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Archive for the ‘Théonomie des Réformateurs’ Category

Dernière mise-à-jour : 27 février 2017

Je suggère au lecteur de consulter également cet autre billet du même thème sur Le Monarchomaque : La Confession de foi réformée baptiste de 1689 est théonomique

william.kiffin

Portrait de William Kiffin (1616-1701) par Reformation Art. Kiffin est le principal fondateur de la dénomination réformée baptiste. Le polémiste presbytérien Thomas Edwards (1599-1648) lui accola le sobriquet de « Métropolite de cette Fraternité ».

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Great Seal of England 1651

Parlement puritain de Westminster sur le Grand Sceau d’Angleterre frappé en 1651 : « En la troisième année de liberté, restaurée par la bénédiction de Dieu »

English Abstract: Kuyperianism and Theonomy among the Early Reformed Baptists

This study argues and demonstrates that in the middle of the XVIIth century, the founders of Reformed Baptism were unanimously kuyperians and massively theonomists — rather than pietists and devotees of Radical Two Kingdom (R2K) theology. It also provides evidence that many prominent leaders and key figures of this Puritan denomination in the two following centuries were kuyperians and theonomists.

The author defines Kuyperianism as the affirmation that “the lordship of Christ [extends] over all temporal affairs” and that “Scripture governs all aspects of human life, including culture and government.” Kuyperianism is well summarized in Abraham Kuyper’s inaugural address at the dedication of the Free University of Amsterdam in 1880: “There is not a square inch in the whole domain of our human existence over which Christ, who is Sovereign over all, does not cry: ‘Mine!’,” and in the first of his six Stone Lectures delivered at Old Princeton in 1898: “Calvinism [is] a life-system.”

After reviewing several definitions of Theonomy, the author retains, as qualifying criteria, the promotion (either express or tacit) of the establishment of the protestant religion (not the establishment of a state church) — measured by the refusal of political polytheism (religious pluralism) — and the promotion of the reformation of positive law according to the Bible.

The author defines Pietism as a religious movement that emphasizes “Christian” piety in a Hellenic & Pagan dualistic sense, which opposes “spiritual” otherworldliness to earthly “worldliness” and thus leads to antinomianism and the rejection of the Dominion Mandate.

This study shows that the first generation Reformed Baptists kuyperians and theonomists were: John Spilsbury, William Kiffin, Hanserd Knollys, Daniel Axtell, John Carew, Thomas Patient, Samuel Richardson, Edward Cresset, John Tombes, William Steele, Paul Hobson, Thomas Gower, John Pendarves, John Vernon, William Allen, Christopher Blackwood, and Christopher Feake. All of these godly men were pastors or magistrates (often chaplains in the New Model Army).

The author humbly hopes that this studious scholarship may help clear away some of the present academic and popular confusion regarding Reformed Baptist orthodoxy and identity.

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Dernière mise-à-jour : 1er juillet 2016.

Film Cromwell

Voyez aussi sur Le Monarchomque :

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Dispositions juridiques pertinentes de la Bible :

« Celui qui offre des sacrifices à d’autres dieux qu’à l’Éternel seul sera voué à l’extermination. » (Exode 22:20)

« Tu parleras aux enfants d’Israël, et tu diras : Quiconque maudira son Dieu portera la peine de son péché. Celui qui blasphémera le nom de l’Éternel sera puni de mort : toute l’assemblée le lapidera. Qu’il soit étranger ou indigène, il mourra, pour avoir blasphémé le nom de Dieu. » (Lévitique 24:15-16)

Le texte de la condamnation de Michel Servet est ici. Et voici une défense théologique de la condamnation de Servet par le Conseil de la République de Genève, de la plume de John Knox, réformateur de l’Écosse.

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La théologie radicale des deux royaumes (abréviation : R2K), telle que popularisée par les théologiens Meredith Kline, Michael Horton, David VanDrunen et Matthew Tuininga dans la seconde moitié du XXe siècle et en ce début de XXIe siècle, insiste énormément sur la notion de droit naturel. Pour ces intellectuels, le droit biblique serait applicable dans l’Église mais pas dans l’État. Inversement, c’est le droit naturel – différent et séparé du droit biblique – serait applicable par l’État. De notre avis, cette position est strictement hétérodoxe. Le tableau ci-après démontre que les théologiens et jurisconsultes éminents de la Réformation du XVIe siècle n’adhéraient pas au concept de loi naturelle telle que promue par la mouvance R2K aujourd’hui (ni même à une embryonnaire de R2K). L’évidence historique conduit à ces observations :

  1. La majorité des dirigeants de la Réformation soutenait que la loi naturelle n’est ni différente de la loi biblique ni autonome par rapport à celle-ci (autrement dit, qu’il s’agit en substance du même droit).
  2. La minorité des dirigeants de la Réformation soutenait que ces deux lois peuvent être distinguées mais que la Chute rend la loi naturelle insuffisante pour réguler les collectivités humaines (ceci explique pourquoi l’Éternel a révélé à l’humanité un dispositif législatif complet dans la Bible).

Aucune de ces deux approches ne corrobore la théorie de la loi naturelle telle qu’exaltée par Kline, Horton, VanDrunen et Tuininga, pour lesquels la loi naturelle n’est qu’un prétexte servant à contourner l’autorité de loi biblique.

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Voici ce que Normand Bédard, un ancien de l’Église réformée St-Paul à Repentigny (Lanaudière) enseigne à propos de la loi naturelle dans son article La loi de la nouvelle tolérance (Publications chrétiennes, 7 novembre 2013) :

L’ancienne loi [c-à-d la loi chrétienne] impliquait la foi en un Dieu créateur et normatif. La nouvelle « loi » relèverait d’une morale « humaniste », « naturelle ». Mais qu’est l’humain, et que définit-on comme « naturel » ? À travers les civilisations de l’histoire du monde, il est facile de constater que le « naturel » a eu plusieurs visages, dont la terreur. Rien n’est pire qu’une morale « naturelle », car tout est alors remis au jugement personnel subjectif et, comme l’affirment les chrétiens, ce jugement est entaché du péché avec lequel tous sont nés… Mais justement, nos contemporains nient le péché. À leurs yeux, le seul vrai péché, c’est l’intolérance qu’il leur faut combattre. Dans ce contexte, quel est l’avenir de la société occidentale, et quel est l’avenir du christianisme occidental ?

Ressources supplémentaires sur ce thème :

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Martin Bucer (1491-1551)

1. Le réformateur Martin Bucer était théonomiste

« Martin Bucer [was] the first-generation Reformer from the city of Strasbourg. Bucer was the leader of the Reform in that city and, indeed, throughout southern Germany. Next to Luther, Melanchthon, Zwingli, and Calvin, he was the most prominent of all the early Protestant leaders. […]

At the request of Archbishop Cranmer, Bucer became a professor of divinity at Cambridge in 1549. Very popular among the English Reformers, Bucer’s advice and counsel were repeatedly “sought out […].” Though he suffered frequently from ill health, his status and influence cannot be minimized. De Regno Christi, written in 1550 and addressed to the young Edward VI, “represents the first Protestant treatise on social ethics, and is the product of a mature man standing on the verge of old age. It reflects the experience of a lifetime in manifold labors for an actual reformation of the church as well as society.”

Clearly Bucer “regarded the Old Testament and the New Testament as a unity.” Thus, the case laws of the Mosaic law played an important role in his concept of the Christian commonwealth. His position regarding the general equity of the Mosaic judicials is certainly akin to, if not exactly, that put forward by Bahnsen in Theonomy [in Christian Ethics]. An honest reading of Bucer will readily reveal that theonomy is not something new ! […]

Because his [Bucer’s] commonwealth was based upon the eternal, immutable word of God, such a charge would in fact be one against God Himself ! Is God’s word less than practical or less than relevant ? Surely God must have some notion as to how a civil government might be duly framed ! »

Source : Jack Sawyer, « Introduction to Martin Bucer’s De Regno Christi », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 15-17.

« Bucer plainly held that the penal sanctions of the Older Testament were the best ever devised, being authored by God Himself, and thus should be enacted in all Christian states. […] Bucer readily turned to the social legislation recorded in the books of Moses, and held that modern Christian states should conform to them. […]

While Christians are not bound to the Mosaic legislation in terms of circumstances peculiar to the Older Testament era, yet,

whoever does not reckon that such commandments are to be conscientiously observed is certainly not attributing to God either supreme wisdom or a righteous care for our salvation.

Bucer’s position thus is this: in a Christian state, the Mosaic legislation has a binding force. […] The final question, then, is this: does the modern theonomic-theocratic position advocated by Rushdoony, Bahnsen, et. al., stand in line with Bucer or with the Anabaptists ? […] The modern theonomic position is a descendent of Bucer, and is not condemned by Calvin. »

Heinrich Bullinger (1504-1575)

Heinrich Bullinger (1504-1575)

2. Le réformateur Heinrich Bullinger était théonomiste

« The Second Helvetic Confession of 1566 was almost entirely the work of Heinrich Bullinger of Zurich, one of the great second-generation Reformers, who lived from 1504 to 1575. In an earlier work, Antiquissima Fides et vera Religio, translated by Miles Coverdale (1488-1568) as The Old Faith, Bullinger had written regarding the judicial law :

Whereas, besides the ceremonies, there is much written also in the law concerning civil polity, ordinance, judgment, to live peaceable and well in city and land ; of buying and selling, of war and peace, of inheritance and properties, of laws matrimonial, of the punishment of the wicked, of the judgment and council, of lending and borrowing, etc. ; it is no news at all, and serveth altogether for the declaration of the six commandments of the second table.

Such laws and rules to live in peace, in a civil order and virtue, have also the holy fathers had from the beginning of the world written in their hearts by God himself. Now hath God also caused all to be comprehended in writing by Moses, to the intent that the world might have all more clearly and perfectly, and that no man might excuse himself of ignorance.

Bullinger’s Second Helvetic Confession does not, any more than the Belgic Confession, state that the judicial law of Moses has expired. Chapter 27 clearly states that the ceremonial was abolished. In chapter 12, “Of the Law of God,” we read :

For plainness’ sake we divide it into the moral law, which is contained in the commandments, or the two tables expounded in the books of Moses ; into the ceremonial, which does appoint ceremonies and the worship of God ; and into the judicial, which is occupied about political and domestic affairs. We believe that the whole will of God, and all necessary precepts, for every part of this life, are fully delivered in this law. For otherwise the Lord would not have forbidden that “anything should be either added or taken away from this law” (Deut. 4:2, 12:32) ; neither would he have commanded us to go straight forward in this, and “not to decline out of the way, either to the right hand or to the left” (Josh. 1:7).

The second paragraph cited above certainly reads as if Bullinger intended us to keep all of the Mosaic [civil] law. […] In the Decades, however, Bullinger firmly insists upon the abrogation of the Mosaic judicials. No nation is bound to receive them as its laws. Nonetheless, “the substance of God’s judicial laws is not taken away or abolished, but…. the ordering and limitation of them is placed in the arbitrement of good Christian princes….” Bullinger also argues that the good laws of the ancient world (Calvin’s “common law of nations” [c-à-d le Code civil de l’Empereur chrétien Justinien le Grand]) trace back to Moses, so that one reason Moses’s specifics are no longer binding is that the laws of the nations so closely approximate them. Thus, in a concrete sense, Bullinger’s rejection of the letter of the Mosaic judicials is related to the fact that he saw their continuation in spirit in his own culture. »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

Complément : Henry Bullinger on Laws Against Anti-Trinitarian Heretics [Reformed Covenanter].

Hugh Latimer (1485-1555)

Hugh Latimer (1485-1555) prêchant la Parole de Dieu

3. Le réformateur Hugh Latimer était théonomiste

« Hugh Latimer (1485-1555) was also a bishop and martyr. The following quotation demonstrates a high regard for the civil use of the law of Moses.

There is no king, emperor, magistrate, and ruler, of what state soever they be, but are bound to obey this God, and to give credence unto his holy word, in directing their steps ordinately according to the same word. Yea, truly, they are not only bound to obey God’s book, but also the minister of the same, “for the word’s sake,” so far as he speaketh “sitting in Moses’ chair” ; that is, if his [the preacher’s—n.d.l.r.] doctrine be taken out of Moses’ law. For in this world God hath two swords, the one is a temporal sword, the other a spiritual. The temporal sword resteth in the hands of kings, magistrates, and rulers, under him; whereunto all subjects, as well the clergy as the laity, be subject, and punishable for any offence contrary to the same book.

In short, the preacher explains the law of Moses to the civil magistrate, who then enforces the relevant sections of it with the sword. Latimer also declared, “I would wish that Moses’s law were restored for punishment of lechery.” »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

Voyez aussi : Hugh Latimer Supports England’s Iconoclastic Movement [Theonomy Resources]

Thomas Becon (1512-1567)

Thomas Becon (1512-1567)

4. Le réformateur Thomas Becon était théonomiste

« Thomas Becon (1512-1567) studied under Latimer. He was a chaplain to Archbishop Cranmer, and his Catechism was written during the reign of Edward the Sixth, during the period of Bucer’s influence in England. Becon cites the penal laws of Moses as examples to civil magistrates of every age. He emphasizes that if wrongs against man are to be punished—the second table of the law—how much more should wrongs against God be punished. He adds: “But we have…. an expressed commandment to kill and put out of the way all idolaters and false prophets….”

This evidence from the mid-sixteenth century, while not always evidence of a rigorously consistent approach to the matter, surely does serve to indicate a deep respect for the civil implications of the law of Moses. »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

5. Tous les autres réformateurs magistériaux étaient théonomistes

En fin de compte, la totalité des pré-réformateurs et des réformateurs magistériaux — aussi bien les hommes d’Église que les hommes d’État — étaient théonomistes…

Vitrail du réformateur Guillaume Farel () au Temple réformé de Reims

Vitrail du réformateur Guillaume Farel (1489-1565) au Temple réformé de Reims (Marne)

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Plaque commémorative de Pierre Viret à Lausanne en Suisse

Plaque commémorative de Pierre Viret à Lausanne en Suisse

Voyez aussi :

Je reproduit ci-bas des extraits du chapitre Pierre Viret éthicien tiré de l’ouvrage Pierre Viret (1511-1571) : Un géant oublié de la Réforme — Apologétique, éthique et économie selon la Bible signé par Jean-Marc Berthoud (2011).

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Les pages 249 à 674 de l’Instruction chrétienne constituent un traité complet consacré à l’application détaillée des Dix Commandements à chacun des divers aspects de la réalité humaine. C’est le meilleur exposé de la Loi de Dieu qu’il m’ait été donné de lire ; et le seul ouvrage qui, à ma connaissance, puisse soutenir la comparaison avec le chef-d’œuvre de Rousas J. Rushdoony, Institutes of Biblical Law. Dans l’Instruction chrétienne de Viret, nous trouvons une application détaillée de toute la Parole normative de Dieu (Tota Scriptura) aux problèmes pratiques de la vie chrétienne de tous les jours, ceci pour chaque aspect de la vie personnelle et sociale. Une telle exposition est accompagnée, d’une façon remarquable, par un sens de l’équilibre théologique et par une compréhension de la relation délicate entre la dogmatique et l’éthique, tout en maintenant constamment à l’esprit le but de favoriser la proclamation de l’Évangile, de faire avancer le Royaume de Dieu et de ramener tout honneur et toute gloire au Seigneur Jésus-Christ. Dans sa Préface, Viret expose d’emblée son objectif central avec la plus grande clarté :

Pource [pour cette raison] que j’ai proposé de déclarer [expliquer] la Loi de Dieu, qui doit être tenue pour la règle de toutes les autres, par lesquelles les hommes doivent être conduits et gouvernés, je ferai avant qu’entrer en l’exposition d’icelle, quelques discours des grandes difficultés qui se sont trouvées de tout temps à bien gouverner les hommes, et [à] les contenir dedans les limites de raison, de droiture et de justice, et des causes semblablement de ces difficultés.

[Viret] entreprend ensuite de définir plus précisément cet objectif, montrant à quel point il était nécessaire que Dieu révèle aux hommes le contenu de cette loi, comme la création elle-même, d’origine céleste :

Pour cette cause, il a voulu bailler [donner] loi lui-même qui servit de règle à tous les hommes de la terre, pour régler l’esprit, l’entendement, la volonté et les affections, tant de ceux qui doivent gouverner les autres, que de ceux qui doivent être gouvernés par iceux. Et a fait ceci, à fin que tous ensemble se reconnussent un seul Dieu pour leur souverain Prince et Seigneur, et qu’eux se reconnussent ses serviteurs et ministres ; lesquels il faudra une fois tous venir à compte devant le trône de la majesté d’icelui.

Puis vient cette affirmation centrale à toute l’éthique chrétienne de Pierre Viret :

Or il [Dieu] a compris [renfermé] en cette Loi toute la doctrine morale, nécessaire aux hommes pour bien vivre. Ce qu’il a fait trop mieux [bien mieux], sans comparaison, que tous les philosophes en tous leurs livres, tant des éthiques, que des politiques et économiques, et que tous les législateurs qui ont jamais été, et qui sont et seront, en toutes leurs lois et ordonnances ; en sorte que tous ensemble n’ont jamais rien mis de bon en avant, qui ne soit compris en icelle ; et qui ne soit mauvais, s’il n’y est compris.

Et il ajoute :

Donc, soit que nous veuillons bien être instruits, pour nous savoir conduire en gouverner nous-mêmes en nos personnes propres en notre particulier, selon droit, raison et justice, ou au gouvernement de nos maisons et familles, ou au gouvernement du bien public ; cette loi nous pourra servir de vraie éthique, économique et politique chrétiennes, si elle est bien entendue ; et ceci trop mieux que celles d’Aristote, Platon, Xénophon, Cicéron, et des autres semblables.

Et Viret conclut sa Préface avec ces mots :

Car il ne nous faut point espérer que jamais Roi, Prince, ni peuple puissent avoir prospérité qui dure, sinon en tant que Dieu régnera en tous et sur tous, et qu’ils seront gouvernés par lui ; comme il appert [paraît] clairement par les promesses et menaces qu’il a ajoutées à sa Loi. Car comme lui seul peut nous donner Loi parfaite, selon laquelle il nous convient gouverner ; il peut semblablement bailler [donner] les Princes, les Magistrats, et les Pasteurs et ministres idoines [aptes], pour la mettre en exécution ; et les peut former comme instruments propres à son service, et bailler vertu [donner force] à leurs offices et ministères, pour ranger à son obéissance ceux qu’ils auront en charge. […]

Une telle vision de l’autorité souveraine et de la sagesse suprême de la Loi de Dieu a poussé Pierre Viret à examiner les devoirs particuliers des hommes à l’intérieur des limites de leurs vocations spécifiques. […]

Sur la pensée politique de Viret, l’étude pionnière de Robert D. Linder [The Political Ideas of Pierre Viret, Genève, Droz, 1964, 217 p.] nous présente une analyse d’une grande valeur de cet aspect de sa pensée. Il décrit d’abord ce que représentait pour Viret la loi divine, la Parole de Dieu […]. Linder définit la pensée de Viret en ces termes :

Les Écritures contenaient aussi des déclarations concernant l’État, et dans la mesure où elles se rapportaient au gouvernement séculier, elles représentaient la volonté de Dieu pour cette institution. Donc, l’État séculier était vu par Viret comme étant une création de facto, venant directement de Dieu lui-même mais gouvernée en harmonie avec les règles et les préceptes contenus dans les Écritures Saintes.

Et Linder d’ajouter :

Les plans de Dieu pour les hommes comprenaient une existence paisible et rangée, et l’Etat était le moyen par lequel ce genre de vie pouvait être assuré. Les dirigeants de l’État séculier devaient légiférer en harmonie avec la Bible et remplir le rôle qui leur était assigné tel qu’il était représenté dans les Écritures. Viret devait amener les autorités civiles à reconnaître que toute justice et toute loi émanaient de la souveraine volonté de Dieu, et que les magistrats étaient les distributeurs de la justice provenant de la loi de Dieu. Si elles n’obéissaient pas à cette vocation, ces autorités séculières étaient considérées comme de « méchants tyrans » et étaient passibles du jugement du Dieu Tout-Puissant.

Car, aux yeux de Viret, écrit Linder :

L’État séculier était une création immédiate de Dieu et c’est pour cela que Dieu lui-même lui avait directement délégué une certaine autorité. Cependant, selon Viret, les Saintes Écritures non seulement décrivaient et confirmaient l’autorité temporelle, mais elles en définissaient la nature et en limitaient également les droits.

[Viret] pensait également que ces lois absolues et éternelles divines devaient être adaptées à l’époque où vivaient les gens et au tempérament national du pays où les lois devaient être appliquées. Linder continue :

Viret a montré que les lois civiles peuvent être autant bonnes que mauvaises. Il croyait que les hommes détenaient une certaine liberté dans le choix des codes légaux qui devaient régir leur vie. Cependant, il pensait que dans un Etat véritablement chrétien « les bonnes lois » reposeraient toujours sur les Dix Commandements de Dieu tels qu’on les trouve dans l’Écriture Sainte. Selon lui, à moins que les lois humaines ne soient constituées sur le fondement de la loi morale de Dieu, les hommes ne pouvaient s’attendre à ce qu’elles soient justes et équitables. Ainsi, toutes « bonnes lois » viennent de Dieu Lui-même, car elles sont tirées de la Parole de Dieu qui est Son testament écrit pour l’humanité. […]

Viret mettait surtout l’accent sur le gouvernement soumis à la loi civile, et particulièrement la loi civile tirée, de la manière la plus précise possible, selon le contexte politique, de la loi morale de Dieu.

Et Linder ajoute :

La notion de Viret selon laquelle le prince était soumis à la loi est extrêmement intéressante et très différente de la théorie absolutiste qui plaçait le roi au-dessus de la loi, théorie dont Jean Bodin se fit l’avocat dans son De Republica rédigé à la fin du seizième siècle. Le concept du dirigeant séculier toujours nécessairement soumis à la loi était l’un des thèmes récurrents dans la pensée politique médiévale de l’Europe occidentale et n’était d’aucune manière une idée nouvelle.

Viret exprime sa pensée politique ainsi [dans Le monde à l’empire, publié à Genève en 1561] :

Car les Princes et les Magistrats doivent être sujets aux lois, et modérer leur gouvernement selon icelles [celles-ci]. Car ils sont, non pas maîtres des lois, mais Ministres d’icelles, comme ils sont Ministres de Dieu, duquel toutes bonnes lois procèdent. Et pourtant [pour cette raison] les Magistrats sont à bon droit tenus pour lois vives et parlantes, quand ils sont tels qu’ils doivent être ; comme aussi les lois sont comme Magistrats muets, lesquels parlent par les vrais Magistrats.

Et Linder de commenter :

Viret insiste sur le fait que le vrai chrétien doit, en toute circonstance, soumettre le Code Justinien et toute la loi romaine à l’autorité de la Parole de Dieu.

Les schémas de la pensée de Viret l’ont amené à préconiser ce qu’on appellerait aujourd’hui « la législation de la morale ». Par exemple, il était pour l’adoption de statuts civils contre l’adultère, le blasphème et l’idolâtrie, et il était partisan de la réglementation de certaines activités économiques le dimanche. De plus, il établissait un lien entre la vraie Chrétienté et le maintien et l’application de lois telles que celles contrôlant la corruption et l’achat de charges publiques, de lois contre l’usure, contre l’exploitation des pauvres par les riches, et de lois fixant des limites aux prix et à l’achat de terrains. […]

Il est révélateur [d’étudier] l’exégèse de Viret […] sur certains textes bibliques précis. […]

Tu n’auras pas dans ton sac deux sortes de poids, un gros et un petit.

Tu n’auras pas dans ta maison deux sortes d’épha, un grand et un petit.

Tu auras un poids exact et juste, tu auras un épha exact et juste, afin que tes jours se prolongent dans le territoire que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Car quiconque agit ainsi, quiconque commet une fraude, est en horreur à l’Éternel, ton Dieu. (Deutéronome 25.13-16)

Pierre Viret […] ne consacre pas moins de cinquante-cinq grandes pages folio en petits caractères de l’édition originale […] pour élaborer un exposé détaillé du huitième commandement [Tu ne déroberas point]. Sur le passage que nous étudions, son commentaire occupe six grandes pages (581 à 586). […] Viret se donne une peine immense à étudier en détail cette loi biblique l’appliquant à toutes sortes de transactions commerciales. Ce que Viret développe ici est une véritable casuistique légale (dans le sens tout à fait positif de ce mot), une véritable déontologie professionnelle, se rapportant aux applications spécifiques des diverses lois bibliques. Il le fait de telle manière – bien que ses remarques soient soigneusement adaptées aux conditions de son époque et à la culture de son temps – qu’elles n’en demeurent pas moins presque directement applicables aux réalités du monde contemporain. Ses commentaires ne constituent d’aucune façon une distorsion anachronique de la signification du statut particulier de la loi mosaïque en question.

Examinons, tout d’abord, la façon dont il subdivise son texte et les titres qu’il donne à ces divisions [Instruction chrétienne, Tome II] :

  • Des larcins commis en la quantité, et aux poids et mesures des choses vendues ou délivrées ; et combien cette manière de larcin est jugée détestable ès [par les] Saintes Écritures.
  • De l’invention et de l’usage de la monnaie, et des faux-monnayeurs ; et de la grandeur de ce crime, et du larcin commis par tel moyen.
  • Des larrons et faussaires de la Parole de Dieu, et des larcins qu’ils font des hommes et de leurs biens par ce moyen.
  • De ceux qui rognent les monnaies, et qui usent de celles qu’ils savent n’être pas de mise légitime ; et principalement ceux qui ont charge des deniers publics.
  • Des corruptions par les dons ; et des marchands qui vendent, et achètent justice et les pauvres.
  • Des larcins commis ès venditions [ventes] de victuailles ; et des dangers qui sont ès corruptions d’icelles [celles-ci].
  • Du regard [l’attention] que les Magistrats doivent avoir sur les vivres, et du grand mépris des serments faits pour raison d’iceux.
  • De la faute qui est ès Magistrats et officiers en cet endroit, par laquelle ils se rendent coupables des larcins et méchancetés qui se commettent en ces choses.
  • Du danger qui est ès médecins et apothicaires [pharmaciens], en telles matières ; et de la loi que Dieu a donnée des poids et mesures ; et des menaces d’icelui contre ceux qui les falsifient.

[…] Viret cite ici Amos 8.4-6 et les textes classiques de l’Ancien Testament applicables, encore aujourd’hui, à cette question : Deutéronome 25.13-16 ; Lévitique 19.35-36 ; Proverbes 11.1 ; 20.10. Viret applique, de manière très appropriée, ce statut de falsificateurs des poids et des mesures aux faux-monnayeurs, car dans les temps anciens, l’inégalité du poids des pièces de monnaie en rendait la pesée nécessaire si l’on voulait pouvoir en déterminer la valeur exacte :

Parquoi [raison pour laquelle], puisque Dieu a donné aux hommes ce moyen, pour se soulager plus aisément les uns les autres, ceux qui le pervertissent, et confondent cet ordre, font une grande plaie au bien public, et à toute la société humaine. Dont [ce pour quoi] ils sont dignes de griève punition ; et ce d’autant plus, qu’ils mettent plus grande confusion entre les hommes. Car ils ne peuvent vivre sans trafiquer [commercer] les uns avec les autres. Partant [par conséquent] celui qui leur ôte ce moyen, est comme un brigand public, pour couper la gorge à toute la communauté des hommes ; car il ôte par le moyen qu’il tient, la foi [bonne foi] et la loyauté, sans laquelle la société humaine ne peut être entretenue ni conservée. Car la foi et la loyauté étant ôtée, il n’y a plus rien de certain. Et par ainsi les hommes sont en un grand trouble et en un désordre nonpareil.

De nos jours, la fabrication de fausse monnaie est devenue la spécialité des banques centrales qui pillent sans vergogne la communauté par leur création d’argent comme sorti du chapeau d’un magicien, car une telle création ex nihilo de moyens d’échanges, émissions de crédit qui ne reposent sur rien, mènera inévitablement à l’inflation. Cette monnaie virtuelle, ces papiers, ces chèques ou cet argent électronique, ne sont – depuis les accords de Bretton Woods de 1944 et, plus encore, depuis le détachement par le président américain Richard Nixon en 1973 du dollar (la monnaie d’échange mondiale) de tout rapport avec l’or – plus du tout cautionnés par des réserves monétaires en dur et sont donc, en fin de compte, totalement irrachetables. Le résultat d’une telle création monétaire parfaitement arbitraire est, bien sûr, l’expansion incontrôlée de toutes sortes de dettes – publiques et privées – la destruction de la productivité de la société par la concentration d’un tel capital dans les transactions de spéculation, ceci aux dépens des investissements industriels et commerciaux producteurs de véritables richesses. On développe ainsi le cycle moderne de prospérité-faillite (boom/bust), d’inflation et de restriction monétaire ainsi que l’expansion à grande échelle d’une spéculation totalement improductive, comme autant de moyens de gouvernement tyranniques, occultes et irresponsables.

Pierre Viret aurait eu beaucoup à redire du point de vue biblique sur la situation monétaire qui est la nôtre actuellement. Il était tout à fait conscient de l’existence de problèmes similaires à son époque. C’est d’une plume acérée qu’il décrit le crime de l’État, la contrefaçon des moyens d’échange.

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Consultez également : Jean Calvin, les deux royaumes et la loi civile [Scribd].

Genève au temps de la Réformation

Le réformateur Jean Calvin avait compris que Dieu, dans son amour, n’a pas abandonné les sociétés humaines à l’anarchie, mais a doté sa Création d’une loi transcendante…

La manière de ce réformateur d’intégrer la parole-loi de Dieu dans sa réflexion sur la société civile et l’action qui en découle a eu un impact significatif dans la vie de la cité, partout où son influence s’est fait sentir. À un tel point que E.G. Léonard, dans son Histoire générale du protestantisme, intitule son chapitre consacré à Jean Calvin : « Calvin fondateur d’une civilisation ».

[…]

Cet office de la loi a pour finalité de contribuer à l’harmonie et à la paix de la cité. Cet usage s’exerce généralement par la contrainte en vue de restreindre la progression et le déploiement du péché et du mal dans la société civile et d’encourager la pratique du bien. En un mot, en suscitant « une certaine crainte de Dieu », cet office est, d’abord, de nature dissuasive.

Mais, dans la théologie de Calvin, cet usage assume aussi un rôle prescriptif. En effet, comme l’argumente le réformateur de Genève dans le quatrième livre de l’Institution chrétienne (IV, XX), « la loi morale est le fondement de toutes les lois strictement politiques ».

Il s’ensuit que l’Église comme l’individu ont à exercer une responsabilité politique dans la société civile et à contribuer à son bien. C’est ainsi que Calvin écrit : « Néanmoins cette justice contrainte et forcée est nécessaire à la communauté des hommes, à la tranquillité de laquelle notre Seigneur pourvoit, quand il empêche que toutes choses ne soient renversées en confusion, ce qui serait, si tout était permis à chacun » (II, VII, X) C’est ainsi que ce deuxième usage, malgré son caractère contraignant, exerce un rôle positif qui peut aller jusqu’à une prise de conscience providentielle qui soit à salut (II, VII, XI).

[…]

La loi morale, qui représente l’essence de la loi de Dieu, s’incarne dans le Décalogue, lequel est résumé par Jésus dans le sommaire de la loi : aimer Dieu et aimer son prochain. Cette loi morale est normative et est appelée à éclairer tous les aspects de la vie individuelle et communautaire. Ainsi Calvin, parlant de l’équité et de l’ordonnance des lois, dit : « Or puisque la Loi de Dieu, que nous appelons morale, n’est rien d’autre qu’un témoignage de la loi naturelle et de la conscience que notre Seigneur a imprimée au cœur de tous les hommes, il n’y a nul doute que cette équité dont nous parlons maintenant ne soit en celle-ci parfaitement déclarée ; il convient donc que cette équité seule soit le but, la règle et la fin de toutes lois » (IV, XX, XVI).

Source : Pierre Berthoud, Liberté et justice sociale : l’apport de l’Ancien Testament dans la pensée des réformateurs, et de Jean Calvin en particulier [Revue réformée].

Calvin expliquait plus en détail la mission spirituelle des magistrats ailleurs dans son maître-ouvrage, l’Institution de la religion chrétienne

Tout comme le magistrat en punissant les méchants doit purifier l’Église des scandales, de même le ministre de la Parole doit, de son côté, aider le magistrat pour qu’il y ait moins de malfaiteurs. Ainsi leurs administrations doivent être conjointes, l’une soulageant l’autre et ne lui faisant pas obstacle.

Source : Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, Livre IV, Chapitre XI, Section III, Charols (Rhône-Alpes), Éditions Excelsis, 2009 (1560), p. 1142.

Continuons de citer l’Institution de la religion chrétienne

Il nous faut brièvement déclarer quel est l’office des Magistrats, selon qu’il est écrit par la Parole de Dieu, et en quelle chose il git. Or si l’Écriture n’enseignait qu’il appartient et s’étend à toutes les deux tables de la Loi, nous le pourrions apprendre des écrivains profanes ; car n’y a nul d’entre eux ayant à traiter de l’office des Magistrats, de faire des lois, et ordonner la police, qui n’ait commencé par la religion et par le service de Dieu. Et par cela tous ont confessé qu’il ne se peut établir heureusement aucun régime en ce monde, qu’on ne pourvoie devant tout à ce point : que Dieu soit honoré ; et que les lois qui laissent derrière l’honneur de Dieu pour seulement procurer le bien des hommes, mettent la charrue devant les bœufs.

[…]

Nous avons montré que cette charge leur est spécialement commise de Dieu. Comme c’est bien raison, puisqu’ils sont ses vicaires et officiers, et qu’ils dominent par sa grâce, qu’aussi ils s’emploient à maintenir son honneur. Et les bons rois que Dieu a choisis entre les autres, sont notamment loués de cette vertu en l’Écriture, d’avoir remis au dessus le service de Dieu, quand il était corrompu ou dissipé ; ou bien d’avoir eu le soin que la vraie religion fleurit et demeurât en son entier. Au contraire l’histoire sainte, entre les inconvénients qu’apporte le défaut d’un bon gouvernement, dit que les superstitions avoient la vogue parce qu’il n’y avait point de roi en Israël ; et que chacun faisait ce qu’il lui semblait [Juges 21:25]. D’où il est aisé de rédarguer [blâmer] la folie de ceux qui voudraient que les Magistrats, mettant Dieu et la religion sous le pied, ne se mêlassent que de faire droit aux hommes. Comme si Dieu avait ordonné des supérieurs en son nom pour décider les différends et procès des biens terriens, et qu’il eut mis en oubli le principal, à savoir qu’il soit dument servi selon la règle de sa Loi.

[…]

Les Rois ne doivent […] mettre leur cœur à l’avarice, ne s’élever orgueilleusement par-dessus leurs prochains ; mais doivent être tout le temps de leur vie assidument à méditer la Loi de Dieu.

Item, que les Juges ne doivent décliner en une partie ni en l’autre, et n’accepter présents aucuns ; et autres sentences semblables, qu’on lit communément en l’Écriture. […] Nous voyons donc que les Magistrats sont constitués protecteurs et conservateurs de la tranquillité, honnêteté, innocence et modestie publique.

Source : Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, 1564, Tome II, Livre IV, Chapitre IX, réédité à Paris, par Meyrueis, 1859. Orthographe française légèrement modernisé par l’auteur du présent article. La numérotation semble avoir changée entre l’édition de 1564/1859 et celle de 1560/2009, le passage pré-cité correspond au Livre IV, Chapitre XX, Section IX de la réédition de 2009.

Continuons de citer Calvin :

Les magistrats peuvent aussi apprendre […] quelle est leur vocation. Car ce n’est point pour eux qu’ils dominent, mais pour le bien et le profit du public ; et ils n’ont point reçu une puissance démesurée, mais laquelle est astreinte au profil des sujets. Bref, en leur principauté, ils sont obligés à Dieu et aux hommes. Car, parce qu’ils sont commis de Dieu, et c’est sa besogne qu’ils ont entre les mains, il faudra qu’ils lui en rendent compte. Davantage, cette administration que Dieu leur a commise regarde et concerne les sujets ; et par conséquent, à ceux-ci aussi ils sont redevables.

[…]

Il [l’apôtre Paul en 1 Timothée 2:2] récite les fruits qui nous proviennent d’une principauté ou domination bien réglée. Le premier est la vie tranquille et paisible. Car les magistrats sont armés du glaive afin de nous tenir en paix. […] Le second fruit, c’est la conservation de la piété ; à savoir quand les magistrats s’emploient à entretenir la religion, à maintenir le service de Dieu, et à donner ordre que les saintes cérémonies soient dûment administrées et avec révérence.

Source : Jean Calvin, Commentaire sur le Nouveau Testament, 1561, cité par André Biéler, La pensée économique et sociale de Calvin, Genève, Georg Éditeur, 2008, p. 284 et 292.

Cette application de la loi divine à la sphère politique par les réformés genevois a porté ses fruits…

Calvin, sans occuper d’autre fonction que celle de président de la compagnie des pasteurs, va réaliser à Genève sa Réforme. Son autorité lui vient d’abord de sa connaissance de la Bible et de son éloquence. En vingt-cinq ans il prononce quatre mille sermons ! Lorsque ses adversaires politiques, les libertins, sont bannis en 1555, il peut également s’appuyer sur les autorités séculières. […]

Calvin, qui souhaite distinguer les rôles respectifs de l’Église et de l’État, n’occupe aucune fonction politique. En s’appuyant sur les lois garanties par le pouvoir temporel et sur le Consistoire, une instance disciplinaire, Calvin va modifier les mœurs des Genevois. Le système de surveillance semble avoir été efficace puisque le taux de naissances illégitimes à Genève est alors le plus bas d’Europe à 0.12 %.

Source : Calvin et Genève, magazine Liens protestants, No. 187, été 2009.

Qu’en est-il de la loi mosaïque ?

« In researching historical documents, the student can easily be fooled if he fails to take into account historical context. John Calvin can serve as a case in point. At first glance, Calvin’s hostility to the modern use of the Mosaic judicials could hardly be more marked:

For there are some who deny that a commonwealth is duly framed which neglects the political system of Moses, and is ruled by the common law [ius commune] of nations. Let other men consider how perilous and seditious this notion is ; it will be enough for me to have proved it false and foolish.

What could be clearer ? Yet in fact what Calvin calls the “common law of nations” included much that was derived from Moses, via Justinian and other sources [le Code théodosien via le Bréviaire d’Alaric]. […] Although the quotation cited above seems completely clear in indicating a radical hostility toward the Mosaic judicials on Calvin’s part, there are several reasons against taking it as such. Firstly, Calvin uses the Mosaic judicials in arguing for the death penalty for adultery. Commenting on Deuteronomy 22:22, he writes :

Nay, by the universal law of the Gentiles, the punishment of death is always awarded to adultery; wherefore it is all the baser and more shameful in Christians not to imitate at least the heathen. Adultery is punished no less severely by the Julian law than by that of God; whilst those who boast themselves of the Christian name are so tender and remiss, that they visit this execrable offence with a very light reproof.

Note that the punishment is said to be that of the law “of God,” not more restrictedly the law of Moses. It is clear that Calvin is commending the Mosaic penalty here, yet an element of confusion still remains in the text. Whatever this “universal law of the Gentiles” may have been, it operates no longer in the twentieth century. Secondly, Calvin writes in his defense of the execution of Servetus :

Whoever shall now contend that it is unjust to put heretics and blasphemers to death will knowingly and willingly incur their very guilt. This is not laid down on human authority ; it is God who speaks and prescribes a perpetual rule for his Church. It is not in vain that he banishes all those human affectations which soften our hearts […].

Note that the punishment is said to be that of the law “of God,” not more restrictedly the law of Moses. […] Philip Schaff ’s comment is important :

Calvin’s plea for the right and duty of the Christian magistrate to punish heresy by death, stands or falls with his theocratic theory and the binding authority of the Mosaic code. His arguments are chiefly drawn from the Jewish laws against idolatry and blasphemy, and from the examples of the pious kings of Israel.

Thus, Schaff considers that Calvin held a high respect for the Mosaic judicials. »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, Vol. 5, No. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

Consultez aussi cette recension historico-légale : Crime and Punishment in Calvin’s Geneva between February 1562 and February 1563 [Theonomy Resources].

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