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Archive for the ‘Histoire de la Réformation’ Category

Le cantique La Cévenole interprété au Temple réformé d’Anduze (Gard). C’est un chant composé par le pasteur réformé baptiste Ruben Saillens (1855-1942) en 1885 au bicentenaire de la Révocation de l’Édit de Nantes (1685) en mémoire de la Guerre des Camisards qui s’est déroulée en 1702-1710.

·(Lien direct)

Les paroles :

Salut montagnes bien aimées,
Pays sacré de nos aïeux.
Vos vertes cimes sont semées,
De leur souvenir glorieux.
Élevez vos têtes chenues
Espérou, Bougès, Aigoual,
De leur gloire qui monte aux nues,
Vous n’êtes que le piédestal.

Refrain :

Esprit qui les fis vivre,
Anime leurs enfants
Anime leurs enfants
Pour qu’ils sachent les suivre.

Redites-nous, grottes profondes,
L’écho de leurs chants d’autrefois ;
Et vous, torrents, qui, dans vos ondes,
Emportiez le bruit de leur voix.
Les uns, traqués de cime en cimes,
En vrai lions surent lutter ;
D’autres — ceux-là furent sublimes
Surent mourir sans résister.

Refrain

Ô vétérans de nos vallées,
Vieux châtaigniers aux bras tordus,
Les cris des mères désolées,
Vous seuls les avez entendus.
Suspendus aux flancs des collines,
Vous seuls savez que d’ossements
Dorment là-bas dans les ravines,
Jusqu’au grand jour des jugements.

Refrain

Dans quel granit, ô mes Cévennes,
Fut taillé ce peuple vainqueur ?
Quel sang avaient-ils dans les veines ?
Quel amour avaient-ils au cœur ?
L’Esprit de Christ était la vie
De ces pâtres émancipés,
Et dans le sang qui purifie
Leurs courages étaient trempés.

Refrain

Cévenols, le Dieu de nos pères
N’est-il pas notre Dieu toujours ?
Servons-le dans les jours prospères
Comme ils firent aux mauvais jours ;
Et, vaillants comme ils surent l’être,
Nourris comme eux du pain des forts,
Donnons notre vie à ce Maître
Pour lequel nos aïeux sont morts.

Refrain

Rappelons que la théologie de résistance de Pierre Jurieu (1637-1713) fut l’impulsion à l’insurrection des Cévennes. Celle-ci ne fut pas veine, car même si le soulèvement fut éventuellement cruellement réprimé, les autorités royales eurent la crainte d’une nouvelle révolte et l’évêque catholique de Nîmes ne persécuta pas activement les réformés du diocèse, permettant aux calvinistes de s’y maintenir très discrètement. À la fin du XVIIIe siècle, le pasteur nîmois Rabaut St-Étienne (1743-1793), un descendant des Camisards, fit rééditer les œuvres de Jurieu. St-Étienne devint Président de l’Assemblée nationale puis fut martyrisé pendant la Terreur de la Révolution française.

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Celui qui étudie la théologie réformée / monarchomaque de résistance légitime peut parfois avoir l’impression que ces auteurs de pamphlets politiques étaient des penseurs isolés dans leur tour d’ivoire, sans influence substantielle. Or, la production littéraire du temps indique au contraire que les idées monarchomaques ont rapidement été reçues par la population réformée, que se l’est dûment appropriée. En témoigne, par exemple, le dialogue fictif composé par le Calviniste anonyme de Millau. Ce texte illustre merveilleusement la passion et l’état d’esprit combatif des huguenots français après le massacre de la St-Barthélémy. Au paroxysme de la joute verbale, quand la Reine-Mère — Catherine de Médicis — dénigre le conseiller du Parlement de Toulouse (que les Provinces-Unies du Midi ont délégué à Paris pour faire connaître au roi Charles IX les cahiers dressés par l’Assemblée de Millau en 1573) en le traitant de « gens de petite qualité », le Calviniste anonyme fait répondre au délégué avec une verve rustre mais assurée :

« Dans ce royaume de France, il y a trois cent soixante villes de la religion [réformée] ; tellement, Madame, que la moindre d’icelles soutiendrait le camp du roi [serait capable de résister au siège] pendant dix jours ; joints aussi, madame, qu’il y a en France encore trois cent mille huguenots ou plus, portant les armes journellement pour leur défense ; vous assurant, Madame, que à c’t’heure, vous n’avez plus affaire avec un prince ou amiral ni autre grand seigneur, mais vous avez à faire avec de petits cadets ou pauvres gentilshommes ou avec un cordonnier, ou couturier, un maçon, un serrurier, méréchaus [?], et autres de petits états lesquels, Madame, ont grand plaisir de porter les armes et d’aller à la guerre. » (Janine Garrisson, p. 209-210)

L’ébauche du Règlement des Provinces-Unies du Midi tel que provisoirement adopté par l’Assemblée politique de Réalmont (Tarn) puis de St-Antonin (Gers) à l’automne 1572 atteste également de l’acceptation populaire effective des principes monarchomaques. Ainsi, l’article premier de cette proto-constitution entérine la résistance armée contre les tyrans violateurs de la Loi divine :

« En attendant qu’il plaise à Dieu, qui a le cœur des rois en Sa main, de changer celui de notre tyran [Charles IX] et restituer l’État de la France en bon ordre ou susciter un prince voisin qui [se] soit manifesté par sa vertu et [ses] marques insignes ; […] on élira par voix et suffrages publics, en chaque ville ou cité que ceux de la religion réformée tiennent ou tiendront à l’avenir, un chef que l’on nommera Majeur pour y commander tant au fait de la guerre que pour leur défense et conservation que de la police, afin que tout soit fait par bon ordre. » (Ibid, p. 180)

L’article dix-neuvième promulgue quant à lui la condamnation des traitres à la collectivité et des anti-protestants. Le peuple peut traduire en justice devant le Conseil de ville « tous ceux soit de la noblesse ou autres chefs ou membres qu’ils penseront machiner, pratiquer, ou faire quelque chose contre le bien public de la religion et la défense commune du corps. » (Ibid, p. 181) On voit ici le lien étroit entre les dispositions monarchomaques et théonomistes.

L’article dernier est le plus fort : il prépare le renversement légal des tyrans illégitimes… « Si le mal est venu jusqu’au comble et que la volonté de Dieu soit de les exterminer [les tyrans anti-réformés], s’il plaisait à Dieu de susciter quelque chrétien vengeur des offenses et libérateur des affligés, qu’à celui-là ils [les réformés] se rendent sujets et obéissants comme à un Régent que Dieu à envoyé, et en attendant cette obtention, qu’ils se gouvernent par l’ordre ci-devant écrit en forme de loi. » (Ibid, p. 180)

Au rang des mesures pour les exactions de la soldatesque, l’article 31 prévoit ceci quant à la discipline militaire en rapport avec la population civile : « Quand on sera contraint de camper, si le soldat est instruit de se contenter de l’ordinaire du bonhomme avec toute modestie et crainte de Dieu et les lois militaires qui leur doivent servir de bride et de conduite. » Cette ordonnance fait écho aux efforts de Coligny pour régénérer moralement l’infanterie française.

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Pour les intéressés par Pierre Viret:

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PlaqueGaspardColigny

Le 24 août 1572 au soir. La noblesse française est assemblée à Paris pour célébrer le mariage d’Henri de Navarre et de la princesse Marguerite de Valois qui vient d’avoir lieu une semaine plus tôt. Le Duc de Lorraine, Henri de Guise — un opportuniste hissé à la tête du parti catholique — et la Reine-Mère Catherine de Médicis poussent l’incapable roi Charles IX à ordonner l’assassinat d’une cinquantaine de gentilshommes huguenots (protestants français). Au cours de cette nuit de la St-Barthélemy, la populace catholique, exaltée par les prédicants apocalyptiques de la Contre-Réforme, transforme cette décapitation politique en hécatombe nationale. Tous les protestants qui refusent d’abjurer la foi biblique sur-le-champ sont violemment mis à mort au milieu de ce cauchemar très réel. Le massacre parisien inaugure une véritable  « saison des St-Barthélemy », la tuerie systématique des calvinistes étant massivement reproduite pendant l’automne dans la plupart des grandes villes du royaume, faisant entre dix et trente mille victimes au total selon les estimations.

Voici cet événement difficile et douloureux tel que mis au cinéma dans le film La Reine Margot (1994) :

Si le vidéo dysfonctionne essayez ici ou ici. La St-Barthélemy de 1572 a aussi été mise en scène de façon similaire dans le film Henri IV (2010).

Extrait # 1 (à partir de 05:50 ; j’avertis : scène impudique dans les minutes qui précèdent) :

Extrait # 2 (jusqu’à 06:00) :

La première victime de cette folie démoniaque fut l’Amiral de France, Gaspard de Coligny. Voici le monument érigé en son l’honneur près du Temple réformé de l’Oratoire du Louvre à Paris :

La maxime de Coligny était « Gloire de Dieu et Bien Public ». En 1925, le recteur de l’église franco-protestante de New York (et fondateur de la Huguenot Society of America), Alfred Wittmeyer, prononça le mémorable sermon L’Amiral Coligny – Martyr Huguenot. Une fresque du peintre Vasari célébrant ce massacre avec le cadavre de Coligny jeté en dehors d’une fenêtre orne encore le Vatican aujourd’hui. C’est beau, l’œcuménisme à la romaine.

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Sur la dégauchisation de l’électorat protestant en France…

La fin de l’orientation à gauche des protestants français

L’orientation à gauche des protestants français signalée par Siegfried au tournant du siècle prend-elle fin avec la Première Guerre mondiale ? Certains auteurs l’ont affirmée avec force. C’est le cas de Roger Mehl qui écrit par exemple qu’il est faux « de dire pour cette période d’entre les deux guerres que le protestant est un homme de gauche ». Évitons d’abord les faux débats. Le protestantisme de droite a toujours existé en France. Mais les signes de sa vigueur semblent se multiplier dans l’entre-deux-guerres, où certains protestants participent explicitement au camp nationaliste. Ils sont notamment regroupés dans le mouvement La Cause, fondé en 1920. Ce mouvement est alors à l’origine de manifestations contre le marxisme, et critique sévèrement le Front Populaire dans son émission religieuse sur Radio-Paris. Cette orientation politique reste « extrêmement minoritaire » chez les protestants de cette époque, qui demeurent massivement orientés à gauche. […]

Sur un échantillon de taille appréciable, les protestants français ne peuvent plus aujourd’hui être classés à gauche. Ceux qui se disent appartenir à ce camp sont rigoureusement aussi nombreux en pourcentage que dans la moyenne nationale : 23 %. Ils ne sont pas pour autant tombés à droite : là encore, on a une parfaite symétrie avec la moyenne des Français : 13 % se classent à droite chez les protestants comme chez leurs concitoyens. […]

Ces résultats sont confirmés par l’étude de la sympathie partisane, directement articulée au vote. Les protestants sont aussi à droite que la moyenne nationale, et à peine plus à gauche, avec un écart qui ne peut pas être considéré comme significatif. [Voir référence pour tableau.] […]

Démontrée aux débuts du XXe siècle, l’orientation à gauche des protestants court jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale. […] Ils semblent avoir rejoints la moyenne nationale. Et l’écart qui les séparait des catholiques lui-même s’est du même mouvement considérablement atténué.

Source : Claude DARGENT, « Démocratie et religion – Table ronde : Protestantisme, vote et contexte national », Actes du Festival international de géographie de Saint-Die-des-Vosges, 2002, Centre national de documentation pédagogique.

Le clivage électoral catholique-protestant revisité

Un examen des différentes études qui ont été menées sur cette question en Alsace aboutit à une juxtaposition de configurations différentes qui ne semblent pas correspondre à une cohérence globale : opposition entre un vote catholique à droite et un vote protestant à gauche aux scrutins de 1849-1850, ainsi qu’aux élections de 1919 et 1924, clivage entre un vote catholique clérical et un vote protestant davantage orienté vers le parti libéral pendant la période allemande antérieure à 1918, vote autonomiste dans les communes protestantes de la circonscription de Saverne aux scrutins de 1928, 1932 et 1936, clivage entre un vote catholique pour le Mouvement Républicain Populaire (MRP) et un vote protestant pour le gaullisme sous la Quatrième République (et un vote protestant mendésiste au scrutin de 1956), scores élevés pour le Front National dans certains secteurs ruraux protestants à partir de l’élection présidentielle de 1988. […] L’ensemble des études électorales qui ont été menées en Alsace sur cette question met en évidence l’existence d’un clivage catholique-protestant dans cette région, mais elles ne permettent pas d’identifier la nature de ce clivage, si ce n’est en négatif en l’opposant au clivage de type droite-gauche auquel il ne semble correspondre que de façon exceptionnelle.

Source : Bernard SCHWENGLER, « Le clivage électoral catholique-protestant revisité (France, Allemagne fédérale, Suisse) », Revue française de science politique, Vol 55, No 3, 2005, p. 381-413.

Virage à droite des protestants ?

Un sondage révèle de façon très nette que : les protestants penchent désormais majoritairement à droite ; ils le font plus que l’ensemble des Français ; ils rejoignent en cela les Français catholiques. C’est une évolution considérable de la sensibilité politique des protestants. Au premier tour de l’élection présidentielle, 34 % ont déclaré avoir l’intention de voter pour Nicolas Sarkozy alors que ce n’est le cas que de 28 % de l’ensemble des Français. Ils rejoignent ainsi les intentions de vote des Français catholiques qui, selon la même question IFOP, ont été 33 % à déclarer leur intention de vote pour Nicolas Sarkozy (cf. La Croix du 6 mars 2007).

Par contre, alors que La Croix du 6 mars 2007 observait que François Bayrou ne séduisait guère plus les catholiques que l’ensemble des Français, ce n’est pas le cas chez les protestants qui lui accordent 27 % des intentions de vote (contre 23 % des Français). François Bayrou, le Béarnais catholique, auteur d’un livre sur Henri IV, séduirait-il particulièrement les protestants ? [sic] Les protestants, volontiers libéraux-sociaux (centre droit) ou sociaux-démocrates (centre gauche) pourraient effectivement trouver leur compte dans cette voix du centre qui, comme eux, répugne aux extrêmes. 27 % en faveur de Bayrou, 34 % en faveur de Sarkozy, cela fait 61 % des intentions de vote pour la droite, 62 % si l’on ajoute les 1 % pour Philippe de Villiers.

Si les protestants refusent plus que l’ensemble des Français l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen (8 % des intentions de vote des protestants contre 13 % de l’ensemble des Français), leur préférence va donc aujourd’hui nettement vers la droite ou le centre-droit. Quant à Ségolène Royal qui, en troisième position, n’a les faveurs que de 20 % des protestants, c’est non seulement, dans cette enquête, moins que l’ensemble des Français (23 %), mais moins que les Français catholiques (22 %) !

Source : Jean-Paul WILLAIME, « Virage à droite des protestants ? », Réforme, 27 juin 2007.

Les terroirs protestants traditionnels, des Cévennes à l’Alsace, sont de moins en moins à gauche, quand ils ne recèlent pas des votes pour le Front National supérieurs à la moyenne nationale.

Source : Fiche de lecture de l’ouvrage « Les Protestants et la République » de Pierre Cabanel, Dacodoc.

Le mythe fondateur est connu : le protestantisme serait de gauche, démocratie religieuse et démocratie politique se rejoindraient autour d’un modèle républicain dont nos huguenots seraient les meilleurs porte-glaives. […] Le dernier chapitre, sur l’après-1945, pose de façon pertinente la question de la survie même d’une culture politique protestante, dans une société où la bonne image du protestantisme repose davantage sur sa réputation de tolérance, voir de sa capacité à s’auto-diluer dans la sécularisation générale, que sur les traits qui firent longtemps l’identité huguenote.

Source : Denis PELLETIER, « Patrick Cabanel : Les protestants et la République — De 1870 à nos jours », Revue d’histoire du vingtième siècle, Vol 72, No 72, p. 167.

Voir aussi :

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Fichiers alternatifs : clic | clic | clic.

Le 1er mars 1562, six semaines après que l’Édit de Janvier ait autorisé le culte calviniste à l’extérieur de toutes les villes françaises, quelque 200 protestants célèbrent dans une grange de Wassy en Champagne. Le Duc de Guise, archi-catholique, passe par là et entend résonner leurs cantiques. Il s’irrite et ordonne à sa troupe de châtier ces renégats. Elles s’exécutent brutalement, assassinent et humilient collectivement les pratiquants… on décompte une cinquantaine de morts et 150 blessés avant que les soldats ne permettent aux survivants de se disperser. Cette commotion marque le début des Guerres de Religion qui vont déchirer la France pendant 30 ans et causer — directement ou indirectement (par famine et épidémie) — la mort d’un millions d’habitants, soit  le huitième de la population du royaume. En rétribution aux exactions de Guise, le prince protestant Louis de Condé attaque Orléans le 2 avril 1562, puis s’ensuit un cycle incessant d’épiques et sanglantes prises d’armes entrecoupées d’édits de cessation des hostilités…

Environ 15 % des Français adoptent entre-temps la foi nouvelle qui s’articule autour d’un corps de doctrines solidement établi : rapport personnel et direct au Créateur, lecture par tous  les chrétiens de la Parole de Dieu (Saintes Écritures), sacerdoce de tous les croyants, salut par la foi, adoration de la Trinité seule (et non pas de Marie et d’une ribambelle de saints quasi-déifiés). Mais cette minorité est disproportionnellement répartie entre les classes. En chiffres ronds, le protestantisme rallie 10 % de la paysannerie, 50 % de la bourgeoisie et 50 % de la noblesse.  Comment expliquer cette disparité ? C’est que les membres de l’élite lettrée, qui avaient la chance de lire la Bible eux-mêmes et y redécouvrir ses trésors, étaient beaucoup plus enclins à passer à la Réforme que les paysans analphabètes qui dépendaient entièrement d’un curé pour leur nourriture spirituelle. Les cultivateurs et les éleveurs des villages où il pré-existait une école communale qui enseignait les rudiments de la lecture et de l’écriture aux enfants acceptèrent généralement avec beaucoup d’enthousiasme la Réforme, comme dans le Vaucluse, les Cévennes et le Vercors.

Si la moitié des nobles de l’ensemble des provinces embrassent le protestantisme (même dans des régions massivement catholiques comme la Bretagne), les fidèles calvinistes sont nettement concentrés dans le sud et l’ouest. En 1562, on compte déjà quelque 1400 paroisses réformées « dressées » à la genevoise (c’est-à-dire organisées autour d’un pasteur et d’un consistoire) en territoire français :

Plusieurs métropoles régionales comme Montauban, Nîmes et Montpellier deviennent des bastions réformés, la cité de La Rochelle se transforme pratiquement en république calviniste indépendante. Lyon est une capitale protestante en 1562-1563 ; le Quatrième Synode national des Églises réformées de France s’y tient en 1563 sous l’autorité du respecté pasteur Pierre Viret.

Lyon devient le second centre d’imprimerie de France en importance et un foyer de réflexion considérable, au point où l’on a pu parler de Lyon comme de la « capitale intellectuelle du royaume » (source). C’est dire l’influence de la ville pendant cette période.

La Paix d’Ambroise rend la ville à la Ligue catholique, mais le parti réformé en redeviendra maître en 1594. En 1570, Jeanne d’Albret fait de la foi réformée la religion d’État du Béarn dont voici la localisation dans l’Hexagone :

En réaction au mariage « d’apaisement » entre le Roi de Navarre huguenot, Henri de Bourbon, et l’officiellement catholique fille du Roi Henri II de France, Marguerite de Valois (la « reine Margot »), le massacre parisien de la Saint-Barthélémy du 24 août 1572 est reproduit à Bordeaux et  Toulouse le 3 octobre, faisant environ une dizaine de milliers de morts (incluant le chef  des Huguenots, l’amiral Gaspard de Coligny) et rallumant les Guerres de Religion.

La régente Catherine de Médicis observe avec satisfaction les résultats de l’hécatombe criminelle :

Après une tentative de meurtre contre lui par Catherine de Médicis en 1576, Henri de Navarre prend la tête du parti protestant et prépare la contre-offensive avec le surnom de « Roi de Gascogne », titre qui n’était pas tout à fait inapproprié si l’on compare les frontières de son domaine avec celles de la Gascogne.

Carte du domaine d’Henri de Navarre :

Carte de la Gascogne :

Dans la décennie 1570, catholiques et protestants s’organisent en territoires quasi-souverains dans les parties du royaume qu’ils contrôlent. Le calvinisme est porteur d’une théorie politique selon laquelle le tout système étatique doit s’appuyer sur le peuple qui est indirectement souverain (via la petite noblesse dans ce contexte). Les Huguenots créent ainsi dans le sud de la France une république fédérative où chaque province jouit d’une grande autonomie face au pouvoir central. L’autorité est confiée au « pays », c’est-à-dire à des États-Généraux. Les Provinces-Unies du Midi sont fondées à Anduze en février 1573. Ce régime perdurera une bonne vingtaine d’années. Les Provinces-Unies du Midi constituent un précédent à la monarchie constitutionnelle.

Le 20 octobre 1587, l’armée royale catholique est écrasée par les calvinistes des Provinces-Unies du Midi à Coutras en Gironde (Aquitaine),  ce qui prélude à la marche de l’héritier du trône, de la couronne et sceptre sur Paris et à la conclusion de la 8ème guerre de religion.

Voir également sur Le Monarchomaque :

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L’hebdomadaire catholique La Vie faisait dans son édition du 24 octobre 2005 un dossier spécial sur le protestantisme (numéro 3138). Le journaliste a posé la question suivante à deux pasteurs réformés : « Le protestantisme français peut-il mourir ? » Ces deux pasteurs incarnent l’avenir de l’Église Réformée de France (ERF). L’un d’eux a répondu « oui ». Gilles Boucomont, pasteur de la paroisse réformée du Marais à Paris, donne un témoignage inquiétant.

Notre protestantisme historique a perdu sa substance. Nous nous sommes laissés instrumentaliser. On nous a demandé d’être des chrétiens présentables, moins ringards que les cathos, qui soient pour la contraception, l’avortement, le préservatif. Nous sommes devenus le faire-valoir de la pensée unique, la bonne conscience du christianisme. Avec notre « liberté éthique », nous avons cautionné le dogme du laxisme ambiant. C’est pitoyable, même si les protestants adorent être cette élite qui pense juste. Le protestantisme est devenu sociologique. On a gardé la culture, mais pas la sève. Je rencontre des jeunes qui me disent : « je suis protestant, mais pas chrétien ». Nos cultes sont intellos — ou croient l’être, ce qui est pire.

Notre problème est notre rapport à la Bible : l’approche critique des textes est devenue un dogme. La Bible n’a plus d’autorité. Une lecture spirituelle de la Bible est désormais entachée de soupçon. On a opposé, à tort, lecture savante et lecture pieuse de la Bible. Nos pasteurs, formés à cette lecture savante, ont oublié le Saint-Esprit. L’enjeu est clair : soit on veut continuer le ministère de Jésus, soit on devient les gentils gestionnaires d’un lobby bien vu de tous.

Il faut affirmer la puissance du Christ, venu pour guérir les malades et chasser les démons. Les gens souffrent dans leur âme. Et moi je leur dirais d’aller voir un psy ? Alors que j’ai, au nom du Christ, le devoir de les aider ? Quand je dis que je fais des exorcismes, certains me prennent pour un fou. Ou un manipulateur. Guérir au nom de Jésus n’a rien à voir avec une spiritualité désincarnée. La solution est très simple : il faut replanter les paroisses dans la prière et dans la Bible. L’expérience prouve qu’elles se remplissent alors.

Cet autre commentaire d’un autre pasteur de l’Église Réformée de France — qui est théoriquement la descendante directe des Huguenots des 16e et 17e siècles — confirme que le courant d’héritage calviniste est à la dérive (pour ne pas dire en perdition) :

Dans l’Église Réformée de France, on a le droit de ne pas être trinitaire (on a le droit aussi de l’être). Ce n’est pas demandé aux pasteurs, et c’est encore moins demandé aux fidèles. Quand une personne désire s’inscrire sur la liste des membres de l’association gérant notre église, la confession de foi demandée est simplement « Jésus-Christ est Seigneur », en comprenant ces quelques mots d’une façon libre et personnelle, c’est à dire pas nécessairement en comprenant Seigneur comme « Dieu », bien entendu.

Et, de fait, j’ai bien l’impression que la doctrine de la trinité serait en déclin continu depuis quelques générations déjà. Vous serez peut-être intéressé par le magazine Évangile et liberté, qui appartient à une sensibilité libérale (au sens théologique du terme) et souvent non-trinitaire.

Cous pouvez aussi chercher en direction des « unitariens », ce sont des chrétiens [sic] qui sont en général ouverts, sauf sur le point particulier de la trinité. Pourquoi pas, après tout ? Mais, personnellement, si une personne exprime sa foi de façon trinitaire, je trouve cela un peu surréaliste, mais dans le fond je me sens sincèrement en communion avec cette personne, même si je ne m’exprimerais pas de la même façon.

Ah ! Misère ! Les réformateurs français Jean Calvin, Théodore de Bèze et Guillaume Farel doivent se retourner dans leur tombe.

Il semble que ce dérapage doctrinal et moral affecte substantiellement moins le milieu évangélique que les milieux réformé et luthérien. Les communautés évangéliques progressent d’ailleurs de façon non-négligeable en France. Ironie de l’histoire : de nombreux Coréens viennent joindre l’effort de rechristianisation de l’Europe.

En ces temps où l’étau se resserre sur les chrétiens et où, succombant à cette pression culturelle  doublée d’une persécution politique, des centaines de milliers de nos frères glissent dans l’erreur jusqu’à perdre leur salut, je pense c’est un bon moment  pour nous remémorer quelques symboles de la lutte franco-protestante, en premier lieu l’enclume et la devise « TANT  PLUS À ME FRAPPER ON S’AMUSE, TANT PLUS DE MARTEAUX ON Y USE ! »

Cette maxime signifie que même si le gouvernement (autrefois monarchique, absolutiste & papiste ; aujourd’hui technocratique, jacobin  & laïcard) est capable de persécuter le protestantisme français au point de réduire à l’état de clandestinité les adhérents de la foi réformée/évangélique, il ne pourra jamais écraser la Parole de Dieu révélée dans les Saintes Écritures, et il ne pourra jamais détruire la Vérité chrétienne immuable et transcendante.

Un autre symbole franco-protestant datant de cette époque est la croix huguenote, composée d’une croix de Malte jonchée de quatre lys et d’une colombe (représentant le Saint-Esprit). Elle fut conçue suite à la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV en 1685. Jusqu’en 1787, ce fut la terrible période du « Désert », pendant laquelle le protestantisme était illégal, les pasteurs étaient envoyés aux galères et les fidèles subissaient toutes sortes d’exactions (telles les dragonnades).

Marie Durand, une jeune femme qui fut capturée puis emprisonnée dans la Tour de Constance car son frère avait été impliqué dans une escarmouche opposant les forces royales et des insurgés huguenots, passera toute sa vie enfermée car elle refusait d’abjurer sa foi. Pour encourager ses sœurs en Christ et ses coreligionnaires calvinistes qui continuaient le combat à l’extérieur, elle a gravé « REGISTER » (c’est-à-dire « résistez » en vieux français) dans le ciment de sa prison ; ce souvenir douloureux toujours visible aujourd’hui  :

La devise « RÉSISTEZ » fut reprise par les luthériens français du Pays Messin (ville de Metz et villages voisins en Moselle), que la persécution frappa également après 1685. La plaque ci-dessous fut apposée sur la porte d’entrée d’un de leurs temples lorsqu’ils furent réouverts environ cinquante ans plus tard. Elle porte l’inscription latine « PREMIMUR NON OPPRIMIMUR » — « OPPRIMÉS MAIS PAS ABATTUS » (2 Corinthiens 4).

Au XXe siècle, ces symboles ont changés de sens et sont devenus non plus une marque du clivage catholique-huguenot, mais celle de la résistance franco-protestante au totalitarisme anti-chrétien émanant du pouvoir séculier. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les unités protestantes des Forces Françaises Libres arborèrent un insigne combinant ces différents symboles ainsi qu’une croix de Lorraine…

La Résistance en France et hors de France

En France, il est vrai que la résistance proprement militaire n’est pas plus forte que celle de la population dans sons ensemble, et il n’y a pas véritablement de « maquis protestants », en dehors de quelques poches de refuge ou de résistance dans les régions de forte tradition protestante, dont Le Chambon-sur-Lignon, village du Vivarais, est le symbole. Il s’agit surtout d’une une résistance civile et spirituelle au régime de Vichy, par le biais de nombreux réseaux. Les différents groupes d’études crées par André Philip, aboutiront à la création en février 1943 du « Comité Général d’Études », comprenant de nombreux protestants, réfléchissant aux problèmes juridiques, politiques et économiques qui se poseront à la Libération.

Hors de France, la proportion de protestants parmi les Forces Françaises Libres (FFL) et dans l’entourage du Général de Gaulle est importante : le Commissariat général était « un nid de protestants », si bien que la propagande de Vichy crut bon de diminuer le Général en prétendant qu’il était protestant ! Plusieurs personnalités ont un rôle essentiel, en particulier le pasteur/aumônier Frank Christol et l’ex-député André Philip. On citera également Pierre Denis, responsable des finances de la France libre, René Massigli occupa le poste de Commissaire aux Affaires étrangères dans le gouvernement provisoire, Maurice Couve de Murville qui, après le débarquement américain en Afrique du Nord, abandonne ses fonctions à Vichy et deviendra Commissaire aux finances dans le gouvernement provisoire.

Le nombre de protestants morts pour la France est difficile à évaluer, mais par exemple on estime qu’à Bir-Hakeim en juin 1942, bataille acharnée à l’issue de laquelle le Général Koenig repoussa l’Afrika Corps de Rommel, la proportion de protestants engagés dans les FFL (légionnaires, Océaniens, Africains) fut supérieure à la moyenne nationale. Plusieurs protestants ont été faits Compagnons de la Libération. Nombreux sont les protestants déportés dans les camps de concentration allemands.

La Libération

Lors de la Libération, de nombreux protestants font partie des nouvelles autorités administratives, et devant certains excès de l’épuration, beaucoup de pasteurs, anciens résistants, interviennent en faveur d’une justice moins expéditive.

L’attitude des protestants durant la Deuxième Guerre mondiale ne passa pas inapercue. Répondant, le 17 juin 1945, à un message que lui avait envoyé le Synode National de l’Église Réformée de France, Charles de Gaulle écrit que durant la guerre « le protestantisme français a su garder la claire vision de l’intérêt véritable et du devoir sacré de la patrie. Cette attitude était conforme à l’esprit d’indépendance, de résistance à l’oppression, de fidélité au drapeau, qui anime la tradition de vos églises ».

Source : Les protestants et la vie publique [Musée virtuel du protestantisme français]

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