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Archive for the ‘Réfutation du catholicisme’ Category

Complément : Les Pères de l’Église étaient-ils en faveur du système papal ?

Peres de l'Eglise

Extrait de l’Épître au Roy (François Ier) du réformateur picard Jean Calvin dans son Institution de la religion chrétienne, Éditions Excelsis, Charols (Rhône-Alpes), 2009, {Bâle, 1536}, p. XXXV-XXXVIII.

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C’est à tort qu’ils [les ennemis de la Réformation] invoquent les Pères anciens, c’est-à-dire les écrivains de l’Église primitive, comme s’ils soutenaient leur impiété. S’il fallait invoquer leur autorité pour trancher entre nous [entre les ennemis et les partisans de la Réformation], la meilleure partie du combat serait en notre faveur [en celle des partisans de la Réformation].

Ces Pères anciens ont écrit avec sagesse des choses excellentes, mais il leur est aussi arrivé, en plusieurs endroits, de se tromper et d’errer, ce qui est humain. Nos détracteurs, selon la droiture d’esprit, de jugement et de volonté qui est la leur, adorent seulement les erreurs et les fautes des Pères de l’Église, tandis que les choses qui ont été bien dites par eux, ou ils ne les voient pas, ou ils les dissimulent, ou ils les pervertissent, comme si leur seul souci était de recueillir de la fiente dans de l’or. Et, ensuite, ils nous poursuivent bruyamment comme si nous méprisions les Pères de l’Église et étions leurs ennemis. Il s’en faut de beaucoup que nous les méprisions car, si c’était l’objet de notre présent propos, il me serait facile d’appuyer sur leurs témoignages la plus grande part de ce que nous affirmons aujourd’hui. Nous lisons les écrits des Pères de l’Église et les jugeons en nous souvenant de ce que dit Saint Paul : toutes choses sont à nous pour nous servir, non pour dominer sur nous; « et vous êtes à Christ » auquel il faut obéir toujours et entièrement (1 Corinthiens 3.21-22). Ceux qui n’observent point cela ne peuvent rien avoir de certain en matière de foi, puisque les saints Pères en question ont ignoré beaucoup de choses, sont très différents les uns des autres, et même, parfois, se contredisent.

Salomon, nous disent-ils, ne nous commande point sans raison de « ne pas déplacer la borne ancienne que tes pères ont posée » (Proverbes 22.28)(21).

Mais il n’est pas question d’observer une même règle pour le bornage des champs et pour l’obéissance de la foi, qui doit être précise au point de nous faire oublier notre peuple et la maison de notre père (Psaumes 45.11). Davantage, puisque nos détracteurs aiment beaucoup les allégories, pourquoi ne prennent-ils pas pour Pères les apôtres eux-mêmes, dont il n’est pas permis d’arracher les bornes, plutôt que tout autre? C’est ainsi que l’a interprété Saint Jérôme, dont ils ont rappelé les paroles dans leurs canons(22). Et s’ils veulent que les limites des Pères soient observées, pourquoi eux-mêmes, quand cela leur fait plaisir, les franchissent-ils si audacieusement?

Un de ceux qui étaient au nombre des Pères a dit que comme Dieu ne buvait ni ne mangeait, il n’avait, par conséquent, que faire de plats ou de calices(23).

Un autre (Saint Ambroise), que les sacrements des chrétiens ne requièrent ni or ni argent et ne plaisent pas à Dieu s’ils sont en or(24). Ils dépassent donc les limites (fixées par les Pères de l’Église) quand, dans leurs cérémonies, ils apprécient tant l’or, l’argent, le marbre, l’ivoire, les pierres précieuses et les soies, et pensent que Dieu ne peut être dignement honoré que si ces choses sont présentes en abondance.

Un autre Père a affirmé pouvoir manger librement de la viande pendant le carême, tandis que les autres s’en abstenaient : puisqu’il était chrétien(25). Nos détracteurs franchissent donc les limites quand ils excommunient une personne qui aura consommé de la viande durant le carême.

Un de ceux qui étaient au nombre des Pères de l’Église a dit(26) qu’un moine qui ne laboure point de ses mains doit être considéré comme un brigand. Un autre (Saint Augustin) a affirmé qu’il n’est pas permis aux moines de vivre du bien d’autrui, même s’ils se consacrent avec assiduité à la contemplation, la prière et l’étude(27). Ils ont aussi passé la limite, quand ils ont mis les ventres oisifs des moines en des bordels – c’est-à-dire leurs cloîtres – pour être gavés de la substance d’autrui.

Il était également Père celui qui a dit que voir, dans les temples des chrétiens, une image ou de Christ ou de quelque saint était une horrible abomination(28).

Cela n’a pas été dit seulement par un homme particulier, mais a aussi été décidé par un concile ancien (Concile d’Elvire)(29) : que ce qu’on adore ne soit ni une peinture ni un portrait. Il s’en faut de beaucoup qu’ils respectent ces limites, lorsqu’ils ne laissent pas le moindre petit coin vide de simulacres dans leurs églises.

Un autre Père de l’Église (Saint Ambroise) a conseillé de laisser reposer les morts après avoir effectué leur sépulture(30). Nos détracteurs débordent les limites lorsqu’ils requièrent qu’on se préoccupe constamment des défunts.

C’est aussi un Père (pape saint Gélase Ier), qui a dit que la substance et la nature du pain et du vin demeurent dans le sacrement de la cène, comme la nature humaine demeure conjointe à son essence divine en notre Seigneur Jésus-Christ(31). Ils ne tiennent pas compte de cette limite lorsqu’ils font croire qu’immédiatement après que les paroles sacramentelles ont été récitées, la substance du pain et du vin est anéantie. Il était également au nombre des Pères de l’Église (Saint Chrysostome) celui qui a nié que, dans le sacrement de la cène, le corps de Christ était enfermé dans le pain, mais que c’était seulement le signe de son corps; il parle ainsi de façon littérale(32). Nos détracteurs passent donc la limite en disant que le corps de Christ est contenu là et qu’ils le font adorer de façon charnelle, comme s’il y était localement(33). Ils étaient également des Pères de l’Église ceux dont l’un a ordonné que soient entièrement rejetées de la participation à la cène les personnes qui, prenant l’une des espèces, s’abstenaient de la seconde(34). Un autre (Saint Cyprien) maintient qu’il ne faut pas priver le peuple chrétien du sang de son Seigneur, pour lequel il doit être prêt à répandre son sang(35). Ils ont ôté ces limites quand, commandant rigoureusement la même chose, l’un punissait ceux qui y contrevenaient par l’excommunication, l’autre par une forte réprobation(36).

Il était aussi au nombre des Pères de l’Église, celui (Saint Augustin) qui affirme qu’il est illégitime de déclarer quelque chose d’obscur sur un point ou sur un autre, sans témoignages clairs et évidents de l’Écriture(37). Nos détracteurs ont bien oublié cela en élaborant des constitutions, des canons et des décisions doctrinales, sans une seule parole de Dieu.

C’est un des Pères de l’Église qui a reproché à Montan(38) d’avoir été le premier, entre autres hérésies, à avoir imposé le jeûne(39). Ils ont aussi franchi les limites en ordonnant, de façon stricte, de jeûner(40).

C’est un Père qui a soutenu que le mariage ne devait pas être interdit aux ministres de l’Église, et qui a déclaré que la compagnie d’une femme légitime était l’équivalent de l’état de chasteté(41) ; et ceux qui étaient d’accord avec lui étaient des Pères de l’Église(42). Ils ont franchi la limite, quand le célibat a été ordonné à leurs prêtres.

Celui qui a écrit qu’on doit écouter Christ seul, dont le Père céleste a dit : Écoutez-le; et n’ayez pas égard à ce qu’auront fait ou dit les autres avant nous, mais suivez seulement ce qu’aura commandé Christ, qui est le premier de tous(43), celui-là, dis-je, était un des plus anciens Pères de l’Église (Saint Cyprien). Nos détracteurs ne se sont pas maintenus dans ces limites et n’ont pas permis que les autres s’y maintiennent, lorsqu’ils ont institué au-dessus d’eux, comme des autres, des maîtres nouveaux en dehors de Christ. C’est un Père (Saint Augustin) qui a maintenu que l’Église ne doit pas se préférer à Christ, puisque lui juge toujours droitement, mais que les juges ecclésiastiques, étant des hommes, peuvent souvent se tromper(44). Ils rompent bien une telle limite en estimant que l’autorité de l’Écriture dépend du bon plaisir de l’Église(45).

Tous les Pères de l’Église, avec la même force, ont eu en abomination et se sont accordés pour détester que la sainte Parole de Dieu soit contaminée par des subtilités sophistiques et soit l’objet de combats et de discussions philosophiques(46). Mais s’en préoccupent-ils lorsqu’ils ne font pas autre chose, durant toute leur vie, que d’ensevelir et d’obscurcir la simplicité de l’Écriture au cours de débats infinis et en posant des questions plus que sophistiques? La situation est telle que si les Pères de l’Église revenaient maintenant et entendaient de tels combats, que nos détracteurs appellent « théologie spéculative », ils ne pourraient pas admettre que cela puisse être de Dieu.

Mais j’aurais trop à dire si je voulais exposer avec quelle insouciance ils rejettent le joug des Pères de l’Église, dont ils disent vouloir être les obéissants disciples. Il me faudrait y passer des mois et des années. Et pourtant, leur impudence est telle qu’ils osent nous reprocher de ne pas respecter les limites anciennes (des Pères de l’Église).

21. Jean Cochlée, De libero arbitrio hominis, I, B 4b; Jean Eck, Enchiridion, 1, B 2 a.
22. Gratien, Décret, II, C.24 q.3 c.33; Saint Jérôme, Commentaire sur Osée, II, sur Osée 5.10.
23. Acace, évêque d’Amide, citation par Cassiodore, Histoire tripartite, XI, 16.
24. Saint Ambroise, Sur les devoirs des ministres sacrés, II, XXVIII.
25. Spyridon, évêque de Trimythonte (Chypre), citation par Cassiodore, Histoire tripartite, I, 10.
26. Ibid., VIII, 1; allusion probable à Sérapion, supérieur d’un monastère près d’Arsinoé en Égypte.
27. Saint Augustin, Du travail des moines, XVII.
28. Lettre d’Épiphane de Salamine à Jean de Jérusalem, traduite par Saint Jérôme, Lettres, LI, 9.
29. Concile d’Elvire (306), canon 3.
30. Saint Ambroise, Sur Abraham, I, IX, 80.
31. Saint Gélase Ier, Contre Eutychès et Nestorius sur les deux natures du Christ, III, 14.
32. Pseudo-Chrysostome, Opus imperfectum in Matthaeum, homélie XI.
33. Il s’agit de la transsubstantiation; IVe Concile du Latran (1215), canon 1.
34. Gratien, Décret, III (De consecratione), D.2 c.12 (de Gélase).
35. Saint Cyprien, Sur les apostats, XXII, XXV; Correspondance, lettre LVII, 2.
36. Concile de Constance (1415), session 13, Définition de la communion sous chaque espèce; Martin V, bulle In eminentis.
37. Saint Augustin, Du mérite et de la rémission des péchés et du baptême des petits enfants, II, XXXVI, 58.
38. Le montanisme, mouvement chrétien hétérodoxe du IIe siècle, fondé par le prophète Montan en Phrygie, région de la Turquie actuelle, apparaît au moment où l’Église s’organise. Ces chrétiens rejetaient le clergé et fondaient leur croyance sur la promesse du Paraclet et son action continue.
39. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, V, XVIII, 2.
40.Gratien, Décret, III (De consecratione), D.3 c.3 sqq.
41. Paphnuce cité par Cassiodore, Histoire tripartite, II, 14.
42. Gratien, Décret, I, D.28 c.15.
43. Saint Cyprien, Correspondance, lettre LXIII, 14.
44. Saint Augustin, Réponse à Cresconius, grammairien et donatiste, II, XXI.
45. Jean Eck, Enchiridion, 1, A 6 b; Alphonse de Castro, Adversus omnes haereses, I, 2, fo 5 D.
46. Tertullien, Traité de la prescription contre les hérétiques, VII; Saint Augustin, La doctrine chrétienne, II, XXXI, 48.

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Les véritables catholiques (croyants de la foi universellement vraie) sont les protestants, et les véritables schismatiques sont les romanistes.

Le pamphlet peut être acheté ici pour 12 $.

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Complément : Sola Scriptura : la théologie de Thomas d’Aquin est protestante et non catholique, ou les dérives modernistes de la théologie catholique contemporaine [Lumière du Monde]

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EcritureJeanCalvin

La doctrine du Sola Scriptura (locution latine signifiant l’Écriture seule), selon laquelle la Bible est l’unique autorité ultime et finale en matière de théologie, est un fondement du protestantisme depuis cinq siècles (quoique cette doctrine existait depuis l’Église primitive).  C’est en maniant adroitement cette doctrine que les protestants peuvent systématiquement démonter les dogmes non-bibliques du catholicisme romain et de la pseudo-orthodoxie orientale. Comment les catholiques et les pseudo-orthodoxes adressent-ils le Sola Scriptura protestant ? Ils s’y prennent de deux manières : en arguant que cette doctrine ne se trouve nulle part dans la Bible et en disant que l’Église n’est pas normée par la Bible puisque c’est l’Église qui a compilé le Nouveau Testament. Nous verrons pourquoi ces deux arguments sont erronés.

Le réformateur protestant William Tyndale, martyrisé par les autorités catholiques de Flandre belge pour le « crime » d’avoir traduit la Bible en vernaculaire (langue du peuple)

Erreur # 1 : « Le Sola Scriptura n’est pas dans la Bible »

Cette allégation, évidemment, est notoirement fausse…

Deutéronome 12:32 : « Vous observerez et vous mettrez en pratique toutes les choses que je vous ordonne ; vous n’y ajouterez rien, et vous n’en retrancherez rien. »

Galates 1:6-9 : « Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre évangile. Non pas qu’il y ait un autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent altérer l’Évangile de Christ. Mais, si nous-mêmes, si un ange du ciel annonçait un autre évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, je le répète à cette heure : si quelqu’un vous annonce un évangile s’écartant de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »

En Marc 7:5-13, Jésus a vigoureusement fustigé les juifs pharisiens qui ajoutaient leur tradition extra-scripturaire (qui devint éventuellement le Talmud) aux Saintes Écritures (Tanak) : « Il [Jésus] leur dit encore : Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est corban, c’est-à-dire une offrande à Dieu, vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition, que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d’autres choses semblables. »

Subsidiairement, nous pouvons citer Apocalypse 22:18-19 : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décris dans ce livre ; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre. » Certes « ce livre » désigne ici l’Apocalypse de Jean, mais une règle générale peut être inférée de la gravité de cet avertissement : il ne faut sous aucun prétexte ajouter des innovations humaines à la révélation scripturale divine.

Profession de foi du réformateur protestant Martin Luther à la Diète de Worms (17 avril 1521) en Rhénanie-Palatinat

Erreur # 2 : « l’Église n’est pas normée par la Bible car c’est elle qui a compilé le NT »

Cet argument est plus astucieux que le précédent. Pendant les quatre décennies qui suivent le ministère terrestre de Jésus-Christ (et pas plus ! — lisez Gentry sur ce sujet : PDF | papier), le canon du Nouveau Testament n’est pas encore clos. Pendant cette période, le peuple de Dieu reçoit des révélations par l’entremise les apôtres inspirés du Saint-Esprit. Ainsi, l’Église chrétienne existait et fonctionnait sans avoir à se référer systématiquement au Nouveau Testament (quoique les prédications des apôtres étaient passées au crible de l’Ancien Testament, cf. Actes 17:10-12), et finalement, c’est l’Église qui a compilé le Nouveau Testament et qui a, ce faisant, supposément choisi de quels livres il est composé. Dans cette optique catholique et pseudo-orthodoxe, non seulement l’Église est-elle investie d’une autorité autonome de la Bible, mais Dieu continue d’envoyer des révélations contenant des données théologiques à l’Église, plus précisément au pape et aux patriarches & métropolites.

Outre que cette gymnastique catholique et pseudo-orthodoxe est une vraie boîte de Pandore, elle ne tient pas pas compte que la Bible elle-même nous renseigne que l’Église chrétienne a connu trois différents temps de mise en contact avec la doctrine apostolique : un temps d’instruction exclusivement orale, un temps d’enseignement oral et scripturaire, puis une période exclusivement scripturaire, tel qu’expliqué dans l’article De l’oral seul à l’Écriture seule publié sur le Blog Chrétien Protestant le 24 juin 2009.

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semper_reformanda

Un individu d’obédience catholique romaine a récemment protesté contre ma réserve vis-à-vis de l’œcuménisme que j’ai émise le 12 juin 2014. Une discussion courtoise et constructive s’est ensuivi, si bien que j’estime approprié de reproduire certains points que j’ai soulevés dans un billet particulier que voici. Ce faisant, je ne cherche pas à offenser mon interlocuteur, simplement à réaffirmer la position protestante.

1. Le culte des saints et le culte marial sont de l’idolâtrie polythéiste

Les catholiques (et les soit-disant « orthodoxes » orientaux) adressent des prières (au sens spirituel) à des personnages autre que le Dieu trinitaire, ces prières confèrent à ces personnages des attributs divins (ces prières sous-entendent que {1} ces morts nous entendent, {2} ces morts peuvent donner suite à nos prières, {3} ces morts ont des pouvoirs surnaturels surhumains), il s’ensuit que les catholiques rendent un culte aux saints, il s’ensuit que les catholiques élèvent les saints au statut de divinités. Ont doit reconnaître qu’en ce faisant, vous n’élevez pas les saints au même niveau que l’Éternel Tout-Puissant. Le catholicisme prône un panthéon des différentes divinités : le Dieu trinitaire au sommet, suivi de très près par Marie, elle-même suivie par la multitude de saints. À propos de l’innombrable kyrielle des saints, le réformateur Jean Calvin a écrit ceci (Institution chrétienne, II:XX:XXII) :

« Depuis qu’on a commencé à considérer les saints comme des intercesseurs, on a peu à peu attribué à chacun une charge particulière et, selon la diversité des affaires, tantôt l’un, tantôt l’autre a été pris comme avocat. De plus, chacun a choisi son saint personnel, se plaçant sous sa sauvegarde, comme en la protection de Dieu. Il est arrivé ce que le prophète reprochait aux Israélites (Jérémie 2:28 ; 11:13) ; non seulement il y avait autant de dieux que de villes, mais aussi autant que de personnes, chacun avait le sien. »

Les catholiques arguent que les prières aux saints ne constituent pas de l’adoration, mais des simples demandes d’intercessions. Or que font-ils alors de 1 Timothée 2:5-6 : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous » ? Jésus étant pleinement Dieu et pleinement homme, il ne peut y avoir de meilleur intercesseur entre Dieu le Père et les hommes, d’où la doctrine protestante du Solus Christus. Les prières aux saints trépassés profanent l’intercession de Jésus-Christ et, en plus, elles font injure aux personnages historiques que sont les saints (Jean Calvin, Institution chrétienne, III:XX:XXI).

Et de toutes façons, les prières spirituelles aux entités autres que Dieu sont catégoriquement prohibées par la Parole de Dieu (d’où la doctrine protestante du Soli Deo Gloria) :

« Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » (Matthieu 4:10)

« Lorsque Pierre entra, Corneille, qui était allé au-devant de lui, tomba à ses pieds et se prosterna. Mais Pierre le releva, en disant : Lève-toi; moi aussi, je suis un homme. » (Actes 10:25-26)

« C’est moi Jean, qui ai entendu et vu ces choses. Et quand j’eus entendu et vu, je tombai aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer. Mais il me dit : Garde-toi de le faire ! Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères les prophètes, et de ceux qui gardent les paroles de ce livre. Adore Dieu. » (Apocalypse 22:8-9)

« Ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole. Le prêtre de Jupiter, dont le temple était à l’entrée de la ville, amena des taureaux avec des bandelettes vers les portes, et voulait, de même que la foule, offrir un sacrifice. Les apôtres Barnabas et Paul, ayant appris cela, déchirèrent leurs vêtements, et se précipitèrent au milieu de la foule en s’écriant : Ô hommes, pourquoi agissez-vous de la sorte ? Nous aussi, nous sommes des hommes de la même nature que vous ; et, vous apportant une Bonne Nouvelle, nous vous exhortons à renoncer à ces choses vaines, pour vous tourner vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve. » (Actes 14:12-15)

De surcroît, la communication avec les morts est absolument interdite par Deutéronome 18:9-12 :

« Lorsque tu seras entré dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’apprendras point à imiter les abominations de ces nations-là. Qu’on ne trouve chez toi […] personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel ; et c’est à cause de ces abominations que l’Éternel, ton Dieu, va chasser ces nations devant toi. Tu seras entièrement à l’Éternel, ton Dieu. »

Certes, Marie a une place importante dans l’histoire du salut, on ne doit donc pas la négliger et on doit honorer sa mémoire. Mais cela ne signifie nullement qu’on doit la surélever en lui donnant un rôle et un pouvoir qu’elle n’a strictement pas. À propos du culte marial, Jean Calvin a écrit ceci (Institution chrétienne, III:XX:XXII) — ne soyez pas choqués par cette verve du XVIe siècle :

« Bien qu’ils tâchent de se laver les mains d’un si vilain sacrilège puisqu’il ne se commet pas dans leurs messes ni dans leurs vêpres, comment défendront-ils les blasphèmes qu’ils lisent à haute voix, quand ils prient Éloi ou Médard de regarder du haut du ciel leurs serviteurs pour les aider ? Quand ils supplient la Vierge Marie de commander à son Fils d’acquiescer à leurs requêtes ? Jadis, il a bien été interdit, au concile de Carthage [il s’agit du IIIe concile de Carthage tenu en 397, cf. canon 23], qu’aucune prière faite à l’autel ne s’adresse aux saints. Il est vraisemblable que les bons évêques de ce temps-là, parce qu’ils ne pouvaient pas entièrement retenir et brider la ferveur du peuple, n’ont trouvé que ce demi-remède. »

Matthieu 12:46-50 démontre très bien qu’il ne faut pas mettre Marie sur un piédestal simplement car elle a été fécondée par le Saint-Esprit :

« Comme Jésus s’adressait encore à la foule, voici sa mère et ses frères, qui étaient dehors, cherchèrent à lui parler. Quelqu’un lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler. Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. »

2. La prétendue virginité perpétuelle de Marie de Nazareth est une fausseté

Le texte biblique est clair. Matthieu 1:18 :

« Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble. »

La clause « avant qu’ils eussent habité ensemble » serait strictement impertinente si, même après qu’ils eussent habité ensemble, ils n’avaient eu aucun rapport charnel. Cette clause est seulement pertinente si sa fonction est de préciser que Marie est tombée enceinte avant qu’elle n’ait connu Joseph charnellement (habiter ensemble se conjugue habituellement avec coucher ensemble pour les époux) : c’est un argument pour la conception miraculeuse de Jésus. Si au contraire, même après la naissance de Jésus et même après leurs épousailles officielles, Marie et Joseph ne remplirent jamais leur devoir conjugal, la clause est superflue et inutile, puisque de toutes façons, peu importe le moment, ils n’ont jamais remplis leur devoir conjugal.

Matthieu 1:24-25 :

« Joseph s’étant réveillé fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui. Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »

Le ministère Bible Ouverte précise, au sujet du verset 25 :

« Le texte spécifie clairement que Joseph n’a eu aucun rapport sexuel avec Marie,  jusqu’à (en grec « heos« ) la naissance de Jésus [cette spécification sous-entend donc qu’ils en eurent après].

Nulle part il n’est fait mention d’une interdiction de relations conjugales ultérieures entre Joseph et Marie. Ce serait d’ailleurs contraire aux commandements de Dieu (Genèse 2:24) : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chaire. » Jésus lui-même rappelle ce commandement à ses disciples, voir Matthieu 19:5 et 19:6, Marc 10:8. Il était donc normal que Marie ait des fils et des filles. »

Et Bible Ouverte renchérit :

« Le mot grec adelphos qui a été traduit par frère est composé de mots signifiant lien et matrice. »

Sur les frères et sœurs de Jésus, le Nouveau dictionnaire biblique (Éditions Emmaüs) dit ceci à l’article Frères du Seigneur (p. 282-283 dans la version de 1983) :

« La question de leur parenté avec Christ a été fort débattue, et diverses théories ont été avancées pour affirmer qu’ils n’étaient que ses cousins [ou ses demi-frères] :

1. Ils auraient été fils d’Alphée (ou Cléopas) et de Marie, sœur de la vierge Marie. Pourtant, le mot cousins n’est jamais employé à leur sujet, bien que l’expression grecque anepsios fasse parfaitement partie du vocabulaire du NT (Col 4.10 : Marc, cousin de Barnabas), pas davantage le terme plus précis de « fils de la sœur » employé pour le neveu de Paul (Ac 23.16), de même que le mot parent (ou cousin) [au sens de membre de la parenté élargie] qui revient 11 fois dans le NT (Mc 6.4 ; Lc 1.36, Lc 1.58 ; Jn 18.26 ; Ac 10.24 ; Rm 9.3, etc.). Il semblerait donc étrange que les « frères du Seigneur » n’aient jamais été appelés cousins s’ils l’étaient vraiment.

D’autre part, Jacques fils d’Alphée étant parmi les apôtres (Mt 10.3), comment pourrait-on dans ce cas dire que les « frères » de Jésus ne croyaient pas en lui (Jn 7.5) ?

2. On suppose que ces « frères » étaient issus d’un mariage précédent de Joseph avec une certaine Escha ou Salomé. La seule raison de cette supposition est la différence d’âge supposée entre Joseph et Marie.

3. Ils seraient nés d’un mariage de lévirat entre Joseph et la veuve de son frère, Cléopas. Ceci de nouveau n’est qu’une pure hypothèse, sans aucun fondement. »

Voila !

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Irénée de Lyon, Père de l'Église

Un passage de la célèbre oeuvre Adversus Haereses (Contre les hérésies, 3:3:2), d’Irénée de Lyon (≈ 130-202), pasteur chrétien en cette ville gallo-romaine dans la seconde moitié du IIe siècle de notre ère, est très fréquemment mobilisé par les catholiques romains. En effet, une lecture superficielle de ce texte laisse croire qu’il sanctionne la suprématie romaine sur le reste de la Chrétienté.

Voici le passage en question dans son contexte textuel (traduction la plus répandue) :

La tradition des apôtres, qui est manifestée dans tout le monde, peut être considérée dans toute église par tous ceux qui veulent voir les choses vraies. Et nous pouvons énumérer ceux qui ont été institués évêques dans les églises, et leurs successions jusqu’à nos nous : ils n’ont rien enseigné ni connu de ces divagations hérétiques. Mais comme il serait très long dans un tel volume d’énumérer les successeurs de toutes les églises, nous parlerons de l’église très grande, très connue et très antique parmi toutes, fondée et constituée par les deux apôtres Pierre et Paul à Rome, de celle qui a la tradition des apôtres et la foi annoncée aux hommes, parvenue à nous par des successions d’évêques […] C’est avec cette église, à cause de sa principauté plus forte qu’il est nécessaire que s’accorde toute église, c’est-à-dire ceux qui sont des fidèles de partout, elle en qui toujours, par ceux qui viennent de partout, a été conservée cette tradition venue des apôtres[1].

Je propose sept points d’analyse afin d’interpréter correctement ce texte…

Pour commencer, le propre ministère d’Irénée fournit deux éléments qui rendent invraisemblable une adhésion d’Irénée à la primauté romaine :

1.      Irénée de Lyon était originaire d’Asie mineure. Il fut envoyé en Gaule par le pasteur Polycarpe de Smyrne, qui avait lui-même connu l’apôtre Jean. La filiation d’Irénée ne devait donc rien à Rome. Puisqu’Irénée était Grec et que sa congrégation de Lyon était hellénophone, Irénée prêchait et écrivait en grec. Cela s’accorde mal avec l’idée voulant qu’Irénée était inféodé à l’église de Rome, laquelle considéra pendant des siècles que le latin était la seule langue liturgique légitime.

2.      De son vivant, Irénée a ouvertement confronté l’évêque de Rome Victor Ier en 195 (épiscopat de 189 à 198) après celui-ci venait d’excommunier pompeusement les chrétiens d’Asie mineure simplement parce que ceux-ci avaient la coutume de fêter la Pâque chrétienne à la date que la Pâque juive plutôt que le dimanche suivant la Pâque juive, usage qui prévalait en Occident. L’intervention d’Irénée en faveur de ses frères d’Asie mineure força Victor Ier à retirer l’excommunication qu’il avait lancée[2].

Passons maintenant au texte lui-même :

3.      Dans les propos d’Irénée, il est manifeste que la communion avec Rome est conditionnelle à l’orthodoxie de celle-ci. Irénée prends la communauté chrétienne de Rome en exemple parce qu’effectivement, à cette époque, celle-ci était demeurée assez orthodoxe (l’assemblée de Rome avait réussi à se prémunir des hérésies les plus outrageuses telles que le gnosticisme et le marcionisme). Irénée disait simplement qu’il fallait être orthodoxe comme Rome était alors orthodoxe. Cela n’implique absolument pas une suprématie religieuse romaine universelle.

4.      Au début de l’extrait, Irénée ne dit aucunement que la multitude des autres églises sont des colonies de l’église de Rome, mais qu’il pourrait énumérer leurs successions respectives indépendamment de Rome, ce qui implique qu’elles n’ont pas de filiation romaine. Cela est contraire à la suprématie romaine qui va s’imposer sur toutes les églises d’Occident pendant la Réforme grégorienne, un millénaire plus tard.

5.      À l’antipode de cette suprématie romaine, Irénée n’attribue pas la droiture de l’église de Rome à elle-même, mais à des chrétiens arrivant de l’extérieur qui viennent continuellement la fortifier, puisqu’il dit : « par ceux qui viennent de partout a été conservée cette tradition venue des apôtres »[3]. Irénée attribue donc le mérite de Rome aux chrétiens non-romains.

6.      Il faut aussi procéder avec précaution lorsqu’on travaille avec des traductions. Plusieurs spécialistes du grec ancien traduisent plutôt le milieu de notre extrait de la façon suivante : « C’est vers cette église, à cause de la principauté plus forte, qu’il est nécessaire que s’y rende toute église. » On comprend donc que la « principauté plus forte » dont parle Irénée de Lyon n’est pas l’assemblée de Rome, mais l’autorité étatique siégeant dans de la capitale impériale, et que des citoyens chrétiens provenant d’ailleurs dans l’Empire devait se rendre à Rome pour des raisons civiques, ce qui leur donne l’occasion de fréquenter l’assemblée chrétienne de Rome et d’y « conserver la tradition venue des apôtres ».

Finalement, Ignace n’étant – comme tous les hommes (sauf Christ) – pas exempt d’erreur, il est propice de corriger son erreur sur la fondation de l’assemblée chrétienne de Rome.

7.     L’affirmation que Pierre et Paul fondèrent l’Église de Rome doit se comprendre comme une allusion emblématique. Nous savons que Pierre et Paul furent martyrisés à Rome (plausiblement sous Néron en 64), mais aucun des prédécesseurs d’Irénée — ni le Nouveau Testament, ni Clément de Rome vers 96 (Lettre aux Corinthiens 5:1), ni Ignace d’Antioche vers 115 (Lettre aux Romains 4:3) — n’attestent que Pierre et Paul fondèrent littéralement la congrégation chrétienne de Rome. La seule information que nous avons sur l’origine de la communauté chrétienne à Rome est qu’elle existait déjà en l’an 50, lorsque un couple chrétien (Aquilas et Priscille) furent expulsés de la capitale par l’Empereur Claude et rencontrèrent Paul à Corinthe (Actes 18:1-3). Aussi tard qu’en 57-58, lorsque Paul adressa son Épître aux Romains où il salua nommément un nombre important d’individus, Pierre ne se trouvait pas encore à Rome puisque s’il y était et, surtout, s’il avait été à la tête de la l’assemblée chrétienne de Rome, Paul l’aurait certainement salué.

Parvenus au terme de notre analyse, on voit qu’il ne reste plus grand chose à la primauté romaine d’Irénée de Lyon que nous allègue le catholicisme romain.


[1] L’évêque Polycrate d’Éphèse (qui se revendiquait de l’apôtre Jean) mena la résistance contre Rome en assemblant un concile à Éphèse en 190. Les églises d’Anatolie, du Levant et même de Grèce y furent représentées. Les pasteurs orientaux maintinrent unanimement leur pratique alors en vigueur.

[2] Jules-Marcel NICOLE, Précis d’histoire de l’Église, Nogent-sur-Marne, Éditions de l’Institut Biblique, 2005, p. 37 sur 295.

[3] Cette traduction est corroborée par Louis BAYARD, « Une correction au texte de saint Irénée sur l’Église romaine », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 58e année, N° 3, 1914, p. 227-231.

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Monument de Chanforan (nord-ouest de l'Italie), commémorant l'adhésion des vaudois à la Réformation au synode de 1532

Monument de Chanforan (nord-ouest de l’Italie), commémorant l’adhésion des vaudois à la Réformation au synode de 1532

Lorsque un débat survient entre des chrétiens protestants et des catholiques romains, les protestants éprouvent rarement de la difficulté à démontrer les assises scripturaires de leur théologie. Cependant, un point où leur discours est parfois boiteux est celui de la continuité historique. Notre Sauveur Jésus-Christ a affirmé « je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28:20) et que « les portes de l’Enfer ne prévaudront point » contre l’Église (Matthieu 16:18). Malheureusement, les protestants modernes sont rarement capables d’identifier le ou les groupes ayant constitués le véritable peuple de Dieu sur terre pour la période allant du Ve au XVIe siècle. Lorsque confrontés à ce défi, quelques protestants savent expliquer que l’Église des quatre premiers siècles a, dans l’ensemble, maintenu un niveau d’orthodoxie biblique acceptable jusqu’au du Ve siècle environ. En effet, « jusqu’à la mort de Valentinien III (455), le saint n’apparaît que comme modèle », explique Jean-Michel Matz. « Aucun culte des saints [qui est une forme d’idolâtrie polythéiste] n’est attesté en Gaule avant la fin du IVe siècle, on peut donc dire que cette forme de piété s’est constituée au cours des Ve et VIe siècles », renchérit Brigitte Beaujard.

Certains protestants savent aussi rappeler l’existence des vaudois du sud-est de la France et du nord-ouest de l’Italie qui maintinrent un christianisme plus authentique, sa plaçant ainsi en précurseurs de la Réformation protestante du XVIe siècle. Or classiquement, on croit que le fondateur des vaudois (terme dérivé de « vallées ») est le prédicateur Pierre Valdo (1140-1217). Conséquemment, l’apologétique protestante  est placée devant un écart d’un demi-millénaire — du Ve au XIIe siècles — période pendant laquelle il n’est a priori pas clair qui était le peuple de Dieu  sur terre, et ce peuple était situé. Cette difficulté n’est pas insurmontable. Pour y répondre, je citerai des extraits de l’ouvrage d’Antoine Monastier, Histoire de l’Église vaudoise depuis son origine, paru à Lausanne chez Georges Bridel en 1847, chapitres 3 et 4 du tome 1, où est défendue la thèse d’une continuité du christianisme biblique isolé dans les Alpes et les Pyrénées du Ve au XVIe siècle. Les textes entre crochets sont mes ajouts.

ValleVaudoise

CHAPITRE III — RÉSISTANCE QUE LES DOCTRINES ET LES CÉRÉMONIES NOUVELLES RENCONTRENT DANS L’ÉGLISE

L’Église chrétienne n’abandonna pas le droit sentier de la saine doctrine, la pureté et la simplicité de la vie cachée avec Christ, sans une longue résistance de la partie saine de ses membres. Qui racontera tous les efforts faits pour détourner un si grand malheur? Qui dira tout ce qui fut tenté pour empêcher un tel naufrage, pour arrêter une si grande ruine? Les documents sur ce point arrivés jusqu’à nous sont peu nombreux. Ils ne nous sont parvenus que par l’entremise du parti vainqueur. Nous sommes réduits à glaner dans son champ les quelques épis qu’il n’a pu soustraire à nos regards.

[…]

Le pape Célestin Ier, écrivant aux évêques des provinces Viennoise et Narbonnaise dans les Gaules, entre l’an 423 et 432, se plaint à eux de la permission qu’ils accordaient à des prêtres étrangers de prêcher à leur gré et d’agiter des questions indisciplinées qui amenaient des discussions dans l’Église (le même pape, dans une seconde lettre aux mêmes prélats, leur dénonce encore d’autres prêtres qui […] refusent la pénitence aux mourants, sans doute l’absolution). [Dans la première lettre] il affecte de ne pas préciser l’objet de sa plainte. Cependant la fin de sa lettre fait comprendre qu’il est question des saints, et que les prédicateurs qu’il a en vue ne sont pas favorables aux erreurs propagées sur cette doctrine. Voici ses expressions: « Cependant, dit-il, nous ne devons pas nous » étonner s’ils osent de telles choses envers les vivants, ceux qui s’efforcent de détruire la mémoire de nos frères maintenant dans le repos. » De ce fait on peut conclure, il nous semble, que les Églises des Gaules n’étaient pas alors favorables aux images et à l’invocation des saints, et qu’un nombre considérable de prêtres résistaient courageusement à l’envahissement de cette fausse doctrine. [Pour que l’on puisse donner cette interprétation à ces lettres de Célestin Ier, il faut prendre en compte la controverse qui agitait alors la Chrétienté à propos du culte des reliques. Lire la suite.]

Vers ce même temps, à la fin du IVe siècle, un nouveau fait, en confirmant l’état de l’Église des Gaules, nous apprend que la Lombardie avait aussi ses fidèles opposés à la cause des images et aux autres nouveautés. Vigilance (ou Vigilantius), homme instruit, quoique saint Jérôme avance le contraire, originaire de Comminge en Aquitaine, était prêtre et en avait exercé les fonctions à Barcelone ou dans le voisinage. Ayant fait un [voyage] en Orient, il s’y trouva en présence de saint Jérôme, solitaire célèbre. Ce fut vainement que le cénobite essaya de convaincre Vigilance et de lui taire approuver ses opinions sur les reliques, les saints, les images, les prières qu’on leur adressait, les cierges que l’on tenait allumés sur les tombeaux, les pèlerinages, les jeûnes, le célibat des prêtres, la vie solitaire, etc., Vigilance resta inébranlable. Il paraît qu’à son retour, ce prêtre opposé aux nouvelles doctrines [demeura un certain temps] en Lombardie, on pourrait même croire vers les Alpes Cottiennes (situées au nord du mont Viso, là même où s’étendent les vallées vaudoises actuelles), où il trouva un refuge. C’est saint Jérôme lui-même qui nous l’apprend dans une de ses lettres à Ripaire. « J’ai vu, dit-il, il y a quelque temps, ce monstre appelé, Vigilance. J’ai voulu, par des passages des saintes Écritures, enchaîner ce furibond, comme avec les liens que conseille Hippocrate mais il est parti, il s’est retiré, il s’est précipité, il s’est évadé, et depuis l’espace qui est entre les Alpes où a régné Cottus et les flots de l’Adriatique, il a crié jusqu’à moi, Ô crime! il a trouvé des évêques complices de sa scélératesse. »

On le voit par ce passage, les évêques de la Lombardie avaient approuvé Vigilance, et, comme lui, s’opposaient à l’introduction des erreurs mentionnées plus haut. En Lombardie, il le paraît, des Églises nombreuses avaient donc conservé plus ou moins la saine doctrine.

[[ Lisez également cette page d’Info-Bible sur la confrontation entre Vigilance de Calagurris et Jérôme de Stridon à propos du culte des reliques. Dans son étude sur l’émergence du culte des saints en Occident pendant l’Antiquité tardive, Peter Brown note que Vigilance de Calagurris « se fit l’interprète d’hommes qui craignaient que l’extension prise par des fidélités ostentatoires et très individualisées aux saints morts ne brisât la communauté idéale des croyants. Les pratiques fixaient les saints sur le lieu de leur tombe, qui n’était pas accessible à tous, créant ainsi une topographie religieuse privilégiée du monde romain, d’où les communautés chrétiennes périphériques pouvaient se sentir exclues. […] Le danger que les nouvelles féries des martyrs n’éclipsent le grand jour, commun à tous, de Pâques, étaient des sujets d’inquiétude réels et bien compréhensibles au sein du clergé local de Gaule méridionale et d’Espagne » (Peter Brown, p. 47-48).

Insistons que Vigilance ne fut pas le seul partisan de l’orthodoxie chrétienne au tournant du Ve siècle. Plusieurs chrétiens « réagissent contre une prédication qui fait trop de place à la virginité et déconsidère le mariage, qui brise les familles et interrompt les lignées. Si les papes Damase et Sirice sont favorables au mouvement dans ses débuts, il n’en est pas de même de tous les clercs de Rome et d’Occident. [… Les théologiens Jovinien, HelvidiusAmbrosiaster et Bonose de Sardique] s’en prennent à ceux qui préconisent la supériorité de la virginité sur le mariage, ce qui provoque Jérôme à écrire contre [les deux premiers d’entre] eux de violents pamphlets. Mais Jérôme lui-même est contesté, expulsé de Rome, et son ouvrage contre Jovinien y fait scandale » (dixit Pierre Maraval). Les prêches et les écrits de ces hommes de Dieu connurent un franc succès et firent de nombreux prosélytes parmi la population (dont Sarmatianus et Barbatianus à Milan). Ils défendirent le mariage chrétien et exposèrent l’impertinence de l’ascétisme expiatoire, entraînant beaucoup de moines et de moniales à se défroquer et à prendre époux(se). Chassé de Rome puis de Milan pour ses opinions bibliques, Jovinien se réfugia à Verceil dans le Piémont. ]]

Un des faits les plus saillants de la résistance de l’Église fidèle à l’envahissement des erreurs, dont Rome fut le centre, est l’épiscopat de Claude de Turin. […] Claude d’abord chapelain de Louis-le-Débonnaire, déjà du vivant de Charlemagne, fut nommé par le premier de ces princes évêque de Turin, vers l’an 822, sous le pontificat de Pascal Ier, qui mourut le 13 mai 824, et administra le diocèse jusqu’en 839, époque de sa mort, à ce que l’on croit. Prédicateur éloquent et versé dans la connaissance de la Parole de Dieu, il exerça un ministère actif et fructueux durant dix-sept années, et, ce qui est le caractère le plus apparent de son œuvre, il fit disparaître des basiliques toutes les images.

Miné par les partisans de ce culte inconnu à la primitive Église, il écrivit quelques livres pour répondre aux adversaires du dehors. Ces écrits sont perdus, à l’exception des lambeaux que Jonas d’Orléans, son adversaire, nous en a conservés. Bien qu’incomplets et mutilés, ils restent un éclatant témoignage de la doctrine prêchée durant dix-sept ans, dans les mêmes contrées où nous la trouverons plus tard professée par les Vaudois. […] L’écrit de Claude de Turin que Jonas d’Orléans nous a conservé, ainsi que Dungal [de Bobbio ?], est intitulé Réponse apologétique de Claude, évêque, à l’abbé Théodémir.

Je n’enseigne point une nouvelle secte, moi qui reste dans l’unité (de l’Église) et qui proclame la vérité. Mais, autant qu’il a dépendu de moi, j’ai étouffé les sectes, les schismes, les superstitions et les hérésies, et je les ai combattus, écrasés, renversés, et, Dieu aidant, je ne cesse de les renverser autant qu’il dépend de moi. Depuis que, malgré moi, je me suis chargé du fardeau de l’épiscopat, et, que, envoyé par le pieux Louis, fils de la sainte Église de Dieu, je suis arrivé en Italie, j’ai trouvé à Turin toutes les basiliques remplies de souillures dignes d’anathème et d’images, contrairement à l’ordre de la vérité ; et, comme tout ce que les autres adoraient, seul je l’ai renversé […] Ce qui est dit clairement [dans la Bible] : Tu ne feras aucune ressemblance des choses qui sont au ciel, ni sur la terre, etc., s’entend non-seulement de la ressemblance des dieux étrangers mais aussi des créatures célestes et de ce que l’esprit humain a pu inventer […].

Nous ne prétendons pas, disent ceux contre qui nous défendons l’Église, nous ne prétendons pas que l’image que nous adorons ait quelque chose de divin, mais nous l’adorons avec le respect qui est dû à celui qu’elles représentent. A quoi nous répondons : que si les images des saints sont adorées d’un culte diabolique, mes adversaires n’ont pas abandonné les idoles, ils n’ont fait qu’en changer le nom. […] le nom est changé, mais l’erreur reste et demeure à toujours, en ce sens qu’ils ont une image de dieu privée de vie et de raison […]

Il faut donc bien retenir ceci, c’est que tous ceux qui accordent les honneurs divins, non-seulement à des images visibles, mais à une créature quelconque, qu’elle soit céleste ou terrestre, spirituelle, ou corporelle, et qui attendent d’elle le salut qui vient de Dieu seul, sont de ceux dont parle l’Apôtre quand il dit : Ils ont servi la créature plutôt que le Créateur.

Pourquoi t’humilies-tu et t’inclines-tu devant de vaines images ? Pourquoi courbes-tu ton corps devant des simulacres insensés, terrestres, esclaves ? Dieu t’a créé droit, et tandis que les animaux sont penchés vers la terre, il veut que tu élèves tes yeux au ciel et que tu portes tes regards vers le Seigneur. C’est là qu’il faut regarder ; c’est là qu’il faut lever les yeux. C’est en haut qu’il faut chercher Dieu, pour apprendre à se passer de la terre. Élève donc ton coeur au ciel ; pourquoi t’étendre dans la poussière de la mort avec l’image insensible que tu sers ? Pourquoi te livrer au diable pour elle et avec elle? Garde l’élévation où tu es né ; maintiens-toi tel que Dieu t’a fait.

[…]

Convertissez-vous, prévaricateurs, qui vous êtes retirés de la vérité, et qui aimez la vanité, et qui êtes devenus vains, qui crucifiez de nouveau le Fils de Dieu et l’exposez à l’ignominie, qui avez rendu ainsi une foule d’âmes complices des démons, et qui, les éloignant de leur Créateur, au moyen des sacrilèges détestables de vos images, les avez abattues et précipitées dans la damnation éternelle.

[…]

Quant à ce que tu [l’abbé Théodémir] me reproches que j’empêche le monde de courir en pèlerinage à Rome pour y faire pénitence, tu ne dis pas la vérité. En effet, je n’approuve pas le voyage, parce que je sais qu’il ne nuit pas à tous et qu’il n’est pas utile à tous; qu’il ne profite pas à tous et qu’il n’est pas dommageable à tous. Je veux premièrement te demander à toi-même, si tu reconnais que c’est faire pénitence que d’aller à Rome, pourquoi depuis si longtemps as-tu damné tant d’âmes que tu as retenues dans ton monastère et que tu y as même reçues pour y faire pénitence, les ayant obligées à te servir, au lien de les envoyer à Rome ? […]

Nous savons bien que cette sentence de l’Évangile est très-mal entendue : Tu es Pierre et sur cette pierre j’édifierai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. C’est en vertu de ces paroles du Seigneur qu’une tourbe ignorante, négligeant toute intelligence spirituelle, tient à se rendre à Rome pour acquérir la vie éternelle. Celui qui entend convenablement les clefs du royaume des cieux ne recherche pas une intercession locale de saint Pierre. En effet, si nous examinons la valeur des paroles du Seigneur, il n’a pas été dit à saint Pierre seul Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. En effet, ce ministère appartient à tous les vrais surveillants et pasteurs de l’Église, qui l’exercent tandis qu’ils sont en ce monde; et quand ils ont payé la dette de la mort [quand ils sont décédés], d’autres succèdent à leur place et jouissent de la même autorité et puissance.

[…]

La cinquième chose que tu ma reproches, c’est qu’il te déplaît que dominus Apostolicus (monsieur l’Apostolique) se soit indigné contre moi (tu parles ainsi du défunt évêque de Rome, Pascal), et qu’il m’ait honoré de ma charge. Mais puisque apostolique veut en quelque sorte dire gardien d’apôtre, il ne faut certes pas appeler apostolique celui qui est assis dans la chaire de l’Apôtre, mais celui qui remplit les fonctions d’apôtre. Quant à ceux qui occupent cette chaire sans en remplir les devoirs, le Seigneur a dit : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse ; observez et faites ce qu’ils vous diront – mais ne faites pas comme ils font, parce qu’ils disent et ne font pas.

La lecture attentive de cette lettre montre avec évidence le caractère chrétien et éminemment évangélique de Claude de Turin. On y voit que la source où il puise son courage et sa fidélité est la Parole de Dieu, et l’on peut conclure de l’emploi continuel qu’il fait de l’Écriture dans ses écrits, qu’il l’a prêchée et répandue dans son diocèse ; qu’il a dû donner un élan nouveau a l’étude des saintes lettres, exciter les ministres de la religion à n’enseigner que ce qu’elles contiennent, et conduire les brebis confiées à ses soins au seul Berger céleste qui puisse les paître et les sauver éternellement.

Il est facile de se figurer l’immense influence qu’a dû exercer un tel homme durant un épiscopat de dix-sept ans environ. Et lors même qu’on réussirait à prouver, ce qui n’est pas possible, que son œuvre a été isolée, sans antécédents, sans conséquences ultérieures remarquables; si l’on démontrait que les évêques qui le suivirent ont tous travaillé à la détruire, il n’en demeurerait pas moins certain qu’elle a eu lieu, et il resterait toujours la possibilité, bien plus la probabilité, qu’elle se sera perpétuée après lui dans bien des cœurs, tout au moins dans quelqu’une des parties de son vaste diocèse, dans les vallées des Alpes vaudoises, par exemple, moins exposées que la plaine au brusque envahissement de l’autorité des papes.

[…]

Claude de Turin n’a pas été un novateur. Son œuvre n’a pas été isolée. Tout ce que nous avons rapporté de la résistance de l’Église fidèle le prouve. C’était déjà dans ces mêmes contrées, on dans les contrées voisines, que Vigilance avait trouvé un refuge auprès d’évêques professant comme lui une doctrine opposée au culte des images et des saints, aux cérémonies sur les tombeaux, aux pèlerinages, aux jeûnes, au célibat des prêtres et à la vie monastique. N’oublions pas que Serenus, de l’autre côté des Alpes, au commencement du VIIe siècle, avait accompli une œuvre pareille à celle de Claude de Turin, dans le diocèse de Marseille.

[…]

On doit encore faire attention qu’Agobard, archevêque de Lyon [le « prélat des Gaules » !], partageait entièrement les opinions de Claude de Turin, son contemporain, comme en font foi ses écrits [Liber de imaginibus].

[…]

Cet évêque de Turin, homme éloquent et de mœurs austères, eut un grand nombre de partisans. Ceux-ci, anathématisés par le pape, poursuivis par les princes laïques, furent chassés de la plaine et forcés de se réfugier dans les montagnes, où ils se maintinrent dès-lors, toujours comprimés et toujours cherchant à s’étendre.

CHAPITRE IV — VESTIGES DE L’ÉGLISE FIDÈLE AU Xe ET XIe SIÈCLES

L’épiscopat de Claude de Turin semble d’abord le dernier fait éclatant de la résistance de la partie saine de l’Église chrétienne aux envahissements des erreurs propagées en Occident. En effet, de Claude de Turin jusqu’aux écrits des Vaudois, c’est-à-dire de la première moitié du IXe siècle jusqu’au commencement du XIIe, l’histoire de l’Église fidèle n’offre que peu de faits saillants et connus. Cependant elle n’en est pas entièrement privée. Une étude intelligente et un examen consciencieux font découvrir des faits clairsemés, qui n’apparaissent d’abord que comme des traces à demi-effacées, mais dans lesquelles on reconnaît bientôt la marque d’une Église envahie, mais toujours militante. Ces faits empreints sur la route de ce monde, à des distances inégales, et souvent en divers lieux, convergent vers un centre et ramènent aux contrées dans lesquelles nous trouverons prochainement une Église évangélique, vivant d’une vie chrétienne avancée selon la doctrine des apôtres. […]

+ + + + +

Monastier cite ensuite les témoignages de l’évêque Atto de Verceil en 945, de l’abbé Radulphe de St-Thron vers 1108, et de Bruno d’Asti en 1120, qui, sans mentionner explicitement les vaudois, attestent de l’existence d’une communauté chrétienne indépendante de la hiérarchie catholique et localisée dans le nord-ouest de l’Italie à cette époque. Ce ces trois témoignages, le plus intéressant est celui de Radulphe, qui était aussi évêque de Segni et abbé du Montcassin. Radulphe écrit que les soi-disant hérétiques qui habitaient les Alpes affirmaient que leur origine remontait au pape Léon Ier, ce qui est un excellent indicateur puisque l’historiographie protestante considère que c’est vraiment avec ce pape romain que l’Église officielle a définitivement glissé dans la décadence. Tout compte fait, la thèse de la continuité historique des chrétiens vaudois du Ve au XIIe siècle semble tenable. Les ministères des pasteurs Claude de Turin et Agobard de Lyon, qui au IXe siècle combattirent le culte des saints et des icônes, rendent vraisemblable, chronologiquement et géographiquement, la thèse voulant que des chrétiens de ces diocèses se réfugièrent ultérieurement dans les Alpes et y maintinrent la vraie foi pendant des siècles. Par ailleurs, dans le tome 2 de son cet ouvrage de Monastier, figure un appendice où sont reproduits plusieurs documents vaudois qui sont, selon les manuscrits médiévaux, antérieurs au XIIe siècle. Nous voudrions que la période couvrant les VIe, VIIe et VIIIe siècles soit mieux documentée pour ces régions ; peut-être que des recherches supplémentaires pallieront éventuellement à cette lacune. (Toutefois, ne perdons pas de vue l’iconoclasme byzantin qui représente une vif regain de puissance de l’Église biblique pendant ces siècles.)

Il faut cependant nous dissocier d’un excès qu’Antoine Monastier partagea avec Edmund Hamer Broadbent. Ces hommes, par réflexe anti-catholique, tendirent à voir dans toutes les dissidences au catholicisme pré-moderne des forme de piété évangélique, ce qui les conduisirent à considérer les manichéens, les bogomiles et les cathares/albigeois comme des chrétiens bibliques, alors qu’il est fermement établit que ces groupes étaient absolument hérétiques.

Une carte pour situer l’étendue de la diffusion du valdéisme…

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La blogueuse catholique Suzanne, avec laquelle je suis en débat ouvert depuis une semaine, continue d’essayer de donner des leçons d’histoire anti-protestante. Cet article est donc la suite du débat. Puisque Mme Suzanne s’obstine a répéter plusieurs affirmations non-historiques que j’ai déjà réfuté de multiples fois dans cet article, celui-ci, et celui-ci. Pour ne pas dédoubler les articles qui s’accumulent, je renvoie les lecteurs à ces précédentes publications. Sur la réalité historique de la résistance de l’Église biblique de l’Antiquité et du Moyen Âge (proto-protestantisme) aux errements doctrinaux de l’Église vaticane, je vous réfère aussi à l’ouvrage Histoire de l’Église vaudoise depuis son origine (j’ai des réserves sur le chapitre sur Constantin Ier,  contrebalancez avec ceci). Désormais, je vais seulement répondre à Mme Suzanne lorsqu’elle fourni des arguments « nouveaux » (dans le cadre de cette discussion).

[Mme Suzanne :] Les calvinistes n’existaient pas en Antiquité. S’ils existaient, on en connaitraît les noms […] On a toutes sortes de documents de l’Église primitive dès le premier siècle, des écrits des gens qui ont connu des apôtres comme Ignace d’Antioche.

Parlons-en d’Ignace d’Antioche ! Nulle trace d’allégeance papale dans les sept lettres qu’il écrivit à des églises locales du bassin méditerranéen vers l’an 115. La phrase « À […] l’Église qui préside dans la région des Romains […] qui porte la Loi du Christ », contenue dans le préambule de l’Épître d’Ignace aux Romains, est fréquemment utilisée par les apologues de la Papauté pour légitimer l’hégémonie romaine sur l’Église universelle. Or tout ce que cette phrase affirme, lorsque considérée dans son contexte préambulaire, c’est que la juridiction de la congrégation chrétienne de la ville de Rome s’étend dans la région de Rome, point final. Preuve supplémentaire qu’Ignace d’Antioche n’accordait aucune autorité suprême ou extraordinaire au(x) pasteur(s) de l’Église locale de Rome : il se permit justement, dans les dix chapitres de cette même épître, de donner des directives à l’Église de Rome !

Par ailleurs, Ignace d’Antioche n’adhérait pas à la déviation papale selon laquelle l’évêque de Rome serait la « pierre fondatrice » de l’Église universelle. Ignace enseignait, en conformité avec la Bible, que chrétiens sont des tous des « pierres » (Cf. 1 Pierre 2:5) : « Vous êtes les pierres du temple du Père, préparés pour la construction de Dieu le Père, élevés jusqu’en haut par la machine de Jésus-Christ, qui est la croix, vous servant comme câble de l’Esprit-Saint. » (Épître d’Ignace aux Éphésiens 9:1) Ainsi, Ignace d’Antioche proclamait la doctrine protestante du sacerdoce universel : « Peinez ensemble les uns avec les autres, ensemble combattez, luttez, souffrez, dormez, réveillez-vous, comme des intendants de Dieu, comme ses assesseurs, ses serviteurs. » (Épître d’Ignace à Polycarpe 6:1, Cf. 1 Pierre 2:9) Pas mal pour un partisan de la Papauté !

L’expression « Sénat des apôtres », utilisée par Ignace d’Antioche (Magnésiens 7:1), implique l’égalité et la collégialité des apôtres (et non la domination de Pierre sur les autres apôtres comme le fantasment les papistes). Idem pour les presbytes (anciens) : « Pareillement, que tous révèrent […] les presbytes comme le Sénat de Dieu et comme l’Assemblée des apôtres : sans eux on ne peut parler d’églises. » (Tralliens 3:1)

Toujours selon Ignace d’Antioche, « Dieu est l’évêque des évêques » (Magnésiens 3:1-2) et non le pape ; et Jésus est le « grand prêtre » (Philadelphiens 9:1, voir Jean 10:9) pas le pape. De surcroît, Ignace admettait, conformément à l’apôtre Paul, qu’il peut y avoir plusieurs églises autonomes dans une même ville — ici Smyrne — (Tralliens 12:1). En fin de compte Ignace n’était aucunement un catholique romain au sens moderne du terme, ce qui n’est pas étonnant puisque les catholiques romains n’existaient pas à son époque.

[Mme Suzanne:] Dans les Actes des Apôtres 15, on voit que c’est l’Église réunie qui détermine que la Révélation de Jésus était universelle et que les Gentils n’avaient pas à se soumettre à la circoncision.

Jésus lui-même a affirmé très clairement que son œuvre et ses commandements ont une portée universelle (pour se limiter à deux exemples, voir Actes 1:8 et Matthieu 28:19). Les Prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà annoncés qu’éventuellement le Dieu d’Israël sera célébré par les nations non-israélites (Jérémie 16:19, Psaume 18:49, 2 Samuel 22:50, Zacharie 2:11).

Si les chrétiens non-hébreux n’ont pas à se soumettre à la circoncision, c’est parce que ce rituel faisait partie de la Loi cérémonielle/sacrificielle, qui elle-même relevait de l’Alliance mosaïque, laquelle était particulière à la situation géopolitique de l’État hébreux pendant l’Antiquité. Comme le Saint-Esprit l’insuffla à l’apôtre Paul, ces pratiques cérémonielles/sacrificielles étaient des représentations des réalités célestes (Hébreux 9:23-24) qui anticipaient la Nouvelle Alliance en Jésus-Christ (Colossiens 2:16-17). Ainsi, les prémices de la moisson étaient offertes en offrande à Dieu un dimanche sous l’Ancienne Alliance (Lévitique 23:10-11), et la Pentecôte juive qui se fêtait un dimanche (Lévitique 23:15-17), sont des préfigurations symboliques de Christ (1 Corinthiens 15:20) qui est ressuscité un dimanche puis célébré le dimanche (Actes 20:7).

Or ce n’est pas l’Église qui, unilatéralement, détermina cela. C’est Jésus qui déclara lui-même que son ministère sacrificatoire est un accomplissement de la Loi cérémonielle/sacrificielle (Matthieu 5:17), laquelle devient expirée à partir de Son œuvre expiatrice (même si les éléments moraux universels qu’elle contient demeurent valables).

[Mme Suzanne :] Les citations de Paul concernant la suffisance de l’Écriture n’exclut pas la possibilité que l’enseignement oral continue.

Je pense qu’il est adéquat de rappeler la définition de l’adjectif suffisant : « Dont la quantité, la force, l’intensité sont à la juste mesure de ce qui est nécessaire » et la définition du verbe suffire : « Constituer à soi seul le facteur déterminant pour que soit obtenu l’effet que l’on constate ou le résultat que l’on attend. »

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Cet article constitue la suite du débat papisme VS calvinisme que Mme Suzanne a engagée avec moi. Pour nommer mon article, j’emprunte le titre d’un ouvrage du pasteur Pierre du Moulin, le Bouclier de la Foy, publié en 1624 en défense de la Gallicana. Pour plus de clarté, je cite Mme Suzanne et lui réponds de façon systématique au fur et à mesure.

[Mme Suzanne :] Leurs connaissances sur la foi catholique proviennent toujours de sources hostiles. […] Des calvinistes capables de citer la doctrine catholique […] ils sont extrêmement rares pour ne pas dire inexistants.

Le printemps passé, j’ai trouvé à l’archevêché catholique de Sherbrooke (Estrie) un pamphlet intitulé Rosaire des saintes plaies distribué par Les Amis du Purgatoire, où il est expliqué que la récitation de certaines prières précises (comme des formules magiques) donne « 300 jours d’indulgence chaque fois » ! L’Église papale (ou n’importe quelle église) n’a absolument aucune autorité sur la base de laquelle elle pourrait se permettre de prêcher des superstitions aussi non-scripturales (d’autant plus que le purgatoire est une pure invention). L’été passé, j’ai trouvé dans une cathédrale médiévale de Troyes (Champagne) un pamphlet intitulé Comment prier pour les morts publié par le Groupe Bayard où il est affirmé que non seulement nous devons prier pour les trépassés (que Dieu envoie aux châtiments éternels ou qu’il en prend en sa sainte présence dès l’instant de leur trépas), mais de surcroît que les morts prient pour nous ! Historiquement, cette pratique est tirée tout droit du paganisme gréco-romain. Théologiquement, il est blasphématoire de prétendre que des plaidoiries humaines peuvent renverser le décret immuable de Dieu.

Dans son œuvre maîtresse, De Locis Theologicis (1543), l’évêque dominicain Melchior Cano (1509-1560) — professeur à l’Université de Salamanque (Castille), fondateur de la chaire de théologie à l’Université d’Alcalá (Madrid), recteur du Collège Saint-Grégoire à Valladolid (Castille) puis ambassadeur de Charles Quint au Concile de Trente en 1551-1552 — affirma ceci (en totale contradiction avec l’ordonnance de l’apôtre Paul en Galates 1:8) :

Si quelque chose a été tenu pour être un dogme de foi, soit par l’Église ou par un concile approuvé par le pape, ou a été constamment et d’une manière consistante tenue par tous les saints [sic] pour être certaine, alors nous devons l’accepter comme vérité catholique, et son contraire comme hérétique, même si elle n’est pas contenue dans les Saintes Écritures, soit ouvertement ou obscurément.

Pour mesurer l’acceptation de ce livre dans les cercles académiques catholiques, soulignons que le De Locis Theologicis de Melchior Cano fut réédité une trentaine de fois du XVIe au XIXe siècle, et qu’il vient d’être réédité en 2006.

Ma non-adhésion aux doctrines vaticanes ne vient donc certainement pas exclusivement de sources hostiles au catholicisme, mais d’un examen attentif de la documentation produite par l’Église papale.

[Mme Suzanne :] Il n’y a jamais eu une succession directe de groupes chrétiens qui adhéraient au calvinisme du premier siècle jusqu’à notre époque.

Comme je l’ai démontré avec force dans mon article La foi biblique de l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge tardif, il a existé en Europe des chrétiens dont les doctrines correspondaient à celles du protestantisme du Ier au au Xe siècle puis du XIIe siècle jusqu’à aujourd’hui. Comme je l’avais indiqué moi-même dans mon article La juridiction de l’épiscope de Rome ne s’étend pas en dehors de Rome, il semble y avoir eu une rupture aux XIe siècle. Joe Morecraft argumente en faveur d’une continuité de certains éléments de l’Église celtique dans les Îles Britanniques jusqu’aux Wyclifites du XIVe siècle. Sans rejeter cette thèse, je ne l’ai pas assez étudiée pour l’endosser. Quoi qu’il en soit, un vide spirituel au XIe siècle n’invalide nullement le protestantisme, parce que la Bible, l’éternelle et indestructible Parole de Dieu, a toujours existé et existera toujours. Les institutions ecclésiastiques peuvent se vautrer en perdition, mais la vérité scripturaire demeure immuable et la possibilité de retourner à l’Évangile demeure toujours, comme l’histoire l’a excellemment démontrée.

[Mme Suzanne :] Les calvinistes n’existaient pas au premier siècle.

Des croyants ayant une compréhension calviniste du christianisme existaient assurément au premier siècle, puisque le Nouveau Testament a été rédigé sous l’inspiration du Saint-Esprit au premier siècle et que le Nouveau Testament (ainsi que l’Ancien) déploie le calvinisme dans son texte sacré. De plus, comme je l’avais indiqué dans un article précédent, les Pères de l’Église des premiers siècles professaient une sotériologie calviniste. Citons Irénée de Lyon par exemple (Adversus Haereses, IV, XX, V) :

Par lui-même, en effet, l’homme ne pourra jamais voir Dieu ; mais Dieu, s’il le veut, sera vu des hommes, de ceux qu’il veut, quand il veut et comme il veut. Car Dieu peut tout : vu autrefois par l’entremise de l’Esprit selon le mode prophétique, puis vu par l’entremise du Fils selon l’adoption, il sera vu encore dans le royaume des cieux selon la paternité, l’Esprit préparant d’avance l’homme pour le fils de Dieu, le Fils le conduisant au Père, et le Père lui donnant l’incorruptibilité et la vie éternelle.

Mme Suzanne essaie ensuite d’expliquer que les réformés considèrent des hérétiques (gnostiques, bogomiles, cathares, etc.) comme des calvinistes, ce qui est faux et absurde lorsque l’on connais le moindrement l’ampleur de la distance doctrinale qui sépare ces groupes divergents de la foi réformée. Mme Suzanne pousse l’audace plus loin en prétendant que les réformés voudraient faire passer les ariens anti-trinitaires pour des calvinistes. Or aucun réformé digne de ce nom n’a jamais défendu une chose pareille. Mme Suzanne semble ignorer que les églises réformées historiques adhèrent au Symbole de Nicée-Constantinople (381), à la Définition de Chalcédoine (451) et au Symbole d’Athanase (vers 500 en Gaule méridionale), textes historiques qui anathémisent tous l’arianisme.

[Mme Suzanne :] Il n’y a pas un Père de l’Église qui défendait la notion que la Bible seule était source de foi.

C’est faux, comme il est démontré dans ce ce recueil de citations des Pères de l’Église ainsi que cette analyse de l’évolution historique de la notion de  « tradition » (voyez pages 3 et 4), qui peut se résumer ainsi : on cerne quatre différentes approches vis-à-vis de la tradition dans l’histoire de l’Église, approches que l’érudition protestante désigne par « Tradition 0, 1, 2, et 3 ».

  • Tradition 0 = rejet de toute notion de tradition (position mennonite + baptiste arminienne).
  • Tradition 1 = interprétation de l’Écriture avec le testimonia patrum et la regula fidei (position chrétienne antique + réformée + luthérienne + anglicane low-church).
  • Tradition 2 = transmission par Jésus et les apôtre de révélations extra-scripturaire parallèles à l’Écriture (position catholique médiévale et tridentine + anglicane high-church).
  • Tradition 3 = l’Église est une source continuelle de tradition (position catholique depuis le XIXe siècle + soi-disant « orthodoxe » orientale).

[Mme Suzanne :] Ils [les réformés] ne montrent jamais un Père de l’Église qui dit « Seulement la Bible doit être utilisée comme source de doctrine ».

Curieusement, Cyrille de Jérusalem proclamait exactement cela (Cathéchèse IV, XVII) : « Concernant les divins mystères de la Foi, pas même une déclaration occasionnelle ne doit être livrée sans les Saintes Écritures, ni ne doit être tiré de simple plausibilité ou artifice de discours. Même à moi, qui vous dit ces choses, ne donnez aucun crédit à moins que vous ne receviez la preuve des choses que j’annonce par les Divines Écritures. Car le salut en lequel nous crayons ne dépend pas de raisonnement ingénieux, mais de démonstration de l’Écriture. » Et Irénée de Lyon, Hippolyte de Rome, Jean Chrysostome, Athananase d’Alexandrie, Grégoire de Nysse et  Basile de Césarée étaient parfaitement d’accord avec Cyrille de Jérusalem.

[Mme Suzanne :] la Bible elle-même ne dit jamais que la Bible seule était la seule source de la foi. Ça c’est une invention de Luther.

Je ne pense pas que Mme Suzanne lit la Bible très souvent…

L’apôtre Paul inspiré du Saint-Esprit : « Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre évangile. Non pas qu’il y ait un autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent altérer l’Évangile de Christ. Mais, si nous-mêmes, si un ange du ciel annonçait un autre évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, je le répète à cette heure : si quelqu’un vous annonce un évangile s’écartant de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! » (Galates 1:6-9)

L’apôtre Jean inspiré du Saint-Esprit : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décris dans ce livre ; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre. » (Apocalypse 22:18-19) Certes « ce livre » désigne ici  l’Apocalypse de Jean, mais la gravité de l’avertissement implique qu’il ne faut sous aucun prétexte ajouter des innovations humaines à la révélation scripturale.

Jésus lui-même a vigoureusement fustigé les juifs pharisiens qui ajoutaient leur tradition extra-scripturaire (Talmud) aux Saintes Écritures (Tanak) : « Il [Jésus] leur dit encore : Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est corban, c’est-à-dire, une offrande à Dieu, vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition, que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d’autres choses semblables. » (Marc 7:5-13)

[Mme Suzanne :] St. Augustin priait la Sainte Vierge.

Peut-être. Cela ne prouve strictement rien. Comme le dit la capsule qui a déclenché ce débat, il y avait des erreurs dans la théologie d’Augustin d’Hippone. Augustin n’est pas une autorité scripturaire inhérente. Lorsque Augustin s’accorde avec la Bible, alors tant mieux pour Augustin, et lorsqu’il contredit la Bible, alors tant pis pour Augustin. Car en effet Augustin et la doctrine vaticane contredisent la Bible sur cette question. Les instructions des Saintes Écritures portant sur l’adoration sont catégoriques : Dieu est le seul qu’il faut adorer et prier, il non Marie, les saints et les anges (Soli Deo Gloria)…

« Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. » (Matthieu 4:10)

« Lorsque Pierre entra, Corneille, qui était allé au-devant de lui, tomba à ses pieds et se prosterna. Mais Pierre le releva, en disant : Lève-toi ; moi aussi, je suis un homme. (Actes 10:25-26)

« C’est moi Jean, qui ai entendu et vu ces choses. Et quand j’eus entendu et vu, je tombai aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer. Mais il me dit : Garde-toi de le faire ! Je suis ton compagnon de service, et celui de tes frères les prophètes, et de ceux qui gardent les paroles de ce livre. Adore Dieu. » (Apocalypse 22:8-9)

« Ils appelaient Barnabas Jupiter, et Paul Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole. Le prêtre de Jupiter, dont le temple était à l’entrée de la ville, amena des taureaux avec des bandelettes vers les portes, et voulait, de même que la foule, offrir un sacrifice. Les apôtres Barnabas et Paul, ayant appris cela, déchirèrent leurs vêtements, et se précipitèrent au milieu de la foule en s’écriant : Ô hommes, pourquoi agissez-vous de la sorte ? Nous aussi, nous sommes des hommes de la même nature que vous ; et, vous apportant une Bonne Nouvelle, nous vous exhortons à renoncer à ces choses vaines, pour vous tourner vers le Dieu vivant, qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qui s’y trouve. » (Actes 14:12-15)

Le Christ ne considérait pas que sa mère naturelle doive occuper une position religieuse importante : « Comme Jésus s’adressait encore à la foule, voici sa mère et ses frères, qui étaient dehors, cherchèrent à lui parler. Quelqu’un lui dit : Voici, ta mère et tes frères sont dehors, et ils cherchent à te parler. Mais Jésus répondit à celui qui le lui disait : Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit : Voici ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur, et ma mère. » (Matthieu 12:46-50)

[Mme Suzanne :] Il aurait été impossible pour l’Évangile d’être la source de la foi avant qu’elle soit écrite. Si Jésus aurait voulu que l’Écriture seule soi la source de la foi, il aurait commander à ses apôtres de l’écrire. En fait, Jésus a dit aux apôtres de faire des disciples en prêchant la Parole.

Mme Suzanne ignore que notre Seigneur Jésus-Christ, omniscient et omnipotent, avait justement prévu que le peuple de Dieu connaîtrait trois temps dans la mise en contact avec la doctrine sacrée des apôtres : d’abord un temps d’instruction exclusivement orale, ensuite un temps de transition comprenant un enseignement oral et scripturaire, puis finalement une période exclusivement scripturaire qui perdure jusqu’à aujourd’hui. Cela est divinement révélé dans le Nouveau Testament.

[Mme Suzanne :] Le canon de la bible a été déterminé par l’Église catholique. […] Si les protestants ont un canon biblique, c’est grâce à l’Église catholique qui en a fait la détermination.

Cela est très discutable. Comme en témoigne l’histoire du canon néotestamentaire, c’est plutôt des docteurs d’Afrique du Nord (Alexandrie, Carthage, Hippo-Regius) qui avaient l’initiative. Ces théologiens maghrébins et égyptiens étaient administrativement indépendants de l’évêché de Rome, et dans l’officialisation du canon néotestamentaire, Rome se contentait d’acquiescer.

[Mme Suzanne :] Le Nouveau Testament est plein de citations qui sont catholiques […] la plus connue c’est Mathieu 16:18 : Tu es Pierre, et sur cette Pierre je bâtirai mon Église. C’est la base de la papauté.

C’est en effet le verset préféré des papistes. Ce verset est connecté au verset suivant (Matthieu 16:19), qui est le deuxième verset favori des papistes : « Je te donne les clés du royaume des cieux, ce qui tu lieras sur la terre sera délié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. » Les apologues de l’hégémonie romaine y voient l’alibi parfait pour justifier leur impérialisme (malgré que ce n’est pas Pierre qui fonda l’assemblée chrétienne de Rome). Or attention. Jésus ne donna pas un privilège exclusif à Pierre de « (dé)lier », car en deux autres occasions, Jésus donna exactement ce même privilège à tous ses disciples (Matthieu 18:18 + Jean 20:23). Le fait que Jésus ait dit cela une fois à Pierre spécifiquement ne confère à celui-ci aucune primauté sur les autres apôtres/disciples car Pierre lui-même déclara que tous les chrétiens sont des « pierres » constituant l’Église, ce qui implique le sacerdoce universel (1 Pierre 2:4-8). Selon l’apôtre Marc (inspiré du Saint-Esprit), aucune pierre n’a primauté sur les autres (Marc 9:33-35). D’autre part, le pouvoir de « (dé)lier » n’autorise aucunement l’Église à innover au plan doctrinal ou surtout pas à décider du sort spirituel des hommes. « (Dé)lier » est une paraphrase de Moïse dans le Pentateuque (Lévitique 13:3-13). En utilisant cette phraséologie, Jésus ne faisait que renouveler pour l’Église chrétienne le pouvoir de constater la lèpre spirituelle (péché) là où l’Israël antique constatait la lèpre corporelle (conséquence de la Chute). En somme, cette affirmation de Jésus doit se comprendre à la lumière de ce qu’Il dit en Luc 10:16.

[Mme Suzanne :] C’est Rome qui mettait fin aux controverses.

Historiquement parlant, c’est faux.

[Mme Suzanne :] Les orthodoxes [orientaux] sont beaucoup plus proche du catholicisme que des calvinistes.

Cela n’a pas toujours été le cas, mais aujourd’hui ce l’est en effet. Heureusement, ce n’est pas la popularité qui détermine la validité.

[Mme Suzanne :] Les chrétiens attendaient d’être baptisés à l’époque par peur qu’ils pécheraient et perdraient leur salut.

Comme en atteste le Traité du baptême (chapitre 18, section 5) de Tertullien (vers 206), plusieurs communautés chrétiennes ne baptisaient pas expéditivement les bébés de leurs membres car on comprenait que l’Église néotestamentaire baptisait uniquement les personnes capables de faire une profession de foi (ce qui exclut évidemment les bébés). Il est aussi vrai que certains chrétiens adultes attendaient à la fin de leur vie pour se faire baptiser car ils se fiaient à une interprétation erronée de Marc 16:16, d’Actes 2:38 et de 1 Pierre 3:21 en vogue à l’époque laissant croire que le baptême lave littéralement les péchés (alors qu’en réalité le baptême est une représentation symbolique du péché qui fut lavé par Jésus-Christ sur la croix).

[Suzanne :] Qu’est-ce que le pape [sic] Clément [de Rome] a dit concernant le clergé : « Nos apôtres […] posèrent ensuite la règle qu’à leur mort d’autres hommes éprouvés succéderaient à leurs fonctions. »

Clément de Rome se faisait simplement l’écho de 2 Timothée 2:2 : « Ce que tu as entendu de moi en présence de beaucoup de témoins, confie-le à des hommes fidèles, qui soient capables de l’enseigner aussi à d’autres. » Nulle question d’une suprématie universelle de Rome ici !

[Mme Suzanne :] Le pape a envoyé deux représentants au Concile [de Nicée en 325]. […] Le pape a ratifié les doctrines émises par le Concile.

Mais que l’évêque de Rome n’envoya que deux émissaires sur 318 évêques présents à Nicée, et qu’ensuite il se contenta d’ajouter sa signature à celle des 318 autres évêques, démontre que ledit évêque de Rome ne contrôlait pas grand chose et qu’il était assez marginal et peu influent à l’échelle internationale.

[Mme Suzanne à propos du Concile de Sardique en 343 :] Si on faisait appel à Rome, c’est parce que Rome avait de l’autorité. C’était la Cours suprême de l’Église.

Le Concile de Sardique atteste en effet qu’il y avait une volonté proto-papale au IVe siècle de centraliser l’Église universelle à Rome. Mais ça demeure une innovation du IVe siècle ! De toutes façons, au milieu des controverses christologiques du IVe siècle, le Concile de Sardique (non-reconnu par les Orientaux) est resté lettre morte.

[Mme Suzanne à propos de l’ingérence séculière de l’Empereur d’Occident Gratien en 378 :] Si l’Empereur les envoyaient [des évêques non-romains] à Rome, c’est parce que Rome était le premier des sièges.

Non, Gratien voulait centraliser l’Église occidentale à Rome car Rome était la capitale temporelle de l’Empire romain d’Occident et que cette centralisation ecclésiastique aiderait à consolider le pouvoir temporel impérial.

[Mme Suzanne à propos du Concile de Chalcédoine en 451 :] La suprématie du pape était universellement reconnue.

C’est curieusement car ils reconnaissaient la fantasmagorique « suprématie universelle » de Rome que le demi-millier d’évêques ayant participé aux délibérations de Chalcédoine insistèrent pour qu’y soit reconnue aux patriarcats de Constantinople et Rome une « préséance honorifique » égale.

[Mme Suzanne :] St Irénée a dit que toutes les églises doivent être d’accord avec elle [Rome].

{La section suivante fut remeniée le 19 janvier 2014 mais l’argumentaire reste le même.

L’appel à Irénée de Lyon est un des arguments les plus croustillants de l’arsenal papal. Il s’agit d’un célèbre passage de l’oeuvre Adversus Haereses (Contre les hérésies, 3:3:2), d’Irénée de Lyon (≈ 130-202), pasteur chrétien en cette ville gallo-romaine dans la seconde moitié du IIe siècle de notre ère. Une lecture superficielle de ce texte laisse croire qu’il sanctionne la suprématie romaine sur le reste de la Chrétienté.

Voici le passage en question dans son contexte textuel (traduction la plus répandue) :

La tradition des apôtres, qui est manifestée dans tout le monde, peut être considérée dans toute église par tous ceux qui veulent voir les choses vraies. Et nous pouvons énumérer ceux qui ont été institués évêques dans les églises, et leurs successions jusqu’à nos nous : ils n’ont rien enseigné ni connu de ces divagations hérétiques. Mais comme il serait très long dans un tel volume d’énumérer les successeurs de toutes les églises, nous parlerons de l’église très grande, très connue et très antique parmi toutes, fondée et constituée par les deux apôtres Pierre et Paul à Rome, de celle qui a la tradition des apôtres et la foi annoncée aux hommes, parvenue à nous par des successions d’évêques […] C’est avec cette église, à cause de sa principauté plus forte qu’il est nécessaire que s’accorde toute église, c’est-à-dire ceux qui sont des fidèles de partout, elle en qui toujours, par ceux qui viennent de partout, a été conservée cette tradition venue des apôtres[1].

Je propose sept points d’analyse afin d’interpréter correctement ce texte…

Pour commencer, le propre ministère d’Irénée fournit deux éléments qui rendent invraisemblable une adhésion d’Irénée à la primauté romaine :

1.      Irénée de Lyon était originaire d’Asie mineure. Il fut envoyé en Gaule par le pasteur Polycarpe de Smyrne, qui avait lui-même connu l’apôtre Jean. La filiation d’Irénée ne devait donc rien à Rome. Puisqu’Irénée était Grec et que sa congrégation de Lyon était hellénophone, Irénée prêchait et écrivait en grec. Cela s’accorde mal avec l’idée voulant qu’Irénée était inféodé à l’église de Rome, laquelle considéra pendant des siècles que le latin était la seule langue liturgique légitime.

2.      De son vivant, Irénée a ouvertement confronté l’évêque de Rome Victor Ier en 195 (épiscopat de 189 à 198) après celui-ci venait d’excommunier pompeusement les chrétiens d’Asie mineure simplement parce que ceux-ci avaient la coutume de fêter la Pâque chrétienne à la date que la Pâque juive plutôt que le dimanche suivant la Pâque juive, usage qui prévalait en Occident. Or l’intervention d’Irénée en faveur de ses frères d’Asie mineure força Victor Ier à retirer l’excommunication qu’il avait lancée[2].

Passons maintenant au texte lui-même :

3.      Dans les propos d’Irénée, il est manifeste que la communion avec Rome est conditionnelle à l’orthodoxie de celle-ci. Irénée prends la communauté chrétienne de Rome en exemple parce qu’effectivement, à cette époque, celle-ci était demeurée assez orthodoxe (l’assemblée de Rome avait réussi à se prémunir des hérésies les plus outrageuses telles que le gnosticisme et le marcionisme). Irénée disait simplement qu’il fallait être orthodoxe comme Rome était alors orthodoxe. Cela n’implique absolument pas une suprématie religieuse romaine universelle.

4.      Au début de l’extrait, Irénée ne dit aucunement que la multitude des autres églises sont des colonies de l’église de Rome, mais qu’il pourrait énumérer leurs successions respectives indépendamment de Rome, ce qui implique qu’elles n’ont pas de filiation romaine. Cela est contraire à la suprématie romaine qui va s’imposer sur toutes les églises d’Occident pendant la Réforme grégorienne, un millénaire plus tard.

5.      À l’antipode de cette suprématie romaine, Irénée n’attribue pas la droiture de l’église de Rome à elle-même, mais à des chrétiens arrivant de l’extérieur qui viennent continuellement la fortifier, puisqu’il dit : « par ceux qui viennent de partout a été conservée cette tradition venue des apôtres »[3]. Irénée attribue donc le mérite de Rome aux chrétiens non-romains.

6.      Il faut aussi procéder avec précaution lorsqu’on travaille avec des traductions. Plusieurs spécialistes du grec ancien traduisent plutôt le milieu de notre extrait de la façon suivante : « C’est vers cette église, à cause de la principauté plus forte, qu’il est nécessaire que s’y rende toute église. » On comprend donc que la « principauté plus forte » dont parle Irénée de Lyon n’est pas l’assemblée de Rome, mais l’autorité étatique siégeant dans de la capitale impériale, et que des citoyens chrétiens provenant d’ailleurs dans l’Empire devait se rendre à Rome pour des raisons civiques, ce qui leur donne l’occasion de fréquenter l’assemblée chrétienne de Rome et d’y « conserver la tradition venue des apôtres ».

Finalement, Ignace n’étant – comme tous les hommes (sauf Christ) – pas exempt d’erreur, il est propice de corriger son erreur sur la fondation de l’assemblée chrétienne de Rome.

7.     L’affirmation que Pierre et Paul fondèrent l’Église de Rome doit se comprendre comme une allusion emblématique. Nous savons que Pierre et Paul furent martyrisés à Rome (plausiblement sous Néron en 64), mais aucun des prédécesseurs d’Irénée — ni le Nouveau Testament, ni Clément de Rome vers 96 (Lettre aux Corinthiens 5:1), ni Ignace d’Antioche vers 115 (Lettre aux Romains 4:3) — n’attestent que Pierre et Paul fondèrent littéralement la congrégation chrétienne de Rome. La seule information que nous avons sur l’origine de la communauté chrétienne à Rome est qu’elle existait déjà en l’an 50, lorsque un couple chrétien (Aquilas et Priscille) furent expulsés de la capitale par l’Empereur Claude et rencontrèrent Paul à Corinthe (Actes 18:1-3). Aussi tard qu’en 57-58, lorsque Paul adressa son Épître aux Romains où il salua nommément un nombre important d’individus, Pierre ne se trouvait pas encore à Rome puisque s’il y était et, surtout, s’il avait été à la tête de la l’assemblée chrétienne de Rome, Paul l’aurait certainement salué.

Parvenus au terme de notre analyse, on voit qu’il ne reste plus grand chose à la primauté romaine d’Irénée de Lyon que nous allègue le catholicisme romain.


[1] L’évêque Polycrate d’Éphèse (qui se revendiquait de l’apôtre Jean) mena la résistance contre Rome en assemblant un concile à Éphèse en 190. Les églises d’Anatolie, du Levant et même de Grèce y furent représentées. Les pasteurs orientaux maintinrent unanimement leur pratique alors en vigueur.

[2] Jules-Marcel NICOLE, Précis d’histoire de l’Église, Nogent-sur-Marne, Éditions de l’Institut Biblique, 2005, p. 37 sur 295.

[3] Cette traduction est corroborée par Louis BAYARD, « Une correction au texte de saint Irénée sur l’Église romaine », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 58e année, N° 3, 1914, p. 227-231.}

Terminons…

[Mme Suzanne :] St. Cyprien a écrit qu’on doit être en communion avec Rome.

Cyprien de Carthage a confronté Étienne Ier de Rome qui prétendait hérétiquement que les baptêmes effectués par des hérétiques notoires devaient être reconnus comme valides par les chrétiens trinitaires. De toutes façons, même si Cyprien de Carthage avait été un papiste avant l’heure, Cyprien était un homme imparfait et n’est conséquemment pas sur le même pied que l’autorité biblique.

Semper Reformanda.

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Représentation schématique de la Trinité

Des Pères de l’Église tenant le Crédo au Concile de Nicée en 325

Le Monument international de la Réformation à Genève en Suisse romande

Je suis de l’opinion que ce qui rapproche réellement les protestants et les catholiques, ce n’est pas une « foi commune », mais plutôt un patrimoine civilisationnel commun et des valeurs familiales communes. Les divergences théologiques entre les deux religions sont trop énormes, en effet, pour que l’on puisse parler honnêtement de foi commune. Les efforts œcuméniques du dernier demi-siècle n’ont à mon avis que contribué à mettre en évidence les différences doctrinales fondamentales entre protestants et catholiques.

Les limites de l’œcuménisme

Par exemple, la Déclaration conjointe sur la justification ratifiée par la Fédération luthérienne mondiale et la Papauté en 1999 (rejoints par le Conseil méthodiste mondial en 2006 puis par la Communion mondiale d’Églises réformées en 2017) n’a fait que rappeler ce que l’on savait depuis 500 ans : les protestants et les catholiques sont d’accord qu’il faut avoir la foi en notre sauveur & rédempteur Jésus-Christ  pour être sauvé, mais n’a nullement réglé le point litigieux. D’un côté, les protestants affirment (en suivant la Bible) que c’est par la grâce seule (sola gratia) et la foi seule (sola fide) que nous pouvons être sauvés. De l’autre côté, les catholiques ajoutent l’action humaine à la grâce imméritée de Dieu, faisant ainsi du salut une chose qui peut s’acheter ou se marchander. De surcroît cela sous-entend que l’homme fait un échange avec son Créateur Tout-Puissant : « j’ai fait mon chapelet et mes litanies, alors tu est obligé de m’accepter au paradis ». Le salut est ainsi présenté comme un dû par la Papauté, ce qui est assurément très irrévérencieux envers Dieu.

Pire encore que la fausse doctrine papale sur le salut & la justification, est celle de l’adoration par les catholiques de la vierge Marie et des saints. Ici, le terme d’idolâtrie est approprié. Les protestants adhèrent à la seule foi véritablement révélée par Dieu, et cette révélation est exclusivement contenue dans les Saintes Écritures (Ancien et Nouveau Testaments). Cette foi monothéiste proclame la gloire du Dieu trinitaire (Père + Fils + Saint-Esprit). Or nonobstant de la Trinité, les catholiques ont — à toute fin pratique — déifié Marie (qui n’étais plus vierge après qu’elle épousa Joseph avec qui elle consomma légitimement son mariage) ainsi qu’un innombrable panthéon de petits saints. Les catholiques prétendent qu’ils n’adorent pas Marie et les saints, qu’ils font seulement les vénérer et se servir d’eux comme « intercesseurs » (malgré que l’Apôtre Paul, inspiré du Saint-Esprit, dit sans équivoque qu’il n’y a qu’un seul médiateur entre l’humain et Dieu : Jésus-Christ, 1 Timothée 2:5-6). Mais faire des prières à des entités, leur rendre un culte indu, leur conférer une sacralité imaginaire, un pouvoir et une capacité d’intervention surnaturelle/divine, c’est indéniablement les élever au rang de divinités (cela n’implique pas que toutes les divinités du panthéon aient le même grade). Conséquemment, le catholicisme romain est, à proprement parler, une religion polythéiste.

Les Pères de l’Église entre protestantisme et catholicisme

Cela nous amène à la question des Pères de l’Église. Cette semaine, j’ai publié un article démontrant que, hormis une possible parenthèse de quelques siècles au milieu du Moyen Âge, il a toujours existé des chrétiens qui rejetaient les superstitions papales et qui adhéraient aux principes bibliques tels qu’actuellement défendus par le protestantisme (monothéisme trinitaire, diffusion de la Bible en langue vernaculaire, sacerdoce universel, justification par la grâce, salut par la foi, etc.). Cet article fait notamment ressortir le fait indiscutable qu’Augustin d’Hippone (354-430) adhérait pleinement à la doctrine biblique/calviniste de la justification par la grâce, et que plusieurs autres Pères de l’Église défendirent les doctrines bibliques/protestantes du sola scriptura et du sola gratia et du Cet article a fâché une dame catholique qui a rouspété sur son blogue.

Je tiens donc à réitérer et étayer mes dires. D’abord, aucun protestant n’affirme que tous les Pères de l’Église étaient intégralement orthodoxes (c-à-d bibliques). Il est connu que leurs théologies respectives combinent des éléments bibliques et des éléments non-orthodoxes. Généralement, plus on avance dans le temps, plus les dérives se font criantes.

La véracité du protestantisme ne repose pas sur la cohérence des Pères de l’Église, tandis que la véracité du catholicisme, qui dépend d’un concept nébuleux et poreux de « tradition » extra-biblique, exige que les Pères de l’Église soient systématiquement en accord avec la Papauté actuelle (puisque se sont ces Pères qui incarnent supposément cette « tradition » catholique). En contre-partie, il n’est pas nécessaire de se référer aux Pères de l’Église pour démontrer la véracité du protestantisme : la Bible suffit. Il est néanmoins pertinent de s’intéresser aux Pères de l’Église dans la mesure où des doctrines professées par ceux-ci contredisent les doctrines actuelles de l’Église romaine, et viennent donc infirmer de façon supplémentaire la prétention d’ancienneté de la Papauté.

Pour répondre spécifiquement à la dame m’ayant pris à parti, lorsque nous disons que la doctrine de la justification par la grâce d’Augustin d’Hippone est « calviniste », c’est parler de manière rétrospective. La position d’Augustin sur cette question précise était biblique, la position biblique sur cette question est appelée « calviniste » depuis le XVIème siècle, et conséquemment il n’est pas abusif de dire qu’Augustin était calviniste sur la question du salut.

Cyrille de Jérusalem, patriarche de la cité du même nom, n’était nullement « romain » (au sens théologique et ecclésiologique), idem pour Basile de Césarée en Cappadoce (Anatolie) qui dépendait vraisemblablement du patriarcat oriental d’Antioche. Quant à Jean Chrysostome, il était patriarche de Constantinople, donc totalement indépendant de l’épiscope romain. D’ailleurs, Jean Chrysostome ne fut pas baptisé lorsqu’il était bébé même s’il est né dans une famille chrétienne, preuve que le milieu orthodoxe dont il est issu adhérait à la position protestante crédobaptiste plutôt que papale sur le baptême. (Raymond Vaillancourt, « Le baptême des enfants », Revue Notre-Dame, No 4, avril 1981.)

S’il y a un parti qui commet constamment des anachronismes dans ce débat, c’est bien le parti papal, qui essaie de légitimer ses velléités dominatrices en projettent des situations d’une époque donnée sur les époques antérieures où la situation réelle était fort dissemblable.

La suprématie papale : Historique d’un long glissement

Aux deux premiers siècles de l’ère chrétienne, le pasteur de la communauté chrétienne de Rome est un ministre de l’Évangile comme n’importe quel autre ministre de l’Église de Jésus-Christ. « En écrivant aux Corinthiens, Clément de Rome n’assumait pas plus d’autorité papale qu’Ignace d’Antioche écrivant aux diverses Églises d’Asie mineure. » (J.-M. Nicole, Précis d’histoire de l’Église, Nogent-sur-Marne, Éditions de l’Institut Biblique, 2005, p. 35 sur 295.) « Chaque communauté chrétienne ou Église locale était convaincue de réaliser, à elle seule, la plénitude de l’Église du Christ résidant et séjournant à tel ou tel endroit. Cette conviction est exprimée très clairement par Clément de Rome au tout début de sa Lettre aux Corinthiens : “L’Église de Dieu séjournant à Rome [s’adresse] à l’Église de Dieu séjournant à Corinthe”. » (P.-H. Poirier, Christianisme de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge, Module XIII : L’Orient et l’Occident au XIème siècle. Québec, Université Laval, 2011, p. 19 sur 64.) En 190, l’évêque de Rome Victor Ier anathématisa l’anti-trinitaire Théodote de Byzance, mais cela n’est pas encore du papisme car Théodote enseignait son erreur dans la cité de Rome, ce cas d’indiscipline ecclésiastique relevait donc de la juridiction légitime de l’assemblée chrétienne de Rome et de son pasteur.

La première manifestation d’une volonté réelle de suprématie romaine survient lors de la querelle pascale sous l’épiscopat de Victor Ier (189-198). Celui-ci s’opposait à la coutume chrétienne orientale qui consistait à célébrer la Résurrection à la même date que la Pâque juive plutôt que le dimanche suivant la Pâque juive, usage qui prévalait en Occident. Sous l’impulsion de l’évêque Polycrate d’Éphèse (dont les prédécesseurs avaient côtoyés l’apôtre Jean), une série de synodes furent organisés en Asie. Les Églises d’Anatolie, du Levant, d’Osroène et même de Grèce y furent représentées (le plus important semble s’être tenu à Éphèse en 190). Ces synodes orientaux maintinrent unanimement la pratique chrétienne asiatique alors en vigueur. Frustré, Victor Ier excommunia pompeusement ces Églises d’Orient en 195. Cette volonté suprématiste eut-elle une suite effective, concrète ? Nullement ! L’éminent apologète Irénée, pasteur de Lyon en Gaule intervint contre le petit pontife de Rome en faveur des Églises d’Asie. Isolé, Victor Ier dût renverser sa décision.

La prochain épisode survint au milieu du IIIème siècle, quand les évêques Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée-en-Cappadoce entrèrent en conflit avec l’évêque de Rome Étienne Ier. La mésentente portait sur la validité du baptême des hérétiques. Conformément à l’enseignement biblique, selon lequel tout acte effectué par des non-chrétiens n’a aucune valeur dans l’Église véritable, les chrétiens du Maghreb et d’Anatolie rebaptisaient les hérétiques qui entraient dans l’Église trinitaire. En contraste, les Romains considéraient étrangement le baptême hérétique comme valide. Étienne Ier menaça d’excommunication les Maghrébins et les Anatoliens. En réponse, un grand synode rassemblant 87 évêques à Carthage en septembre 256 réaffirma la réitération du baptême. Finalement, la médiation de l’évêque Denys d’Alexandrie forca Étienne Ier à reculer. Encore une fois, nous voyons l’épiscope de Rome complètement isolé et non-obéit.

Dans la seconde moitié du IIIème siècle, les évêques chrétiens de certaines mégapoles acquirent une autorité sur les évêques des petites cités de leur diocèse. On les appelaient des métropolites. C’était l’équivalent des archevêques et des archidiocèses d’aujourd’hui. En 325, le Concile de Nicée — où l’évêque de Rome était absent et dont la raison d’être était de réfuter l’arianisme — décida que trois métropolites seraient à l’avenir compétents pour se prononcer dans toute la Chrétienté : Antioche, Alexandrie et Rome. Cela faisait de cette triade de métropolites des sortes de « super-métropolites », ou patriarches. Cette compétence extraordinaire était alors conçue comme une capacité d’intervention occasionnelle et exceptionnelle, pas un droit de direction continuelle.

En 343, le Concile de Sardique (actuelle Bulgarie) affirma qu’un évêque condamné par une décision ecclésiastique peut porter le jugement en appel à Rome. Bien que cela paraisse comme une manifestation de suprématisme romain, il faut comprendre que la plupart des conciles et des discussions christologiques de l’époque se déroulaient entre Grecs et avaient lieu en Orient. En vérité, l’évêché de Rome était marginal dans ces débats, et c’est ironiquement la raison pour laquelle les Orientaux eurent parfois recours à son arbitrage dans leurs controverses (ce qui ne signifie pas que ses avis furent toujours appliqués).

En 378, l’Empereur d’Occident Gratien enjoignit les autorités civiles d’envoyer à Rome les évêques contestant une décision synodale de leur province. Or cela est plus un cas typique de centralisation politique et d’ingérence étatique dans les affaires ecclésiastiques qu’une reconnaissance de la supériorité théologique de l’évêque de Rome.

En 380, l’Empereur d’Orient Théodose Ier déclara vouloir rallier tout l’Empire à « la foi des évêques de Rome et d’Alexandrie », preuve que Rome ne faisait pas figure d’unique référence à cette époque mouvementée. En 381, le Concile de Constantinople étendit la dignité patriarcale aux métropolites de Constantinople et Jérusalem. Le 3ème canon du Concile de Constantinople instaura une hiérarchie de « primauté d’honneur » accordant la première place au patriarcat de Rome et la deuxième place à celui de Constantinople. Ce dispositif de cinq patriarcats était passablement occidentalo-centrique ; il omettait au moins deux autres patriarcats orientaux, à savoir {1} le Catholicos-Patriarche d’Arménie résidant au Saint-Siège d’Etchmiadzin dans le Caucase, et {2} le Catholicos-Patriarche de l’Orient siégeant à Séleucie-Ctésiphon puis à Baghdad en Mésopotamie. Parmi ces cinq patriarcats susdits, Rome, suivie de Constantinople, jouissaient d’une préséance honorifique. Toutefois, aucun patriarcat ne pouvait prétendre avoir un pouvoir absolu — théorique ou effectif — sur l’ensemble de la Chrétienté. Ils pouvaient seulement faire valoir une attraction régionale. Il fallut attendre l’épiscopat de Sirice (384-399) pour que l’évêque de Rome prenne la mauvaise habitude de communiquer ses opinions aux autres évêques sous forme de décrétales.

En 451, le 28ème canon du Concile de Chalcédoine, présidé par le patriarche Cyrille d’Alexandrie, accorda une préséance égale à l’ancienne et à la nouvelle Rome (c-à-d Constantinople). Dans un geste schismatique, l’évêque de Rome Léon Ier rejeta ce 28ème canon du Concile de Chalcédoine. Cet acte hautement symbolique nous conduit à considérer Léon Ier comme le premier pape romain.

Soulignons que pendant tout ce temps, les écrivains de l’Église africaine (Tertullien, Lactance), de l’Église grecque (Eusèbe de Césarée, Athanase d’Alexandrie, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse) et de l’Église occidentale (Ambroise de Milan, Hilaire de Poitiers) n’ont jamais attribués un quelconque droit de suprématie à l’évêché de Rome.

C’est une conjoncture de circonstances temporelles où la théologie n’y fut pour rien qui permit au patriarche de Rome de s’élever progressivement au statut de principal dirigeant religieux « chrétien » en Occident :

  • À partir de 404, les empereurs d’Occident s’installent à Ravenne (Italie du Nord) et exercent peu de contrôle sur les affaires municipales de Rome, tandis que les patriarches de Constantinople demeurent sous l’influence directe des empereurs byzantins.
  • Le métropolite de Carthage, principal concurrent à Rome (ou facteur d’équilibre) en Occident, se retrouve sous la domination des Vandales ariens au Vème siècle puis des Arabes musulmans au VIIème.
  • Les autres patriarches orientaux (Antioche, Alexandrie, Jérusalem) et le métropolite de Séleucie-Ctésiphon (Mésopotamie) se retrouvent sous la domination islamique dès le VIIème siècle.
  • L’aura et le prestige mondain et temporel de Rome, l’ancienne capitale impériale, rejaillit irrationnellement sur le patriarche y siégeant.

Or même si l’évêque de Rome a gagné un net ascendant en Occident dès cette époque, il fallu attendre au moins un autre demi-millénaire pour que ses erreurs théologiques deviennent incontestées dans l’Église d’Occident. Ainsi, le pédobaptême et le culte des icônes ne s’imposèrent pas en Occident avant le Xème siècle. Le baptême par aspersion ne remplaça pas le baptême par immersion avant le XIVème siècle. Les évêchés maintinrent leur autonomie liturgique complète jusqu’au VIIIème siècle, lorsque Pépin le Bref, Carloman puis Charlemagne accélérèrent la latinisation de l’Église franque, non pas pour une raison théologique, mais pour faciliter la communication académique et l’administration étatique et à l’intérieur de l’Empire carolingien.

Néanmoins, le légat pontifical en Europe du Nord, Boniface de Mayence, exploita ce processus de latinisation institutionnelle pour diffuser l’idéologie romaniste. Cet archevêque réorganisa l’épiscopat carolingien « sur le modèle anglais, autour d’un primat d’Austrasie et d’un primat de Neustrie » (Encyclopédie Larousse). On notera aussi que les nombreuses abbayes masculines et féminines que Boniface fonda en Occident continental furent massivement « peuplés d’Anglo-Saxons [papistes] qui furent pour lui des aides précieux » (Encyclopédie Universalis).

Au milieu du siècle suivant (le IXe), furent forgées les Fausses Décrétales par des sympathisants de la suprématie papale à l’Abbaye St-Pierre de Corbie (Picardie). Cette collection d’une centaine de pièces frauduleuses supposément émises par les plus anciens épiscopes de Rome servit très tôt au parti romaniste qui s’efforçait de réduire les métropolites autonomes et les conciles régionaux. La pièce la plus célèbre d’entre-elles est la fameuse Donation de Constantin par laquelle l’Empereur Constantin Ier aurait « donné » (?!) l’Europe occidentale à l’épiscope de Rome (J.M. Berthoud, Le règne terrestre de Dieu, p. 360).

Ainsi, Hincmar de Reims, le métropolite de la cité éponyme (845-882) et précurseur du gallicanisme, s’opposa vigoureusement au pontife romain Nicolas Ier (858-867, « le seul grand pape entre Grégoire Ier et Grégoire VII ») qui brandissait répétitivement les Fausses Décrétales pour justifier sa supériorité illégitime. Le conflit survint lorsque Rothad, évêque papiste de Soissons, excommunia un prêtre sur le motif illégal qu’il avait une épouse. Vers 862, un concile dirigé par Hincmar à Soissons destitua Rothad qui se réfugia auprès de Nicolas Ier, lequel invoqua les Fausses Décrétales qu’Hincmar rejeta dans ses écrits (dont son De Jure Metropolitanorum) même si Rothad revint mourir à Soissons. Finalement, la suprématie pontificale ne devint effective qu’après la Réforme grégorienne dont les objectifs furent réalisé en France en XIème siècle, en Angleterre au XIIème puis en Germanie au XIIIème à l’issue de la longue Lutte du sacerdoce et de l’Empire.

C’est aussi au Haut Moyen Âge que s’est imposé le culte des saints, acte d’idolâtrie qui vient annuler le christianisme salvifique. Nombre de saints  dans l’Église romaine sont en fait des calques d’anciennes déités païennes. On peut, par exemple, se référer à sainte Brigitte, déesse de la fécondité, et à « Grégoire de Tours [qui] relata l’initiative pastorale d’un évêque auvergnat qui, impuissant à déraciner une fête païenne se déroulant sur le mont Helarius, construit sur les lieux une église en l’honneur du saint chrétien Hilarius » (ASSR).

Autour de l’An Mil, s’il est avéré que du point de vue temporel tout n’était pas noir — révolution agricole, essor urbain, pacification féodale, innovation technologique (cathédrales gothiques) — au plan spirituel, c’est vraiment l’âge des ténèbres européen. Le polythéisme papal s’est imposé depuis plusieurs siècles, et les dernières poches de résistance ont été neutralisées. Mais la redécouverte de la doctrine apostolique par les pré-réformateurs dès le XIIème siècle (Vaudois français et italiens, Wyclifites anglais, Hussites tchèques) annonce la Réformation protestante du XVIème siècle.

Plus proche de nous dans l’histoire, le dogme de l’immaculée conception ne fut décrété qu’en 1854, le pontife romain n’est devenu « infaillible » (!) qu’en 1870, la première communion à sept ans n’a été fixée qu’en 1910, la « vierge » Marie n’est devenue « corédemptrice » (!) qu’en 1943, et le récit non-biblique de l’assomption ne fut officiellement adopté qu’en 1950. Finalement les limbes furent solennellement abolies par le Vatican en 2006.

Démonstration faite, il n’est pas erroné de dire que les Pères de l’Église furent calvinistes dans de multiples domaines de leurs théologies.

En guise de réponse supplémentaire, je renvoie aux documents suivants ma détractrice qui exploite l’idée de la fausse problématique du canon néotestamentaire comme légitimation d’une tradition extra-scripturaire :

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