slovaquie de 1619 à 1626 pour soutenir les protestants tchèques et allemands dans le cadre de la Guerre de Trente ans ; il obtient le respect de la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Georges Ier Rákóczi (1630-1648) : Il défait les Ottomans de la Hongrie occupée en 1636 ; il assiège Brno (la capitale de la Moldavie) avec les Suédois en 1644 ; il obtient la liberté de culte pour les réformés de Hongrie royale ainsi que le contrôle des sept comtés (le Partium) au Traité de Linz en 1645 ; bâtit le Palais Rákóczi à Prešov dans l’est de l’actuelle Slovaquie.
  • Georges II Rákóczi (1648-1659) : Il s’allie à la Suède et le Brandebourg (des puissances protestantes) à la fin de la Guerre de Trente ans en 1648. Aux négociations de Westphalie terminant cette grande guerre européenne en 1648, la Principauté de Transylvanie siège comme État indépendant.
  • Jean III Kemény (1560-1562) : Il entreprend une expédition dans le Grand-Duché de Pologne-Lithuanie où il est fait prisonnier par les Tatars de Crimée (des musulmans à la solde  des Turcs) de 1656 à 1659.
  • Michel Ier Abaffi : (1661-1690) : Il combat les Habsbourg dans la campagne de 1683 ; il accepte la suzeraineté des Habsbourg en 1687 en contrepartie d’un traité en vertu duquel la Transylvanie conserve ses droits politiques et religieux.
  • Imre Thököly (1690) : Il est prince de Haute-Hongrie dès 1681 ; il guerroie contre les Habsbourg en 1683 mais est emprisonné à Andrinople par le sultan en 1686 ; il écrase une armée Habsbourg à la bataille de Zărnești (au nord-ouest de l’actuelle Roumanie) en 1690 mais doit se réfugier en Thrace à cause des autres avancées de la « Sainte-Ligue » papiste.
Les trois poches réformées en Hongrie et Transylvanie et début du XXe siècle

Trois enclaves protestantes en Autriche-Hongrie au début du XXe siècle (en vert) ··· Du nord-ouest au sud-est : L’enclave réformée hongroise du Comitat d’Abaúj-Torna (chef-lieu Kassa) ; l’enclave réformée hongroise de la Cité de Debrecen (Comitat d’Hajdú-Bihar) ; et l’enclave allemande luthérienne du Comitat de Brassó (chef-lieu éponyme)

 

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Le réformateur Jean Calvin prêchant la Parole de Dieu dans la cathédrale St-Pierre à Genève au XVIème siècle

L’historiographie dominante des Guerres de Religion françaises (1560-1594) veut que celles-ce auraient été menées par une noblesse protestante belliqueuse et impatiente qui aurait trainée les réticentes communautés réformées et leurs pasteurs dans une aventure incertaine. Une partie de l’historiographie réformée orthodoxe emboîte naïvement le pas (exemple # 1 ; exemple # 2 ; exemple # 3). Or, l’étude de Philip Benedict, intitulée Prophets in Arms ? Ministers in War, Ministers on War et parue dans le périodique Past & Present (Vol. 214, N° 7, 2012, p. 163-196), démontre cependant que ce point de vue est erroné. La réalité historique est que c’est plutôt les ministres réformés – Pierre Viret, Jean Calvin et Théodore de Bèze en tête – qui poussèrent la noblesse huguenote engourdie à remplir son obligation légale de défendre militairement les chrétiens évangéliques et le Royaume de Dieu sur Terre.

L’ancienne province du Dauphiné en France et les trois départements qui lui succédèrent (Drôme, Isère et Hautes-Alpes)

Des extraits de cette étude sont ici reproduits.

+ + + + +

The provincial synod of Dauphiné and the Lyonnais held in November 1561 decided that henceforward synods would ‘only treat matters pertaining to religion alone’; financial affairs would be put in the hands of competent deputies.

[…]

The decisions taken during the First Civil War by the Protestant-controlled Estates of Languedoc and Dauphiné to organize the military, fiscal, and political affairs of the substantial portions of those provinces under Huguenot control […] in December 1562. […] Meeting of the Estates of the Protestant-controlled Vivarais [took place] in the same month.

[…]

It appears that Beza and Calvin were jointly engaged in raising money for troops that they were willing to place at Antoine’s service if he were prepared to grasp the nettle [contexte : rencontre de Bèze et d’Antoine de Bourbon à Nérac en été 1560].

[…]

When the First Civil War broke out, Beza was once again in France. He quickly joined those around the prince of Condé [Louis Ier de Bourbon-Condé, dont l’étendard arborait la devise « Doux péril pour Christ et la Patrie » selon Agrippa d’Aubigné], was among those advising him during the critical days prior to his seizure of Orléans, probably ghost-authored his subsequent manifestos justifying his actions, wrote independently to the Reformed churches of the kingdom urging them to send men and money for the Protestant cause, and served as one of the cause’s treasurers and fund-raisers.

[…]

In early 1573, for instance, he [Bèze] was involved in the planning of a military expedition involving refugee Huguenot noblemen that set out from Geneva to revive the dormant churches of Dauphiné and that vainly attempted to seize Grenoble. The following year he helped to organize an expedition against Mâcon and Chalons-sur-Saône.

[…]

Martin Taschard […] had been ordained as a minister in Geneva in 1557 and dispatched to the Waldensian valleys of Piedmont. There in 1560–61 he led an armed squadron of 100 harquebusiers that seized and ‘purified’ churches in the Val Pragelato and Val Germanesca, then played an essential role in the successful armed defence that the churches of these valleys mounted against the duke of Savoy’s effort to outlaw their assemblies.

[…]

In the Gevaudan the minister Anthoine Copier captained the troops that took Mende in July 1562.

[…]

Before Condé’s army left Orléans for the campaign that culminated in the battle of Dreux, the prince attached ministers to each regiment of his troops at the behest of the numerous pastors who had taken refuge in the city, both so that the clergymen could lead prayers and offer exhortations, and ‘to restrain the men so that they do not go beyond due measure’. (‘Pour estre conduicts soubs l’obeissance de la parole de Dieu, nous entendons avoir en noz compagnies de bons et fideles Ministres de la gloire de Dieu, qui nous enseigneront sa volonté, et ausquels nous presterons audience telle qu’il appartient’. Mémoires de Condé, London, 1743, III, p. 260.)

[…]

On the whole, however, they [the ministers] seem to have advocated resistance without surrender more often than noble Protestants [!].

[…]

After the prince of Condé and the grandees who had rallied around him seized Orléans on 2 April, manifestos issued in his name were in fact likely to have been authored by Beza.

[…]

The treaty of association sworn by Condé and all those who rallied to his banner engaged those who signed on to lay down their lives if necessary to defend and liberate the king and to preserve the liberty of conscience granted by the Edict of January. They were also to comport themselves in an exemplary fashion according to God’s laws. [Pas seulement des individus mais aussi de nombreuses églises joignirent cette alliance assermentée.]

[…]

Once the wars were underway, a clear majority of ministers advocated resistance jusqu’au bout.

[…]

The concept of prophetic politics was first suggested to me by the dedicatory epistle that Theodore Beza addressed to Gaspard de Coligny in 1565 to accompany Calvin’s commentaries on the first twenty chapters of Ezekiel. […] He [Coligny] could act ‘in God’s manner and on God’s advice’. Since the same God determined the outcome of biblical events as those of all times, the maxims that can be drawn from Scripture are perpetual and unchanging, ‘indeed more certain and infallible than all the principles of the mathematicians’.

[…]

Take for instance the avis concerning the legitimacy of a war with Savoy addressed by the Company of Pastors to the authorities of Geneva in 1582 in response to their request for an opinion as to whether or not it was appropriate to undertake a war in response to the continued Savoyard harassment of the city’s commerce and provisioning. […] In this instance, the pastors judged, the repeated intrusions, violence, and pillaging of lands that they believed belonged to Geneva, ‘notably the damage done to temples and buildings belonging to the public together with the obstruction of the holy ministry’, made any war undertaken properly defensive and just.

[…]

It was also important that a good code of military justice be drawn up and enforced should war ensue.

[…]

[Dans une lettre de Bèze à Navarre en 1575, le ministre explique que le roi] should not listen to those who would try to convince him that free and regular meetings of representative bodies weakened the authority or dignity of rulers, but instead maintain well ordered assemblies as the true means to make rulers serene in their conscience, loved by their subjects, feared by their enemies, and blessed by God.

[…]

During the First Civil War Montauban emerged as one of France’s leading Protestant strongholds by successfully resisting three royalist and Catholic sieges, the third and longest of which lasted from October 1562 until March 1563. Soon after this final siege began, the enemy commander asked to open negotiations with the city and its military commander, the captain Laboria. The ministers in the city opposed all negotiations ‘alleging that through such means the hearts [of the defenders] would be weakened and their faith in God sapped’. […] As October advanced, the ministers as a group formally opposed further negotiations with the attackers ‘with several lively remonstrations and the express witness of Scripture, notably the story of Nehemiah and other similar passages’.

[…]

Another instance where we can recover some of the content of ministerial arguments is during the long and critically important royal siege of La Rochelle in the aftermath of the Saint Bartholomew’s massacre. […] [Les pasteurs s’objectent constamment dans les conseils à la capitulation.] La Rochelle had made a pact with the brethren of Nîmes and Montauban to communicate and cooperate with one another. […] When one of the ministers in the city, André de Mazières, a pastor in the region since 1557, learned at the conclusion of the meeting that [François de] La Noue inclined toward a negotiated settlement, he […] reprimanded him as a ‘perfidious traitor and a deserter of his party’, and slapped him across the face. […] [La Noue] chose to leave the city several weeks later and to withdraw from the conflict because he could not accept the policy of resistance.

[…]

In March 1563, after the prince of Condé had negotiated initial terms for what would become the Edict of Amboise and submitted them to the 72 ministers who had taken refuge in Orléans, the ministers drafted a written protest against the agreement and urged that the party fight on till the full rights of worship accorded in the Edict of January were restored and the crown agreed to punish the perpetrators of the massacres of Vassy and Sens.

[…]

At the December 1562 meeting in Montélimar of the provincial estates of the parts of Dauphiné controlled by the Protestants, a central question before the deputies was whether or not to accept peace terms negotiated between the Protestant regional chieftain, the baron des Adrets, and the royal and Catholic governor of the province, the duke of Nemours. The truce […] all inhabitants would enjoy freedom of conscience and worship, but only in the privacy of their homes. […] Unsurprisingly, the ministers present in the assembly were among the most vehement opponents of this proposal, which was defeated. Among their ranks, it might be noted, was Jacques Ruffi, representing the allied province of the Lyonnais.

[…]

Contrary to what one would be led to expect by the argument […] that an essentially peaceful Protestant movement was only drawn into violence when noblemen became important within it, the ministers as a group seem more often to have advocated fighting.

[…]

After being admonished by Philippe Duplessis-Mornay for never having made public reparation for the notorious scandal of his affair with the daughter of a magistrate of La Rochelle, he [Henri de Navarre] agreed to admit his fault publicly before the church of Pons just prior to the battle of Coutras.

[…]

The fact of having entered into a sworn association before God intensified the obligation to persevere in its defence.

+ + + + +

Voir aussi…

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Le tour de France royal de 1564-66, crédit Henri IV Culture

Le tour de France royal de 1564-66, crédit Henri IV Culture

« Fin novembre [1564], Geoffroy de Caumont, que nous n’avions vu de longtemps, nous vint voir de ses Milandes [Périgord], tout plein de récits sur la rencontre des deux Reines, Jeanne d’Albret ayant été invitée par Catherine de Médicis à rejoindre la cavalcade royale sur son parcours, afin d’embrasser son fils [Henri de Navarre otage de la cour des Valois] et s’entretenir avec le roi [Charles IX] des plaintes qu’elle voulait lui faire sur Montluc. — Je fus, dit Caumont, non sans fierté, des trois cent cavaliers qui escortèrent Jeanne d’Albret à son départ de Pau le deuxième jour du mois d’avril. L’extraordinaire piquant de la chose, c’est que la Reine de Navarre remontait du sud au nord en soutenant nos Églises [réformées] de sa ferveur et des ses deniers, tandis que la Reine-Mère et le Roi descendaient du nord au sud en légiférant contre nous. […] Le plus beau de l’affaire fut la rencontre des deux cortèges à Mâcon ! Monsieur l’Écuyer, poursuivit-il en se tournant courtoisement vers Sauveterre, et vous, mon cousin, imaginez, je vous prie, l’ébahissement de ces courtisans musqués et des quatre-vingt putains brodées d’or de la Florentine, quand paru la Reine de Navarre, sans un bijou, sans une perle, toute de noir vêtue, entourée de huit ministres de notre Religion, et suivie de trois cent cavaliers gascons, vêtus non de soie mais de buffle, tous bottés et crottés, et sentant non point le musc, mais l’ail et la sueur. Ha, mon cousin ! Il n’y a pas une France, mais deux ! Celle du Nord, riche, fière puissante, et toute gâtée de ses vices, et celle du Midi, qui vaut deux fois celle du Nord. Mon père rit à cette saillie, mais Sauveterre, après un bref sourire, dit avec gravité : — Il n’y a pas deux Frances, monsieur Caumont, il n’y en a qu’une, et qui un jour sera, je l’espère, huguenote. — Amen ! dit Caumont. »

Source : Robert Merle, Fortune de France, Tome I, 1992, Éditions de Fallois, pages 391 à 393 sur 445.

Complément : Société de l’Histoire du Protestantisme dans la Vallée de la Dordogne

Prise de Nîmes par la cavalerie calviniste le 14 novembre 1569

Prise de Nîmes par la cavalerie calviniste le 14 novembre 1569

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Lors de la Réformation protestante, le Psaume 68 de l’Ancien Testament fut traduit en français par Théodore de Bèze, mis en vers par Clément Marot, puis harmonisé par Claude Goudimel pour être chanté par les fidèles réformés. Surnommé le « Psaume des Batailles », il devint rapidement l’hymne militaire favori des huguenots pendant les Guerres de Religion aux XVIe & XVIIe siècles ainsi que lors de l’insurrection des Camisards dans les Cévennes au début du XVIIIe siècle. Le voici chanté en magnifique polyphonie.

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(Hyperlien alternatif.)

Les paroles du Psaume des Batailles :

Que Dieu se montre seulement,
Et l’on verra dans un moment
Abandonner la place.
Le camp des ennemis épars,
Épouvanté de toute part,
Fuira devant sa face.
On verra tout ce camp s’enfuir,
Comme l’on voit s’évanouir
Une épaisse fumée.
Comme la cire fond au feu,
Ainsi des méchants, devant Dieu,
La force est consumée.

Mais, en présence du Seigneur,
Les justes chantent sa grandeur
Et sa gloire immortelle.
Et dans la grande joie qu’ils ont
Qu’en fuite, les méchants s’en vont,
Ils sautent d’allégresse.
Justes chantez tout d’une voix
Au Dieu des dieux, au Roi des rois,
La louange immortelle,
Car par l’orage il est porté,
Son nom est plein de majesté,
L’Éternel il s’appelle !

Réjouissez-vous devant lui,
Il est pour la veuve un appui,
Pour l’orphelin le Père.
Lui, l’Unique, est notre recours,
Lui, qu’on adore chaque jour,
Siège en son sanctuaire !
Le Dieu puissant, par sa bonté,
Apporte la fécondité,
Rend la femme fertile.
Il sort le captif de ses fers,
Il se saisit de l’homme fier,
Le chasse hors de la ville !

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Écoutez aussi : Chants protestants traditionnels interprétés par un chœur d’enfants [Le Monarchomaque]

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Le cantique La Cévenole interprété au Temple réformé d’Anduze (Gard). C’est un chant composé par le pasteur réformé baptiste Ruben Saillens (1855-1942) en 1885 au bicentenaire de la Révocation de l’Édit de Nantes (1685) en mémoire de la Guerre des Camisards qui s’est déroulée en 1702-1710.

·(Lien direct)

Les paroles :

Salut montagnes bien aimées,
Pays sacré de nos aïeux.
Vos vertes cimes sont semées,
De leur souvenir glorieux.
Élevez vos têtes chenues
Espérou, Bougès, Aigoual,
De leur gloire qui monte aux nues,
Vous n’êtes que le piédestal.

Refrain :

Esprit qui les fis vivre,
Anime leurs enfants
Anime leurs enfants
Pour qu’ils sachent les suivre.

Redites-nous, grottes profondes,
L’écho de leurs chants d’autrefois ;
Et vous, torrents, qui, dans vos ondes,
Emportiez le bruit de leur voix.
Les uns, traqués de cime en cimes,
En vrai lions surent lutter ;
D’autres — ceux-là furent sublimes
Surent mourir sans résister.

Refrain

Ô vétérans de nos vallées,
Vieux châtaigniers aux bras tordus,
Les cris des mères désolées,
Vous seuls les avez entendus.
Suspendus aux flancs des collines,
Vous seuls savez que d’ossements
Dorment là-bas dans les ravines,
Jusqu’au grand jour des jugements.

Refrain

Dans quel granit, ô mes Cévennes,
Fut taillé ce peuple vainqueur ?
Quel sang avaient-ils dans les veines ?
Quel amour avaient-ils au cœur ?
L’Esprit de Christ était la vie
De ces pâtres émancipés,
Et dans le sang qui purifie
Leurs courages étaient trempés.

Refrain

Cévenols, le Dieu de nos pères
N’est-il pas notre Dieu toujours ?
Servons-le dans les jours prospères
Comme ils firent aux mauvais jours ;
Et, vaillants comme ils surent l’être,
Nourris comme eux du pain des forts,
Donnons notre vie à ce Maître
Pour lequel nos aïeux sont morts.

Refrain

Rappelons que la théologie de résistance de Pierre Jurieu (1637-1713) fut l’impulsion à l’insurrection des Cévennes. Celle-ci ne fut pas veine, car même si le soulèvement fut éventuellement cruellement réprimé, les autorités royales eurent la crainte d’une nouvelle révolte et l’évêque catholique de Nîmes ne persécuta pas activement les réformés du diocèse, permettant aux calvinistes de s’y maintenir très discrètement. À la fin du XVIIIe siècle, le pasteur nîmois Rabaut St-Étienne (1743-1793), un descendant des Camisards, fit rééditer les œuvres de Jurieu. St-Étienne devint Président de l’Assemblée nationale puis fut martyrisé pendant la Terreur de la Révolution française.

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Celui qui étudie la théologie réformée / monarchomaque de résistance légitime peut parfois avoir l’impression que ces auteurs de pamphlets politiques étaient des penseurs isolés dans leur tour d’ivoire, sans influence substantielle. Or, la production littéraire du temps indique au contraire que les idées monarchomaques ont rapidement été reçues par la population réformée, que se l’est dûment appropriée. En témoigne, par exemple, le dialogue fictif composé par le Calviniste anonyme de Millau. Ce texte illustre merveilleusement la passion et l’état d’esprit combatif des huguenots français après le Massacre de la St-Barthélemy. Au paroxysme de la joute verbale, quand la Reine-Mère – Catherine de Médicis – dénigre le conseiller du Parlement de Toulouse (que les Provinces-Unies du Midi ont délégué à Paris pour faire connaître au roi Charles IX les cahiers dressés par l’Assemblée de Millau en 1573) en le traitant de « gens de petite qualité », le Calviniste anonyme fait répondre au délégué avec une verve rustre mais assurée :

« Dans ce royaume de France, il y a trois cent soixante villes de la religion [réformée] ; tellement, Madame, que la moindre d’icelles soutiendrait le camp du roi [serait capable de résister au siège] pendant dix jours ; joints aussi, madame, qu’il y a en France encore trois cent mille huguenots ou plus, portant les armes journellement pour leur défense ; vous assurant, Madame, que à c’t’heure, vous n’avez plus affaire avec un prince ou amiral ni autre grand seigneur, mais vous avez à faire avec de petits cadets ou pauvres gentilshommes ou avec un cordonnier, ou couturier, un maçon, un serrurier, méréchaus [?], et autres de petits états lesquels, Madame, ont grand plaisir de porter les armes et d’aller à la guerre. » (Janine Garrisson, Protestants du Midi, p. 209-210)

L’ébauche du Règlement des Provinces-Unies du Midi tel que provisoirement adopté par l’Assemblée politique de Réalmont (Tarn) puis de St-Antonin (Gers) à l’automne 1572 atteste également de l’acceptation populaire effective des principes monarchomaques. Ainsi, l’article premier de cette proto-constitution entérine la résistance armée contre les tyrans violateurs de la Loi divine :

« En attendant qu’il plaise à Dieu, qui a le cœur des rois en Sa main, de changer celui de notre tyran [Charles IX] et restituer l’État de la France en bon ordre ou susciter un prince voisin qui [se] soit manifesté par sa vertu et [ses] marques insignes ; […] on élira par voix et suffrages publics, en chaque ville ou cité que ceux de la religion réformée tiennent ou tiendront à l’avenir, un chef que l’on nommera Majeur pour y commander tant au fait de la guerre que pour leur défense et conservation que de la police, afin que tout soit fait par bon ordre. » (Ibid., p. 180)

L’article dix-neuvième promulgue quant à lui la condamnation des traitres à la collectivité et des anti-protestants. Le peuple peut traduire en justice devant le Conseil de ville « tous ceux soit de la noblesse ou autres chefs ou membres qu’ils penseront machiner, pratiquer, ou faire quelque chose contre le bien public de la religion et la défense commune du corps. » (Ibid., p. 181) On voit ici le lien étroit entre les dispositions monarchomaques et théonomistes.

L’article dernier est le plus fort : il prépare le renversement légal des tyrans illégitimes… « Si le mal est venu jusqu’au comble et que la volonté de Dieu soit de les exterminer [les tyrans anti-réformés], s’il plaisait à Dieu de susciter quelque chrétien vengeur des offenses et libérateur des affligés, qu’à celui-là ils [les réformés] se rendent sujets et obéissants comme à un Régent que Dieu à envoyé, et en attendant cette obtention, qu’ils se gouvernent par l’ordre ci-devant écrit en forme de loi. » (Ibid., p. 180)

Au rang des mesures pour les exactions de la soldatesque, l’article 31 prévoit ceci quant à la discipline militaire en rapport avec la population civile : « Quand on sera contraint de camper, si le soldat est instruit de se contenter de l’ordinaire du bonhomme avec toute modestie et crainte de Dieu et les lois militaires qui leur doivent servir de bride et de conduite. » Cette ordonnance fait écho aux efforts de Coligny pour régénérer moralement l’infanterie française.

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Pour les intéressés par Pierre Viret et la Réformation de la Suisse romande :

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PlaqueGaspardColigny

Le 24 août 1572 au soir. La noblesse française est assemblée à Paris pour célébrer le mariage d’Henri de Navarre et de la princesse Marguerite de Valois qui vient d’avoir lieu une semaine plus tôt. Le Duc de Lorraine, Henri de Guise — un opportuniste hissé à la tête du parti catholique — et la Reine-Mère Catherine de Médicis poussent l’incapable roi Charles IX à ordonner l’assassinat d’une cinquantaine de gentilshommes huguenots (protestants français). Au cours de cette nuit de la St-Barthélemy, la populace catholique, exaltée par les prédicants apocalyptiques de la Contre-Réforme, transforme cette décapitation politique en hécatombe nationale. Tous les protestants qui refusent d’abjurer la foi biblique sur-le-champ sont violemment mis à mort au milieu de ce cauchemar très réel. Le massacre parisien inaugure une véritable  « saison des St-Barthélemy », la tuerie systématique des calvinistes étant massivement reproduite pendant l’automne dans la plupart des grandes villes du royaume, faisant entre dix et trente mille victimes au total selon les estimations.

Voici cet événement difficile et douloureux tel que mis au cinéma dans le film La Reine Margot (1994) :

Si le vidéo dysfonctionne essayez ici ou ici. La St-Barthélemy de 1572 a aussi été mise en scène de façon similaire dans le film Henri IV (2010).

Extrait # 1 (à partir de 05:50 ; j’avertis : scène impudique dans les minutes qui précèdent) :

Extrait # 2 (jusqu’à 06:00) :

La première victime de cette folie démoniaque fut l’Amiral de France, Gaspard de Coligny. Voici le monument érigé en son l’honneur près du Temple réformé de l’Oratoire du Louvre à Paris :

La maxime de Coligny était « Gloire de Dieu et Bien Public ». En 1925, le recteur de l’église franco-protestante de New York (et fondateur de la Huguenot Society of America), Alfred Wittmeyer, prononça le mémorable sermon L’Amiral Coligny – Martyr Huguenot. Une fresque du peintre Vasari célébrant ce massacre avec le cadavre de Coligny jeté en dehors d’une fenêtre orne encore le Vatican aujourd’hui. C’est beau, l’œcuménisme à la romaine.

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VitrailCroixHuguenote

Sur la dégauchisation de l’électorat protestant en France…

La fin de l’orientation à gauche des protestants français

L’orientation à gauche des protestants français signalée par Siegfried au tournant du siècle prend-elle fin avec la Première Guerre mondiale ? Certains auteurs l’ont affirmée avec force. C’est le cas de Roger Mehl qui écrit par exemple qu’il est faux « de dire pour cette période d’entre les deux guerres que le protestant est un homme de gauche ». Évitons d’abord les faux débats. Le protestantisme de droite a toujours existé en France. Mais les signes de sa vigueur semblent se multiplier dans l’entre-deux-guerres, où certains protestants participent explicitement au camp nationaliste. Ils sont notamment regroupés dans le mouvement La Cause, fondé en 1920. Ce mouvement est alors à l’origine de manifestations contre le marxisme, et critique sévèrement le Front Populaire dans son émission religieuse sur Radio-Paris. Cette orientation politique reste « extrêmement minoritaire » chez les protestants de cette époque, qui demeurent massivement orientés à gauche. […]

Sur un échantillon de taille appréciable, les protestants français ne peuvent plus aujourd’hui être classés à gauche. Ceux qui se disent appartenir à ce camp sont rigoureusement aussi nombreux en pourcentage que dans la moyenne nationale : 23 %. Ils ne sont pas pour autant tombés à droite : là encore, on a une parfaite symétrie avec la moyenne des Français : 13 % se classent à droite chez les protestants comme chez leurs concitoyens. […]

Ces résultats sont confirmés par l’étude de la sympathie partisane, directement articulée au vote. Les protestants sont aussi à droite que la moyenne nationale, et à peine plus à gauche, avec un écart qui ne peut pas être considéré comme significatif. [Voir référence pour tableau.] […]

Démontrée aux débuts du XXe siècle, l’orientation à gauche des protestants court jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. […] Ils semblent avoir rejoints la moyenne nationale. Et l’écart qui les séparait des catholiques lui-même s’est du même mouvement considérablement atténué.

Source ↑ : Claude Dargent, « Démocratie et religion – Table ronde : Protestantisme, vote et contexte national », Actes du Festival international de géographie de Saint-Die-des-Vosges, 2002, Centre national de documentation pédagogique.

Le clivage électoral catholique-protestant revisité

Un examen des différentes études qui ont été menées sur cette question en Alsace aboutit à une juxtaposition de configurations différentes qui ne semblent pas correspondre à une cohérence globale : opposition entre un vote catholique à droite et un vote protestant à gauche aux scrutins de 1849-1850, ainsi qu’aux élections de 1919 et 1924, clivage entre un vote catholique clérical et un vote protestant davantage orienté vers le parti libéral pendant la période allemande antérieure à 1918, vote autonomiste dans les communes protestantes de la circonscription de Saverne aux scrutins de 1928, 1932 et 1936, clivage entre un vote catholique pour le Mouvement Républicain Populaire (MRP) et un vote protestant pour le gaullisme sous la Quatrième République (et un vote protestant mendésiste au scrutin de 1956), scores élevés pour le Front National dans certains secteurs ruraux protestants à partir de l’élection présidentielle de 1988. […] L’ensemble des études électorales qui ont été menées en Alsace sur cette question met en évidence l’existence d’un clivage catholique-protestant dans cette région, mais elles ne permettent pas d’identifier la nature de ce clivage, si ce n’est en négatif en l’opposant au clivage de type droite-gauche auquel il ne semble correspondre que de façon exceptionnelle.

Source ↑ : Bernard Schwengler, « Le clivage électoral catholique-protestant revisité (France, Allemagne fédérale, Suisse) », Revue française de science politique, Vol. 55, N° 3, 2005, p. 381-413.

Virage à droite des protestants ?

Un sondage révèle de façon très nette que : les protestants penchent désormais majoritairement à droite ; ils le font plus que l’ensemble des Français ; ils rejoignent en cela les Français catholiques. C’est une évolution considérable de la sensibilité politique des protestants. Au premier tour de l’élection présidentielle, 34 % ont déclaré avoir l’intention de voter pour Nicolas Sarkozy alors que ce n’est le cas que de 28 % de l’ensemble des Français. Ils rejoignent ainsi les intentions de vote des Français catholiques qui, selon la même question IFOP, ont été 33 % à déclarer leur intention de vote pour Nicolas Sarkozy (cf. La Croix du 6 mars 2007).

Par contre, alors que La Croix du 6 mars 2007 observait que François Bayrou ne séduisait guère plus les catholiques que l’ensemble des Français, ce n’est pas le cas chez les protestants qui lui accordent 27 % des intentions de vote (contre 23 % des Français). François Bayrou, le Béarnais catholique, auteur d’un livre sur Henri IV, séduirait-il particulièrement les protestants ? [sic] Les protestants, volontiers libéraux-sociaux (centre droit) ou sociaux-démocrates (centre gauche) pourraient effectivement trouver leur compte dans cette voix du centre qui, comme eux, répugne aux extrêmes. 27 % en faveur de Bayrou, 34 % en faveur de Sarkozy, cela fait 61 % des intentions de vote pour la droite, 62 % si l’on ajoute les 1 % pour Philippe de Villiers.

Si les protestants refusent plus que l’ensemble des Français l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen (8 % des intentions de vote des protestants contre 13 % de l’ensemble des Français), leur préférence va donc aujourd’hui nettement vers la droite ou le centre-droit. Quant à Ségolène Royal qui, en troisième position, n’a les faveurs que de 20 % des protestants, c’est non seulement, dans cette enquête, moins que l’ensemble des Français (23 %), mais moins que les Français catholiques (22 %) !

Source ↑ : Jean-Paul Willaime, « Virage à droite des protestants ? », Réforme, 27 juin 2007.

Les terroirs protestants traditionnels, des Cévennes à l’Alsace, sont de moins en moins à gauche, quand ils ne recèlent pas des votes pour le Front National supérieurs à la moyenne nationale.

Source ↑ : Fiche de lecture de l’ouvrage “Les Protestants et la République” de Pierre Cabanel, Dacodoc.

Le mythe fondateur est connu : Le protestantisme serait de gauche, démocratie religieuse et démocratie politique se rejoindraient autour d’un modèle républicain dont nos huguenots seraient les meilleurs porte-glaives. […] Le dernier chapitre, sur l’après-1945, pose de façon pertinente la question de la survie même d’une culture politique protestante, dans une société où la bonne image du protestantisme repose davantage sur sa réputation de tolérance, voir de sa capacité à s’auto-diluer dans la sécularisation générale, que sur les traits qui firent longtemps l’identité huguenote.

Source ↑ : Denis Pelletier, « Patrick Cabanel : “Les protestants et la République – De 1870 à nos jours” », Revue d’histoire du vingtième siècle, Vol. 72, N° 72, p. 167.

Hors-site : À qui profite le vote des protestants français ? [Réformés]

La persécution des protestants orthodoxes français par l’État laïciste jacobin :

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Fichiers alternatifs : clic | clic | clic.

Le 1er mars 1562, six semaines après que l’Édit de Janvier ait autorisé le culte calviniste à l’extérieur de toutes les villes françaises, quelque 200 protestants célèbrent dans une grange de Wassy en Champagne. Le Duc de Guise, archi-catholique, passe par là et entend résonner leurs cantiques. Il s’irrite et ordonne à sa troupe de châtier ces renégats. Elles s’exécutent brutalement, assassinent et humilient collectivement les pratiquants… on décompte une cinquantaine de morts et 150 blessés avant que les soldats ne permettent aux survivants de se disperser. Cette commotion marque le début des Guerres de Religion qui vont déchirer la France pendant 30 ans et causer — directement ou indirectement (par famine et épidémie) — la mort d’un millions d’habitants, soit  le huitième de la population du royaume. En rétribution aux exactions de Guise, le prince protestant Louis de Condé attaque Orléans le 2 avril 1562, puis s’ensuit un cycle incessant d’épiques et sanglantes prises d’armes entrecoupées d’édits de cessation des hostilités…

Environ 15 % des Français adoptent entre-temps la foi nouvelle qui s’articule autour d’un corps de doctrines solidement établi : rapport personnel et direct au Créateur, lecture par tous  les chrétiens de la Parole de Dieu (Saintes Écritures), sacerdoce de tous les croyants, salut par la foi, adoration de la Trinité seule (et non pas de Marie et d’une ribambelle de saints quasi-déifiés). Mais cette minorité est disproportionnellement répartie entre les classes. En chiffres ronds, le protestantisme rallie 10 % de la paysannerie, 50 % de la bourgeoisie et 50 % de la noblesse.  Comment expliquer cette disparité ? C’est que les membres de l’élite lettrée, qui avaient la chance de lire la Bible eux-mêmes et y redécouvrir ses trésors, étaient beaucoup plus enclins à passer à la Réforme que les paysans analphabètes qui dépendaient entièrement d’un curé pour leur nourriture spirituelle. Les cultivateurs et les éleveurs des villages où il pré-existait une école communale qui enseignait les rudiments de la lecture et de l’écriture aux enfants acceptèrent généralement avec beaucoup d’enthousiasme la Réforme, comme dans le Vaucluse, les Cévennes et le Vercors.

Si la moitié des nobles de l’ensemble des provinces embrassent le protestantisme (même dans des régions massivement catholiques comme la Bretagne), les fidèles calvinistes sont nettement concentrés dans le sud et l’ouest. En 1562, on compte déjà quelque 1400 paroisses réformées « dressées » à la genevoise (c’est-à-dire organisées autour d’un pasteur et d’un consistoire) en territoire français :

Plusieurs métropoles régionales comme Montauban, Nîmes et Montpellier deviennent des bastions réformés, la cité de La Rochelle se transforme pratiquement en république calviniste indépendante. Lyon est une capitale protestante en 1562-1563 ; le Quatrième Synode national des Églises réformées du Royaume de France s’y tient en 1563 sous l’autorité du respecté pasteur Pierre Viret.

Lyon devient le deuxième plus important centre d’imprimerie de France et un foyer de réflexion considérable, au point où l’on a pu parler de Lyon comme de la « capitale intellectuelle du royaume » (source). C’est dire l’influence de la ville pendant cette période.

La Paix d’Ambroise rend la ville à la Ligue catholique, mais le parti réformé en redeviendra maître en 1594. En 1570, Jeanne d’Albret fait de la foi réformée la religion d’État du Béarn dont voici la localisation dans l’Hexagone :

En réaction au mariage « d’apaisement » entre le Roi de Navarre huguenot, Henri de Bourbon, et l’officiellement catholique fille du Roi Henri II de France, Marguerite de Valois (la « reine Margot »), le massacre parisien de la Saint-Barthélémy du 24 août 1572 est reproduit à Bordeaux et  Toulouse le 3 octobre, faisant environ une dizaine de milliers de morts (incluant le chef  des Huguenots, l’amiral Gaspard de Coligny) et rallumant les Guerres de Religion.

La régente Catherine de Médicis observe avec satisfaction les résultats de l’hécatombe criminelle :

Après une tentative de meurtre contre lui par Catherine de Médicis en 1576, Henri de Navarre prend la tête du parti protestant et prépare la contre-offensive avec le surnom de « Roi de Gascogne », titre qui n’était pas tout à fait inapproprié si l’on compare les frontières de son domaine avec celles de la Gascogne.

Carte des domaines d’Henri de Navarre dans le Sud-Ouest de la France :

Carte de la Gascogne dans le Sud-Ouest de la France :

Dans la décennie 1570, catholiques et protestants s’organisent en territoires quasi-souverains dans les parties du royaume qu’ils contrôlent. Le calvinisme est porteur d’une théorie politique selon laquelle le tout système étatique doit s’appuyer sur le peuple qui est indirectement souverain (via la petite noblesse dans ce contexte). Les Huguenots créent ainsi dans le sud de la France une république fédérative où chaque province jouit d’une grande autonomie face au pouvoir central. L’autorité est confiée au « pays », c’est-à-dire à des États-Généraux. Les Provinces-Unies du Midi sont fondées à Anduze en février 1573. Ce régime perdurera une bonne vingtaine d’années. Les Provinces-Unies du Midi constituent un précédent à la monarchie constitutionnelle.

Le 20 octobre 1587, l’armée royale catholique est écrasée par les calvinistes des Provinces-Unies du Midi à Coutras en Gironde (Aquitaine),  ce qui prélude à la marche de l’héritier du trône, de la couronne et sceptre sur Paris et à la conclusion de la 8ème guerre de religion.

Voir également sur Le Monarchomaque :

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