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Archive for the ‘Histoire de la science’ Category

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Le Monarchomaque présente l’étude La transmission médiévale des savoirs entre l’Orient et l’Occident, rédigée par Tribonien Bracton. Cette étude historique adresse la question épineuse mais passionnante de la filiation intellectuelle entre la Grèce antique, l’Orient araméo-hellénique, le Monde musulman et l’Occident médiéval. Il réfute la thèse d’une dette occidentale envers l’Islam, met en relief le rôle capital joué par les traducteurs araméens, et dégage la singularité de la civilisation occidentale.

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«  Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »

« Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, de sorte que nous voyons davantage de choses qu’eux et plus loin qu’eux, non pas à cause de l’acuité de notre propre vue ou de la hauteur de notre propre corps, mais parce que nous sommes élevés par eux. » — Bernard de Chartres, XIIe siècle

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Ressources supplémentaires sur ce thème :

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Présentation de l’ouvrage de Serafin Fanjul ↑ par Philippe Conrad, « Al-Andalus sans légende », Nouvelle Revue d’Histoire, N° 92, septembre-octobre 2017 :

C’est un ouvrage majeur que nous propose Serafin Fanjul, docteur en philologie sémitique, professeur de littérature arabe à l’Université Complutense de Madrid, ancien directeur du Centre culturel hispanique du Caire.

Autant dire que l’auteur s’appuie sur une érudition à toute épreuve pour aborder la question, ô combien débattue, de l’interprétation de la séquence historique qui a correspondu à la présence, sept siècles durant, d’une société musulmane dans la péninsule ibérique. Il sait comment, au prix de grossiers anachronismes, les tenants de l’immigration de masse et de l’avènement sur le sol européen d’une société multiculturelle chantent les louanges du « paradis perdu » qu’aurait été l’Espagne musulmane à l’époque médiévale. En prenant pour cela quelques libertés avec l’histoire…

Notre auteur déconstruit méthodiquement le mythe de « l’Espagne des trois religions », lieu d’une coexistence pacifique et mutuellement profitable. Il n’a guère de mal à montrer que l’époque était celle d’un apartheid qui valait aux dhimmis chrétiens et juifs un statut d’infériorité jamais remis en cause jusqu’au XVème siècle qui vit la fin du royaume nasride de Grenade. L’ouvrage de Serafin Fanjul apparaît donc, dans la bataille engagée pour la préservation de la mémoire et de l’identité européennes comme une arme précieuse pour en finir avec les mensonges de « l’historiquement correct ». À noter également l’excellente préface d’Arnaud Imatz, qui revient sur les procédés de la manipulation du passé appliquée de manière plus générale à l’histoire de l’Espagne, longtemps victime de la « légende noire » diffusée par ses adversaires.

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Rémi Brague, professeur d’histoire de la philosophie arabe à la Sorbonne, recadre le bien-pensant Luc Ferry qui raconte des sornettes sur le savant andalou Abū al-Walīd Muḥammad ibn Ruchd (1126-1198 ; latinisé « Averroès ») :

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Ajoutons qu’Averroès était un avocat du djihad offensif. C’est en tant que juriste qu’il prêcha le djihad contre les chrétiens à la grande mosquée de Cordoue (une ancienne église) et qu’il utilisa toutes les ressources du droit pour rappeler aux musulmans leur obligation de partir en guerre contre les chrétiens ! D’autre part, cette icône des chantres de la diversité ethno-culturelle insistait pour que les livres de philosophie soient « interdits au commun des hommes par les chefs de la communauté ». Et n’oublions pas que même malgré cela, ses doctrines furent anathémisées et ses ouvrages de philosophie brûlés par le Calife de Marrakech.

Référence ↑ : Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel : Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Éditions du Seuil, 2008, p. 156-159.

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Et hors-site :

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Dans cette capsule de l’émission Against the World du ministère réformé Nicene Council, l’animateur  le mythe selon lequel l’Église aurait soutenue que la Terre est plate, une falsification inventée par un auteur antichrétien du XIXème siècle appartenant au courant philosophique des soi-disantes « Lumières » :

À ceux qui ne maîtrisent pas la langue anglaise, je vous propose de lire l’article Le Moyen Âge n’a pas cru que la Terre était plate du carnet Pour une école libre au Québec et/ou l’article L’invention de la Terre plate de l’Association de science créationniste du Québec.

La Bible affirme expressément que la Terre est ronde (Proverbes 8:30-31, Ésaïe 40:22). De surcroît, l’un des plus grands théologiens du Moyen Âge, Thomas d’Aquin (1225-1274), soutenait explicitement que la Terre est en forme de globe dans sa Somme théologique publicisée en l’an 1270 : « L’astronome aussi bien que le physicien peuvent démontrer la même conclusion, en l’occurrence que la Terre est sphérique ; le premier, cependant, travaille avec le moyen des mathématiques et fait abstraction des qualités matérielles, tandis que le moyen du second est l’observation des corps matériels par les sens. »

D’autres billets qui réfutent des mythes historiques similaires sur Le Monarchomaque :

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Galileo Galilei (1564-1642), célèbre astronome italien né à Padoue en 1564 et décédé à Florence en 1642, emprisonné et torturé par le terrible tribunal de l’Inquisition pour avoir, dit-on, osé affirmé que la terre tourne autour du soleil et non l’inverse, demeure, dans notre imaginaire moderne, la figure proue de la rationalité scientifique face à l’obscurantisme religieux.

Mais si cette histoire officielle était fausse, si Galilée n’avait jamais été maltraité par ses détracteurs ? Si Galilée n’étais jamais parvenu – de son vivant – à prouver la thèse de l’héliocentrisme, Galilée ne serait pas, en fin de compte, un martyr de la science, mais plutôt une icône tronquée et utilisée à mauvais escient. C’est exactement ce qu’à démontré l’historien Aimé Richardt dans La vérité sur l’affaire Galilée, ouvrage entièrement construit à partir des documents d’époque plutôt que sur des sources secondaires.

Outre l’incapacité de Galilée à apporter une preuve à l’héliocentrisme (l’observation des phases de Vénus en 1610 invalidait le géocentrisme de Ptolémée mais était compatible avec le modèle intermédiaire de Tycho Brahé), il y a plusieurs autres faits méconnus concernant ce personnage…

Les mensonges de Galilée :

  1. En août 1609 : Galilée a mentit au Sénat de Venise en disant aux sénateurs qu’il a inventé le télescope (qu’il leur présenta en grande pompe). En vérité, Galilée n’a que reproduit une invention néerlandaise préexistante ; pour ce faire, il fit arrêter un calviniste hollandais qui visitait l’Italie et confisquer son télescope par un de ses amis qui était membre du Conseil des Dix à Venise, puis Galilée démonta et copia l’instrument (minutes 36 à 39). Galilée réitéra ce mensonge dans son livre Saggiatore en octobre 1623.
  2. En avril 1612 : Galilée a mentit à la communauté académique en annonçant à Federico Cesi (scientifique fondateur de l’Académie des Lynx) avoir découvert les taches du soleil. En vérité, se sont deux astronomes jésuites d’Ingolstadt en Bavière (Scheiner et Cysat) qui  communiquèrent cette information à Galilée dès 1611.

Les erreurs de Galilée :

  1. Au printemps 1611 : Galilée affirme que Saturne est une « étoile triple » ou « trois astres se touchant », ce qui est faux. Les astronomes contemporains n’endossèrent pas cette idée galiléenne erronée.
  2. À partir de janvier 1616 : Galilée prétend dans son Discorso de Flusso e Reflusso que la marées sont causées par l’attraction solaire et la rotation de la terre sur elle-même (qui provoquerait un « brassage » des océans), ce qui est faux. Or l’astronome luthérien Johannes Kepler avait démontré dès 1609 dans son Astronomia Nova que les marées sont un effet de l’attraction lunaire. Galilée dédaignait l’explication scientifique de Kepler comme une « superstition astrologique ». Les astronomes jésuites confirmèrent l’analyse de Kepler. Galilée tenta de convertir le pape Urbain VIII à sa thèse non-scientifique au cours des six audiences qu’il lui accorda en avril 1624, mais Urbain VIII s’en tint à l’explication de Kepler. Dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde publié en 1632, Galilée essaya encore de faire passer pour scientifique ses fantasmes sur les marées.
  3. En juin 1619 : Galilée fait publier un Discours sur les comètes, où il soutient (avec un de ses émules, Guiducci) que les comètes sont des simples phénomènes atmosphériques comparables aux arcs-en-ciel et aux halos. Cette position était déjà connue pour être totalement incorrecte, l’astronome Tycho Brahé ayant  observé que les comètes sont des corps solides se déplaçant au-delà de l’orbite lunaire. Malgré cela, Galilée s’obstina à sa dans son Saggiatore d’octobre 1623.
  4. Galilée défendait que les planètes tournent autour du soleil sur une orbite parfaitement circulaire dont le soleil est le centre exact, schéma qui ne s’accorde avec aucune table astronomique qui ait jamais été réalisée et que même Copernic et Kepler jugeaient insoutenable. Cela nous permet de qualifier Galilée de piètre astronome.

D’autres mythes sur Galilée :

  1. Contrairement à ce que les anticléricaux Diderot et d’Alembert écrivirent dans le tome IV de leur Encyclopédie de 1754, l’Inquisition n’a pas contraint Galilée à se rétracter publiquement, mais seulement à prononcer une abjuration privée. Ce traitement de faveur lui fut accordé par Urbain VIII.
  2. Outre le fait qu’il y avait à cette époque une raison scientifique de s’opposer à l’héliocentrisme (l’absence d’observation de parallaxe stellaire), un fait est constamment occulté : Galilée ne fut pas uniquement condamné pour « hérésie » anti-catholique, mais également pour blasphème anti-aristotélicien. En effet la sentence de condamnation rendue par le Saint-Office le 22 juin 1633 stipule : « Que le Soleil soit au centre du monde et immobile de tout mouvement dans l’espace, est une proposition absurde et fausse en philosophie […] Que la Terre ne soit pas le centre du monde et immobile, et qu’elle se meuve d’un mouvement quotidien, est une proposition absurde et fausse en philosophie. »
  3. Galilée ne récita pas des psaumes comme pénitence à chaque semaine pendant trois ans.
  4. Galilée ne s’est pas exclamé « Et pourtant elle tourne ! » à la fin de son second procès.

Les « prisons » de Galilée pendant et après son second procès :

  • 2 mois au palais de l’Ambassade de Toscane à Rome (février à avril 1633). Galilée avait le droit de sortir en carrosse, et il alla fréquemment se promener dans les jardins de la luxueuse Villa Médicis.
  • 1 mois dans trois des meilleurs logements du palais du procureur du Saint-Office à Rome (avril à mai 1633).
  • 2 autres mois au palais de l’Ambassade de Toscane (mai à juillet 1633).
  • 5 mois dans la résidence de l’archevêque de Sienne, un amis du pape (juillet à novembre 1633).
  • 8 ans dans sa somptueuse villa d’Arcetri en banlieue de Florence (décembre 1633 à janvier 1642), où un cardinal & neveu du pape, des princes italiens et des ducs français lui envoyèrent des cargaisons de cinquantaines de bouteilles de spiritueux. Notons que dès 1638 Galilée reçu l’autorisation officielle de circuler librement, donc son « emprisonnement » à domicile quasi-fictif ne dura que 5 ans, années pendant lesquelles il vécu très confortablement et continua de publier ses travaux de physique expérimentale sans embarras. Il ne cessa de recevoir des invitées distinguées (magistrats, juristes, savants, artistes, poètes). En Europe, Galilée n’était tellement pas considéré comme un « prisonnier » pendant qu’il était à Arcetri qu’en mai 1635 l’Université d’Amsterdam lui offrit une chaire !

Ressources supplémentaires :


« Bien que ces hypothèses [géocentristes de Ptolémée] paraissent sauver les apparences [c’est-à-dire expliquer les phénomènes cosmologiques], il ne faut pas affirmer qu’elles sont vraies, car on pourrait peut-être expliquer les mouvements apparents des astres par quelqu’autre procédé que les humains n’ont point encore conçu. »
— Thomas d’Aquin, Somme théologique, 1270

 

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Dans sa Théologie naturelle de 1802, William Paley (1743-1805) part d’un constat simple : les organismes sont à la fois très complexes et bien adaptés à leur milieu. Examinés de plus près, ils font de preuve d’une incroyable solidarité : autrement dit, chaque partie contribue de manière indispensable au tout. À ce phénomène, Paley propose deux explications :

  • soit les organismes en question ont été créés pièce par pièce par un Dieu ingénieur ;
  • soit ils proviennent de la rencontre fortuite et incroyablement productive entre matière inerte et forces physiques.

Dans le reste de l’essai, le philosophe anglais explique, au moyen d’une analogie devenue célèbre, pourquoi sa préférence va à la première explication. Imaginons un promeneur marchant en pleine campagne et qui, au détour d’un chemin, découvre une montre dans l’herbe. Curieux, il l’ouvre et remarque à quel point les rouages sont minutieusement ouvragés, à quel point l’ensemble des mécanismes semble destiné à ce que l’ensemble de l’objet puisse donner l’heure.

Comment expliquer la provenance de cet objet ? La première solution est d’en attribuer la création à un concepteur intelligent, un ingénieur qui désirerait que cet objet donne l’heure. La seconde solution consiste à attribuer l’existence de la montre au hasard, à la combinaison aléatoire de la pluie, du métal et des éclairs.

La confrontation entre les deux hypothèses est nécessairement brève, l’explication la plus plausible étant de loin la première. La conclusion de Paley est alors la suivante : si le lecteur s’avoue convaincu par ce raisonnement concernant la montre, alors il ne peut sans mauvaise foi parvenir à une conclusion différente en ce qui concerne la vie. Autrement dit, l’explication la plus plausible à l’existence sur Terre des êtres vivants est celle d’un architecte suprême.

Source : Réflexience

S’informer davantage : Conception intelligente et complexité irréductible [Causalité du Cosmos]

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Consultez également Une entrevue avec Sylvain Gouguenheim sur Résilience TV.

Sylvain Gouguenheim a répondu aux questions du magazine Lire à propos du livre collectif Les Grecs, les Arabes et nous : Enquête sur l’islamophobie savante paru chez les Éditions Fayard et s’opposant à son ouvrage Aristote au Mont Saint-Michel : Les racines grecques de l’Europe chrétienne.

Sylvain Gouguenheim, vous êtes taxé d’« islamophobie ». Le terme est-il, selon vous, recevable ?

S.G. : C’est un concept utilisé sans avoir été soumis à un examen critique. Au sens propre il désigne la peur de l’islam, qu’il assimile à une phobie, donc à une réaction maladive, dépourvue de fondement rationnel : l’« islamophobe » est un déséquilibré. L’accusation discrédite d’emblée celui contre qui elle est lancée et permet de biaiser à l’avance ou d’esquiver le débat sur le contenu des thèses incriminées. Elle suggère également que les critiques sont le produit d’arrière-pensées racistes. L’islamophobe passe donc pour un malade mental et un individu infréquentable. À partir de là, plus aucune discussion n’est possible ; on n’est pas loin du délit de blasphème. Bref, le terme n’appartient pas au débat scientifique ; c’est une arme polémique qui vise à l’empêcher.

Une partie du savoir grec a bien transité de l’Orient vers l’Occident via le monde arabe. Peut-on parler de «dette» du second envers le premier ?

S.G. : La « filière arabe » et persane a existé. Le terme de dette est à écarter en raison de sa connotation morale. Il est plus exact de parler de « transferts ». Aux historiens de mesurer l’importance de ces échanges et d’apprécier le rôle joué, les unes vis-à-vis des autres, par les différentes aires culturelles en contact au fil du temps.

La polémique semble tourner autour de la nature des relations entre les mondes islamique et chrétien au Moyen Âge. Comment caractériseriez-vous ces relations ?

S.G. : Elles étaient difficiles, (…) Pour les chrétiens, l’islam est une hérésie ; pour les musulmans, le christianisme est une déformation du message de Dieu. Il faut attendre le XIIe siècle pour voir une première traduction du Coran en latin et il n’y a guère d’exemples de dialogues constructifs. La méconnaissance de la langue de l’autre est très répandue : on ne connaît pas, par exemple, de chroniqueur arabe des croisades qui ait appris le latin (mais il y a des interprètes). Les systèmes politiques ou juridiques respectifs sont mal connus. En revanche, il y a d’importants échanges économiques et des voyageurs circulent d’un monde à l’autre. Et puis, il y a les guerres; celles des conquérants arabes entre les VIIe et IXe siècles puis les croisades. Ces conflits peuvent être attribués au caractère universaliste des religions comme au processus d’expansion d’empires ou de royaumes puissants.

Dans votre ouvrage, vous soutenez qu’il n’y a pas, à proprement parler, de « philosophie arabe » ou plutôt que la « falsafa » arabe doit être distinguée de la philosophie au sens grec. Vos accusateurs contestent ce point. Que leur répondez-vous ?

S.G. : Mes accusateurs déforment – volontairement ? – ce que j’ai écrit. Il est indiscutable que la « falsafa » poursuit la philosophie grecque : Averroès commente Aristote, Avicenne et d’autres s’inspirent de Platon ou des néoplatoniciens. Al-Kindi, Al-Farabi sont d’authentiques philosophes. Mais ce ne sont pas des « libres-penseurs » : ils demeurent croyants, comme l’étaient Saint Anselme ou Saint Thomas. À leurs yeux, la philosophie est au service de la religion. Par ailleurs, la « falsafa » n’a pas eu de prise sur les élites politiques. Les raisons sont sociologiques : l’absence de structures analogues aux Universités qui auraient permis de toucher un large public. Il y avait, certes, les cercles d’érudits au sein desquels le savoir circulait, mais il leur manquait des relais pour agir sur la société (…)

De même, vous estimez que la structure sémitique de la langue arabe la rendrait peu à même de rendre les abstractions de la pensée philosophique grecque. Vraiment ?

S.G. : Précisons d’abord que la philosophie n’est pas toute la pensée mais une forme spécifique de pensée. Qu’il y ait des différences de structure entre des familles de langues est une réalité. Au Moyen Âge, ces différences rendaient délicates les traductions philosophiques, en dépit des qualités des traducteurs médiévaux. Par ailleurs, les traductions successives d’un texte philosophique du grec en syriaque, puis en arabe, puis en latin, provoquent des distorsions accrues par le nombre des intermédiaires. Le nier révèle une certaine ignorance en matière de traduction. Lors d’un débat avec le vizir Abu Al-Qâsim en 1026, l’évêque de Nisibe affirma que la langue arabe ne permettait pas d’exprimer des notions abstraites. L’intérêt réside non dans l’argument – certainement aisément réfutable – mais dans le fait que le prélat voyait dans les différences linguistiques un élément essentiel, suffisamment solide pour être présenté dans une controverse publique.

Comment réagissez-vous au procès intenté à Fernand Braudel et à l’usage qu’il fait des concepts de « civilisation » et d’« identité » ?

S.G. : Les personnes qui attaquent avec tant d’élégance Braudel n’ont pas le talent nécessaire pour égratigner sa pensée. Ces critiques ne dénotent que prétention et incompétence. L’idée de ces accusateurs est simpliste : pour qu’il n’y ait pas de « choc de civilisations », il leur faut montrer l’inanité du principe de civilisation. Or ce concept correspond bien à une réalité. Je renvoie ici à la distinction claire opérée par le philosophe Eric Weil entre civilisation et culture. Sans ce concept, on ne peut comprendre l’évolution de l’humanité.

En récusant la notion d’identité, via l’accusation peu réfléchie d’« essentialisme », on ouvre là encore la voie à des confusions et des erreurs. Comme si définir les choses revenait à les figer et s’interdire par conséquent de penser toute évolution. (…) Il faut préciser la nature et le contenu des groupes humains ; sans cela on ne peut tenir de discours historique cohérent et logique. Cela n’empêche pas de penser en termes simultanés de permanence et d’évolution : c’est cela le métier d’historien. Les identités sont autant des héritages influents du passé que des créations ou des sélections du présent. Elles se construisent à partir d’éléments transmis, conservés consciemment, et à partir de composantes extérieures. C’est moins une donnée acquise une fois pour toutes qu’un processus vivant fait de traits de longue durée qui subissent des inflexions, des apports, des soustractions.

Propos recueillis par Marc Riglet, glané sur Passion-Histoire.

 


 

Ressources supplémentaires :

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Karl Marx aurait déclaré que « Le premier champ de bataille est l’écriture de l’histoire. » Dans son livre 1984, George Orwell a renchérit en affirmant que « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur, et celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. » Après l’effondrement de l’URSS et la chute du Rideau de Fer, les élites socialistes occidentales se sont notamment recyclées dans le multiculturalisme et plus particulièrement dans l’islamophilie, voyant dans la religion de Mahomet une force nouvelle qui leur permettrait de renverser l’ordre traditionnel qu’ils combattent.

Pour les aider à travestir l’histoire, la thèse de l’orientaliste allemande Singrid Hunke s’est avérée d’une grande utilité. Fidèle militante du NSDAP, c’est grâce à son ami Heinrich Himmler qu’elle fit la connaissance du Mufti de Jérusalem (le meneur des Arabes en Palestine) à Berlin en 1941. Celui-ci l’a visiblement influencé dans ses engagements ultérieurs. Suite à la destruction du Troisième Reich, Mme Hunke s’est recyclée dans l’activisme néo-païen et trouva dans l’islam l’antithèse la plus pure au christianisme (qu’elle jugeait frappé du sceau du judaïsme). La foi trinitaire est selon elle responsable de la corruption de l’Occident. Elle publiait en 1960 Le soleil d’Allah brille sur l’Occident : Notre héritage arabe qui a, depuis, connu maintes rééditions.

Dans la postérité de Singrid Hunke, l’intelligentsia de gauche et d’extrême-gauche est ces derniers temps très occupée à réécrire l’histoire au nom du pluralisme et du vivre-ensemble, et cela passe inévitablement par l’école. De nos jours, nombre d’Occidentaux postmodernes complexés n’hésitent pas à psalmodier les louanges du peuple d’Allah (« le plus excellent qui soit jamais surgi parmi les hommes », cf. Malsaint Coran 3:106). Voici donc quelques articles pour pallier à cette désinformation ambiante :

Il est pertinent de rappeler qui fut ce fameux Averroès : Celui-ci s’affichait d’abord et avant tout comme un bon musulman, il prônait le djihad et voulait imposer la charia par la force des armes. Extrait de l’ouvrage L’islamisation de la France de Joachim Véliocas (Éditions de Bouillon, 2006), p. 41-42 :

Pour Averroès, la charia ne se discute pas, celui qui aurait l’audace de le faire s’exposerait à des châtiments justifiés. La sagesse, selon lui, a pour principe de faire allégeance à la Loi en estimant aveuglément le législateur. Toute opposition aux prescriptions de la charia fait planer la menace de la division de la communauté des croyants, et à ce titre, sème le trouble, le désordre (fasâd), réprimandable par l’exécution. Ainsi, dans son livre Tahafut al-Tahafut, Averroès recommande de tuer les hérétiques. L’islamologue Dominique Urvoy, dans sa biographie d’Averroès intitulée Les ambitions d’un intellectuel musulman [Éditions Flammarion, 1998 | fiche bibliographique], écrit que le philosophe aurait été obligé d’accepter la condamnation de Salman Rushdie s’il avait vécu à notre époque. Le jihâd, Averroès lui consacra un chapitre dans son livre Bidâyat al-Mudjtahid ainsi que dans la Paraphrase de la République de Platon dont est tiré l’extrait suivant :

Les nations de l’extérieur […] doivent être contraintes. Dans le cas de nations difficiles, cela ne peut se produire que par la guerre. Il en est ainsi dans les lois qui procèdent conformément aux lois humaines, comme dans notre loi divine. Car les chemins qui dans cette loi conduisent à Allah […] sont au nombre de deux : le premier passe par le discours, le second par la guerre.

Ainsi Averroès expose une version orthodoxe de la charia concernant les nations du territoire d’infidélité, la soumission par la conversion ou le combat. Son biographe Al-Ansârî al-Marrâkusî, s’appuyant sur le témoignage d’un disciple Abûl-Qâsim ben at Taylisân (1179-1244), rapporte qu’Averroès, dans un prêche à la Grande Mosquée de Cordoue, appela au jihâd offensif contre les royaumes chrétiens du Nord.

Pour en finir avec le mythe d’un Averroès tolérant, il faut aussi rappeler ce qu’il avait en commun avec les théories nazies sur l’eugénisme : l’élimination des handicapés mentaux.

Le professeur Rémi Brague (professeur de philosophie médiévale à la Sorbonne et à Munich), dans sa contribution à l’ouvrage collectif Enquêtes sur l’islam [Éditions Desclée de Brower, 2004], réalisa un chapitre sur le « jihâd des philosophes » dont les informations dispensées servent à cet éclaircissement. Il conclut son article par un propos allant à l’encontre des idées reçues sur les philosophes estimés paisibles du monde islamique :

Dans son approbation de la guerre, la falsâfa (philosophie islamique) est encore plus radicale que la pratique islamique ordinaire. Celle-ci a pour but la conquête de l’État, non celle des esprits ; il s’agit de s’emparer du pouvoir. D’après la doctrine islamique ordinaire, la conversion à long terme des peuples conquis est hautement souhaitable, mais n’est pas une fin première. […] La fin principale est la paix (salâm), c’est-à-dire, la domination islamique sur un domaine « pacifié » (dâr as-salâm). Les philosophes développent une doctrine d’après laquelle la guerre sainte peut conduire à la philosophie, ce pour quoi ils veulent aussi conquérir les âmes.

Et que dire de l’immense apport des chrétiens d’Orient dans le foisonnement scientifique et culturel du monde islamique médiéval ? Car les origines des sciences dites « arabes » sont en réalité chrétiennes et araméennes :

[https://www.youtube.com/watch?v=AhRXoo5XR3E]

Hyperliens alternatifs : clic | clic.

Ressources supplémentaires sur Le Monarchomaque  :

 

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Numérisation du Livre de Kells, témoignage de la Renaissance carolingienne, produit autour de l’an 800 et conservé au Trinity College de Dublin en Irlande :

Articles apparentés sur Le Monarchomaque :

En 1998, le Ministre des Affaires étrangères britannique déclarait que « les racines de notre culture ne sont pas seulement grecques ou romaine, mais aussi islamiques. L’art, la science et la philosophie islamiques ont contribué à faire de nous ce que nous sommes et à modeler notre pensée. » Le ministre évoquait aussi « la dette de nos cultures envers l’Islam », qui a « posé les fondations intellectuelles de vastes pans de la civilisation occidentale ». En 2003, le Président de la République française renchérissait en disant que « les racines de l’Europe autant musulmanes que chrétiennes ».

L’idée de plus en plus souvent admise et même enseignée à l’école est que l’humanité doit beaucoup à l’Islam concernant sa contribution dans les sciences, les arts et la culture. Rendons à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu. Cet article apporte des clarifications quant à certaines découvertes et avancées souvent attribuées par erreur à l’Islam.

Spiritualité de l’Islam

Les Arabes et les musulmans sont apparus sur la scène du monde en 630 apr. J.-C. quand les armées de Mahomet ont commencé leur conquête du Moyen-Orient : il s’agissait d’une conquête militaire, utilisant la force, et non d’une entreprise de missionnaires. Elle avait été autorisée par une déclaration de guerre sainte contre les « infidèles » que les musulmans pouvaient convertir et assimiler de force. Très peu de communautés indigènes du Moyen-Orient ont survécu à ces invasions, comme cela a été le cas des Assyriens, des Juifs, des Arméniens et des Coptes d’Égypte.

Par la conquête du Moyen-Orient, les Arabes ont placé ces communautés sous un système de dhimmitude, où elles ont été considérées en tant que minorités religieuses ayant le droit de s’autogérer (chrétiens, juifs et zoroastriens). Ces communautés ont dû payer un impôt (appelé une jizzya en arabe) qui était, en fait, une pénalité pour être non-musulman, et qui se montait, en général, à 80 % en période de tolérance et jusqu’à 150 % en période d’oppression. Cet impôt avait été conçu pour forcer ces communautés à se convertir à l’Islam.

Architecture en terre d’Islam

On nous dit : « Les architectes musulmans ont conçu des bâtiments qui défiaient la gravité. »

Les lignes de l’architecture arabe comprennent de nombreux dômes, arches et voûtes. Les progrès scientifiques nécessaires à ces réalisations sont fréquemment attribués aux Arabes. Pourtant, cette percée architecturale, fondamentale pour employer une forme parabolique au lieu d’une forme sphérique dans ses structures, a été faite par les Assyriens, plus de 1300 ans plus tôt, comme en attestent les traces archéologiques.

Un exemple frappant : l’Église Sainte-Sophie de Constantinople a été inaugurée en 537. Elle se caractérise par une gigantesque coupole haute de 56 mètres et de 32 mètres de diamètre. Elle fut transformée en mosquée en 1453. Plusieurs architectes turcs furent exécutés pour n’avoir pas réussi à égaler Sainte-Sophie.

Le plus grand architecte ottoman, Koca Mimar Sinan (1491-1588), un janissaire (chrétien d’origine, converti de force à l’islam pour devenir soldat d’élite), écrit dans ses mémoires : « Les architectes de quelque importance en pays chrétiens se prétendent bien supérieurs aux musulmans, parce que ceux-ci n’ont jamais rien réalisé qui puisse se comparer à la coupole de Sainte-Sophie. Grâce à l’aide du Tout-Puissant et à la faveur du Sultan, j’ai néanmoins réussi à bâtir, pour la mosquée du Sultan Selim une coupole dépassant celle de Sainte-Sophie de quatre aunes pour le diamètre et de six pour la hauteur. » En réalité, il se trompait (volontairement ?) dans ses dimensions. De plus, il avait atteint ce résultat en insérant d’inesthétiques barres de fer horizontales dans le creux des arcades des demi-coupoles latérales, afin de neutraliser les poussées latérales provoquées par la grande coupole. La mosquée de Sélim à Edirne, jamais surpassée ultérieurement par un architecte musulman, fut terminée en 1575, plus d’un millénaire après Sainte-Sophie ! Il fallut deux fois plus de temps pour la construire que pour terminer son modèle.

Mathématiciens arabes

On nous dit : « Ses mathématiciens ont crée l’algèbre et les algorithmes qui allaient permettre la fabrication des ordinateurs et la création du cryptage. »

Les bases fondamentales des mathématiques modernes ont été établies, non pas des centaines, mais des milliers d’années avant l’islam, par les Assyriens et les Babyloniens qui connaissaient déjà le concept de zéro, le théorème de Pythagore, ainsi que de nombreux autres développements que les Arabo-musulmans se sont appropriés (voir History of Babylonian Mathematics, Neugebauer).

D’autres part, la mathématique indienne se manifeste brillamment dès le 5e siècle avec Aryabhata, premier grand mathématicien et astronome indien et apparaît indépendante de celle des grecs. Un autre mathématicien indien, Brahmagupta est sans doute le premier, dans des calculs commerciaux, à user des nombres négatifs. Il emploie les chiffres décimaux (graphisme très proche de nos chiffres actuels dits « arabes ») et principalement le zéro dont l’apparition est un pas de géant en algèbre.

L’Inde subira les invasions musulmanes et les arabes adopteront les travaux des mathématiciens indiens. C’est ainsi que ces travaux indiens en mathématique, que les musulmans se sont appropriés, nous seront transmis par les Arabes (Maures) lors de leurs occupation de l’Espagne.

L’ouvrage A History of Mathematics de Victor J. Katz (Addison-Wesley Educational Publishers, 1999) supporte les affirmations précédentes.

Les Arabes présentent Mohamed Ibn Khwarizmi (813-840) comme l’inventeur de l’informatique. En fait, cet homme n’était pas arabe mais perse. Ses écrits ne contenaient aucun chiffre, toutes les équations étaient exprimées avec des mots ! La seule chose qu’on lui doit c’est quelques termes reliés aux mathématiques tels qu’« algorithme » et « algèbre ». Cependant, les principaux développements de l’algorithme avaient été fait par Euclide onze siècles auparavant. Tant qu’à l’algèbre, le grec Diophante en est le père véritable et a vécu six siècles plus tôt.

Savants arabes

On nous dit : « Ses docteurs examinèrent le corps humain et trouvèrent de nouveaux remèdes à des maladies. »

Une écrasante majorité de ces savants et docteurs (97 %) étaient des Assyriens qui, dès le 4e siècle, ont commencé la traduction systématique des connaissances grecques. Ils se concentrèrent d’abord sur le travail religieux, puis se sont rapidement intéressés à la science, à la philosophie et à la médecine. Socrate, Platon, Aristote, Galien et beaucoup d’autres ont été traduits en assyrien, puis de l’assyrien en arabe. Ce sont ces traductions arabes que les Maures ont apporté en Espagne, et que les Espagnols ont traduit en latin et répandu à travers l’Europe. Ces connaissances, ajoutée a l’apport de connaissances grecque survenu après 1453 et la prise de Constantinople par les Turcs provoqua la renaissance européenne lorsque beaucoup de Byzantins chrétiens, gardiens du savoir grec, se réfugièrent en Europe occidentale pour fuir le joug turco-islamique.

Dans le domaine de la philosophie, l’Assyrien Jod d’Édesse a développé une théorie de physique de l’Univers, en langue assyrienne, qui a rivalisé avec celle d’Aristote. Elle cherchait à remplacer la matière par des forces (une théorie qui anticipait quelques idées de mécanique quantique, comme la création et la destruction spontanées de matière qui a lieu dans un vide quantique).

Une des plus grandes réalisations assyriennes du 4e siècle fut la création de la première université du monde, l’École de Nisibis, qui avait trois départements, théologie, philosophie et médecine, et qui devint un aimant et un centre de développement au Moyen-Orient. Les statuts d’École de Nisibis, qui ont été préservés, devinrent plus tard le modèle sur lequel la première université italienne fut crée (voir The Statutes of the School of Nisibis, Arthur Voobus).

Au 6e siècle, les Assyriens avaient commencé à exporter à Byzance leurs propres travaux sur les sciences, la philosophie et la médecine. Dans le domaine de la médecine, la famille assyrienne Bakhteesho a produit neuf générations de médecins, et fondé la grande école médicale de Gundeshapur (Iran actuel). Aussi en médecine, le manuel d’ophtalmologie écrit par l’Assyrien Hunay Ibn-Ishaq vers 950, resta la source d’autorité sur le sujet jusqu’en 1800.

Notons qu’Ibn-Ishaq a aussi traduit en arabe les Éléments d’Euclide. Exemple typique de personne que les apologistes occidentaux attribuent, plus par ignorance que par volonté délibérée de propagande, aux arabo-musulmans, alors que c’était un assyrien chrétien nestorien, ni arabe ni musulman donc. C’est par la connaissance historique que l’on peut répondre aux mensonges.

Quand les Arabes et les musulmans se répandirent à travers le Moyen-Orient en 630, ils rencontrèrent 600 ans de civilisation assyrienne chrétienne, avec un riche héritage, une culture très évoluée, et des institutions d’enseignement avancées. C’est cette civilisation qui devint la fondation de la soit-disant civilisation arabe.

Astronomes arabes

On nous dit : « Ses astronomes ont regardé dans les cieux, nommé les étoiles, et préparé la route pour le voyage spatial et l’exploration. »

C’est un peu mélodramatique. En fait, ces astronomes n’étaient pas arabes mais Chaldéens et Babyloniens (au sud de l’Iraq actuel) qui depuis des millénaires étaient connus comme astronomes et astrologues (ces deux domaines ne se séparèrent clairement que des siècles plus tard) et qui furent arabisés et islamisés par la force.

Science & Islam

On fait un grand cas d’Umar Khayyam, qui n’est certainement pas un produit de l’Islam puiqu’il a sérieusement remis en cause certains préceptes de cette religion dans ces écrits, ce qui lui vaudra d’être qualifié d’imposteur par ses correligionnaires !

On parle aussi souvent d’Al-Khuwarizmi. Celui-ci est reconnu comme scientifique persan, rien ne prouve qu’il était vraiment musulman. On connait ses travaux mais on ne sait rien sur le personnage !

On classe habituellement Abu’l-Walid Muhammad ibn Rushd parmi les grandes figures de l’Islam médiéval ; penchons-nous sur les relations qu’il entretenait avec les autorités religieuses (via Wikipédia) :

Son ouverture d’esprit et sa modernité déplaisent aux autorités musulmanes de l’époque qui l’exilent comme hérétique et ordonnent que ses livres soient brûlés. Il demeura profondément méconnu jusqu’au 13e siècle où son importance fut cependant minimisée. Ce n’est qu’actuellement que les historiens de la philosophie reconnaissent son importance.

On ne peut pas dire que l’Islam ait favorisé le travail de ces scientifiques dont il tente actuellement de s’approprier les travaux !

Les Arabes, vecteurs du patrimoine

On nous dit : « Quand d’autres nations avaient peur des grandes idées, cette civilisation s’en accommodait, et les gardait en vie. Quand les censeurs menacèrent de rayer les connaissances des civilisations passées, cette civilisation garda le savoir en vie, et le passa aux autres. »

Cette question va au cœur de ce que représente la civilisation arabo-islamique. Une recherche intitulée Comment la Science grecque est passée aux Arabes (Evans O’Leary, éditions Routledge & Kegan Paul, Londres, 1949), énumère les traducteurs principaux de la science grecque. Des 22 intellectuels listés, 20 étaient des Assyriens, 1 était Persan et 1 Arabe. La conclusion la plus saillante qui peut être tirée du livre d’O’Leary est que les Assyriens jouèrent un rôle significatif dans la formation de du monde islamique via le corpus de connaissances grecques. La religion musulmane elle-même a été significativement modelée par les Assyriens et les Juifs (voir Nestorian Influence on Islam and Hagarism : the Making of the Islamic World).

Islam, religion de tolérance

On nous dit : « Au cours de l’histoire, l’Islam a prouvé être une civilisation plus tolérante que le Christianisme. Par exemple, les Ottomans ont acceuillis sous leurs ailes les Juifs d’Espagne lorsque ceux-ci ont été chassés du pays par ses souverains catholiques. »

Si les Turcs ont favorisés l’immigration juive dans leur empire, c’est car ces Juifs en question payaient, comme déjà mentionné, une taxe spéciale, très bénéfique pour les autorités mahométanes. Ainsi, au cours de l’histoire de l’Islam, les musulmans ont souvent été minoritaires dans de larges régions du Califat, ou les non-musulmans tiraient la richesse de la terre à la sueur de leur front, richesse qui était très vite récoltée par le pouvoir islamique.

Poètes arabes

On nous dit : « Ses écrivains créèrent des milliers d’histoires. Des histoires de courage, de romance et de magie. Ses poètes écrivirent sur l’amour, alors que d’autres avant eux avaient trop peur de penser à de telles choses. »

Il y a très peu de littérature en langue arabe provenant de cette période : le Coran est le seul morceau littéraire significatif, tandis que la production littéraire des Assyriens et des Juifs était très vaste : en volume, la 3ème production des écrits chrétiens de cette époque, après le latin et le grec, a été produite par les Assyriens en langue assyrienne (dite aussi syriaque).

L’incendie de la somptueuse bibliothèque d’Alexandrie au Moyen-Âge par les musulmans démontre l’intérêt de ces derniers pour l’art de l’écriture.

Une dette occidentale ?

Malgré les évidences historiques et archéologiques, il y a une forte tendance à surestimer la dette de la civilisation occidentale vis-à-vis de l’Islam. Cette interprétation de l’histoire résulte des recommandations (1968) par « l’Académie de Recherche Islamique » qui a recommandé la publication de la mise en évidence de la civilisation islamique par rapport à la civilisation occidentale.

La première vague de conquête islamique a englouti les terres chrétiennes jusqu’au nord-est de l’Arménie, l’Afrique du Nord, l’Espagne, la France jusqu’à Poitiers et — il n’en aurait pas fallut beaucoup plus — l’Italie jusqu’aux Alpes. Elle a débordé la Perse et atteint l’Indus. Les musulmans ont ainsi été en contact avec les civilisations les plus prestigieuses. Cependant, le sentiment de supériorité des Bédouins conquérants mais rudimentaires a été mis à rude épreuve quand leurs conquêtes ont révélé des civilisations brillantes, ce qui les a menés à renforcer l’humiliation constante des Dhimmis.

L’un des principes de base de l’Islam est enraciné dans le dogme de perfection de l’Oumma (ensemble des musulmans du monde), perfection qui la lie à l’obligation sacrée de diriger le monde entier. Tout emprunt à une autre civilisation est interdit, puisque la perfection n’emprunte pas de l’imperfection sans s’abîmer elle-même.

Les musulmans sont donc engagés dans une campagne de destruction et d’appropriation des cultures et des communautés, des identités et des idées. Partout où les arabo-musulmans ont rencontrés une civilisation non-musulmane, ils ont tentés de la détruire (comme le montre l’exemple de la destruction des grandes statues bouddhistes centenaires en Afghanistan, ou de celle de Persépolis en Iran par l’Ayatollah Khomeyni). C’est un modèle de comportement qui s’est inlassablement reproduit, depuis l’arrivée de l’Islam, il y a 1400 ans, et qui est amplement décrit dans les sources historiques.

Par exemple, les livres d’« histoire » arabes du Moyen-Orient enseignent que les Assyriens étaient arabes, un fait qu’aucun chercheur sérieux ne soutiendrait, et qu’aucun Assyrien en vie n’accepterait. Les Assyriens établirent Ninive, l’une des grandes villes assyriennes, plus de trois millénaires avant que les Arabes ne viennent dans la région. Même le mot « arabe » est un mot assyrien, signifiant « gens de l’Ouest » (la première référence écrite aux Arabes est due au roi assyrien Sennachérib, vers -700, où il parle de conquérir les « ma’rabayeh »… voir The Might That Was Assyria, par H.W.F. Saggs).

Même en Amérique du Nord cette politique d’arabisation continue. Le 27 octobre 2001 une coalition de sept organisations a envoyé une lettre officielle à l’Institut arabo-américain pour lui demander d’arrêter d’identifier les Assyriens et les Maronites comme des Arabes, ce qu’il faisait délibérément.

Si la culture « étrangère » ne peut être détruite, alors elle est vampirisée, et les historiens révisionnistes disent que cette culture est et était arabe, comme c’est le cas de la plupart des « réalisations arabes » mentionnées dans cet essai.

La civilisation arabo-islamique n’est pas une force progressive, c’est est une force régressive. Ladite civilisation islamique dont on vante la réputation n’était pas un accomplissement d’Arabes ou de musulmans, c’était un accomplissement assyrien que les Arabes se sont appropriés et qu’ils ont plus tard perdu quand ils ont épuisé la source de vitalité intellectuelle qui l’avait propulsé, par la conversion obligatoire des Assyriens à l’Islam.

La communauté chrétienne syriaque a vu sa population fondre. Lorsque cette communauté a diminué au-dessous du seuil critique, elle a cessé de produire la force intellectuelle motrice de la civilisation islamique. C’est alors que le prétendu « âge d’or de l’Islam » s’est terminé.

Depuis plus de 1400 ans et encore actuellement, il y a des minorités et des nations qui luttent pour leur survie dans le monde musulman, au Moyen-Orient (Juifs, Coptes, Assyriens, Arméniens, Araméens), en Afrique (Sud-Soudanais, Éthiopiens, Nigérians), en Asie (Zoroastriens, Bahaïs). Ces populations se battent contre l’impérialisme arabe et le totalitarisme islamique, qui tentent d’éliminer toutes autres cultures, religions et civilisations. Devant la désinformation actuelle, il importe à chacun de faire son propre travail de recherche et de garder son esprit critique.

Source : Peter BetBasoo, « What Arab Civilization? », Nineveh Software Corporation, 7 novembre 2001 | Traduction française – Quelques retouches furent effectuées par Le Monarchomaque | Peter BetBasoo est le président de l’Assyrian International News Agency (AINA) et a contribué au documentaire Defying Deletion : The Fight Over Iraq’s Nineveh Plains.

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Par Roger-Pol Droit | Le Monde des Livres | 03.04.08

Sylvain Gouguenheim : Et si l’Europe ne devait pas ses savoirs à l’islam ?

L’historien Sylvain Gouguenheim récuse l’idée que la science des Grecs ait été transmise à l’Occident par le monde musulman.  Étonnante rectification des préjugés de l’heure, ce travail de Sylvain Gouguenheim va susciter débats et polémiques. Son thème : la filiation culturelle monde occidental-monde musulman.  Sur ce sujet, les enjeux idéologiques et politiques pèsent lourd.  Or cet universitaire des plus sérieux, professeur d’histoire médiévale à l’École normale supérieure de Lyon, met à mal une série de convictions devenues dominantes.  Ces dernières décennies, en suivant notamment Alain de Libera ou Mohammed Arkoun, Edward Saïd ou le Conseil de l’Europe, on aurait fait fausse route sur la part de l’islam dans l’histoire de la culture européenne.

Que croyons-nous donc ?  En résumé, ceci : le savoir grec antique – philosophie, médecine, mathématique, astronomie – après avoir tout à fait disparu d’Europe, a trouvé refuge dans le monde musulman, qui l’a traduit en arabe, l’a accueilli et prolongé, avant de le transmettre finalement à l’Occident, permettant ainsi sa renaissance, puis l’expansion soudaine de la culture européenne. Selon Sylvain Gouguenheim, cette vulgate n’est qu’un tissu d’erreurs, de vérités déformées, de données partielles ou partiales.  Il désire en corriger, point par point, les aspects inexacts ou excessifs.

« ÂGES SOMBRES »

Y a-t-il vraiment eu rupture totale entre l’héritage grec antique et l’Europe chrétienne du haut Moyen Age ? Après l’effondrement définitif de l’Empire romain, les rares manuscrits d’Aristote ou de Galien subsistant dans des monastères n’avaient-ils réellement plus aucun lecteur capable de les déchiffrer ? Non, réplique Sylvain Gouguenheim.  Même devenus ténus et rares, les liens avec Byzance ne furent jamais rompus : des manuscrits grecs circulaient, avec des hommes en mesure de les lire.  Durant les prétendus « âges sombres », ces connaisseurs du grec n’ont jamais fait défaut, répartis dans quelques foyers qu’on a tort d’ignorer, notamment en Sicile et à Rome.  On ne souligne pas que de 685 à 752 règne une succession de papes… d’origine grecque et syriaque ! On ignore, ou on oublie qu’en 758-763, Pépin le Bref se fait envoyer par le pape Paul Ier des textes grecs, notamment la Rhétorique d’Aristote.

Cet intérêt médiéval pour les sources grecques trouvait sa source dans la culture chrétienne elle-même.  Les Évangiles furent rédigés en grec, comme les épîtres de Paul. Nombre de Pères de l’Église, formés à la philosophie, citent Platon et bien d’autres auteurs païens, dont ils ont sauvé des pans entiers. L’Europe est donc demeurée constamment consciente de sa filiation à l’égard de la Grèce antique, et se montra continûment désireuse d’en retrouver les textes.  Ce qui explique, des Carolingiens jusqu’au XIIIe siècle, la succession des « renaissances » liées à des découvertes partielles.

La culture grecque antique fut-elle pleinement accueillie par l’islam ? Sylvain Gouguenheim souligne les fortes limites que la réalité historique impose à cette conviction devenue courante.  Car ce ne furent pas les musulmans qui firent l’essentiel du travail de traduction des textes grecs en arabe.  On l’oublie superbement : même ces grands admirateurs des Grecs que furent Al-Fârâbî, Avicenne et Averroès ne lisaient pas un mot des textes originaux, mais seulement les traductions en arabe faites par les Araméens… chrétiens !

Parmi ces chrétiens dits syriaques, qui maîtrisaient le grec et l’arabe, Hunayn ibn Ishaq (809-873), surnommé « prince des traducteurs », forgea l’essentiel du vocabulaire médical et scientifique arabe en transposant plus de deux cents ouvrages – notamment Galien, Hippocrate, Platon. Arabophone, il n’était en rien musulman, comme d’ailleurs pratiquement tous les premiers traducteurs du grec en arabe.  Parce que nous confondons trop souvent « Arabe » et « musulman », une vision déformée de l’histoire nous fait gommer le rôle décisif des Arabes chrétiens dans le passage des œuvres de l’Antiquité grecque d’abord en syriaque, puis dans la langue du Coran.

Une fois effectué ce transfert – difficile, car grec et arabe sont des langues aux génies très dissemblables -, on aurait tort de croire que l’accueil fait aux Grecs fut unanime, enthousiaste, capable de bouleverser culture et société islamiques.  Sylvain Gouguenheim montre combien la réception de la pensée grecque fut au contraire sélective, limitée, sans impact majeur, en fin de compte, sur les réalités de l’islam, qui sont demeurées indissociablement religieuses, juridiques et politiques.  Même en disposant des œuvres philosophiques des Grecs, même en forgeant le terme de « falsafa » pour désigner une forme d’esprit philosophique apparenté, l’islam ne s’est pas véritablement hellénisé.  La raison n’y fut jamais explicitement placée au-dessus de la révélation, ni la politique dissociée de la révélation, ni l’investigation scientifique radicalement indépendante.

Il conviendrait même, si l’on suit ce livre, de réviser plus encore nos jugements.  Au lieu de croire le savoir philosophique européen tout entier dépendant des intermédiaires arabes, on devrait se rappeler le rôle capital des traducteurs du Mont-Saint-Michel.  Ils ont fait passer presque tout Aristote directement du grec au latin, plusieurs décennies avant qu’à Tolède on ne traduise les mêmes œuvres en partant de leur version arabe.  Au lieu de rêver que le monde islamique du Moyen Age, ouvert et généreux, vint offrir à l’Europe languissante et sombre les moyens de son expansion, il faudrait encore se souvenir que l’Occident n’a pas reçu ces savoirs en cadeau.  Il est allé les chercher, parce qu’ils complétaient les textes qu’il détenait déjà.  Et lui seul en a fait l’usage scientifique et politique que l’on connaît.

Somme toute, contrairement à ce qu’on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l’islam.  En tout cas rien d’essentiel.  Précis, argumenté, ce livre qui remet l’histoire à l’heure est aussi fort courageux.

Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel : Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Éditions du Seuil, Collection « L’Univers historique », 2008, 282 p.

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Source : Roger-Pol Droit, « Sylvain Gouguenheim : Et si l’Europe ne devait pas ses savoirs à l’islam ? », Le Monde des Livres, 3 avril 2018.

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