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Archive for the ‘Histoire de l’Allemagne’ Category

Le Monarchomaque présente l’étude L’unification de l’Allemagne (1806-1871), qui met en relief la construction d’un État national allemand qui s’étale de Napoléon à Bismarck, en passant par le nationalisme romantique, le pangermanisme, le Printemps des peuples, le Vormärz et l’impérialisme prussien. Téléchargez l’étude (rédigée par Scolaris Legisperitus) gratuitement sur Scribd :

Fête nationaliste au château de Hambach (Palatinat du Rhin) en mai 1832

Fête pangermaniste au château de Hambach, Palatinat, mai 1832

Barricades à Berlin, mars 1848

Barricades sur l’Alexanderplatz de Berlin, mars 1848

Diète de la Paulskirche de Francfort  en 1848

Première Diète nationale en la Paulskirche de Francfort, mai 1848

Confederation Germanique

Carte de la Confédération germanique (1815-1866)

Carte du Zollverein

Carte du Zollverein, l’union douanière (1828-1867)

Allemagne de Bismarck

Carte de la construction du IIe Reich sous Bismarck (1865-1871)

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Au plan économique, le national-socialisme était d’inspiration keynésienne. Au plan « scientifique », il était d’idéologie darwiniste. Au plan moral, il était de tendance bisexuelle. Au plan religieux, nous savons que le système nazi a affronté le protestantisme et le catholicisme, mais on se penche moins souvent sur ses propres axiomes métaphysiques. Le documentaire suivant rend compte de la spiritualité néo-païenne derrière la doctrine nazie.

Partie 1 :

Partie 2 :

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Lien externe : Le socialisme en chemise brune, par Benoît Malbranque.

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Nous sommes en 1631 au cœur du Saint Empire romain germanique. Place forte et haut lieu du protestantisme situé sur le bord de l’Elbe, la prospère cité hanséatique de Magdebourg est assiégée pendant six mois par une armée de la Ligue catholique au service de la dynastie impériale des Habsbourg. Cette force hétéroclite composée de mercenaires Allemands, Espagnols, Croates, Italiens et Français est commandée par Jean t’Serclaes de Tilly, un Flamand. Le 20 mai au matin, ils lancent l’assaut final. La milice bourgeoise appuyée par des professionnels suédois est submergée. 20 000 citadins sont assassinées dans une orgie de violence qui dure quatre jours. Ce documentaire franco-allemand nous en dresse un tableau saisissant.

Fichier alternatif. Si vous êtes germanophone, le documentaire est disponible en meilleure qualité ici.

Après le sac de Magdebourg, les forces habsbourgeoises se déplacent en direction de Leipzig avec l’intention d’y répéter ce qu’elles ont fait à Magdebourg. Le massacre a l’effet d’une onde de choc dans le monde protestant : on réalise que si les puissances luthériennes et calvinistes ne font pas preuve de cohésion, l’avenir de la foi évangélique est sérieusement menacé. De 1608 à 1621, des principautés protestantes allemandes s’étaient organisées en une coalition défensive, la Protestantische Union. Mais en 1631, le prince-électeur de Saxe, Jean-Georges Ier, bloque le passage à l’armée de secours du roi de Suède, Gustave-Adolphe II. En recevant la nouvelle du massacre de Magdebourg, Jean-Georges Ier décide de s’allier avec Gustave-Adolphe II. Le 17 septembre 1631, cette coalition intercepte Tilly à Breitenfeld. Les troupes suédoises, organisées en petites unités mobiles ultra-disciplinées, écrasent les lourds mercenaires de la Ligue catholique. Après cette victoire majeure, Gustave-Adolphe II pousse son avantage et descend vers le sud. Tilly est tué au passage du fleuve Lech. Le roi de Suède s’empare de la Franconie puis d’Erfurt, Würzburg, Mayence et Nuremberg. Il prend Munich, la capitale de la Bavière catholique. Mais les Bavarois le contournent et vont ravager la Saxe. Le roi de Suède fait marche arrière et rattrape l’armée impériale le 6 novembre 1632 à Lützen. Gustave-Adolphe II est mortellement blessé en galvanisant ses soldats qui remportent une autre victoire décisive sur les Habsbourg. Les forces militaires de la Contre-Réforme sont brisées et le protestantisme est sécurisé en Europe du Nord.

Voir aussi sur Le Monarchomaque :

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Dans le chapitre Les racines socialistes du nazisme de son ouvrage La route de la servitude rédigé en 1943, le penseur allemand en exil Friedrich von Hayek fit une récapitulation historique des conditions ayant permis le triomphe du nazisme en Allemagne une décennie plus tôt. Il démontre, sources à l’appui, qu’en Allemagne la prédication marxiste a pavé la voie à l’ascension du national-socialisme. Les nazis n’ont fait que récupérer le discours étatiste, dirigiste et interventionniste déjà popularisé par les marxistes. Par proximité idéologique, de nombreux meneurs socialistes se sont convertis à l’hitlérisme (ou plutôt ajustés à l’hitlérisme) dans les décennies 1920 et 1930 et ont contribué à sa propagation. De surcroît, Hayek met en lumière la fusion d’une forme pervertie du pangermanisme (création d’un vaste « espace vital » germanique en Europe centrale) avec l’internationalisme marxiste (contrôle et planification de l’économie européenne/globale par un méga-État continental allemand pour le bénéfice des populations soumises).

Un autre lien à exposer entre le nazisme et le socialisme est le darwinisme social (euthanasie, programmation génétique, etc.).

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Le premier et le plus caractéristique des représentants de cette évolution [du socialisme allemand vers le nazisme] est peut-être le professeur Werner Sombart. Son fameux Haendler und Helden (Marchands et Héros) a paru en 1915. Il a débuté comme socialiste marxiste et affirmait encore en 1909 avoir passé la majeure partie de sa vie à lutter pour les idées de Karl Marx. Il avait fait, en effet, plus que quiconque pour répandre les idées socialistes et pour susciter le ressentiment anticapitaliste à travers l’Allemagne. Si la pensée allemande était plus que partout ailleurs pénétrée d’éléments marxistes avant la Révolution russe, c’était principalement grâce à Sombart. On l’a considéré, à un moment donné, comme le personnage le plus en vue de l’élite socialiste persécutée […] Même après la dernière guerre [1918], l’influence de Sombart […] était très grande en Allemagne.

[…]

À l’époque l’exaltation de Sombart parut exagérée même à la plupart des Allemands. Un autre professeur allemand présenta les mêmes idées sous une forme plus modérée et plus scientifique et, par conséquent, plus efficace. Le professeur Johann Plenge était, comme Sombart, un grand spécialiste de Marx. […] Il était parti, sans aucun doute, avec des convictions authentiquement socialistes. […] Pour lui comme pour tous les socialistes qui tirent leur socialisme d’une application rigide de l’idéal scientifique aux problèmes sociaux, l’organisation est l’essence même du socialisme.

[…]

[Johann Plenge écrivit :]

Dans la sphère des idées, l’Allemagne a été l’exposant le plus sincère de tous les rêves socialistes, et dans la sphère des réalités le plus puissant architecte du système économique le plus parfaitement organisé. […] Nous [les Allemands] demeurerons le peuple modèle. C’est notre idéal qui déterminera les fins de la vie de l’humanité. […] Un grand idéal s’épanouit jusqu’à la victoire finale.

L’économie de guerre créée en Allemagne en 1914 est la première réalisation d’une société socialiste et son esprit est la première manifestation active et non plus revendicative de l’esprit socialiste. Les nécessités de la guerre ont imposé l’idée socialiste dans la vie économique allemande et ainsi la défense de notre nation a donné à l’humanité l’idée de 1914, l’idée de l’organisation allemande, de la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) du socialisme national. Sans que nous nous en rendions compte, l’ensemble de notre vie politique et de notre industrie ont atteint un niveau plus élevé. L’État et la vie économique forment une unité nouvelle. La nouvelle constitution corporative allemande de la vie économique […] représente la forme la plus élevée dans la vie d’un État qu’on ait jamais connue sur terre. […] Vers 1918 la fusion du socialisme et d’une impitoyable politique de force se fait dans son esprit. Peu avant la fin de la guerre il [Johann Plenge] adressa à ses compatriotes, dans le journal socialiste Die Glocke, l’avertissement suivant :

Il est grand temps de reconnaître que le socialisme doit être une politique de force, puisqu’il doit être organisation. Le socialisme doit prendre le pouvoir. […] Quel est le peuple qui doit accéder au pouvoir, pour devenir le chef exemplaire de l’organisation internationale ? […] Un socialisme conséquent ne peut accorder à un peuple le droit de s’organiser qu’en tenant compte de la répartition réelle des forces déterminées par l’histoire.

Les idées exprimées par Plenge étaient particulièrement populaires dans un certain milieu d’universitaires […] Ceux-ci […] réclamaient l’organisation de tous les secteurs de la vie selon un plan centralisé. Le principal de ces savants était Wilhelm Ostwald [un germano-balte], dont les déclarations à ce sujet ont acquis une certaine célébrité. On prétend qu’il déclara publiquement :

L’Allemagne désire organiser l’Europe qui est dépourvue jusqu’à présent d’organisation. Je veux vous expliquer le grand secret de l’Allemagne : nous, ou plutôt la race allemande, avons découvert la signification de l’organisation. […]

Des idées très analogues étaient courantes dans les bureaux de Walther Rathenau [directeur de l’Office des matières premières en 1914, ministre de la Reconstruction en 1921 et ministre des Affaires étrangères en 1922 ; il était très interventionniste économiquement]. […] [Rathenau] mérite en effet une place considérable dans toute histoire complète du développement des idées nazies. Ses écrits ont contribué plus que tous autres à façonner les opinions économiques de toute une génération grandie pendant et après la dernière guerre [1918] en Allemagne. Quelques-uns de ses collaborateurs les plus proches devaient plus tard faire partie de l’état-major de l’administration du plan quadriennal de Gœring.

Les thèses d’un autre ancien marxiste, Friedrich Naumann, ressemblaient également beaucoup à ces conceptions totalitaires. Son livre Mitteleuropa [concepts d' »espace vital » germanique et de dispositif économique sous domination allemande en Europe centrale] a atteint le tirage probablement le plus important de tous les livres de guerre en Allemagne.

en définitive, il fut réservé à un politicien socialiste actif [Paul Lentsch], membre de la gauche du Parti social-démocrate allemand, de développer ces idées complètement et de les diffuser largement. […] C’est seulement dans son troisième livre, Trois ans de révolution mondiale, livre à grand succès, que ses idées caractéristiques ont pris, sous l’influence de Plenge d’ailleurs, un plein développement. Lentsch base sa démonstration sur un compte rendu historique intéressant et sous certains rapports exact, retraçant le développement vers la concentration industrielle et la cartellisation, rendu possible en Allemagne grâce à la politique protectionniste de Bismarck. Selon sa conception marxiste ce fut là un stade supérieur du développement industriel.

[Paul Lentsch écrivit :]

Le résultat de la décision de Bismarck en 1879, c’est que l’Allemagne se vit attribuer un rôle révolutionnaire, c’est-à-dire celui d’un État qui présentait par rapport au reste du monde un système économique plus élevé et plus avancé. Nous pouvons donc facilement constater que dans la révolution mondiale actuelle, l’Allemagne représente le parti révolutionnaire.

[Paul Lentsch poursuivait en expliquant] qu’en Allemagne, « représentante désignée par l’histoire » des formes élevées de la vie économique,

la lutte pour le socialisme avait été extrêmement simplifiée du fait que toutes les conditions préliminaires du socialisme y avaient déjà été établies. Tout parti socialiste devait donc avoir pour préoccupation essentielle de voir l’Allemagne résister triomphalement à ses ennemis afin de pouvoir remplir sa mission historique, et révolutionner le monde. L’organisation du capital, commencée inconsciemment avant la guerre, continuée consciemment pendant la guerre, sera parachevée systématiquement après la guerre. […] Le socialisme est en marche, ou il est même dans une certaine mesure réalisé, du moment où nous ne pouvons plus vivre sans lui. […] Le socialisme doit maintenir, dans cette sphère également, une opposition résolue et consciente à l’égard de l’individualisme.

[…]

Plenge et Lentsch ont inspiré les prédécesseurs immédiats du national-socialisme dans le domaine des idées et, en particulier, Oswald Spengler et Arthur Moeller van den Bruck, pour ne mentionner que les deux plus connus. […] Aujourd’hui, il nous paraît incontestable qu’on doit considérer les vues développées dans sa brochure [de Spengler] Prussianisme et Socialisme, parue en 1920, comme des vues socialistes, largement répandues en Allemagne. Quelques exemples de ses raisonnements le prouveront. « Le vieil esprit prussien et la conviction socialiste qui s’opposent aujourd’hui l’un à l’autre, avec une haine fratricide, sont, en réalité, de la même essence. » […]

[Oswald Spengler poursuit en affirmant :]

L’instinct allemand ou plus exactement prussien exige que le pouvoir appartienne à l’ensemble du peuple […] On assigne à chacun sa place. L’un commande, l’autre obéit. C’est le socialisme autoritaire, en vigueur depuis le XVIIIe siècle, essentiellement antilibéral et antidémocratique […] C’est seulement sur le sol allemand qu’on peut mépriser le libéralisme.

Après avoir fait ressortir la différence essentielle entre le système de concurrence anglais et le système prussien de « l’administration économique » et après avoir montré (d’accord avec Lentsch) comment l’organisation consciente de l’activité économique a pris de plus en plus des formes socialistes, Spengler continue :

Il a existé en Prusse un État véritable, dans le sens le plus complet du mot, ne tolérant littéralement aucune personne privée. Quiconque a vécu à l’intérieur de ce système, fonctionnant avec la précision d’une horloge, est devenu l’un de ses rouages. […]

L’idée prussienne implique que chacun devienne un personnage officiel et que tous les salaires doivent être fixés par l’État. Et, en particulier, l’administration de toute propriété y devient une fonction salariée. L’État de l’avenir deviendra un Beamtenstaat, un État de fonctionnaires. [Oswald Spengler ajoute :]

la question décisive non seulement pour l’Allemagne, mais pour le monde entier et qui doit être résolue par l’Allemagne dans l’intérêt du monde [sic], est la suivante : Est-ce l’industrie qui dans l’avenir gouvernera l’État, ou est-ce l’État qui gouvernera l’industrie ? Le prussianisme et le socialise répondent à cette question de la même façon.

De là, il n’y eut plus qu’un pas à franchir pour parvenir au national-socialisme : c’est Moeller van den Bruck qui proclama la guerre mondiale entre libéralisme et socialisme : « Nous avons perdu la guerre contre l’Occident, le socialisme l’a perdue contre le libéralisme ». Comme pour Spengler, le libéralisme devient pour lui aussi l’ennemi par excellence. Moeller van den Bruck se réjouit du fait « qu’il n’y a pas de libéraux dans l’Allemagne d’aujourd’hui ».

Le Troisième Empire de Moeller van den Bruck était destiné à donner aux Allemands un socialisme adapté à leur nature et non corrompu par les idées libérales de l’Occident. Ce qui ne manqua pas de se produire. Ces auteurs ne représentent nullement des phénomènes isolés. Pas plus tard qu’en 1922 un observateur impartial [K. Pribram] a pu parler [ainsi de ce qu’il] avait constaté en Allemagne :

En vertu de ces idées, la lutte contre le système capitaliste n’est rien d’autre que la continuation de la guerre contre l’Entente [France + Royaume-Uni + Russie] avec les armes de l’esprit et de l’organisation économique. C’est un processus qui mène au socialisme pratique, au retour de l’Allemagne à ses traditions les meilleures et les plus nobles.

La lutte contre le libéralisme sous toutes ses formes, le libéralisme qui avait conduit l’Allemagne à sa défaite, fut l’idée commune qui réunit les socialistes et les [pseudo-]conservateurs. Ce fut d’abord le Mouvement de la Jeunesse Allemande, d’inspiration et de tendance presque entièrement socialiste, qui s’empara avec avidité de ces idées et accepta la fusion du socialisme et du nationalisme. À partir de 1920 jusqu’à l’avènement d’Hitler, un groupe de jeunes gens réunis autour du journal Die Tat dirigé par Ferdinand Zimmermann [auteur et académicien nazi, membre des SS dès 1934 et du NSDAP dès 1936], représenta cette tendance de la façon la plus menaçante. Le livre de Zimmermann, Das Ende des Kapitalismus [La fin du capitalisme], est peut-être l’expression la plus caractéristique de ce groupe des Edel-nazis d’élite comme on les appelait en Allemagne. […] La guerre contre les pouvoirs occidentaux, menée « avec les armes de l’esprit et de l’organisation économique », n’a-t-elle pas réussi, avant même que la vraie guerre fût commencée ?

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Voir aussi :

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J’avais publié il y a un peu plus d’un an un article sur l’orientation religieuse des Nazis. Voici au autre collage sur ce chaud sujet.

Commençons par citer la Déclaration de Barmen, adoptée par des pasteurs protestants (luthériens, calvinistes et méthodistes) lors d’un synode clandestin tenu à la fin mai 1934 ; c’est l’acte fondateur de l’Église confessante (Bekennende Kirche) — un mouvement conservateur résistant — et un haut fait de la Kirchenkampf (« combat ecclésiastique »), le conflit ayant opposé l’Église confessante aux Deutsche Christen (littéralement « Chrétiens allemands », un prolongement religieux du NSDAP qui prônait la suppression de l’Ancien Testament et du corpus épistolaire de l’apôtre Paul hors du canon biblique) :

  1. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle, en plus et à côté de la seule Parole de Dieu, l’Église pourrait et devrait reconnaître d’autres événements et pouvoirs, personnalités et vérités, comme Révélation de Dieu et source de sa prédication.
  2. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle il y aurait des domaines de notre vie dans lesquels nous n’appartiendrions pas à Jésus-Christ mais à d’autres seigneurs et dans lesquels nous n’aurions plus besoin de justification et de sanctification.
  3. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait abandonner le contenu de son message et son organisation à son propre bon plaisir ou aux courants successifs et changeants de convictions idéologiques et politiques.
  4. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait, en dehors de ce ministère, se donner ou se laisser donner un chef muni de pouvoirs dictatoriaux.
  5. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’État devrait et pourrait, dépassant en cela les compétences de sa mission particulière, prétendre devenir l’ordre unique et total de toute la vie humaine et remplir ainsi jusqu’à la vocation même de l’Église. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église devrait et pourrait, dépassant en cela les compétences de sa mission particulière, s’approprier le caractère, les tâches et le prestige de l’État et devenir ainsi elle-même un organe de l’État.
  6. Nous rejetons la fausse doctrine selon laquelle l’Église pourrait, en vertu d’un acte d’autonomie humaine, mettre la Parole et l’œuvre du Seigneur au service de désirs, de buts et de plans quelconques choisis de sa propre autorité.

VERBUM DEI MANET IN AETERNUM (LA PAROLE DE DIEU DEMEURE POUR L’ÉTERNITÉ)

Le combat entre les nazis et l’Église confessante se durcit en 1936, lorsque les opposants publièrent un mémorandum condamnant l’idéologie et les pratiques du régime hitlérien, et réclamèrent la dissolution de la Gestapo ainsi que la fermeture des camps de concentration. Plusieurs dirigeants de l’Église confessante, dont le pasteur Martin Niemöller, furent arrêtés en 1940. Niemöller fut déporté au camp de Sachsenhausen puis à Dachau. L’un de ses collaborateurs, Werner Sylten, un membre de l’Église confessante d’origine juive, fut arrêté en 1941, déporté à Dachau et empoisonné. Des manifestations eurent lieu en Allemagne pour réclamer la libération de Niemöler ; en vain. Nombre de pasteurs « suspects » furent à leur tour expédiés sur le front, incarcérés dans les camps (sur le territoir allemand), ou tout simplement assassinés. Après l’arrestation Niemöller, Theophil Wurm, évêque luthérien du Wurtemberg, prit sa succession à la tête de l’Église confessante, et protesta à plusieurs reprises contre les crimes nazis, notamment en 1940 contre l’assassinat des invalides et des malades mentaux (Opération « T4 » — le programme d’euthanasie), et en 1941 contre la déportation des Juifs. Simultanément, le pasteur Heinrich Grüber, qui dirigeait le « bureau Grüber » et apportait son soutien aux protestants d’origine juive en leur proposant une aide juridique et en les aidant à trouver un pays d’accueil, fut arrêté. Une poignée de chrétiens confessants continua de résister et tenta tout de même de porter secours aux victimes. Certains, comme la diaconesse Marga Meusel (et Dietrich Bonhoeffer), auront le courage de dénoncer le silence des « églises » nazifiées face au génocide.

Références :

  • Max GEIGER, « Der Deutsche Kirchenkampf 1933-1945, Zurich, EVZ Verlag, 1965.
  • Saul FRIEDLÄNDER, Kurt Gerstein ou l’ambiguïté du bien, Tournai, Casterman, 1967.
  • Daniel Jonah GOLDHAGEN, Les bourreaux volontaires de Hitler, Paris, Seuil, 1997.

Via le forum L’Embrasement du Monde. Ressources supplémentaires :

Passons maintenant du côté catholique…

L’encyclique Mit Brennender Sorge

Le 14 mars 1937, Pie XI publie sa célèbre encyclique Mit Brennender Sorge, qui dénonce les erreurs doctrinales du nazisme. L’impact de ce texte est énorme : il est ressenti par les nazis comme une déclaration de guerre. C’est un événement sans précédent dans l’histoire de l’Église romaine.

Genèse du texte

Très tôt, des catholiques allemands tiennent informés le pape de la situation en Allemagne. Certains d’entre eux vont jusqu’à réclamer un texte officiel, telle Edith Stein qui envoie un message au Vatican dès 1933 dans lequel elle demande une encyclique. C’est également la demande formulée par Karl Leisner qui bénéficiera même d’une audience privée lors d’un de ses passages à Rome, en juin 1936. Les deux seront victimes des camps de concentration nazis quelques années plus tard. Cette demande est reprise en août 1936 par les évêques allemands réunis à Fulda, sur la tombe de l’apôtre du pays, saint Boniface. L’épiscopat allemand demande au pape de parler au sujet de l’Allemagne et des persécutions contre l’Église. Le concordat étant de vigueur, l’hésitation de certains évêques est palpable. Le cardinal Eugenio Pacelli [Secrétaire d’État du Vatican] décide alors d’organiser une réunion d’envergure afin de porter un coup sérieux au régime nazi : en février 1937, il réunit au Vatican le cardinal Bertram, le cardinal Schulte, Mgr von Preysing, Mgr von Galen et le cardinal Faulhaber. Il est décidé d’élever une protestation par la plus haute autorité de l’Église. Le cardinal Faulhaber prépare une esquisse du texte. Celle-ci est ensuite grandement revue, corrigée et complétée par le cardinal Pacelli, secondé par le Père Leiber. Le pape Pie XI reprend enfin le manuscrit qu’il signe.

Contenu

L’encyclique Mit Brennender Sorge commence par la dénonciation du non-respect du concordat. Mais elle est surtout une condamnation sans ambiguïté du racisme en tant que doctrine idolâtrique et démoniaque, s’opposant à celle catholique, donc universelle, de l’humanité. Pour l’Église, le nazisme se résume par le racisme, fondement de tout le reste et dont l’antisémitisme est une des composantes.

Quelques extraits

« Quiconque prend la race, ou le peuple, ou l’État, ou la forme de l’État, ou les dépositaires du pouvoir […] et les divinise dans un culte idolâtrique, celui-là renverse l’ordre des choses créé et ordonné par Dieu. »

« Il s’agit d’une véritable apostasie. Cette doctrine est contraire à la foi chrétienne. »

« Il est impossible qu’une chose soit utile si elle n’est pas en même temps moralement bonne. Et ce n’est point parce qu’elle est utile qu’elle est moralement bonne, mais parce qu’elle est moralement bonne qu’elle est utile. » (Pie XI reprenant les propos de Cicéron pour répondre à l’assertion nazie selon laquelle « le droit c’est l’utilité du peuple ».)

« Qui veut voir bannies de l’Église et de l’école l’histoire biblique et la sagesse des doctrines de l’Ancien Testament blasphème le Nom de Dieu, blasphème le plan de salut du Tout-Puissant, et érige une pensée humaine étroite et limitée en juge des desseins divins sur l’histoire du monde. »

Une condamnation radicale de la doctrine nazie

Une accusation récurrente est portée par certains journalistes et historiens de l’Église lorsque ce texte est invoqué pour la défense de Pie XI. Certes l’encyclique a bien été écrite en grande partie par le cardinal Pacelli, mais rien ne prouve qu’elle fût explicitement dirigée contre le nazisme : d’une part il n’est fait aucune mention du national-socialisme ; d’autre part elle n’évoque à aucun endroit la persécution dont les Juifs sont victimes.

Les deux arguments sont justes : il n’y a aucune trace du vocable « national-socialisme » et aucune condamnation de la persécution qui frappe les Juifs. Toutefois, affirmer que l’encyclique ne vise pas le nazisme est un raccourci ne prenant pas en compte nombre de données complémentaires qui ne laissent aucun doute sur la volonté de ses rédacteurs.

Ces données sont les suivantes :

  • Les rédacteurs : cette encyclique est la résultante de différentes demandes, d’abord celle de religieux allemands comme Edith Stein et Karl Leisner, ensuite — et surtout — celle de la conférence épiscopale allemande qui a besoin d’un texte fort montrant la perversité de la doctrine national-socialiste. La réunion de préparation du texte rassemble le cardinal Pacelli, ses proches collaborateurs, ainsi que les cardinaux allemands et principaux évêques opposés au nazisme en Allemagne. C’est le cardinal Michael Faulhaber, celui que les nazis surnomment Juden Kardinal (« cardinal des Juifs »), qui écrira la première version de ce texte, reprise amplement par le cardinal Pacelli et Pie XI.
  • C’est la première fois qu’une encyclique est publiée directement en langue vernaculaire, en l’occurrence en allemand, preuve indiscutable que les premiers destinataires sont les Allemands eux-mêmes.
  • Cette encyclique est imprimée directement en Allemagne pour être lue conjointement dans toutes les églises du pays, le 21 mars 1937, lors de la messe des Rameaux.

Réactions en Allemagne

La réaction de Hitler fut paraît-il effroyable et la répression presque immédiate. Cette encyclique est ressentie par les nazis comme une déclaration de guerre. Il faut bien avoir à l’esprit que cette condamnation de la doctrine nazie a été lue en même temps dan quinze mille églises d’Allemagne ! En l’espace d’une journée, ce sont plusieurs millions d’Allemands qui prennent connaissance de l’accusation portée par l’Église sur l’idéologie national-socialiste.

Les nazis intensifient les exactions contre le clergé et contre tout ce qui participe à la diffusion d’information. L’objectif est clair : le Reich ne veut pas de réseau national capable de concurrencer le sien, et surtout pas un réseau de résistance spirituelle.

  • La presse est bâillonnée, les imprimeurs traqués et victimes de discriminations. Ces derniers sont en effet accusés, selon les archives de la Gestapo, d’entretenir des sentiments nuisibles à l’État. Ces persécutions sont si dures que Mgr August von Galen réagit vivement par des protestations publiques et sans appel, au péril de sa vie.
  • Le cardinal Faulhaber est publiquement insulté.
  • Le jésuite Rupert Mayer est arrêté et incarcéré pour avoir osé commenter l’encyclique en chaire.
  • Les évêchés de Rottenburg (Mgr Sproll), de Freiburg (Mgr Gröber) et de Munich (Cardinal Faulhaber) sont pillés par les Jeunesses hitlériennes.
  • Les dernières organisations catholiques sont dissoutes.

La répression sera tellement violente, alors même que le nazisme n’a pas atteint son hégémonie, qu’il amènera le pape a faire preuve de prudence dans ses réactions, pour empêcher le redoublement des persécutions. Cette vision de Pie XII se confirmera par la suite, après l’affaire de la protestation publique des évêques hollandais qui accéléra et amplifia les déportations.

Référence : Jean SÉVILLIA, Historiquement correct — Pour en finir avec le passé unique, Paris, Perrin, 2003, page 376 sur 455.

Le nouveau pape Pie XII [cardinal Eugenio Pacelli élu en 1939] était avant tout soucieux de rétablir le dialogue avec Berlin, même s’il maintenait des contacts avec l’opposition catholique allemande à Hitler. Dans cet esprit, le 11 mars 1940, il reçut Joachim von Ribbentrop (le Ministres des Affaires étrangères allemand) dans l’espoir de rétablir un concordat [celui de 1933 ayant été rendu nul par les rafles de prêtres lors de la Nuit de cristal de 1938]. Le ministre nazi lui indiqua que la condition primordiale d’un accord était que le clergé catholique « abandonnât en Allemagne tout genre d’activité politique ». Il n’était selon lui « pas normal » que le Führer ait dû assigner sept mille actions en justice contre des prêtres. Ribbentrop refusait d’autoriser la nonciature à faire des visites en Pologne.

[…]

À la suite de Mit Brennender Sorge, de nombreux curés allemands avaient été déportés, l’évêque de Rottenburg, dans le Wurtenberg, avait même été molesté et chassé de son diocèse.

[…]

Aussi le nonce Orsenigo ne cessait d’intervenir. En mars 1940, il demanda au Secrétaire d’État von Weizsäcker un droit de visite pour le camp de Sachenhausen où étaient enfermés des curés allemands. Il ne s’attendait pas à ce que s requête fut acceptée, mais il demandait que des prêtres « nommés par le gouvernement » fussent autorisés à assister les curés à l’article de la mort.

[…]

Au nonce qui s’inquiétait du nombre croissant de curés déportés, notamment à Dachau et à Oranienbourg, la réponse était invariable : seuls ont été arrêtés « ceux dont les activités étaient hostiles à l’État ». Sans jugement ni tribunal, sur simple décision de la Gestapo.

[…]

Un journal portugais se chargeait le 21 mars 1940 de faire connaître au monde que trois mille prêtres avaient été déportés, et que sept cent d’entre eux avaient trouvés la mort.

[…]

Le nonce Valerio Valeri, devant l’émotion d’une partie du clergé français, aurait rencontré le chef du gouvernement de Vichy, Pierre Laval. Celui-ci aurait répondu qu’il ne tolérerait pas l’immixtion de l’Église dans les affaires intérieures françaises. Il s’était déclaré indigné de la teneur de protestation [contre la déportation des Juifs] diffusé par l’archevêque de Toulouse, Mgr Saliège, de l’attitude des archevêques de Paris et de Lyon, et de Mgr Théas, évêque de Montauban. Les évêques de Nice, de Fréjus et de Monaco avaient aussi protesté comme les abbés de Lérins [Alpes-Maritimes] et de Frigolet [Provence].

[…]

Pierre Chaillet, le provincial des Jésuites de Lyon, est arrêté pour avoir caché quatre-vingt enfants juifs. Le père Victor Dillard meurt à Dachau pour voir protesté contre l’étoile jaune.

[…]

Pour mettre fin aux atrocités nazies, il faut une force armée venue de l’extérieur. Le pape n’y peut rien. […] Y a-t-il un plus grand mal que que l’extermination de tout un peuple ? Pour le pape, oui, c’est la disparition de l’Église, son éradication totale, telle que les Allemands l’ont pratiquée dans le Warthegau, la partie occidentale de la Pologne annexée au Reich.

Référence : Pierre MIQUEL, Les mensonges de l’Histoire, Paris, Éditions France Loisirs, 2002, pages 362-371.

En 1941, Pie XII refusa, en dépit des sollicitations de l’ambassadeur italien, de bénir la « croisade » antisoviétique [Opération Barbarossa] qui aurait fait de la guerre sur le front Est une lutte des chrétiens contre l’URSS. À la fin de 1941, on ne nourrissait du reste plus au Vatican aucune illusion sur le sort qui serait réservé à l’Église dans le cas d’une victoire nazie. Les conditions crées dans les territoires polonais annexés à l’Allemagne avaient été à juste titre interprétées par l’épiscopat allemand comme un avertissement pour l’avenir : l’Église était réduite à une association privée dont étaient exclus les moins de dix-huit ans ; les relations officielles avec l’extérieur lui étaient en outre interdites.

L’attaque contre l’Union soviétique fit cependant naître l’espoir d’une usure réciproque des deux ennemis de l’Église, le communisme et le nazisme. Mgr Tardini, l’un des plus proches collaborateurs de Pie XII, l’écrivit ouvertement à l’occasion de la venue au Vatican, en septembre 1941, de Myron Taylor, le représentant personnel du Président Roosevelt : l’idée était que « le communisme sorte défait et anéantit de la guerre et que le nazisme en sorte affaiblit et à vaincre ».

[…]

Eivind Bergavv, évêque luthérien de Norvège, est arrêté en 1942 pour s’être opposé à la politique collaborationniste de Vidkun Quisling. […] Le 17 février 1943, les évêques catholiques hollandais publièrent un texte pastoral contre la déportation des jeunes au travail forcé et contre l’assassinat des Juifs.

Référence : Giovanni MICCOLI, « Pie XII, Hitler et les Juifs », L’Histoire, numéro 241, mars 2000, pages 43-44.

Voir aussi : With Bound Hands : A Jesuit in Nazi Germany [Open Library]

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L’insigne des unités protestantes des Forces Françaises Libres (FFL) :

Nous célébrons aujourd’hui le 65e anniversaire de la victoire alliée contre le Troisième Reich en Europe. L’orientation religieuse du national-socialisme est toujours controversée. Selon une idée reçue, ceux-ci auraient entretenus d’excellentes relations avec les églises protestantes et catholique romaine. Voici un condensé d’informations démontrant plutôt le contraire.

1. L’antichristianisme, fondement du nazisme

2. Confrontation entre protestants conservateurs et nazis

En Allemagne

Le 13 novembre 1933 :

Lors d’une manifestation des « Chrétiens allemands » [sic] au Palais des Sports de Berlin, un « pasteur » nazi déclara que l’Ancien Testament et des passages du Nouveau Testament n’étaient que des superstitions, et se réclama d’une nouvelle profession de foi qui mettrait l’accent sur les valeurs héroïques de l’idéologie nazie, soi-disant défendues par Jésus. [Cette profession de foi devint par la suite un texte officiel des « Chrétiens allemands ».] Il s’agissait de transformer l’Église du Reich en un instrument de propagande diffusant l’idéologie nazie, et n’ayant plus rien à voir avec les véritables principes chrétiens.

On rappelle que l’arrivée au pouvoir d’Hitler, qui impose une organisation des églises chrétiennes (les Deutschen Christen), fut accueillie favorablement par la majorité des protestants allemands qui y voyaient la fin des humiliations du traité de Versailles. Mais la mainmise des partisans d’Hitler sur l’Église protestante amena la création de l’Église confessante qui, sous l’influence de K. Barth (expulsé de Bonn en 1935) et du pasteur luthérien H. Asmussen publia en 1934 un texte de résistance spirituelle au nazisme : la Déclaration de Barmen. Des théologiens luthériens comme Martin Niemöller (interné en camp de concentration en 1937) et Dietrich Bonhoeffer (pendu en 1945 par les nazis), s’engagèrent dans la résistance active.

En Alsace-Lorraine

Dans les territoires annexés de fait d’Alsace et de Lorraine, la politique de nazification interdit la presse chrétienne, ferme les écoles religieuses, les étudiants de la Faculté théologique de Strasbourg sont dirigés sur Tübingen. […] Le parti nazi étend sa politique anti-chrétienne, supprime le régime concordataire de 1801, et l’administration n’assure plus le salaire des prêtres et des pasteurs. Les églises deviennent des sociétés religieuses de droit privé et doivent payer des impôts, contrainte heureusement compensée par l’importance des cotisations versées par les fidèles. Les écoles privées sont supprimées. Malgré ces agressions, on note une forte affluence aux cultes, l’Évangile étant perçu comme un message de libération.

La résistance intellectuelle des protestants français

Par ailleurs, la revue Foi et vie, dirigée par Charles Westphal et Pierre Maury avait publié dès janvier 1941, malgré la censure, la Lettre aux protestants de France de Karl Barth (octobre 1940) prônant la résistance à l’hitlérisme : ce dernier fut un adversaire inlassable du régime nazi et l’inspirateur de l’Église confessante, s’opposant aux Deutschen Christen imposés par Hitler. Cette lettre fut diffusée par les pasteurs Roland de Pury et Georges Casalis. En septembre 1940, Marc Boegner demande aux protestants de ne pas s’engager dans la Légion française de combattants, car le serment d’allégeance vis-à-vis du Maréchal lui semblait ouvrir la voie à des engagements pleins d’ambiguïtés.

Le calvaire des protestants dans le système concentrationnaire

Toute manifestation de vie religieuse étant totalement interdite, « l’évocation de la vie spirituelle dans les camps de concentration doit être empreinte de beaucoup de sobriété » (pasteur Aimé Bonifas) [détenu #20801 dans les bagnes nazis]. Prière individuelle, rares célébrations clandestines, dans des conditions souvent indescriptibles. De nombreux écrits évoquent ces personnalités qui ont témoigné de leur liberté intérieure et de leur solidarité en rapport avec leur force spirituelle.

Références :

3. Confrontation entre catholiques conservateurs et nazis

Du côté catholique, dès 1931,  les évêques allemands interdisent aux catholiques de joindre le NSDAP en déclarant qu’« on ne peut être catholique et nazi à la fois ». Joseph Goebbels lance alors une campagne d’intimidation contre Mgr Bernhard Lichtenberg. En 1933, après la prise de pouvoir des nazis, son logement est fouillé par la Gestapo. En 1935, ayant appris la réalité des camps de concentration, il proteste dans une lettre adressée à Hermann Göring. Suite aux premiers pogroms en 1938,  Mgr Lichtenberg déclare dans un sermon qu’il priera publiquement chaque jour à la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin pour les Juifs et les chrétiens non-aryens persécutés. En 1941, il est arrêté par les SS, emprisonné et torturé. Il leur répond : « Je n’ai qu’un seul Führer : Jésus-Christ ». Bernhard Lichtenberg meurt déporté en 1943.

Après son ascension au pouvoir en 1933, Hitler s’était arrangé pour signer un accord concordataire avec l’Église romaine, placant la catholicité allemande dans le giron de l’État tout en garantissant, théoriquement, les droits de l’Église et des familles chrétiennes. L’article 14 du concordat stipulait que « Les nominations d’archevêques, d’évêques et toute autre nomination ne deviendront définitives que lorsque le représentant du Reich aura donné son accord. »

Comme en Italie, le concordat n’est pas respecté. Lors de la Nuit des Longs Couteaux, les dirigeants des mouvements de jeunesse catholique sont exécutés par les SS. À partir de l’automne 1933, les Nazis persécutent le clergé. Au cours de l’été 1934, le chancelier autrichien Dolfuss, fervent catholique, est assassiné. Face au viol continuel du concordat, Rome réagit en mettant à l’Index Le Mythe du XXe siècle, de l’idéologue nazi Alfred Rosenberg et en adressant 55 lettres de protestation entre 1933 et 1937, date de la condamnation officielle de l’attitude et l’idéologie du gouvernement de Berlin par le  par l’encyclique antinazie Mit Brennender Sorge du pape Pie XI. Ce texte condamnant le racisme et les tendances païennes du régime est interdite de diffusion par la Gestapo. Suite à sa lecture publique dans les églises, 1100 prêtres allemands sont arrêtés. 447 d’entre eux ainsi que plusieurs évêques sont internés à Dachau, 94 y laissent leurs vies.

Références :

4. L’hostilité du Führer à la foi chrétienne

Hitler éprouvait un grand intérêt pour la religion islamique et regrettait que ses armées n’eussent pas triomphé à Poitiers :

« Le gouvernement aussi des Arabes en Espagne fut quelque chose d’infiniment distingué : les plus grands scientifiques, penseurs, astronomes, mathématiciens, une des époques les plus humaines, en même temps qu’une chevalerie colossale. Lorsque, plus tard, y vint le christianisme, alors on peut dire : les barbares. La chevalerie qu’avaient les Castillans était en réalité un héritage arabe. Si Charles Martel n’avait pas vaincu à Poitiers, puisque le monde juif s’était déjà emparé de nous – que le christianisme est bien quelque chose de fade – nous aurions bien mieux encore reçu le mahométisme, cette doctrine de la récompense de l’héroïsme : le combattant seul a le septième ciel ! Les Germains auraient avec cela conquis le monde, ce n’est que par le christianisme que nous en avons été tenus éloignés. »

Source : François Genoud, Libres propos d’Adolf Hitler sur la Guerre et la Paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, Paris, Frammarion, 1952. Martin Bormann était Chef de la Chancellerie du NSDAP. Ces extraits de conversations furent transcrits et par le Sous-Secrétaire d’État nazi Heinrich Heims et transmis de Berlin à sa femme Gerda Bormann au Nid d’Aigle en Bavière. François Genoud les compila et les publia par la suite. Les propos ici cités ont été tenus à son Quartier-Général le 27 août 1942.

Hitler était mécontent que les Allemands vouent un culte au Christ et non aux autres religions orientales :

« Et cette fois nous éprouvons une violente sensation de colère à la pensée que des Allemands ont pu s’enliser dans des doctrines théologiques privées d’une quelconque profondeur quand sur la vaste terre il y en a d’autres, comme celle de Confucius, de Bouddha et de Mahomet, qui à l’inquiétude religieuse offrent un aliment d’une bien autre valeur. »

Hitler avait en haute estime les anciennes croyances païennes :

« Le paysan doit savoir ce que l’Église lui a dérobé : l’appréhension mystérieuse et directe de la Nature, le contact instinctif, la communion avec l’Esprit de la terre. C’est ainsi qu’il doit apprendre à haïr l’Église. Il doit apprendre progressivement par quels trucs les prêtres ont volé leur âme aux Allemands. Nous gratterons le vernis chrétien et nous retrouverons la religion de notre race. »

Hitler planifiait détruire l’Église une fois qu’il en aurait fini avec les Juifs, trisomiques, démocrates, et autres ennemis du national-socialisme :

« Quant aux autres, je n’ai pas besoin d’eux, Je vous garantis que, si je le veux, j’anéantirai l’Église en quelques années, tant cet appareil religieux est creux, fragile et mensonger. Il suffira d’y porter un coup sérieux pour le démolir. Nous les prendrons par leur rapacité et leur goût proverbial des bonnes choses. Je leur donne tout au plus quelques années de sursis. Pourquoi nous disputer ? Ils avaleront tout, à la condition de pouvoir conserver leur situation matérielle. Ils succomberont sans combat. Ils flairent déjà d’où souffle le vent, car ils sont loin d’être bêtes. »

Hitler croyait que l’Église et les membres du clergé étaient aussi mauvais que les Noirs et les Juifs :

« Je leur arracherais du visage leur masque de respectabilité. Et si cela ne suffit pas, je les rendrais ridicules et méprisables. Je ferai tourner des films qui raconteront l’histoire des hommes noirs. Alors on pourra voir de près l’entassement de folie, d’égoïsme sordide, d’abrutissement et de tromperie qu’est leur Eglise. On verra comment ils ont fait sortir l’argent du pays, comment ils ont rivalisé d’avidité avec les juifs, comment ils ont favorisé les pratiques les plus honteuses. Nous rendrons le spectacle si excitant que tout le monde voudra le voir et qu’on fera de longues queues à la porte des cinémas. Et si les cheveux se dressent sur la tête des bourgeois dévots, tant mieux. »

Hitler avait la ferme intention de combattre l’Église romaine :

« L’Église catholique, c’est une grande chose. […] Mais leur temps est passé. Du reste, ils le savent bien. Ils ont assez d’esprit pour le comprendre et pour ne pas se laisser entraîner dans le combat. Si toutefois ils voulaient entamer la lutte, je n’en ferais certainement pas des martyrs. Je me contenterais de les dénoncer comme de vulgaires criminels. »

L’« Église allemande unie » qu’Hitler voulait créer n’était qu’une étape de son plan pour mettre les églises sous son contrôle et éventuellement les détruire :

« Laissons de côté les subtilités. Qu’il s’agisse de l’Ancien Testament ou du Nouveau, ou des seules paroles du Christ, comme le voudrait Houston Stewart Chamberlain, tout cela n’est qu’un seul et même bluff judaïque. Une église allemande ! Un christianisme allemand ? Quelle blague ! On est ou bien chrétien ou bien allemand, mais on ne peut être les deux à la fois. »

Hitler espérait que les Allemands oublieraient le christianisme en faveur d’une nouvelle foi germanique :

« Pour notre peuple, au contraire, la religion est affaire capitale. Tout dépend de savoir s’il restera fidèle à la religion judéo-chrétienne et à la morale servile de la pitié, ou s’il aura une foi nouvelle forte, héroïque, en lui-même, en un Dieu indissociable de son destin et de son sang. »

La relative tolérance de l’Église n’était qu’un plan d’Hitler pour éventuellement l’éradiquer :

« Le fascisme peut, s’il le veut, faire sa paix avec l’Église. Je ferai de même. Pourquoi pas ? Cela ne m’empêchera nullement d’extirper le christianisme de l’Allemagne. Les Italiens, gens naïfs, peuvent être en même temps des païens et des chrétiens. Les Italiens et les Français, ceux qu’on rencontre à la campagne, sont des païens. Leur christianisme est superficiel, reste à l’épiderme. Mais l’Allemand est différent. Il prend les choses au sérieux : il est chrétien ou païen, mais non l’un et l’autre. D’ailleurs, comme Mussolini n’arrivera jamais à faire de ses fascistes des héros, peu importe qu’ils soient païens ou chrétiens. »

Source des huit citations ci-dessus : Hermann Rauschning, Hitler m’a dit, Paris, Hachette, 1995 (1939), pages 91-99. Ces propos furent prononcés en 1933-1934.

Hitler haïssait le christianisme à cause de ses liens avec le judaïsme :

« D’autres enfin, et c’est évidemment le courant dominant, celui auquel Hitler s’associe, se bornent à une critique acerbe du christianisme, conçu comme une religion orientale, déformée sous l’action de Saint Paul, marquée du sceau des Juifs, une religion de dégénérés et de malades, dont la morale, sous le nom de charité, de pitié, de résignation, de pardon des injures, d’amour du prochain, enseigne la faiblesse, la peur, la lâcheté, les scrupules, le déshonneur, s’oppose à toutes les vertus martiales et achemine les peuples à l’esclavage. »

Source : André François-Poncet, Souvenirs d’une ambassade à Berlin de 1931 à 1938, Paris, Flammarion, 1946, page 80.

Un des collaborateurs les plus proches et les plus dévoués d’Hitler considérait le paganisme gréco-romain comme de même valeur que le christianisme :

« Le christianisme et la syphilis avaient rendu l’humanité malheureuse et l’avaient privée de liberté. Quelle différence entre un Zeus souriant bienveillant et sage, et un Christ crucifié et tiraillé par la souffrance ? »

Source : Josef Goebbels citant Arthur Schopenhauer dans son journal intime, le 8 avril 1941. Schopenhauer avait aussi un opinion favorable de l’hindouisme et du bouddhisme.

Hitler croyait que l’Église était une ennemie des Allemands :

« Le germanisme dut ainsi rétrograder lentement, mais sans arrêt, devant cet abus sournois de la religion et faute de toute défense suffisante. […] Les efforts anti-allemands des Habsbourg ne trouvèrent point, surtout parmi le clergé supérieur, l’opposition qui s’imposait, et la défense même des intérêts allemands fut complètement négligée. L’impression générale ne pouvait pas varier : le clergé catholique tel quel causait un brutal préjudice aux droits des Allemands. Il paraissait donc que l’Église non seulement n’était pas de cœur avec le peuple allemand, mais qu’elle se rangeait de la façon la plus injuste aux côtés de ses adversaires. La raison de tout le mal, d’après Schoenerer, résidait dans le fait que la tête de l’Église catholique ne se trouvait point en Allemagne ; et c’était là une cause suffisante de son attitude hostile aux intérêts de notre nation. »

Source : Adolf Hitler, Mon Combat : Mein Kampf, Le Vaumain (Oise), Nouvelles Éditions Latines, 1934 (1924), pages 112-113.

Il n’est donc pas surprenant que cette attitude hostile au christianisme se soit traduite par plusieurs politiques antichrétiennes, notamment en forçant les églises protestantes à inclure une mention d’adhésion aux idées du régime hitlérien dans leurs confessions de foi et en interdisant la publication de tout écrit théologique n’allant pas dans le sens de l’idéologie de l’« Église du Reich ».

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