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Archive for the ‘Histoire médiévale’ Category

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Serment de Strasbourg entre Charles le Chauve et Louis le Germanique le 14 février 842 — Salut romain, manuel scolaire de la IIIe République.

Serment de Strasbourg entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, 14 février 842 — Salut romain, manuel scolaire de la IIIe République.

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L’Église médiévale a introduit le principe du respect des non-combattants lors des conflits armés et instaura une dynamique de paix sociale qui évita à l’Occident de sombrer dans le chaos et anticipait la primauté du droit. La « Paix de Dieu » fut reprise par les souverains capétiens et devint la « Paix du Roy ».

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Mélange de thèmes bibliques et helléniques (Arche de Noé, tour de Babel et siège de Troie) dans Compilation des chroniques et histoires des Bretons, vers 1480, Bibliothèque nationale de France

Mélange de thèmes bibliques et helléniques (arche de Noé, tour de Babel et siège de Troie) dans la Compilation des chroniques et histoires des Bretons, BnF, vers 1480

L’article suivant est théoriquement « paru » dans les Dossiers Histoire et civilisation (vol. 5, n° 1), la revue du programme Histoire et civilisation du Cégep de Sherbrooke, à l’automne 2011. Entendu que cette revue devait supposément être enregistrée aux Archive nationales du Québec et qu’elle ne l’est toujours visiblement pas, qu’un nombre très restreint d’exemplaires papiers de cette revue ont été imprimés, que les responsables de ladite revue ne rendent pas son contenu accessible sur la toile tel qu’annoncé, et que je suis l’auteur de cet article, je me suis autorisé à le mettre moi-même en ligne, en y apportant quelques modifications.

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C’est à la Renaissance que l’on attribue habituellement la redécouverte de la culture antique. On considère cette époque comme le triomphe de la haute culture sur l’obscurantisme aisément associé au Moyen Âge. Après ces mille ans de dormance, la réintroduction du savoir de l’Antiquité dans l’Europe chrétienne, doublée d’un essor de l’humanisme, aurait ouvert l’accès à un niveau de connaissance qui était en profonde rupture avec l’époque précédente. Les humanistes de la Renaissance se seraient efforcés de retrouver la pensée des anciens alors qu’au Moyen Âge, on se serait contenté de commentaires et d’adaptations qui auraient faussé la véritable pensée que tentaient de véhiculer les philosophes antiques. « Il semble donc entendu que notre civilisation, celle de l’Europe au sens large, ait vécu deux beaux âges […] D’abord cette Antiquité, capable d’administrer de si belles leçons. Puis longtemps après, passés un lourd sommeil et une interminable attente, la « Renaissance » où les hommes se sont enfin réveillés, ont complètement changés d’attitude devant la vie et pris en charge leur destin. » (Jacques Heers, Le Moyen Âge : une imposture, Paris, Perrin, 2008, p. 14.)

Ce regain d’intérêt pour l’Antiquité se serait accompagné d’une résurrection des divinités de la mythologie gréco-romaine (qui aurait été effacé par la religion chrétienne) et de la symbolique qui l’accompagne. La chute de Constantinople en 1453 aurait précipité l’arrivée de lettrés grecs fuyant l’offensive turque. Leur exil en terre occidentale aurait produit un vif intérêt pour l’étude des langues anciennes qui était jusqu’alors plutôt absente. Toutefois, la discipline historienne nous a permis au cours des dernières décennies de modérer cette vision des choses. Cette rupture n’en est pas réellement une. En effet, cette effervescence intellectuelle s’inscrit plutôt dans mouvement de crescendo qui trouve son apogée à la période que l’on appelle de façon méliorative « Renaissance ». Cela implique que les accomplissements que l’on alloue à la Renaissance ont leurs fondements dans la période médiévale. Cet article est consacré à la mise en lumière de cette amplification progressive sur trois axes :

  1. La montée de l’alphabétisme médiéval
  2. La mythologie gréco-romaine très présente au Moyen Âge
  3. La continuité de la culture hellénique au Moyen Âge
« Apollo Medicus », vers 800, Bibliothèque du Capitole, Verceil (Piémont, Italie)

« Apollo Medicus », Bibliothèque du Capitole, Verceil (Piémont, Italie), vers 800

Socrate et Platon, entre 1230 et 1259, Bibliothèque Bodléienne, Université d’Oxford

Socrate et Platon, Bibliothèque Bodléienne, Université d’Oxford, entre 1230 et 1259

Charles V ordonnant la traduction d'Aristote, vers 1380, Bibliothèque nationale de France

Charles V le Sage ordonnant la traduction d’Aristote en français, BnF, vers 1380

Sagittaire (signe zodiacal), vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, vers 1215

Vierge (signe zodiacal), vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Paris, vers 1220

Balance (signe zodiacal), vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Paris, vers 1220

Médaillons zodiacaux, cathédrale Notre-Dame d’Amiens (Picardie), vers 1225

Médaillons zodiacaux, cathédrale Notre-Dame d’Amiens (Picardie), vers 1225

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1. La Grande Peur de l’An Mil

Rappelons-le sans attendre, le moine bourguignon Raoul Glaber (985-1047) est à l’origine d’un mythe fallacieux : la « Grande Peur de l’An Mil » ! Moine à 12 ans, d’une inconduite notoire, il va d’abbaye en abbaye jusqu’à la prestigieuse abbaye de Cluny, dans les années 1030-1040. Doté d’un réel talent littéraire mais crédule et peu rigoureux, il écrit en latin, la langue universelle du Moyen Âge, une somme en cinq volumes intitulée Histoires qui retrace l’évolution de la Chrétienté de l’an 900 à l’an 1044. L’erreur vient du passage suivant :

La même année, la millième après la Passion du Seigneur, le troisième jour des calendes de juillet, un vendredi vingt-huitième jour de la lune, se produisit une éclipse ou obscurcissement du soleil, qui dura depuis la sixième heure de ce jour jusqu’à la huitième et fut vraiment terrible. Le soleil prit la couleur du saphir, et il portait à sa partie supérieure l’image de la lune à son premier quartier. Les hommes, en se regardant entre eux, se voyaient pâles comme des morts.

Sur la foi de ce passage et de quelques autres plus tardifs, les écrivains du XIXe siècle ont créé le mythe de la « Grande Peur de l’An Mil ». Ils ont imaginé l’An Mil émaillé de calamités diverses et les chrétiens de cette époque dans l’attente de la fin du monde.

Source : L’An Mil, drames et renouveau [Hérodote]

La légende qui veut que la grande peur de l’an mil se soit répandue comme une traînée de poudre à la fin du premier millénaire de notre ère est absolument erronée. D’ailleurs, à cette époque, toutes les régions d’Europe, bien que chrétiennes, n’avaient pas le même calendrier (selon les pays, l’année commençait à Pâques ou à Noël).

En fait, tout commença avec les humanistes de la Renaissance, qui décidèrent de présenter le Moyen Âge comme une période noire et obscurantiste. Par la suite, ces idées furent reprises par les philosophes des « Lumières », puis par la Révolution française de 1789.

Mais le mythe de la peur de l’an mil se répandit largement sous la IIIe république : en effet, les républicains voulaient démontrer que l’Église, pendant des siècles, avait eu comme objectif de tenir les masses populaires dans l’ignorance la plus crasse. De nombreux historiens, fidèles à ces idéaux républicains, diffusèrent cette propagande anticléricale, utilisant au mieux le mythe des peurs de l’an mil.

De nos jours, nous nous complaisons à nous moquer de nos ancêtres moyenâgeux : incultes, analphabètes, ignorants, etc. Cependant, eux n’ont pas eu peur lors du passage à l’an 1000, alors que beaucoup d’entre nous ne furent pas rassurés lors du passage à l’an 2000. L’on peut donc légitimement se demander qui furent les plus naïfs ?

Source : La grande peur de l’an mil [Histoire-Fr]

Pour plus de ressources sur ce , vous référer à l’ouvrage Les fausses terreurs de l’an mil — Attente de la fin des temps ou approfondissement de la foi ? de l’excellent médiéviste Sylvain Gouguenheim.

2. La femme sans âme

On affirme qu’en 585, un concile s’est tenu à Mâcon pour trancher d’une épineuse question : la femme a-t-elle une âme ? On écrit là-dessus comme s’il s’agissait d’un fait historique démontré. D’autres interviennent pour s’écrier qu’il s’agit d’une légende. Il faut dire la vérité. […] On trouve en 585 [ou 586] un synode provincial à Mâcon [réunissant les évêques de Bourgogne et de Neustrie mais pas d’Austrasie]. Les Actes en ont subsisté. Leur consultation attentive démontre qu’à aucun moment, il ne fut débattu de l’insolite problème de l’âme de la femme.

Alors ? D’où vient cette légende si solidement implantée ? Le « coupable » est Grégoire de Tours. Il rapporte [au chapitre 91 de son Histoire des Francs] qu’un évêque déclara que la femme ne pouvait continuer à être appelée homme.

Il proposa que l’on forgeât un terme qui désignerait la femme, la femme seule. Voilà le problème ramené à son exacte valeur : ce n’était point un problème de théologie, mais une question de grammaire. Cela gênait cet évêque que l’on dît les hommes pour désigner aussi bien les femmes que les hommes. On lui opposa la Genèse : Dieu créa l’homme mâle et femelle, appelant du même nom, homo, la femme et l’homme. On lui rappela qu’en latin, homo signifie créature humaine. [Grégoire de Tours précise que « les arguments des évêques le firent revenir » de cette fausse interprétation, ce qui « fit cesser la discussion ».]

Personne ne parla plus du synode de Mâcon jusqu’à la Révolution française. En pleine Terreur, le conventionnel Louis-Joseph Charlier [Président de la Convention en 1793] demanda si l’on était encore au temps où on décrétait, « comme dans un ancien concile, que les femmes ne faisaient pas partie du genre humain ».

En 1848, une citoyenne devait franchir une nouvelle étape dans l’altération des textes. À la tête d’une délégation du Comité des « Droits de la femme », elle remettait une pétition tendant à obtenir le droit de vote pour les femmes et commençant par ces mots : « Messieurs, autrefois, un concile s’assembla pour décider cette grande question : savoir si la femme a une âme. »

Les quelques lignes de Grégoire de Tours, définitivement déformées, étaient entrées dans le patrimoine définitif de la crédulité publique.

Source : Alain DECAUX, Histoire des Françaises, Tome 1, Paris, Perrin, 1972, pages 133-134.

À vrai dire, c’est entre Grégoire de Tours et la Révolution que le mythe de la femme sans âme s’est progressivement construit. Aux XVIe et XVIIe siècles, des écrivains luthériens et réformés (Lucas Osiander, Tübingen, 1592 ; Johannes Leyser, Francfort, 1676 ; Pierre Bayle, Rotterdam, 1697) interprètent Grégoire de Tours comme si l’évêque intervenu à Mâcon avait vraiment voulu nier au sexe féminin son humanité, mais sans aller jusqu’à affirmer que les autres évêques étaient d’accord avec lui, que le synode aurait décrété la non-humanité des femmes et surtout sans affirmer que l’inexistence de l’âme féminine aurait été discutée et/ou décrétée par ce synode. Cette première déformation est peu appréciée des autorités protestantes. Johannes Leyser est chassé du Danemark et son bouquin malhonnête interdit sur ordre du roi Christian V.

Par la suite, c’est surtout Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert qui, dans leur Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences publiée au milieu du XVIIIe siècle, fabriquèrent le mythe du concile où aurait été décrété l’inexistence de l’âme féminine.

Source : Régine PERNOUD, Pour en finir avec le Moyen Âge, Paris, 1989, Éditions du Seuil, pages 90-91.

Reprenant la désinformation de ces philosophes des « Lumières », le libertin incroyant Évariste de Parny perpétua le mythe dans un de ses poèmes de mauvais goût (Le Voyage de Céline, 1806) :

Cessez donc vos plaintes, Mesdames
L’infaillible Église jadis
À vos corps si bien arrondis
Durement refusa des âmes
De ce Concile injurieux
Subsiste encore l’arrêt suprême

Qu’importe, vous charmez les yeux
Les cœurs, les sens, et l’esprit même
Des âmes ne feraient pas mieux.

3. D’autres mythes…

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L’historien Robert Muchembled a, dans plusieurs de ses travaux, démontré que la « grande chasse aux sorcières », qui a agité l’Europe de la fin du siècle XVIe à celle du XVIIe (et non au Moyen Âge), fut générée par l’expansion judiciaire des gouvernements séculiers, laquelle bouleversa profondément l’équilibre des sociétés rurales, plutôt que par un vague obscurantisme propagé par les églises comme on voudrait nous le faire croire. Voici donc des extraits de l’un de ses articles sur le sujet.

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L’intensité et la continuité des persécutions, nées de la volonté des gouvernants, dépendent ainsi de la capacité d’adhésion d’une partie des paysans au message qui leur est proposé : il est de ce fait possible de définir des communautés « ouvertes » ou « fermées » à la persécution et plus généralement de proposer un modèle explicatif global valable dans divers pays d’Europe aux XVIe et XVIIe siècles. La chasse aux sorcières n’est-elle pas un simple épisode parmi d’autres, malgré son aspect spectaculaire, d’une conquête des campagnes occidentales par la Loi et par l’ordre ? En d’autres termes, ne s’agit-il pas partout et toujours de la pénétration du pouvoir contre les particularismes et contre les habitudes des ruraux de régler généralement leurs problèmes entre eux en ayant le moins possible recours aux tribunaux extérieurs ? Le mythe diabolique en ce sens débouche sur une sociologie de l’autorité.

[…]

Persécuteurs et héritiers des inquisiteurs, les démonologues naissants s’imaginent […] dans un monde saturé de diabolisme où les adeptes secrets du démon préparent la ruine de leurs efforts. […] Cette construction mentale acquiert cependant une grande efficacité que plus tard et en particulier dans les États profondément influencés par la Contre-Réforme tridentine comme les Pays-Bas espagnols. La chasse aux sorcières atteint ses formes les plus épidémiques et sa plus grande intensité entre 1590 et 1620 par suite de la publication d’édits princiers spécifiques en 1592 et en 1606 qui déclenchent une terrible répression conduite par les cours de justice laïques.

[…]

L’ère du soupçon est née, encore aggravée, dans les Pays-Bas [méridionaux, restés catholiques] par exemple, par la propension des autorités à récompenser les dénonciateurs d’auteurs de crimes graves : sous Charles Quint déjà, une partie des biens confisqués aux protestants est promise ceux qui les font prendre. De telles pratiques ne font que se développer par la suite. […] Une poussée de vengeance privée se produit ainsi contre les prétendus suppôts de Satan parallèlement à la montée de la persécution officielle [anti-calviniste] après 1606 dans plusieurs provinces des Pays-Bas espagnols.

[…]

La chasse aux sorcières est un effet de l’acculturation des campagnes par les élites religieuses et politiques. […] L’adhésion d’une partie des paysans la persécution de leurs voisins ne peut se comprendre que dans une optique sociale et politique, pour éviter l’erreur fondamentale qui verrait dans les bûchers de sorcellerie un simple phénomène religieux.

[…]

Créé par des théologiens, le mythe satanique aboutit des condamnations massives il est appliqué par des juges laïques : on oublie trop souvent le fait que les bûchers de sorcellerie sont directement reliés au pouvoir civil. L’Église a fourni les armes idéologiques et continue à l’époque moderne, par exemple dans les Pays-Bas espagnols, à conseiller le prince dans la lutte contre le démon. Mais les poursuites sont le fait officiers royaux. […] Tous [ces officiers] n’en sont pas moins des agents de l’autorité judiciaire qui s’imprègnent des principes de la répression pénale qu’ils appliquent. Or celle-ci s’organise dans plusieurs États européens autour de principes nouveaux : la justice royale ne cherche plus seulement garantir la paix comme au Moyen Âge mais elle définit une pyramide hiérarchisée de délits et de peines.

[…]

Un premier élément explication de la chasse aux sorcières réside dans cette mutation politique et institutionnelle. Le droit criminel qui émane des structures politiques nouvelles crée les conditions de la persécution. Et l’usage de la torture […] multiplie évidemment les coupables. Les pays qui n’en usent pas ou qui le font avec modération, comme l’Angleterre, le Danemark, et la Suède [pays protestants], ne connaissent que peu de bûchers : indice d’une évolution pénale différente, c’est-à-dire une mutation des structures politiques n’allant pas dans le même sens que dans les royaumes absolutistes. L’originalité des Provinces-Unies [Pays-Bas septentrionaux, devenus calvinistes] où la chasse aux sorcières s’éteint dès le début du XVIIe siècle trouve sans doute là une de ses explications : les particularismes judiciaires sont grands dans ce pays [donc où l’autorité laïque était incapable de mener une répression systématique].

[…]

Les juges sanguinaires ne peuvent pas longtemps agir s’ils épousent pas les normes et les besoins du milieu où ils vivent. Tel est le cas en Angleterre où les exécutions de sorcières à l’époque de la première révolution font figure d’exceptions [malgré que les puritains eurent pris le pouvoir] dans une période de crise.

[…]

Sa durée et son importance [du phénomène] dépendent partiellement des efforts des magistrats. Ils sont beaucoup plus essentiellement fonction de la fa on dont réagissent les paysans eux-mêmes.

[…]

L’Artois fait figure de région « fermée » la pénétration de la justice officielle dans les villages alors que la Flandre et le Hainaut sont nettement plus « ouvertes ». […] La terminologie adoptée […] à propos des villages anglais « ouverts » ou « fermés » pour expliquer les variations régionales et locales de ce mouvement est parfaitement opératoire […] pour comprendre les différences énormes observables dans la grande chasse aux sorcières. Non seulement en distinguant des provinces « ouvertes » comme la Flandre et « fermées » comme l’Artois au sein du même État, mais également en opérant des distinctions chronologiques et entre les États.

Le Danemark par exemple doit probablement […] aux garanties juridiques laissées aux accusés le fait de avoir pas connu de nombreux bûchers alors qu’une forte poussée démographique et l’émergence d’accusations de sorcellerie marquent le XVIIe siècle. Aux Provinces-Unies, l’importance des villes, l’intégration plus ancienne du monde rural, les particularismes juridiques et surtout l’inadaptation de la démonologie aux structures mentales des élites [calvinistes] expliquent sans doute l’arrêt précoce des poursuites. Le cas suédois devrait être vu de près dans cette optique : on peut dès à présent noter un frein judiciaire avec la limitation de la torture et un développement tardif des procès dans des provinces surtout côtières peut-être plus marquées alors que intérieur par des changements socio-économiques.

[…]

L’arbre ne doit pas cacher la forêt : moins religieuse que fondamentalement politique, la chasse aux sorcières est une pierre parmi autres de l’œuvre de désenclavement des campagnes.

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[Le « droit de cuissage » aurait permis au seigneur médiéval de] passer la nuit de noces avec la mariée, en cas d’union entre serfs. Il est l’une des composantes de l’imaginaire français de l’oppression […] Cependant, il n’a aucune réalité autre que discursive, ainsi que l’a montré Alain Boureau dans son Droit de cuissage (1995), au sous-titre explicite : la Fabrication d’un mythe.

Sur les soixante-douze preuves réunies par Jules Delpit en faveur de l’existence du droit de cuissage, dans un ouvrage publié en 1857, cinq seulement peuvent se référer à un éventuel droit médiéval. La première apparition de l’expression — dans un fragment de cartulaire de l’abbaye du Mont-Saint-Michel — date de 1247. Cet extrait comporte une série de 235 vers énumérant les redevances et les corvées dues par les vilains du village de Verson. Il s’agit, en fait, d’un texte de propagande monastique dirigé contre les menées du vicomte Osbert de Fontenay-le-Pesnel, qui tente de faire passer la communauté villageoise sous sa domination. Le cullage (droit que le serf doit payer pour marier sa fille hors des terres de son seigneur) est rapporté à un usage ancien et monstrueux […] Ce mythe d’origine de la seule redevance personnelle payée par les vilains de Verson introduit une condamnation morale du seigneur laïc, dont l’image est ramenée à un tyran ancestral. Le droit de cuissage est donc inventé dans un but polémique.

Les quatre autres mentions médiévales figurent dans des aveux ou dénombrements féodaux (entre 1419 et 1538). Dans ces écrits, le seigneur dresse la liste de ses droits, qui doit être vérifiée et enregistrée par la cour du suzerain. Or le vassal a souvent tendance à exagérer ses prétentions, dans des textes qui constituent des éléments de négociation. Toutefois, c’est par ce biais que le droit de cuissage entre dans la tradition juridique royale : on le cite fréquemment, à partir du milieu du XVIe siècle, comme exemple de la mauvaise coutume.

[…] Il connaît son plein essor au siècle des Lumières, notamment au théâtre. Beaumarchais, dans le Mariage de Figaro (1784), lui donne ses lettres de noblesse. Dans ce courant […] le droit de cuissage est l’emblème du despotisme.

Source : Dictionnaire de l’histoire de France, Larousse, 2005, page 332 sur 1304.

[Les quatre aveux ou dénombrements] ne signifiaient rien avant d’avoir été validés par une chancellerie ou une chambre des comptes (et certains auteurs étaient parfois tentés de s’inventer des droits). Dans les quatre cas, cette vérification n’a pas été effectuée. Il ne reste de fait plus aucune preuve à l’appui du droit de cuissage. C’est surtout au XVIIIe siècle que ce mythe se répandit dans le peuple et les salons : il a surtout servi dans un but idéologique afin de dénigrer l’Ancien régime et son système féodal.

Source : François Desouche

Voir aussi sur Le Monarchomaque :

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Les films hollywoodiens à saveur historique influent sur la compréhension de l’histoire et la vision du monde du grand public. Le Royaume des Cieux de Ridley Scott (2005), même s’il constitue une excellente pièce de divertissement, s’avère être assez pauvre en termes de fidélité aux données historiques. Condensé de culpabilisation de l’Occident et de propagande antichrétienne, des corrections s’imposent…

Comme on pouvait s’y attendre, le parti pris est plutôt favorable à l’islam, versant dans un oecuménisme d’une touchante naïveté. Rien de surprenant donc.

Source : Jean DARTOIS, « Cinéma : « Kingdom of Heaven » », L’Héritage, Numéro 3, hiver 2006, p. 6.

L’interprétation partiale du cinéaste, sa façon de totalement disculper les musulmans dans les sources du conflit, nous laisse un goût amer. On ajoutera également qu’il aurait fallu un héros tonitruant or celui qu’il nous propose est trop mielleux et effacé pour incarner l’âme du chevalier du XIIème siècle. Les sentiments humanistes et les idéaux multiculturalistes déversés tout au long du film au téléspectateur sont des transferts de notre société moderne, totalement anachroniques pour l’époque. (…)

Balian a tué le prêtre qui avait enterré sa mère après avoir vu que celui-ci l’avait dépossédée d’un crucifix qu’elle portait autour du cou. (…) À ce moment du film, le décor est posé. L’église endosse déjà le mauvais rôle : le prêtre a volé le crucifix (?!) de la mère suicidée.

Source : Kingdom of Heaven : Une vision orientée des Croisades [Europae Gentes]

En ce temps-là, il était tout simplement impensable de tenir un discours relativiste concernant la religion. La caricature qu’offre Balian (Olrando Bloom) sur la place publique de Jérusalem est ineffable. Surtout lorsqu’il explique que la Terre sainte ne compte pas car la Jérusalem céleste est dans le cœur de chacun et que les religions causent plus de troubles qu’autres chose, et que finalement, l’idéal, ce serait encore un bon syncrétisme inspiré des droits de l’homme, et que c’est dommage que personne ne comprenne, car cette situation peut encore durer des siècles (clin d’oeil grossier et simpliste à l’actuel conflit israélo-palestinien). L’individualisme foncier, la foi relevant du domaine privé et s’apparentant plus à la philosophie qu’à l’ontologie sont des structures mentales qui échappaient tout simplement aux contemporains, chrétiens et musulmans… l’apothéose de ce leitmotiv est d’ailleurs atteinte lorsqu’en aparté, les deux grands sages du film, Balian et Saladin, se laissent comprendre, à mi-mots, que Jérusalem en tant que lieu de spiritualité n’a aucune importance réelle. De là, Saladin, finaud, insinue que la prise de Jérusalem est plus un objectif politique qu’autre chose. De même, il rejette publiquement l’influence d’Allah sur ses victoires et ne les attribue qu’à son mérite personnel. Ce qui est tout bonnement impensable, là encore.

Source : « Les Croisés en Terre Sainte », Histoire du Christianisme Magazine, Numéro 28, juin 2005, p. 76.

This is a True Story – Only the Facts Have Been Changed

Kingdom of Heaven also distorts history beyond all recognition. The “hundred-year truce” between the Christian and Muslim armies is a figment of their imagination. The warfare throughout the 12th Century was incessant.

The depiction of the Knight’s Templar as a band of religious fanatics trying to shatter the truce and provoke war with the Muslims by attacking caravans, is a total fabrication. (…) Attacking caravans is what the founder of Islam, Muhammad, engaged in regularly. As did his handpicked apostles, the Caliphas. The Knights Templar were formed primarily to protect travellers from the attacks of the Muslim army. In fact it was the slaughter of Christian pilgrims, by Muslim armies, in violation of earlier agreements of safe passage, that precipitated the crusades in the first place.

The central figure of this film, Sir Balian, is a historical figure, who did in fact play a critical role in the defence of Jerusalem in 1187, but the filmscript distorts his character and role beyond all recognition. First of all, Balian was not a blacksmith, nor did his wife commit suicide, nor was he illegitimate, nor raised as a commoner. His father, Balian the Old (not Godfrey as in the movie), had three sons, all legitimate : Hugh, Baldwin and Balian. Balian never had to travel to the Holy Land, because he grew up as part of the nobility there. Balian was married to royalty long before the events portrayed in the film, and he was not at all romantically involved with the Princess Sybilla.

In Kingdom of Heaven, Balian is portrayed as questioning whether God exists, although according to the historical records it is clear that Balian was a dedicated Christian who took his faith very seriously. Nor did Balian desert the defence of the Holy Land following the fall of Jerusalem. Far from returning to France, Balian proceeded to Beirut in Lebanon which he helped fortify against Muslim invasion. He was present with Richard the Lionhearted at the signing of the peace with Saladin, which secured safe passage for Christian pilgrims and recognised crusader control over the 90 mile stretch of coastline from Tyre to Jaffa.

According to Kingdom of Heaven, the real hero in the story is the famous Muslim general, Saladin. (…) The film has uncritically accepted, and embellished, the legends about Saladin beyond what the historical record would support. (…) Far from having war forced upon him, Saladin initiated the conflict by declaring a Jihad against the Christians. He swept throughout Palestine capturing more than 50 crusader castles in two years.

(…)

In the film, Saladin is portrayed as being most gracious in allowing the defenders of Jerusalem safe passage. In fact after the negotiated surrender of Jerusalem, which the Patriarch of Jerusalem initiated, Saladin demanded that every man, women and child in Jerusalem pay a ransom for his or her freedom or face the grim prospect of Islamic slavery.

(…)

Twisted Theology

The theology in Kingdom of Heaven is also all wrong. The film depicts some monk standing by the roadside repeating : “To kill an infidel is not murder it is the path to heaven !” As any student of the Bible would be able to tell you, neither the concept nor those words appear anywhere in the Christian Bible. However, as any student of the Quran should be able to inform you, that is exactly what the Islamic doctrine of Jihad teaches.

At one point early in the film as Muslims bow in prayer towards Mecca, Balian comments : “You allow them to pray ?” A knight sneers and answers : “As long as they pay their taxes !” In fact the crusaders never required any extra taxes of Muslims in order to allow them to pray. That is the Islamic doctrine and practice of Jizya. To this day Muslim governments require Jizya – tribute taxes – of dhimmi’s (Jews and Christians under their Islamic rule).

(…)

Insults to Intelligence

Here we are expected to believe that : Balian is grieving his wife’s death, yet he does not even attend to her burial ; that Balian raised a commoner, trained only as a blacksmith, from France, could within days of arriving in Palestine be teaching the local people how to practice agriculture and dig wells in the desert ; and that this blacksmith with no military training could know more about siege weapons and military strategy that all the knights and military professionals concentrated in the Holy Land put together !

(…)

The fictional, adulterous relationship depicted between Balian and Princess Sybilla strains all credibility. As does Balian’s presumed ethical objections against executing the venomous and bloodthirsty husband of his presumed adulterous interest ! Apparently justice and the avoiding of a disastrous war were not as important as his adulterous affections.

(…)

Crusade Against Christianity

Producer Ridley Scott, and scriptwriter William Monahan, obviously hate Christianity. But, just in case any viewers lack the discernment to detect the unveiled anti-Christian hostility and prejudice, which permeates the entire movie, Ridley Scott, has gone on record as stating : “Balian is an agnostic, just like me.” Of course there was no such thing as agnosticism in the 12th Century, especially not amongst crusaders. Just in case anyone misunderstood the motivations behind his movie, Ridley Scott has been quoted as saying : “If we could just take God out of the equation, there would be no fucking problem !”

Source : Kingdom of Heaven Film Review [Frontline Fellowship]

On en apprend sur le caractère colérique et cruel de Saladin et sur les véritables événements ayant entouré la reddition de Jérusalem en 1187 :

Après la bataille de Hattin, il fit exécuter les 300 moines-soldats de l’ordre du Temple et de l’ordre des Hospitaliers. Il épargna provisoirement le grand-maître Gérard de Ridefort. Celui-ci fut conduit sous la tente du sultan avec deux autres prisonniers de marque, le roi Guy de Lusignan et le prince d’Antioche Renaud de Châtillon (également seigneur d’Outre-Jourdain et d’Hébron, il avait été prisonnier pendant 15 ans à Alep).

Le sultan tendit une coupe à Lusignan, signifiant par ce geste d’hospitalité qu’il ne saurait tuer un roi. Lusignan tendit la coupe à son voisin, Renaud de Châtillon. Colère de Saladin qui n’entendit pas lui étendre son hospitalité. Le sultan tira son épée et brisa l’épaule du prince d’Antioche. Des soldats entraînèrent le prisonnier hors de la tente et le décapitèrent.

Là-dessus, le sultan gagna la côte avec son armée en vue de s’emparer des ports et de prévenir le débarquement d’une nouvelle croisade. Il échoua devant Tyr, sauvée par l’arrivée providentielle d’un croisé énergique, Conrad de Montferrat.

Le 20 septembre 1187, l’armée musulmane se présente devant les murailles de la ville sainte. Les habitants chrétiens se défendirent avec la force du désespoir deux semaines durant. Le baron Balian d’Ibelin sollicita alors des négiciations avec Saladin. Celui-ci affirma qu’il n’avait aucunement l’intention d’épargner la population civile.

Ce à quoi Balian répondit : « En ce cas, nous égorgerons nos fils et nos femmes, nous mettrons le feu à la ville, nous renverserons le Temple et tous ces sanctuaires qui sont aussi vos sanctuaires. Nous massacrerons les cinq mille captifs musulmans que nous détenons, puis nous sortirons en masse et aucun de nous ne succombera sans avoir abattu l’un des vôtres ! »

Contraint par cette menace, Saladin accorda la possibilité aux chrétiens de se racheter. Saladin se résolut à négocier la vie sauve pour l’ensemble des défenseurs et des habitants, avec le droit pour tous les chrétiens de quitter la ville et de se réfugier en terre chrétienne. Selon les mœurs du temps, il libèra les plus riches habitants contre une rançon appréciable. Il libèra aussi 7 000 pauvres contre une rançon collective de 30 000 écus.

(…)

Entré le 3 octobre dans la ville sainte, Saladin fit aussitôt abattre la croix dorée érigée 88 ans plus tôt au sommet du Dôme du Rocher sur le Mont du Temple. Gérard de Ridefort fut torturé et exécuté dans sa cellule sur ordre de Saladin.

Dans le film Kingdom of Heaven, Saladin (…) est montré comme la quintessence du croyant éclairé, alter ego du bon chrétien. (…) Or, l’objectif avoué de Saladin était d’exterminer les chrétiens et de les chasser de Terre sainte. Contrairement à ce que montre ce film, il ne s’est pas montré magnanime lors de la prise de Jéruslam. Même s’il a laissé partir les rescapés capables de payer une rançon, ceux qui n’avaient pas l’argent (entre 11 000 et 16 000 personnes) ont été tués ou envoyés en esclavage s’ils étaient assez jeunes.

Source : « Les Croisés en Terre Sainte », Histoire du Christianisme Magazine, Numéro 28, juin 2005, p. 77.

Démolissons d’autres mythes…

Frustrated with the ways in which the Crusades have been used and distorted, a few historians are now attempting to close the yawning gap between the academy and general readers. (…)

Take, for example, what might be called the Myth of the Greedy Younger Son. This myth holds that an increase in population, the development of feudal primogeniture, and a series of bad harvests created a situation in medieval Europe where thousands of well-trained and land-hungry warriors were milling about with nothing to do. Rather than have them make trouble at home, Pope Urban II convinced them to carve out territories for themselves in the faraway Muslim world. (…) New research has definitively shown that Crusaders were predominantly the first sons of Europe : wealthy, privileged, and pious. Crusading was extremely expensive and more than a few noble families risked bankruptcy in order to take part. They did so for medieval, not modern, reasons. Crusading for them was an act of love and charity by which, like the Good Samaritan, they were aiding their neighbors in distress. Muslim warriors had conquered eastern Christians, taken their lands, and in some cases killed or enslaved them. The Crusader believed it was his duty to right that wrong.

The Greedy Younger Son is not the only myth historians have discarded. It may surprise some to learn that the Crusades were almost never profitable, since booty was so scarce. Or that the Christian settlers in the so-called Crusader Kingdom were not themselves Crusaders. Or that the Crusades met all the criteria of a just war, especially in their defensive nature. Or that the Crusades had nothing at all to do with colonialism. Or that the Crusades were in no way wars of conversion.If your image of Western civilization relies on a depiction of the Crusades as an insane and bloodthirsty attack on a peaceful and sophisticated Muslim world, then you are not going to like what recent historians have to say.

Source : Thomas MADDEN, « Crusaders and Historians », First Things, juin-juillet 2005.

Myth # 3 : When the Crusaders captured Jerusalem in 1099 they massacred every man, woman, and child in the city until the streets ran ankle deep with the blood.

This is a favorite used to demonstrate the evil nature of the Crusades. Most recently, Bill Clinton in a speech at Georgetown cited this as one reason the United States is a victim of Muslim terrorism. It is certainly true that many people in Jerusalem were killed after the Crusaders captured the city. But this must be understood in historical context. The accepted moral standard in all pre-modern European and Asian civilizations was that a city that resisted capture and was taken by force belonged to the victorious forces. That included not just the buildings and goods, but the people as well. That is why every city or fortress had to weigh carefully whether it could hold out against besiegers. If not, it was wise to negotiate terms of surrender. In the case of Jerusalem, the defenders had resisted right up to the end. They calculated that the formidable walls of the city would keep the Crusaders at bay until a relief force in Egypt could arrive. They were wrong. When the city fell, therefore, it was put to the sack. Many were killed, yet many others were ransomed or allowed to go free. (…) It is worth noting that in those Muslim cities that surrendered to the Crusaders the people were left unmolested, retained their property, and allowed to worship freely. As for those streets of blood, no historian accepts them as anything other than a literary convention. Jerusalem is a big town. The amount of blood necessary to fill the streets to a continuous and running three-inch depth would require many more people than lived in the region, let alone the city.

Source : Thomas MADDEN, « Crusade Myths », Catholic Dossier, Volume 8, Numéro 1, janvier-février 2002.

Un film sur le thème des croisades est sorti en 2007, Arn le Chevalier du Temple. Comme dans Le Royame des Cieux, Arn est plein de moralisme pro-arabe et anti-Église ennuyant… on dirait que ses producteurs suédois se sont directement inspiré de l’agnostique Ridley Scott pour plusieurs scènes.

Malgré les nombreux anachronismes, le film contient quelques bonnes scènes de bataille, comme celle de Montgisard (25 novembre 1177)…

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