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Monument de Chanforan (nord-ouest de l'Italie), commémorant l'adhésion des vaudois à la Réformation au synode de 1532

Monument de Chanforan (nord-ouest de l’Italie), commémorant l’adhésion des vaudois à la Réformation au synode de 1532

Lorsque un débat survient entre des chrétiens protestants et des catholiques romains, les protestants éprouvent rarement de la difficulté à démontrer les assises scripturaires de leur théologie. Cependant, un point où leur discours est parfois boiteux est celui de la continuité historique. Notre Sauveur Jésus-Christ a affirmé « je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28:20) et que « les portes de l’Enfer ne prévaudront point » contre l’Église (Matthieu 16:18). Malheureusement, les protestants modernes sont rarement capables d’identifier le ou les groupes ayant constitués le véritable peuple de Dieu sur terre pour la période allant du Ve au XVIe siècle. Lorsque confrontés à ce défi, quelques protestants savent expliquer que l’Église des quatre premiers siècles a, dans l’ensemble, maintenu un niveau d’orthodoxie biblique acceptable jusqu’au du Ve siècle environ. En effet, « jusqu’à la mort de Valentinien III (455), le saint n’apparaît que comme modèle », explique Jean-Michel Matz. « Aucun culte des saints [qui est une forme d’idolâtrie polythéiste] n’est attesté en Gaule avant la fin du IVe siècle, on peut donc dire que cette forme de piété s’est constituée au cours des Ve et VIe siècles », renchérit Brigitte Beaujard.

Certains protestants savent aussi rappeler l’existence des vaudois du sud-est de la France et du nord-ouest de l’Italie qui maintinrent un christianisme plus authentique, sa plaçant ainsi en précurseurs de la Réformation protestante du XVIe siècle. Or classiquement, on croit que le fondateur des vaudois (terme dérivé de « vallées ») est le prédicateur Pierre Valdo (1140-1217). Conséquemment, l’apologétique protestante  est placée devant un écart d’un demi-millénaire — du Ve au XIIe siècles — période pendant laquelle il n’est a priori pas clair qui était le peuple de Dieu  sur terre, et ce peuple était situé. Cette difficulté n’est pas insurmontable. Pour y répondre, je citerai des extraits de l’ouvrage d’Antoine Monastier, Histoire de l’Église vaudoise depuis son origine, paru à Lausanne chez Georges Bridel en 1847, chapitres 3 et 4 du tome 1, où est défendue la thèse d’une continuité du christianisme biblique isolé dans les Alpes et les Pyrénées du Ve au XVIe siècle. Les textes entre crochets sont mes ajouts.

ValleVaudoise

CHAPITRE III — RÉSISTANCE QUE LES DOCTRINES ET LES CÉRÉMONIES NOUVELLES RENCONTRENT DANS L’ÉGLISE

L’Église chrétienne n’abandonna pas le droit sentier de la saine doctrine, la pureté et la simplicité de la vie cachée avec Christ, sans une longue résistance de la partie saine de ses membres. Qui racontera tous les efforts faits pour détourner un si grand malheur? Qui dira tout ce qui fut tenté pour empêcher un tel naufrage, pour arrêter une si grande ruine? Les documents sur ce point arrivés jusqu’à nous sont peu nombreux. Ils ne nous sont parvenus que par l’entremise du parti vainqueur. Nous sommes réduits à glaner dans son champ les quelques épis qu’il n’a pu soustraire à nos regards.

[…]

Le pape Célestin Ier, écrivant aux évêques des provinces Viennoise et Narbonnaise dans les Gaules, entre l’an 423 et 432, se plaint à eux de la permission qu’ils accordaient à des prêtres étrangers de prêcher à leur gré et d’agiter des questions indisciplinées qui amenaient des discussions dans l’Église (le même pape, dans une seconde lettre aux mêmes prélats, leur dénonce encore d’autres prêtres qui […] refusent la pénitence aux mourants, sans doute l’absolution). [Dans la première lettre] il affecte de ne pas préciser l’objet de sa plainte. Cependant la fin de sa lettre fait comprendre qu’il est question des saints, et que les prédicateurs qu’il a en vue ne sont pas favorables aux erreurs propagées sur cette doctrine. Voici ses expressions: « Cependant, dit-il, nous ne devons pas nous » étonner s’ils osent de telles choses envers les vivants, ceux qui s’efforcent de détruire la mémoire de nos frères maintenant dans le repos. » De ce fait on peut conclure, il nous semble, que les Églises des Gaules n’étaient pas alors favorables aux images et à l’invocation des saints, et qu’un nombre considérable de prêtres résistaient courageusement à l’envahissement de cette fausse doctrine. [Pour que l’on puisse donner cette interprétation à ces lettres de Célestin Ier, il faut prendre en compte la controverse qui agitait alors la Chrétienté à propos du culte des reliques. Lire la suite.]

Vers ce même temps, à la fin du IVe siècle, un nouveau fait, en confirmant l’état de l’Église des Gaules, nous apprend que la Lombardie avait aussi ses fidèles opposés à la cause des images et aux autres nouveautés. Vigilance (ou Vigilantius), homme instruit, quoique saint Jérôme avance le contraire, originaire de Comminge en Aquitaine, était prêtre et en avait exercé les fonctions à Barcelone ou dans le voisinage. Ayant fait un [voyage] en Orient, il s’y trouva en présence de saint Jérôme, solitaire célèbre. Ce fut vainement que le cénobite essaya de convaincre Vigilance et de lui taire approuver ses opinions sur les reliques, les saints, les images, les prières qu’on leur adressait, les cierges que l’on tenait allumés sur les tombeaux, les pèlerinages, les jeûnes, le célibat des prêtres, la vie solitaire, etc., Vigilance resta inébranlable. Il paraît qu’à son retour, ce prêtre opposé aux nouvelles doctrines [demeura un certain temps] en Lombardie, on pourrait même croire vers les Alpes Cottiennes (situées au nord du mont Viso, là même où s’étendent les vallées vaudoises actuelles), où il trouva un refuge. C’est saint Jérôme lui-même qui nous l’apprend dans une de ses lettres à Ripaire. « J’ai vu, dit-il, il y a quelque temps, ce monstre appelé, Vigilance. J’ai voulu, par des passages des saintes Écritures, enchaîner ce furibond, comme avec les liens que conseille Hippocrate mais il est parti, il s’est retiré, il s’est précipité, il s’est évadé, et depuis l’espace qui est entre les Alpes où a régné Cottus et les flots de l’Adriatique, il a crié jusqu’à moi, Ô crime! il a trouvé des évêques complices de sa scélératesse. »

On le voit par ce passage, les évêques de la Lombardie avaient approuvé Vigilance, et, comme lui, s’opposaient à l’introduction des erreurs mentionnées plus haut. En Lombardie, il le paraît, des Églises nombreuses avaient donc conservé plus ou moins la saine doctrine.

[[ Lisez également cette page d’Info-Bible sur la confrontation entre Vigilance de Calagurris et Jérôme de Stridon à propos du culte des reliques. Dans son étude sur l’émergence du culte des saints en Occident pendant l’Antiquité tardive, Peter Brown note que Vigilance de Calagurris « se fit l’interprète d’hommes qui craignaient que l’extension prise par des fidélités ostentatoires et très individualisées aux saints morts ne brisât la communauté idéale des croyants. Les pratiques fixaient les saints sur le lieu de leur tombe, qui n’était pas accessible à tous, créant ainsi une topographie religieuse privilégiée du monde romain, d’où les communautés chrétiennes périphériques pouvaient se sentir exclues. […] Le danger que les nouvelles féries des martyrs n’éclipsent le grand jour, commun à tous, de Pâques, étaient des sujets d’inquiétude réels et bien compréhensibles au sein du clergé local de Gaule méridionale et d’Espagne » (Peter Brown, p. 47-48).

Insistons que Vigilance ne fut pas le seul partisan de l’orthodoxie chrétienne au tournant du Ve siècle. Plusieurs chrétiens « réagissent contre une prédication qui fait trop de place à la virginité et déconsidère le mariage, qui brise les familles et interrompt les lignées. Si les papes Damase et Sirice sont favorables au mouvement dans ses débuts, il n’en est pas de même de tous les clercs de Rome et d’Occident. [… Les théologiens Jovinien, HelvidiusAmbrosiaster et Bonose de Sardique] s’en prennent à ceux qui préconisent la supériorité de la virginité sur le mariage, ce qui provoque Jérôme à écrire contre [les deux premiers d’entre] eux de violents pamphlets. Mais Jérôme lui-même est contesté, expulsé de Rome, et son ouvrage contre Jovinien y fait scandale » (dixit Pierre Maraval). Les prêches et les écrits de ces hommes de Dieu connurent un franc succès et firent de nombreux prosélytes parmi la population (dont Sarmatianus et Barbatianus à Milan). Ils défendirent le mariage chrétien et exposèrent l’impertinence de l’ascétisme expiatoire, entraînant beaucoup de moines et de moniales à se défroquer et à prendre époux(se). Chassé de Rome puis de Milan pour ses opinions bibliques, Jovinien se réfugia à Verceil dans le Piémont. ]]

Un des faits les plus saillants de la résistance de l’Église fidèle à l’envahissement des erreurs, dont Rome fut le centre, est l’épiscopat de Claude de Turin. […] Claude d’abord chapelain de Louis-le-Débonnaire, déjà du vivant de Charlemagne, fut nommé par le premier de ces princes évêque de Turin, vers l’an 822, sous le pontificat de Pascal Ier, qui mourut le 13 mai 824, et administra le diocèse jusqu’en 839, époque de sa mort, à ce que l’on croit. Prédicateur éloquent et versé dans la connaissance de la Parole de Dieu, il exerça un ministère actif et fructueux durant dix-sept années, et, ce qui est le caractère le plus apparent de son œuvre, il fit disparaître des basiliques toutes les images.

Miné par les partisans de ce culte inconnu à la primitive Église, il écrivit quelques livres pour répondre aux adversaires du dehors. Ces écrits sont perdus, à l’exception des lambeaux que Jonas d’Orléans, son adversaire, nous en a conservés. Bien qu’incomplets et mutilés, ils restent un éclatant témoignage de la doctrine prêchée durant dix-sept ans, dans les mêmes contrées où nous la trouverons plus tard professée par les Vaudois. […] L’écrit de Claude de Turin que Jonas d’Orléans nous a conservé, ainsi que Dungal [de Bobbio ?], est intitulé Réponse apologétique de Claude, évêque, à l’abbé Théodémir.

Je n’enseigne point une nouvelle secte, moi qui reste dans l’unité (de l’Église) et qui proclame la vérité. Mais, autant qu’il a dépendu de moi, j’ai étouffé les sectes, les schismes, les superstitions et les hérésies, et je les ai combattus, écrasés, renversés, et, Dieu aidant, je ne cesse de les renverser autant qu’il dépend de moi. Depuis que, malgré moi, je me suis chargé du fardeau de l’épiscopat, et, que, envoyé par le pieux Louis, fils de la sainte Église de Dieu, je suis arrivé en Italie, j’ai trouvé à Turin toutes les basiliques remplies de souillures dignes d’anathème et d’images, contrairement à l’ordre de la vérité ; et, comme tout ce que les autres adoraient, seul je l’ai renversé […] Ce qui est dit clairement [dans la Bible] : Tu ne feras aucune ressemblance des choses qui sont au ciel, ni sur la terre, etc., s’entend non-seulement de la ressemblance des dieux étrangers mais aussi des créatures célestes et de ce que l’esprit humain a pu inventer […].

Nous ne prétendons pas, disent ceux contre qui nous défendons l’Église, nous ne prétendons pas que l’image que nous adorons ait quelque chose de divin, mais nous l’adorons avec le respect qui est dû à celui qu’elles représentent. A quoi nous répondons : que si les images des saints sont adorées d’un culte diabolique, mes adversaires n’ont pas abandonné les idoles, ils n’ont fait qu’en changer le nom. […] le nom est changé, mais l’erreur reste et demeure à toujours, en ce sens qu’ils ont une image de dieu privée de vie et de raison […]

Il faut donc bien retenir ceci, c’est que tous ceux qui accordent les honneurs divins, non-seulement à des images visibles, mais à une créature quelconque, qu’elle soit céleste ou terrestre, spirituelle, ou corporelle, et qui attendent d’elle le salut qui vient de Dieu seul, sont de ceux dont parle l’Apôtre quand il dit : Ils ont servi la créature plutôt que le Créateur.

Pourquoi t’humilies-tu et t’inclines-tu devant de vaines images ? Pourquoi courbes-tu ton corps devant des simulacres insensés, terrestres, esclaves ? Dieu t’a créé droit, et tandis que les animaux sont penchés vers la terre, il veut que tu élèves tes yeux au ciel et que tu portes tes regards vers le Seigneur. C’est là qu’il faut regarder ; c’est là qu’il faut lever les yeux. C’est en haut qu’il faut chercher Dieu, pour apprendre à se passer de la terre. Élève donc ton coeur au ciel ; pourquoi t’étendre dans la poussière de la mort avec l’image insensible que tu sers ? Pourquoi te livrer au diable pour elle et avec elle? Garde l’élévation où tu es né ; maintiens-toi tel que Dieu t’a fait.

[…]

Convertissez-vous, prévaricateurs, qui vous êtes retirés de la vérité, et qui aimez la vanité, et qui êtes devenus vains, qui crucifiez de nouveau le Fils de Dieu et l’exposez à l’ignominie, qui avez rendu ainsi une foule d’âmes complices des démons, et qui, les éloignant de leur Créateur, au moyen des sacrilèges détestables de vos images, les avez abattues et précipitées dans la damnation éternelle.

[…]

Quant à ce que tu [l’abbé Théodémir] me reproches que j’empêche le monde de courir en pèlerinage à Rome pour y faire pénitence, tu ne dis pas la vérité. En effet, je n’approuve pas le voyage, parce que je sais qu’il ne nuit pas à tous et qu’il n’est pas utile à tous; qu’il ne profite pas à tous et qu’il n’est pas dommageable à tous. Je veux premièrement te demander à toi-même, si tu reconnais que c’est faire pénitence que d’aller à Rome, pourquoi depuis si longtemps as-tu damné tant d’âmes que tu as retenues dans ton monastère et que tu y as même reçues pour y faire pénitence, les ayant obligées à te servir, au lien de les envoyer à Rome ? […]

Nous savons bien que cette sentence de l’Évangile est très-mal entendue : Tu es Pierre et sur cette pierre j’édifierai mon Église, et je te donnerai les clefs du royaume des cieux. C’est en vertu de ces paroles du Seigneur qu’une tourbe ignorante, négligeant toute intelligence spirituelle, tient à se rendre à Rome pour acquérir la vie éternelle. Celui qui entend convenablement les clefs du royaume des cieux ne recherche pas une intercession locale de saint Pierre. En effet, si nous examinons la valeur des paroles du Seigneur, il n’a pas été dit à saint Pierre seul Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. En effet, ce ministère appartient à tous les vrais surveillants et pasteurs de l’Église, qui l’exercent tandis qu’ils sont en ce monde; et quand ils ont payé la dette de la mort [quand ils sont décédés], d’autres succèdent à leur place et jouissent de la même autorité et puissance.

[…]

La cinquième chose que tu ma reproches, c’est qu’il te déplaît que dominus Apostolicus (monsieur l’Apostolique) se soit indigné contre moi (tu parles ainsi du défunt évêque de Rome, Pascal), et qu’il m’ait honoré de ma charge. Mais puisque apostolique veut en quelque sorte dire gardien d’apôtre, il ne faut certes pas appeler apostolique celui qui est assis dans la chaire de l’Apôtre, mais celui qui remplit les fonctions d’apôtre. Quant à ceux qui occupent cette chaire sans en remplir les devoirs, le Seigneur a dit : Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse ; observez et faites ce qu’ils vous diront – mais ne faites pas comme ils font, parce qu’ils disent et ne font pas.

La lecture attentive de cette lettre montre avec évidence le caractère chrétien et éminemment évangélique de Claude de Turin. On y voit que la source où il puise son courage et sa fidélité est la Parole de Dieu, et l’on peut conclure de l’emploi continuel qu’il fait de l’Écriture dans ses écrits, qu’il l’a prêchée et répandue dans son diocèse ; qu’il a dû donner un élan nouveau a l’étude des saintes lettres, exciter les ministres de la religion à n’enseigner que ce qu’elles contiennent, et conduire les brebis confiées à ses soins au seul Berger céleste qui puisse les paître et les sauver éternellement.

Il est facile de se figurer l’immense influence qu’a dû exercer un tel homme durant un épiscopat de dix-sept ans environ. Et lors même qu’on réussirait à prouver, ce qui n’est pas possible, que son œuvre a été isolée, sans antécédents, sans conséquences ultérieures remarquables; si l’on démontrait que les évêques qui le suivirent ont tous travaillé à la détruire, il n’en demeurerait pas moins certain qu’elle a eu lieu, et il resterait toujours la possibilité, bien plus la probabilité, qu’elle se sera perpétuée après lui dans bien des cœurs, tout au moins dans quelqu’une des parties de son vaste diocèse, dans les vallées des Alpes vaudoises, par exemple, moins exposées que la plaine au brusque envahissement de l’autorité des papes.

[…]

Claude de Turin n’a pas été un novateur. Son œuvre n’a pas été isolée. Tout ce que nous avons rapporté de la résistance de l’Église fidèle le prouve. C’était déjà dans ces mêmes contrées, on dans les contrées voisines, que Vigilance avait trouvé un refuge auprès d’évêques professant comme lui une doctrine opposée au culte des images et des saints, aux cérémonies sur les tombeaux, aux pèlerinages, aux jeûnes, au célibat des prêtres et à la vie monastique. N’oublions pas que Serenus, de l’autre côté des Alpes, au commencement du VIIe siècle, avait accompli une œuvre pareille à celle de Claude de Turin, dans le diocèse de Marseille.

[…]

On doit encore faire attention qu’Agobard, archevêque de Lyon [le « prélat des Gaules » !], partageait entièrement les opinions de Claude de Turin, son contemporain, comme en font foi ses écrits [Liber de imaginibus].

[…]

Cet évêque de Turin, homme éloquent et de mœurs austères, eut un grand nombre de partisans. Ceux-ci, anathématisés par le pape, poursuivis par les princes laïques, furent chassés de la plaine et forcés de se réfugier dans les montagnes, où ils se maintinrent dès-lors, toujours comprimés et toujours cherchant à s’étendre.

CHAPITRE IV — VESTIGES DE L’ÉGLISE FIDÈLE AU Xe ET XIe SIÈCLES

L’épiscopat de Claude de Turin semble d’abord le dernier fait éclatant de la résistance de la partie saine de l’Église chrétienne aux envahissements des erreurs propagées en Occident. En effet, de Claude de Turin jusqu’aux écrits des Vaudois, c’est-à-dire de la première moitié du IXe siècle jusqu’au commencement du XIIe, l’histoire de l’Église fidèle n’offre que peu de faits saillants et connus. Cependant elle n’en est pas entièrement privée. Une étude intelligente et un examen consciencieux font découvrir des faits clairsemés, qui n’apparaissent d’abord que comme des traces à demi-effacées, mais dans lesquelles on reconnaît bientôt la marque d’une Église envahie, mais toujours militante. Ces faits empreints sur la route de ce monde, à des distances inégales, et souvent en divers lieux, convergent vers un centre et ramènent aux contrées dans lesquelles nous trouverons prochainement une Église évangélique, vivant d’une vie chrétienne avancée selon la doctrine des apôtres. […]

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Monastier cite ensuite les témoignages de l’évêque Atto de Verceil en 945, de l’abbé Radulphe de St-Thron vers 1108, et de Bruno d’Asti en 1120, qui, sans mentionner explicitement les vaudois, attestent de l’existence d’une communauté chrétienne indépendante de la hiérarchie catholique et localisée dans le nord-ouest de l’Italie à cette époque. Ce ces trois témoignages, le plus intéressant est celui de Radulphe, qui était aussi évêque de Segni et abbé du Montcassin. Radulphe écrit que les soi-disant hérétiques qui habitaient les Alpes affirmaient que leur origine remontait au pape Léon Ier, ce qui est un excellent indicateur puisque l’historiographie protestante considère que c’est vraiment avec ce pape romain que l’Église officielle a définitivement glissé dans la décadence. Tout compte fait, la thèse de la continuité historique des chrétiens vaudois du Ve au XIIe siècle semble tenable. Les ministères des pasteurs Claude de Turin et Agobard de Lyon, qui au IXe siècle combattirent le culte des saints et des icônes, rendent vraisemblable, chronologiquement et géographiquement, la thèse voulant que des chrétiens de ces diocèses se réfugièrent ultérieurement dans les Alpes et y maintinrent la vraie foi pendant des siècles. Par ailleurs, dans le tome 2 de son cet ouvrage de Monastier, figure un appendice où sont reproduits plusieurs documents vaudois qui sont, selon les manuscrits médiévaux, antérieurs au XIIe siècle. Nous voudrions que la période couvrant les VIe, VIIe et VIIIe siècles soit mieux documentée pour ces régions ; peut-être que des recherches supplémentaires pallieront éventuellement à cette lacune. (Toutefois, ne perdons pas de vue l’iconoclasme byzantin qui représente une vif regain de puissance de l’Église biblique pendant ces siècles.)

Il faut cependant nous dissocier d’un excès qu’Antoine Monastier partagea avec Edmund Hamer Broadbent. Ces hommes, par réflexe anti-catholique, tendirent à voir dans toutes les dissidences au catholicisme pré-moderne des forme de piété évangélique, ce qui les conduisirent à considérer les manichéens, les bogomiles et les cathares/albigeois comme des chrétiens bibliques, alors qu’il est fermement établit que ces groupes étaient absolument hérétiques.

Une carte pour situer l’étendue de la diffusion du valdéisme…

Frontispice de l’Histoire ecclésiastique des Églises réformées au Royaume de France, par Théodore de Bèze, 1580.

Une excellente synthèse de la Revue d’histoire de l’Université de Sherbrooke

Résistance et révolution politique dans la postérité calvinienne

« C’est le peuple qui établit les rois, qui leur met les sceptres dans les mains, et qui par ses suffrages approuve leur élection. »
— Hubert Languet (1518-1581)

« Christ, not man, is King. »
— Oliver Cromwell (1599-1658)

« Where the Spirit of the Lord is, there is Liberty. »
— 2 Corinthiens 3:17, cité sur une bannière du bicentenaire de la Révolution américaine (1776-1976)

L’année 2009 a marqué le 500e anniversaire de la naissance du réformateur protestant Jean Calvin (1509-1564). Dans le cadre de cette commémoration internationale, des chercheurs se proposent de prendre la pleine mesure de l’influence et des limites de son influence historique au fils des générations et à travers le monde. Tâche gigantesque s’il en est une ! […] J’aborderai d’abord brièvement la théorie de la résistance aux tyrans dans le contexte des Guerres de religion en France au XVIe siècle. Ensuite, je montrerai la résonance que cette pensée, pleine de potentialités, a trouvée dans trois exemples historiques, soit :

  1. La Guerre de la Liberté aux Pays-Bas du Nord (1568-1648) ;
  2. La Guerre civile sous Olivier Cromwell (1642-1649) suivies de la Glorieuse Révolution (1688) en Angleterre ;
  3. La postérité révolutionnaire calviniste dans la Guerre d’Indépendance américaine (1776).

Dans sa synthèse sur l’histoire du protestantisme, É.G. Léonard a qualifié Calvin de « fondateur d’une civilisation ». À la fin de son premier tome, il soutient une thèse forte : « Il était réservé au Français et au juriste Calvin de créer, plus qu’une théologie nouvelle, un homme nouveau et un monde nouveau. L’homme “réformé” et le monde moderne. » La question est donc lancée : Calvin et ses héritiers ont-ils fondé la civilisation moderne ?

On sait qu’à la suite des travaux de Max Weber, toute une historiographie a tenté de démontrer que l’ethos du travail dans le calvinisme a contribué au développement du capitalisme. Cette interprétation a depuis été nuancée. On laissera donc ici de côté la portée économique de l’éthique calvinienne pour s’intéresser aux rapports qui unissent la réflexion théologique du réformateur et de ses héritiers et leurs prolongements dans la sphère politique appliquée. Ceci mènera, en conclusion, à s’interroger sur l’importance de la religion dans les mutations sociales et au sens qu’il faut donner au terme révolution dans les sociétés d’Ancien Régime (i.e. avant 1789).

La question au cœur de cette réflexion se trouve posée par un passage du Nouveau Testament qui a fait l’objet de nombreux commentaires aux cours des siècles. Dans l’Épître aux Romains (13:1-2), Saint Paul a édicté les normes suivantes concernant l’obéissance des sujets aux autorités politiques :

Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n’y a d’autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui. Ainsi, celui qui s’oppose à l’autorité se rebelle contre l’ordre voulu par Dieu, et les rebelles attireront la condamnation sur eux-mêmes.

[Selon une lecture irréfléchie], l’obéissance aux pouvoirs établis doit être totale. Toute possibilité de révolte est exclue. Or la difficulté à laquelle les protestants furent confrontés était la suivante : quelle obéissance devaient-ils à un roi, à un prince ou à un magistrat qui se comportait en tyran et qui s’opposait à la vraie foi en persécutant ses propres sujets ? Une telle autorité était-elle légitime et approuvée de Dieu ? Plus concrètement, le (la) fidèle devait-il (elle) soumission et obéissance à un tel pouvoir ? La question n’était pas récente. Elle remontait à l’Église primitive, persécutée par les Césars romains dont Dioclétien fut le dernier en date.

La réponse à cette interrogation, au XVIe siècle, connut un développement long, complexe et parfois contradictoire. Calvin et ses coreligionnaires ont, pour la plupart, repris les thèses développées par les juristes et les théologiens luthériens qui furent, avant eux, confrontés au dilemme de l’obéissance à des princes catholiques et à l’empereur Charles Quint qui voulaient abolir la foi nouvelle après la Diète de Spire (1529). Le temps manque ici pour citer les textes des premiers théoriciens de la résistance aux magistrats. Contentons-nous de relever trois étapes importantes dans le traitement de ce problème.

Premièrement, les réformateurs reconnaîtront aux sujets protestants le droit à la désobéissance, droit qui doit être distingué de celui à la résistance active contre le tyran. Ensuite, émerge l’idée d’un droit à la résistance, mais qui exclue derechef toute sédition armée et privée. Dans cette optique, seuls des magistrats dûment institués peuvent s’opposer à des magistrats iniques qui, par leurs comportements, se sont privés de leur devoirs conférés par Dieu. Finalement, sous la pression de luttes antagonistes, apparaît l’idée que la résistance aux tyrans est non seulement un droit, mais un devoir. Le fait intéressant à relever est que les théoriciens réformés ne se limitèrent plus à des arguments tirés des Écritures Saintes, mais qu’ils élargirent leurs investigations à l’histoire gréco-latine et aux chroniques d’histoire médiévale.

Les guerres de religions en France contribuèrent à la radicalisation du discours sur la résistance politique. Après les tentatives d’« accommodements raisonnables » entre les deux confessions religieuses lors du colloque de Poissy en 1561, les tenants d’une réconciliation entre protestants et catholiques durent déchanter. En 1562, éclatait la première des huit guerres civiles qui allaient déchirer le royaume jusqu’à la proclamation de l’Édit de Nantes (1598). Entre ces deux dates, la Saint-Barthélemy (1572) jeta les Huguenots dans une opposition ouverte contre les Valois.

Les développements politico-religieux sur le droit et le devoir de résister trouvèrent un écho à la même époque dans les communautés calvinistes des Pays-Bas, soumis à la domination de Philippe II. Guillaume d’Orange le Taciturne, converti au calvinisme en 1573, justifia sa prise de pouvoir à la tête des Provinces-Unies contre l’Espagne en s’inspirant de la doctrine calviniste des contrats et de la responsabilité représentative. On citera à ce chapitre les lignes célèbres de la Déclaration d’Indépendance hollandaise de 1581 : « Dieu n’a pas créé les peuples esclaves de leurs princes pour obéir à leurs ordres, qu’ils soient bons ou mauvais ; mais plutôt il a créé les princes pour leur sujets. »

Dans les années 1550, des calvinistes anglais et écossais tentèrent aussi de résoudre le problème de la résistance aux autorités de façon satisfaisante. Il s’agit de John Ponet, de Christopher Goodman et de John Knox. Rappelons que depuis la mort d’Henri VIII, le calvinisme avait largement pénétré le gouvernement anglais du jeune Edouard VI sous la régence d’Edward Seymour, duc de Somerset, et de John Dudley, duc de Northumberland. Peu avant, en 1553, Marie Tudor épouse de Philippe II, avait reprit le pouvoir et tenta d’éradiquer le protestantisme par la force. Plus au Nord, Marie d’Écosse, fille de Jacques V et de Marie de Guise-Lorraine, était revenue dans son royaume après treize années passées en France. Cette reine papiste, figure d’intrigues internationales, devint la cible des attaques féroces du terrible Knox. À la mort d’Élisabeth 1ère (1603), Jacques VI d’Écosse (devenu Jacques Ier d’Angleterre), fils de Marie Stuart et de Charles Ier, monta sur le trône pour gouverner une nation divisée politiquement et religieusement. On constate à partir de ce temps, un divorce progressif entre la couronne et le parlement londonien. Les politiques absolutistes des deux premiers souverains Stuarts aboutirent aux guerres religieuses avec Cromwell. Les historiens nomment cette première révolution, qui conduisit à la décapitation de Charles 1er (1549), la Guerre civile, réservant le terme de révolution aux événements de 1688. Avec l’exécution du roi, la résistance protestante franchit l’étape du régicide. On relèvera avec intérêt que l’acte d’accusation porté contre le monarque fut lu « au nom du peuple d’Angleterre ». On reconnaît ici l’affirmation du concept de souveraineté populaire, à l’instar de Déclaration hollandaise de 1581. Avec la Glorious Revolution (1688), le parlement déclara souveraine la fille de Jacques II, Marie, et son époux George d’Orange, mais il leur imposa le Bill of Rights qui consacra la suprématie parlementaire dont l’autorité du roi découlait. Le principe de souveraineté du peuple était désormais acquis en Angleterre… un siècle avant la Révolution française.

L’influence du calvinisme se fit aussi sentir dans la Guerre d’Indépendance américaine. Les principes de la Constitution de 1787 inspireront plusieurs révolutions en Europe et dans le monde. Il est connu que la Déclaration d’Indépendance s’inscrit sous l’adage du « consentement des gouvernés » (consent of the governed), notion qu’on ne saurait plus à cette date séparer de la souveraineté populaire défendue par les calvinistes depuis près de deux siècles. Vers 1776, les presbytériens représentaient 20 % de la population de la Nouvelle-Angleterre, sans compter les baptistes et les congrégationalistes sympathiques aux thèses réformées. Selon Thomas Jones et Joseph Galloway, deux loyalistes exilés, les presbytériens jouèrent un rôle important dans le Congrès Continental. Pour les calvinistes, la Guerre d’Indépendance unissait de façon insécable des éléments politiques et religieux. On ne saurait trop souligner combien le cadre théorique, élaboré notamment par Locke, puis revu et appliqué par de nombreux acteurs, contribua dans la culture populaire au désir de se gouverner eux-mêmes. La Révolution américaine ne saurait donc se comprendre sans référence au puritanisme. La postérité politico-religieuse calvinienne est donc indéniable tout au long de la modernité. Ce qu’il faut retenir, cependant, c’est que le concept du devoir religieux de résistance fut transformé, ultérieurement, en un concept moderne et politique de droit moral à la résistance dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.

Tout ceci m’amène à soulever deux questions. Premièrement, la place prépondérante de la religion dans les mutations sociales invite à se demander si les concepts politiques occidentaux ne proviennent pas directement de la théologie ? La question n’est pas naïve et mérite une attention sérieuse. Deuxièmement, quels sens précis faut-il donner au vocable révolution dans les sociétés d’Ancien Régime influencées par le protestantisme réformé ?

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Voici le sceau que Thomas Jefferson (auteur de la Déclaration d’Indépendance puis 3e Président américain de 1801 à 1809) et Benjamin Franklin (ambassadeur en France de 1776 à 1785 puis Gouverneur de la Pennsylvanie de 1785 à 1788) proposèrent pour les États-Unis naissants. Il portait la sentence « RÉBELLION AUX TYRANS EST OBÉISSANCE À DIEU » :

Arrière-plan : Moïse guidant les Israélites hors d’Égypte. Avant-plan : Pharaon et son armée engouffrés par la Mer Rouge. Au centre : Un pilier de flammes dans un nuage exprime la présence divine et le commandement céleste.

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Hors-site : “People Should Stand Like Men and Demand their Rights and Liberties” : le motif de la dignité dans le droit de résistance chez Milton [Études Épistémè \ OpenEdition]

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer, dans mes articles La foi biblique de l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge tardif et La juridiction de l’épiscope de Rome ne s’étend pas en dehors de Rome, l’adhésion à la pureté évangélique par des vrais chrétiens face aux errements de la papauté du IIIe siècle jusqu’au Xe siècle de notre ère et les tentatives de redressement ayant eu lieu dès le XIIe siècle avant de culminer dans la Réformation protestante du XVIe siècle. À ce chapitre, on connaît bien les iconoclastes de Byzance, les vaudois en Provence & Piémont, les wiclifites en Angleterre et les hussites en Tchéquie. Tous ces groupes peuvent à juste titre être qualifiés de proto-protestants et leurs membres peuvent être considérés comme des croyants de l’Église universelle.

Un mouvement sur lequel il est plus difficile de statuer est l’Église celtique. Voici un documentaire de la BBC intitulé How the Celts saved Britain qui brosse un portrait de l’Église celtique en Irlande et en Grande-Bretagne au début du Moyen Âge.

Fichier alternatif.

Nous voyons que c’était une structure entièrement indépendante de Rome en matière administrative et liturgique, ce qui amena une confrontation qui se termina par la victoire du parti romaniste. Cette saga est une preuve supplémentaire que la papauté n’a jamais été obéie par toute la Chrétienté, mais qu’elle a au contraire lentement et méthodiquement étendu ses tentacules et ses dérapages au fil des siècles.

Cependant, cela est-il suffisant pour qualifier l’Église celtique avec les autres groupes proto-protestants susmentionnés ? À mon sens, le comput de la date de Pâques (selon le calendrier lunaire plutôt que selon le calendrier solaire) ainsi que la façon de couper les cheveux (tonsure semi-circulaire plutôt que circulaire) ne sont guère des critères déterminants, et l’influence druidique visible dans l’ascétisme exacerbé des religieux est troublant. Le refus du célibat ecclésiastique est déjà plus encourageant. Le pasteur & historien Joe Morecraft affirme que nous avons une profession de foi de Saint Colomba (521-597), le fondateur du sanctuaire d’Iona en Écosse, qui est calviniste en sotériologie. Cela est bien, mais encore insatisfaisant : Augustin d’Hippone et plus tard les jansénistes l’étaient, mais ils n’adhéraient pas pour autant aux doctrines du Solus Christus et du Soli Deo gloria.

Dans son livre A historical account of the ancient Culdees of Iona publié en 1811, John Jamieson s’est appuyé sur quelques sources primaires et maintes sources secondaires pour conclure que l’Église celtique ne croyait pas diverses innovations catholiques. Au chapitre vingt, je crois qu’il prouve son point quant aux sacrements de la confession, absolution et confirmation, mais n’est pas convaincant sur le point le plus important, celui du culte des saints, les sources primaires qu’il cite ne sont pas assez catégoriques. Le débat reste ouvert.

Voici une série de tableaux tirés de l’étude Quinze ans plus tard : Les adultes canadiens diplômés de l’école-maison (synopsis en français | étude intégrale en anglais) produite par le Centre canadien pour l’école-maison. Ils démontrent que dans pratiquement tous les domaines importants de la vie, les diplômés de l’école-maison réussissent, à court et long terme, mieux que leurs homologues des écoles conventionnelles.

Synopsis1

Synopsis2

Synopsis3

Synopsis4

Synopsis5

Synopsis6

Études sociologiques similaires…

Tout est relié dans la vie, une chose en engendre une autre, alors j’en profite pour publier ce tableau des adultes mariés par rapport aux non-mariés :

HealthMarriageChart

Lisez également ces articles apparentés sur Le Monarchomaque :

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Drapeau historique de la Hongrie

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Carte de la Hongrie en Europe centrale

Carte de la Hongrie en Europe centrale

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Voici quelques extraits de la nouvelle constitution hongroise, adoptée par le Parlement national de la Hongrie à Budapest le 25 avril 2011 puis entrée en vigueur le 1er janvier 2012. Le texte en gras en les hyperliens sont des ajouts du Monarchomaque. Des commentaires d’actualité suivent après les extraits.

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LOI FONDAMENTALE DE LA HONGRIE

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Bénis les Hongrois, ô Seigneur !
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PROFESSION DE FOI NATIONALE

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NOUS, MEMBRES DE LA NATION HONGROISE, à l’aube de ce nouveau millénaire, déclarons avec responsabilité pour tous les Hongrois ce qui suit :
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Nous sommes fiers que notre Roi Saint Étienne ait placé l’État hongrois sur des fondations solides en faisant entrer notre patrie dans l’Europe chrétienne. Nous sommes fiers de nos ancêtres qui se sont battus pour la survie, la liberté et la souveraineté de notre nation. Nous sommes fiers des remarquables créations intellectuelles des Hongrois. Nous sommes fiers que notre peuple se soit battu pendant des siècles pour défendre l’Europe, contribuant aux valeurs communes de celle-ci par son talent et son assiduité.
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Nous reconnaissons la vertu unificatrice de la chrétienté pour notre nation. Nous respectons les différentes traditions religieuses de notre pays. Nous promettons de préserver l’unité intellectuelle et morale de notre nation brisée par les tourments du siècle dernier. Les minorités ethniques vivant avec nous font parties de la communauté politique hongroise et sont des éléments constitutifs de la nation.
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Nous nous engageons à préserver et à entretenir la culture hongroise, notre langue unique, la langue et la culture des minorités ethniques vivant en Hongrie et les valeurs du bassin des Carpates créées par l’homme ou qui lui ont été confiées par la nature [sic]. Nous assumons la responsabilité pour nos descendants, ce pourquoi nous défendrons les conditions de vie des générations futures, nos successeurs, par une utilisation optimale de nos ressources matérielles, intellectuelles et naturelles.
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Nous croyons que notre culture nationale est une contribution riche la diversité de l’unité européenne. Nous respectons la liberté et la culture des autres peuples et nous recherchons la coopération avec toutes les nations du monde.·[…]
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Nous affirmons que les cadres essentiels de notre vie en communautés sont la famille et la nation et que les valeurs fondamentales de notre unité sont la fidélité, la foi et l’amour.·[…]
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Nous respectons les acquis de notre Constitution historique et la Sainte Couronne qui incarnent la continuité constitutionnelle de l’État hongrois et l’unité nationale. Nous ne reconnaissons pas la suspension de notre Constitution historique qui nous a été imposée sous des occupations étrangères. Nous rejetons toute prescription sur les crimes contre l’humanité commis envers la nation hongroise et ses citoyens sous les dictatures du national-socialisme et du communisme. Nous ne reconnaissons pas la Constitution communiste de 1949 car elle a instauré un régime tyrannique ; nous la déclarons ainsi nulle et non avenue. Nous approuvons les députés de la première Assemblée nationale libre de la Hongrie dont le premier décret a été d’affirmer que notre liberté émane de notre révolution de 1956. […]
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Nous affirmons qu’après les décennies du vingtième siècle, qui ont conduit à un bouleversement de la morale, nous avons un besoin impérieux d’un renouveau moral et intellectuel. Nous mettons notre foi dans un avenir façonné ensemble, dans la vocation des jeunes générations. Nous croyons que nos enfants et nos petits enfants auront le talent, la ténacité et la force morale pour restituer la grandeur de la Hongrie. La Loi fondamentale constitue la base de notre système juridique, un contrat entre les Hongrois du passé, du présent et du futur, un cadre vivant qui exprime la volonté de la nation, la forme sous laquelle nous souhaitons vivre. Nous, citoyens de la Hongrie, sommes prêts à fonder l’ordre de notre pays sur la coopération nationale. […]
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FONDEMENTS

Article ‹L›

(1) La Hongrie défend l’institution du mariage en tant qu’union de vie fondée sur un engagement volontaire entre un homme et une femme, ainsi que la famille comme base de la survie de la nation.

(2) La Hongrie soutient la natalité.

(3) La défense des familles est réglée par loi organique.

Article ‹M›

(1) L’économie de la Hongrie repose sur le travail créateur de valeurs et sur la liberté d’entreprendre.

(2) La Hongrie garantit les conditions nécessaires la liberté et la concurrence économique, prend des mesures contre l’exploitation abusive des positions dominantes et défend les droits des consommateurs. [La traduction anglaise officielle, que l’on soupçonne d’être plus proche fidèle au texte magyar, a pour libellé « Hungary shall ensure the conditions for fair economic competition ».] […]

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LIBERTÉ ET RESPONSABILITÉ

Article II

La dignité humaine est inviolable. Toute personne a droit à la vie et la dignité humaine ; la vie du fœtus doit être protégée dès sa conception. […]

Article V

Toute personne a droit, selon les dispositions prévues par la loi, de répondre à une attaque illicite contre sa personne ou contre sa propriété ou les menaçant directement. […]

Article VII

[…] (2) L’État fonctionne de manière séparée des Églises. Les Églises sont indépendantes. [Le texte anglais contient une clause supplémentaire : « The State and Churches shall be separate. Churches shall be autonomous. The State shall cooperate with the Churches for community goals. »]

Article XVI

[…] (2) Les parents ont le droit de choisir l’éducation qu’ils souhaitent donner à leur enfant.

[…] (4) Les enfants majeurs sont tenus d’assurer l’entretien de leurs parents qui sont dans le besoin.

Nous, les députés de l’Assemblée nationale élus le 25 avril 2010, conscients de notre responsabilité devant Dieu et les hommes, en exerçant notre pouvoir constitutionnel, établissons ci-dessus la première [?] Loi fondamentale de la Hongrie.

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De plus, selon Human Life International, cette nouvelle constitution inclut des provisions pour que les parents d’enfants mineurs puissent voter en leur nom :

This constitution also encourages generosity with life. First, there is a refreshing provision that would allow parents to vote on behalf of their underage children. The right of one minor per parent to « vote » shall be exercised by his or her mother or other legal representative. In this way, those who are having children have a greater say in Hungary’s elections than those who are not. Second, the constitution establishes that parents’ tax contributions shall be determined in part by their expenses in raising children, giving parents with young children a very sorely needed tax break.

Ainsi, les familles nombreuses pourront avoir un plus grand poids électoral. Soyons clair, cette constitution imprégnée d’éthique chrétienne ne signifie pas que la masse des Hongrois est soudainement devenue chrétienne après un demi-siècle de dictature socialiste. Aujourd’hui, 20 % de la population hongroise est réformée, 5 % est luthérienne, environ 50 % catholique, et le reste – à peu près 25 % – est athée/agnostique ou néo-païenne. L’affiliation chrétienne officielle y est même statistiquement à la baisse (comme dans les autres pays occidentaux), mais cela ne signifie pas pour autant que la pratique religieuse et l’allégeance effective est à la baisse (simplement que les « croyants non-pratiquants » sont en train de disparaître).

Le chef d’État, Viktor Orbán, est d’obédience réformée. Son parti de droite classique, le FIDESZ (Union civique hongroise), est allié avec le KDMP (Parti populaire démocrate-chrétien). Ensemble, cette coalition jouit d’une majorité absolue au Parlement national à Budapest et forme le gouvernement (l’exécutif). L’opposition officielle est formée par le parti JOBBIK (Mouvement pour une meilleure Hongrie). Ce dernier, classé à l’extrême-droite par l’extrême-gauche (!), ostensiblement ultra-nationaliste, a attiré l’attention médiatique dans la première moitié de la décennie 2010 avec sont aile para-militaire non-armée, la Magyar Garda.

Constatons que c’est le vide idéologique provoqué par l’écroulement de l’empire soviétique athée qui a forcé les habitants d’Europe centrale & orientale à regarder dans leur passé pour y retrouver des repères identitaires leur permettant d’affronter le futur. C’est cette conjoncture qui a porté la députation hongroise à adopter une telle constitution. Maintenant, qu’en est-il sur le terrain ? Ce documentaire d’Arte reprend les récriminations de la gauche européiste envers ce petit pays, et ne traite pratiquement pas de la question spirituelle. Au plan de la lutte pour le respect de la vie, sans appliquer immédiatement la disposition constitutionnelle illégalisant l’avortement, le gouvernement Orbán a mis en place une campagne d’encouragement à l’adoption auprès des mères envisageant commettre l’infanticide sur leurs enfants à naître. Et en 2011 seulement, le nombre d’écoles chrétiennes a augmenté de 25 % en Hongrie, avec 70 écoles publiques transférées aux églises protestantes et catholiques. La Hongrie théonomique progresse donc lentement mais sûrement.

Temple réformé à Debrecen, seconde plus grande ville de Hongrie et surnommée Roma Calvinista

Temple réformé à Debrecen, seconde plus grande ville de Hongrie, surnommée Roma Calvinista pour son rôle crucial dans la Réformation en Europe centrale

Une inscription sur un temple en quelque part en Hongrie indiquant sa date d'érection

Un temple réformé quelque part en Hongrie avec une inscription indiquant ses dates d’édification

Armoiries de Debrecen en mosaïque

Mosaïque des armoiries de la Cité de Debrecen

Le prince de Transylvanie Gabriel Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d'un pasteur sur une monnaie hongroise

Le prince de Transylvanie Gábor Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d’un pasteur réformé sur une récente monnaie hongroise

L’historiographie de la Réformation protestante aux XVIe et XVIIe siècles a largement négligé l’Europe centrale et orientale. Le présent article vise à contribuer à remédier à cette lacune. Il y sera donc question, comme son titre l’indique, du mouvement de renouveau spirituel et culturel basé sur la Bible – Parole de Dieu – qui revivifia l’Occident lors de cette période.

Après un long périple l’ayant mené de la chaîne montagneuse de l’Oural jusqu’à la plaine de Pannonie en passant par la Steppe eurasienne, le peuple hongrois/magyar rejoignit la Chrétienté occidentale au tournant du second millénaire. Cette intégration fut symboliquement inaugurée par la conversion du roi Étienne Ier de Hongrie au christianisme en l’an de grâce 1001. Ses successeurs et ses sujets suivirent son exemple et pendant les cinq siècles subséquents, le Royaume de Hongrie fut un État européen stable et florissant. L’étendue de son territoire englobait le foyer national d’au moins deux autres peuples : Le Royaume de Croatie (c-à-d la Slavonie-Dalmatie en union personnelle permanente avec la couronne hongroise) et la Slovaquie (couramment appelée la « Haute-Hongrie »).

Mais malheur, en 1526, les hordes maléfiques du Califat islamique pénètrent dans le cœur du bassin des Carpates et écrasent les armées réunies des Royaumes de Hongrie et de Croatie à la bataille de Mohács. Cet événement tragique entraîne, dès 1538, l’éclatement de l’ancienne Hongrie médiévale. À peine trois ans plus tard, en 1541, l’Empire ottoman s’empare du milieu de la Hongrie qu’il restructure en province musulmane, la Hongrie ottomane, scindant ainsi la Hongrie en trois entités politiques distinctes pendant les prochains deux siècles et demi. Ensuite, la dynastie des Habsbourg d’Autriche (catholiques fanatiques) s’empare de la tranche de territoire s’étendant de la limite sud de la Pologne jusqu’à la mer Adriatique et couvrant l’ouest des actuelles Slovaquie, Hongrie, Slovénie et Croatie (direction nord→sud)  ; cette bande est appelée la Hongrie royale.

Toutefois, grâce au secours de la providence céleste, la majorité de la noblesse hongroise rebondit sur ses pieds et se réorganisa autour de la Principauté de Transylvanie quasi-indépendante (aujourd’hui entièrement située en Roumanie). À ce « bloc de départ » territorial vinrent s’ajouter, dès 1571, l’est des actuelles Hongrie et Slovaquie. Ce deuxième État hongrois est judicieusement surnommé Royaume de Hongrie orientale par les historiens magyarophones.

Voici quelques cartes pour vous situer géographiquement (cliquez pour élargir – s’il y a lieu) :

TriplePartitionHongrie1526

Partition du Royaume de Hongrie en 1538 entre trois entités : Principauté de Transylvanie, Hongrie ottomane et Hongrie royale

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd'hui

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd’hui

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1683

La Hongrie en 1683

La Transylvanie en Roumanie aujourd'hui

La Transylvanie géographique en Roumanie aujourd’hui

Comme en France, le protestantisme se propage rapidement en Hongrie dans la décennie 1550. En 1557, un premier synode national a lieu à Csenger, ville située à la pointe est de l’actuelle Hongrie. En 1567, un second synode national réunit à Debrecen (en zone transylvaine) adopte la Confession helvétique postérieure rédigée par Bullinger, le successeur de Zwingli à Zurich. Debrecen devient dès lors le centre académique réformé le plus important en dehors de l’Europe occidentale, au point que cette cité porte le surnom de Roma Calvinista jusqu’à ce jour. En 1568, la Diète (assemblée législative) de Transylvanie réunie à Turda (en actuelle Roumanie) reconnaît quatre confessions religieuses (calvinisme, luthéranisme, catholicisme et unitarisme) et tolère l’« orthodoxie » orientale. La plupart des Hongrois de Transylvanie étaient d’obédience calviniste, la minorité bourgeoise allemande était luthérienne, tandis que la paysannerie roumaine de cette principauté demeura pseudo-orthodoxe.

De 1605 à 1699, la Principauté de Transylvanie forme un État quasi-indépendant possédant ses propres institutions, ses propres lois et sa propre armée. Officiellement vassale de l’Empire ottoman mais également convoitée par le Saint-Empire romain des Habsbourg, ses princes réformés réussissent à maintenir une politique d’équilibre et d’autonomie vis-à-vis ces deux pouvoirs hégémoniques. Sous le règne de ces princes, la culture hongroise épanouit et les fondements littéraires du magyar (la langue hongroise) sont établis grâce à des traductions de la Bible. Les écoles et les collèges se multiplient. En 1653, l’érudition réformée produit la Magyar Encyclopædia, première œuvre de cette envergure dans cette langue.

Sources :

Plaque commémorative en l'honneur du prince réformé Étienne II Bocskai à Košice en Slovaquie

Plaque commémorative en l’honneur du prince réformé Étienne II Bocskai (1557-1606) à Košice en Slovaquie

Monument de Gábor Bethlen sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Monument du prince réformé Gábor Bethlen (1580-1629) sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Comme la quantité de ressources françaises sur la Réformation en Hongrie et en Transylvanie est très limitée, j’ai dressé une une listes des princes calvinistes de Transylvanie du XVIIe siècle récapitulant leurs principales réalisations…

  • Étienne II Bocskai (1604-1606) : Il mène une insurrection anti-Habsbourg en 1604-1606 pour la défense des protestants ; il obtient – avec la Paix de Vienne conclue avec les Habsbourg en 1606 – l’indépendance de la Transylvanie et la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Gábora (ou Gabriel) Bethlen (1613-1629) : Il construit un nouveau palais à Alba Iulia, la capitale transylvaine ; il fonde une académie réformée ; il oblige les propriétaires terriens à scolariser les enfants de leurs serfs ; il guerroie contre les Habsbourg en Slovaquie de 1619 à 1626 pour soutenir les protestants tchèques et allemands dans le cadre de la Guerre de Trente ans ; il obtient le respect de la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Georges Ier Rákóczi (1630-1648) : Il défait les Ottomans de la Hongrie occupée en 1636 ; il assiège Brno (la capitale de la Moldavie) avec les Suédois en 1644 ; il obtient la liberté de culte pour les réformés de Hongrie royale ainsi que le contrôle des sept comtés (le Partium) au Traité de Linz en 1645 ; bâtit le Palais Rákóczi à Prešov dans l’est de l’actuelle Slovaquie.
  • Georges II Rákóczi (1648-1659) : Il s’allie à la Suède et le Brandebourg (des puissances protestantes) à la fin de la Guerre de Trente ans en 1648. Aux négociations de Westphalie terminant cette grande guerre européenne en 1648, la Principauté de Transylvanie siège comme État indépendant.
  • Jean III Kemény (1560-1562) : Il entreprend une expédition dans le Grand-Duché de Pologne-Lithuanie où il est fait prisonnier par les Tatars de Crimée (des musulmans à la solde  des Turcs) de 1656 à 1659.
  • Michel Ier Abaffi : (1661-1690) : Il combat les Habsbourg dans la campagne de 1683 ; il accepte la suzeraineté des Habsbourg en 1687 en contrepartie d’un traité en vertu duquel la Transylvanie conserve ses droits politiques et religieux.
  • Imre Thököly (1690) : Il est prince de Haute-Hongrie dès 1681 ; il guerroie contre les Habsbourg en 1683 mais est emprisonné à Andrinople par le sultan en 1686 ; il écrase une armée Habsbourg à la bataille de Zărnești (au nord-ouest de l’actuelle Roumanie) en 1690 mais doit se réfugier en Thrace à cause des autres avancées de la « Sainte-Ligue » papiste.
Les trois poches réformées en Hongrie et Transylvanie et début du XXe siècle

Trois enclaves protestantes en Autriche-Hongrie au début du XXe siècle (en vert) ··· Du nord-ouest au sud-est : L’enclave réformée hongroise du Comitat d’Abaúj-Torna (chef-lieu Kassa) ; l’enclave réformée hongroise de la Cité de Debrecen (Comitat d’Hajdú-Bihar) ; et l’enclave allemande luthérienne du Comitat de Brassó (chef-lieu éponyme)

 

Dugua De Mons

Dugua De Mons, le fondateur de l’Acadie, était huguenot

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Cette conférence sur les huguenots en Nouvelle-France fut prononcée par le rédacteur du Monarchomaque dans le cadre d’une journée thématique organisée à Québec par la Société d’histoire du protestantisme franco-québécois le 6 avril 2013. Cette journée avait pour but de conscientiser et d’instruire le public francophone sur le patrimoine et l’héritage réformé français en Amérique du Nord. Quelques corrections et améliorations furent subséquemment apportées au texte original.

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Mme La Tour défendant le Fort St-Jean contre un assaut papiste en 1645

Marie-Françoise La Tour défendant le Fort La Tour (Saint John, N.-B.) contre un assaut des hommes de Charles de Menou d’Aulnay en 1645, pendant la Guerre civile acadienne. Il y avait plusieurs huguenots parmi les hommes de Charles de St-Étienne de La Tour, quoique celui-ci était nominalement catholique.

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Pour les lecteurs souhaitant approfondir leurs connaissances sur ce thème :

Voici des extraits d’une Analyse de l’ouvrage “Le Parti anti-révolutionnaire et confessionnel dans l’Église réformée des Pays-Bas” publié par Groen van Prinsterer en 1860, pour répondre à des critiques formulées à l’encontre de sa formation politique néerlandaise par des « protestants » libéraux suisses et français (la base politique de Prinsterer était en bonne partie composée par les communautés réformées orthodoxes wallonnes de La Haye et de Rotterdam). Prinsterer y expose la théorie de la relation entre l’Église et l’État qui découle des commandements bibliques, contrairement aux errements modernistes de ses opposants.

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Pour Groen, ce qui s’impose à l’Église de Jésus-Christ, dans sa relation avec l’État, ce n’est pas la séparation, mais bien plutôt l’indépendance, la distinction nette entre le glaive spirituel et le glaive temporel […] : « Par la force des circonstances, l’union [lire la coopération] de l’Église et de l’État a été, et peut devenir encore, nécessaire ou avantageuse. Le premier des axiomes, en droit ecclésiastique, n’est pas la séparation, mais l’indépendance. » Et Groen de citer M. de Gasparin : « L’indépendance est un dogme écrit à chaque page de la Bible ; la séparation n’y est écrite nulle part. »

La nature et la portée de la défense du Parti confessionnel des droits de l’Église dans les États-Généraux de La Haye

Suit ensuite un résumé des principes de Groen concernant l’indépendance et l’influence des églises en relation avec l’État, selon un double point de vue :

  1. L’Église comme corporation indépendante et autonome : « L’Église est une corporation indépendante, […] ayant un droit égal à la protection commune, mais autonome et refusant toute intervention [extérieure] dans le cercle de ses intérêt particulier. »
  2. L’Église comme institution publique, en lien étroit avec la nation : « Mais en outre les églises sont indissolublement liées à la chose politique ; elles ont sur l’État une action naturelle, que l’État ne saurait repousser sans se mettre en désaccord avec la nation. »

[…]

Et Groen d’en appeler à la conscience nationale : « Laissant de côté la question combattue de l’État chrétien, j’ai dit : en tout cas, souvenez-vous que vous êtes le gouvernement d’un peuple chrétien. Vous ne pouvez imposer au peuple, ni des institutions athées, ni une religion civile [néo-païenne] et mixte [syncrétiste]. »

[…]

L’attitude du Parti confessionnel envers la dissidence, les facultés de théologie, et l’enseignement primaire

Pour ce qui est de la liberté de culte des dissidents réformés, le Parti s’est attaché à combattre le despotisme soupçonneux des articles introduits par Bonaparte dans le Code Pénal, qui faisaient dépendre les affaires de l’Église de l’arbitraire de l’État. Le gouvernement ayant la responsabilité d’imposer un culte unique, et de faire maintenir, y compris par la force, l’unité administrative de l’Église, cela valu aux « séparatistes » [ou plus exactement aux « indépendantistes »] d’être persécutés, traduit devant des tribunaux civils, mis à l’amende et en prison. Le Parti confessionnel exerça ici une influence bénéfique, puisqu’en 1852, la position des dissidents fut définitivement reconnue et légalisée.

Pour ce qui est de l’enseignement théologique dans les universités, le Parti confessionnel a défendu, contre la pratique courante, le droit de l’Église – et non de l’État –  de s’occuper elle-même du recrutement des professeurs, selon des critères qui lui sont propres, et non pas seulement selon leurs capacités scientifiques : « Par une singulière anomalie, même après la séparation de l’Église et de l’État, le choix des professeurs se faisait par le gouvernement, et, par une confusion d’idées bien plus grave encore, uniquement d’après leurs capacités scientifiques, sans s’inquiéter en aucune manière de leur foi. »

Pour ce qui est de l’enseignement primaire, le Parti confessionnel s’est attaché, contre l’idéologie ambiante prônée par l’école publique – ou « école mixte » – imprégnée de rationalisme [lire de matérialisme pseudo-rationnel] et prônant une religion mixte réduite à une simple morale laïque, à faire valoir le point de vue confessionnel : « Nous mettions en évidence le droit et le devoir de l’Église et des membres de l’Église, de donner aux enfants non seulement une instruction catéchétique, mais surtout une éducation conforme à ses dogmes et à ses préceptes. »

L’opposition parlementaire du Parti confessionnel de 1849 à 1857

« Je [Groen van Prinsterer] croyais à la possibilité d’arrêter les progrès du mal, et surtout de délivrer l’Église réformée de la suprématie gouvernementale et de garantir l’école primaire contre les tendances de l’indifférentisme religieux. »

[…]

Groen entend, du même coup, s’opposer à une centralisation administrative excessive, et au despotisme de la bureaucratie : « la centralisation politique [lire la coalisation les provinces des Pays-Bas] est le gage indispensable de l’unité et de la force des États ; mais je me suis opposé au despotisme de la bureaucratie, à la centralisation administrative [lire la supression des pouvoirs régionaux ou leur réduction en succursales du pouvoir central]. J’ai demandé de véritables libertés provinciales et communales. »

[…]

Au lieu de se montrer les alliés naturels des réformés orthodoxes contre l’impiété anti-chrétienne de la Révolution, les catholiques crurent bon de s’acclimater au libéralisme, afin, pensaient-ils, d’écraser la prépondérance des protestants : « se croyant en mesure de l’écraser [le protestantisme] par l’organisation de la démocratie, loin de s’allier avec les réformés orthodoxes contre la Révolution, il se joignait au parti de la Révolution contre les réformés orthodoxes. Il prenait goût à un libéralisme acclimaté. »

Chances de succès

Quel était donc le but du Parti confessionnel ? À cela Groen répond : « Dans l’État, nous aspirions à préparer la ruine des principes libéraux, en faisant voir à l’œil qu’ils n’ont pour résultat que des oscillations perpétuelles entre la liberté désordonnée et l’ordre sans la liberté. » Déjà, en 1837, Groen avait résumé son intention : « Puisse-t-on voir, non par des transitions brusques et forcées, mais par l’influence positive d’un esprit évangélique, les lois et les institutions semi-révolutionnaire se modifier devant les principes chrétiens ! »

Influence réelle

Le Parti confessionnel, bien que microscopique par rapport aux autres partis, a su exercer une influence bénéfique, en particulier dans le domaine du maintient des droits historiques de l’Église réformée et de l’enseignement religieux, comme aussi des droits individuels de tous : « En revendiquant les droits individuels de tous et les droits historiques de l’Église réformée, dans leur inviolabilité permanente, nous étions l’organe de milliers de nos concitoyens. Fortifiés ainsi et formant une minorité compacte et décidée, nous pouvions nous flatter d’imposer des ménagements aux libéraux, […] » Ainsi, malgré la difficulté de pouvoir mesurer avec exactitude l’impact réel du Parti confessionnel dans la sphère tant politique que morale et religieuse, Groen estime que « pour obtenir la liberté des cultes et la liberté d’enseignement particulier, notre concours n’a pas été inutile ou superflu. »

[…]

Groen insiste sur la nécessité de ne pas confondre l’individualisme, négateur de toute société, fruit du siècle des Lumières et de la Révolution, et l’individualité, à laquelle « la société doit tout ce qu’elle a de saveur, de vie et de réalité. »

[…]

Conclusion

[Groen van Prinsterer nous a montré que] toutes pensées et toutes actions, qu’elles soient politiques, religieuses, ou morales, pour être vraiment chrétiennes, ne peuvent, en définitive, dépendre que d’une confession chrétienne de l’autorité de Dieu et de sa Parole sur toute l’existence, et qu’elles impliquent le rejet de l’esprit et des doctrines de la Révolution. Il convient de choisir entre l’esprit de la « Révolution permanente » et l’esprit de la Réformation [permanente].

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Voir aussi : Séparer l’Église et l’État ne signifie pas séparer la foi et la politique [Zenit]

Voici quelques cartes fournies par le U.S. Religious Landscape Survey, projet mené par le Pew Forum on Religion & Public Life. Beaucoup d’autres cartes, graphiques comparatifs et tableaux statistiques sont disponible sur leur site.

Croyance en Dieu ou en un « esprit universel » :

Pew1

Fréquence de la pratique religieuse hebdomadaire collective hors du foyer :

Pew2

Considération de sa foi comme la seule vraie foi :

Pew3

Et via Religion & Politics 2012, le « mariage » homosexuel à la fin 2012 (constitutionnellement banni dans une trentaine d’États, législativement banni dans une dizaine d’États, autorisé dans une autre dizaine d’États) — cliquez pour élargir :

State Policies Gay Marriage 2012

Autres cartes

États où les électeurs républicains ont votés pour le candidat de la droite chrétienne, Mike Huckabee, aux primaires présidentielles républicaines de 2008 (en rouge) :

Huchabee 2008

États où les électeurs républicains ont votés pour le candidat de la droite chrétienne, Rick Santorum, aux primaires présidentielles républicaines de 2012 (en rouge) :

Santorum 2012

États où les électeurs républicains ont votés pour le candidat de la droite religieuse, Ted Cruz, aux primaires présidentielles républicaines de 2016 (en jaune moutarde) :

PrimairesRepublicaines2016

Voyez aussi :

Cartographie de la présence protestante et catholique en France

Guillaume Rousseau, professeur agrégé de droit à l’Université de Sherbrooke en Estrie, expose le lien de causalité entre le multiculturalisme canadian (trudeauiste, fédéraliste et centralisateur) et le cours obligatoire Éthique et culture religieuse (ECR) lors d’un événement organisé par Génération Nationale à Sherbrooke le 13 mars 2013 :

Il ajoute de l’eau au moulin de Joëlle Quérin, professeure de sociologie au Cégep de Saint-Jérôme, dont l’étude Le cours Éthique et culture religieuse – Transmission de connaissances ou endoctrinement ? publiée par l’Institut de recherche sur le Québec en décembre 2009 abondait dans le même sens. Mme Quérin avait alors présentée ses conclusions à l’émission Dumont 360° (sur la chaîne V télé) :

(Fichier alternatif.)

Et à l’émission de Denise Bombardier (sur la chaîne LCN)  :

Outre le cours ECR, les programmes d’histoire sont aussi instrumentalisés pour imposer le multiculturalisme canadian aux jeunes québécois. Voici des enquêtes sur les cours d’histoire au Québec (tels qu’institués par les libéraux de John James Charest) :

Analyses du matériel didactique (pédagogique) d’histoire médiévale approuvé par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) du Québec :