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Le reconstructionisme chrétien constitue une école de pensée distinctive à l’intérieur de la tradition théologique réformée. L’idée de « reconstruction » provient de textes prophétiques de la Bible prédisant la reconstruction victorieuse de cités saintes par le peuple allianciel de Dieu à travers – et malgré – des temps d’adversité et d’épreuve (tels Ésaïe 61:4 et Amos 9:11-14). Le reconstructionisme consiste en la combinaison de cinq composantes doctrinales. Les voici :

  1. Le calvinisme (doctrines de la grâce), c’est-à-dire la sotériologie affirmant la souveraineté du Seigneur Tout-Puissant dans le déploiement de son plan historico-rédemptif ayant à la fois une dimension individuelle et collective, éternelle et temporelle, spirituelle et cosmique ;
  2. Le postmillénarisme, c’est-à-dire l’eschatologie optimiste et victorieuse articulant le mieux une juste espérance pour l’avenir du Royaume de Dieu, de l’Église universelle et de la Chrétienté (l’humanité rachetée) avant le retour de Jésus-Christ à l’Eschaton… ce postmillénarisme est normalement synchronisé avec le prétérisme orthodoxe (modéré/partiel) ;
  3. Le présuppositionalisme, c’est-à-dire la méthode apologétique affirmant que la défense raisonnée de la foi doive : {1} Présupposer (prendre comme prémisses ou axiomes) l’existence du Dieu trinitaire et la véracité de la Bible chrétienne pour pouvoir connaître ou interpréter correctement une quelconque facette de la réalité ; {2} En appeler à la connaissance de Dieu supprimée par l’interlocuteur non-chrétien dans son propre intellect (la « révélation existentielle » signalée en Romains 1:18-32 et 2:1-16) ; et {3} Réfuter les postulats les plus basiques du système de croyance de l’interlocuteur non-chrétien (discréditer ses racines plutôt que contester ses ramifications) ;
  4. Le dominionisme conjugué à l’alliancisme (la théologie des alliances), c’est-à-dire l’accomplissement des Mandat créationnel & Grande commission au moyen des quatre sphères/institutions alliancielles établies par l’Éternel (à savoir l’individu, la famille, l’Église et l’État), lesquelles sphères/institutions doivent fonctionner dans une dynamique d’indépendance et d’interdépendance réciproque en respectant leurs champs d’action spécifiques et en coordonnant (si possible) leurs efforts de christianisation salutaire ;
  5. La théonomie, c’est-à-dire le système éthique & juridique postulant que tout droit applicable dans toute juridiction gouvernementale doive être entièrement et exclusivement inspiré et modelé par la Bible (Sola Scriptura), directement ou indirectement… bref, que le magistrat civil doive être le gardien & protecteur des deux Tables des Dix Commandements (custos et vindex utriusque tabulæ), lesquels sont le résumé de l’immuable loi morale.

Le reconstructionisme chrétien fut principalement formulé et systématisé dans le milieu de la seconde moitié du XXème siècle (décennies ’60 à ’80 inclusivement). Ses trois cofondateurs – tous d’obédience réformée – sont le théologien Rousas Rushdoony (1916-2001), l’apologète Greg Bahnsen (1948-1995 · autre bio) et l’économiste Gary North (1942-). Ces trois érudits de terrain n’ont inventé aucune des cinq doctrines cardinales du reconstructionisme. Leur seule innovation fut de les ériger dans un dispositif intellectuel organisé et cohésif.

Références bibliographiques

Mark Rushdoony et Martin Selbrede, « The Creed of Christian Reconstruction », Chalcedon Foundation, consulté le 19 août 2019.

Gary DeMar, Christian Reconstruction : What it Is [and] What it Isn’t, Institute for Christian Economics, Tyler (Texas), 1991, p. 81-95 sur 219.

Kenneth Gentry, Préface de la 3ème édition dans Greg Bahnsen, Theonomy in Christian Ethics, Covenant Media Press, Nacogdoches (Texas), 2002 (1977), p. XV sur XLIII / 610.

Gary North, préface de l’éditeur dans David Chilton, The Days of Vengeance : An Exposition of the Book of Revelation, Dominion Press, Fort Worth (Texas), 1986, p. 9 sur 270 (version retapée / retypesetted version).

Greg Bahnsen, Presuppositional Apologetics : Stated & Defended, Covenant Media Press, Nacogdoches (Texas), 2008, p. 14 sur 289.

John Frame, Five Views on Apologetics, chapitre 4 : Presuppositional Apologetics, Zondervan Publishing, Grand Rapids (Michigan), 2000, p. 207-231 sur 400.

Joe Boot, Why I Still Believe, Sovereign World, Tonbridge (Kent), 2005, 159 p.

MoiseExhortantPeupleAllianceMontagneSinai

« L’œuvre de re-formation, de restauration, de reconstruction chrétienne à laquelle, dans le monde entier, est appelé le peuple de Dieu, n’est pas seulement celle de l’Église et de la théologie, encore qu’il faille, bien sûr, commencer par celle-ci. Puisque la Parole de Dieu est souveraine, elle doit être reconnue comme telle en tout et partout. Nul n’a le droit de restreindre l’étendue de son autorité. Notre Seigneur est Roi sur tous les domaines de l’univers et de l’existence. Et si la volonté apostate de sécularisation, œuvrant en tout et partout, a visé et vise à rejeter la souveraineté de Dieu […] la volonté obéissante de christianisation, œuvrant en tout et partout, doit viser à ce que soit manifestée la souveraineté de Dieu jusqu’aux extrémités de l’univers et jusque dans la moindre parcelle de l’existence. »
— Pierre Courthial, « Le mouvement réformé de reconstruction chrétienne », Hokhma, N° 14, 1980, p. 44-70.

Le libellé des Dictatus papæ peut être consulté sur Clio-Textes.


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Compléments :

Vitrail des armoiries de la Cité de Debrecen en Hongrie
Zones où les protestants forment la confession religieuse majoritaire en Hongrie (hachuré) • Nous voyons un assez vaste territoire autour de Debrecen où la population est principalement réformée • Les deux petites enclaves dans l’Ouest sont plausiblement des poches de luthériens germanophones (vu la proximité de l’Autriche)

Voici ce que j’ai découvert à propos de Debrecen, la seconde ville de Hongrie (avec une population d’environ 200 000 habitants), en naviguant dans ce livret virtuel produit par l’Église réformée hongroise, Debrecen : Cité de la Réformation

Depuis bientôt cinq siècles, en Europe centrale, grâce au rayonnement spirituel et intellectuel de ses ateliers d’imprimerie et du Collège réformé de Debrecen fondé en 1538, cette cité est officieusement surnommée la « Genève hongroise » (Magyar Genf) ou la « Rome calviniste » (Kálvinista Róma). Depuis lors, cette institution d’enseignement supérieur est devenue à la fois {1} l’Université de Debrecen inaugurée en 1912 et {2} l’Académie théologique réformée organisée en 1949 et transformée en l’Université de théologie réformée de Debrecen en 1989. La bibliothèque commune desservant ces centres de formation est la deuxième plus volumineuse dans toute la Hongrie.

C’est dans le plus imposant lieu de culte de cette ville, la Grande église réformée (voir photographies ci-dessous) – maintes fois démolie mais toujours rebâtie – que s’est tenu le Synode de Debrecen le 24 février 1567, lors duquel les représentants de l’Église réformée hongroise adoptèrent la Confession de foi helvétique postérieure rédigée par le réformateur Heinrich Bullinger (1504-1575) et le Catéchisme de Heidelberg édité par les réformateurs Caspar Olevianus (1536-1587) et Zacharias Ursinus (1534-1583), consolidant ainsi la prédominance calviniste dans le protestantisme hongrois. Plus récemment, c’est dans cet édifice patrimonial, aussi appelé le Grand temple protestant, que s’est réunie la 23ème Assemblée générale de l’Alliance réformée mondiale (ARM) en 1997 ; l’ARM regroupait alors plus de 215 dénominations calvinistes représentant ensemble environ 75 millions de chrétiens sur la Terre.

Les Habsbourg d’Autriche – le fer de lance de la Contre-Réforme catholique en Europe et le principal obstacle à l’autodétermination nationale hongroise de 1683 jusqu’à 1913 – appelaient péjorativement la foi réformée le « crédo magyar » ! (Le terme magyar est le nom de la langue hongroise, et par extension, il est parfois utilisé pour désigner les Hongrois eux-mêmes.) Selon le Musée international de la Réforme, avant que le rouleau compresseur de la Contre-Réforme ne s’abatte sur le peuple hongrois au tournant du XVIIIème siècle, jusqu’à 80 % des Hongrois étaient réformés, mais les assauts conjugués des Habsbourg et des Turcs ont graduellement inversé ce rapport de force en faveur des catholiques. Aujourd’hui, les réformés constituent environ 20 % de la population hongroise, les luthériens approximativement 5 %, et les catholiques autour de 50 %.

C’est également dans la Grande église réformée de Debrecen que fut promulguée la Déclaration d’indépendance de la Hongrie, le 14 avril 1849, par Lajos Kossuth (1802-1894), un politicien Hongrois luthérien, immédiatement après son adoption unanime par l’Assemblée nationale de la Hongrie le jour même.

La Grande église réformée de Debrecen (vue extérieure)
La Grande église réformée de Debrecen (vue intérieure)
L’Université de Debrecen (de jour)
L’Université de Debrecen (de soir)
Vitraux de János Kálvin flanqué de deux magistrats protestants importants dans l’histoire hongroise à l’Université de Debrecen • Notre Jean Calvin magyarisé a donné son nom à au-delà d’un millier de toponymes en Hongrie, incluant une « Place Kálvin » à Debrecen et une autre à Budapest
{Revue géographique de l’Est}
Peuplement hongrois dans le Bassin des Carpates vers 1500
{Atlas des peuples d’Europe centrale}
Écrasée par les Turcs djihadistes à la Bataille de Mohács (29 août 1526), la Hongrie fut – deux siècles durant (c.1526-1699) – scindée en trois États : Hongrie autrichienne, Hongrie ottomane et Principauté de Transylvanie • À son apogée (c.1570-1648), cette dernière débordait largement les frontières de la région transylvaine et couvrait l’Est des actuelles Slovaquie et Hongrie (incluant Debrecen), ainsi que la Subcarpatie (présentement située dans l’extrême-ouest de l’Ukraine) • Cela explique le surnom de « Royaume de Hongrie orientale » donné à cette Principauté de Transylvanie
{Église réformée hongroise}
Communauté hongroise réformée dans le Bassin des Carpates aujourd’hui
Les Hongrois du Pays sicule – une région maintenant enclavée au milieu de la Roumanie – forment en quelque sorte le « bastion oriental » de la civilisation hongroise • Généralement, les habitants de la moitié Ouest du Pays sicule sont protestants calvinistes, tandis que ceux de la moitié Est sont catholiques romains • Les Sicules peuvent voter aux élections en Hongrie
Panneau arborant une variante simplifiée des armoiries de Debrecen pendant les festivités du 500ème anniversaire du déclenchement de la Réformation protestante en 2017
Plaque commémorative du réformateur suisse-allemand Ulrich Zwingli (1584-1531) et du réformateur français Jean Calvin (1509-1564) dans la vieille ville de Debrecen

Ressources supplémentaires – Histoire

Ressources supplémentaires – Actualité

Ressources supplément. – Géopolitique

{Encyclopédie Universalis}
Carte économique de la Hongrie aujourd’hui • Debrecen est située dans l’Est du pays, à l’intérieur de la « Grande Plaine » (Alföld), en région agricole
Les quatre pays formant le Groupe de Visegrád (V4) : Hongrie, Slovaquie, Tchéquie et Pologne • Le V4 est une alliance d’États-nations d’Europe centrale ayant pour objectif la promotion de leurs intérêts communs, tels le maintient de leur souveraineté politique, la sauvegarde de leur sécurité territoriale, la défense de leur identité chrétienne, la régulation non-anarchique de l’immigration, la coordination du commerce international, etc. • Ainsi, par la grâce providentielle de l’Éternel, Debrecen peut avoir une influence bénéfique sur la Hongrie, qui peut avoir une influence bénéfique dans le Groupe de Visegrád, qui peut avoir une influence bénéfique dans l’Union européenne • Donc même si elle est topographiquement sise au milieu d’une plaine, Debrecen est spirituellement « une ville située sur une montagne [qui] ne peut pas être cachée » (Matthieu 5:42)

Voici ci-dessous des extraits choisis et des micro-résumés de certaines portions de l’ouvrage de Bruno Dumézil intitulé Des Gaulois aux Carolingiens (-50 av. J.-C.–888), Presses universitaires de France, Paris, 2013, 232 p. Je recommande fortement l’ensemble de cet excellent opuscule. C’est la meilleure référence sur le Haut Moyen Âge que j’ai consulté ces dix dernières années. Académiquement très solide mais littérairement très accessible.

Carte administrative de l'Empire carolingien

Carte administrative de l’Empire carolingien [AGRANDIR]

CONTINUITÉ DE L’ÉRUDITION ENTRE L’ANTIQUITÉ ET LE HAUT MOYEN ÂGE

« Alors que les quatre siècles de paix romaine n’avaient pas produit un seul grand auteur en Gaule, l’époque suivante voit se multiplier les belles plumes. Pour l’Antiquité tardive, on note des écrivains majeurs comme Ausone, Sulpice Sévère, Hilaire de Poitiers ou Prosper d’Aquitaine ; puis, à partir du VIe siècle, apparaissent de grands narrateurs d’histoire comme Grégoire de Tours ou Frédégaire, comparables par certains aspects à ceux de l’Antiquité[1]. »

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Basé sur l’ouvrage L’essor du christianisme de Rodney Stark.

Matériel relié :

« La raison d’être du droit est de nous permettre de cheminer paisiblement à travers cette vie ombrageuse et d’être guidés à Christ et à la vie éternelle. »
— Johann Oldendorp (1486-1567)

↓ La suite est en anglais, mea-culpa. ↓

Voir aussi :

Monument de Constantin le Grand (272-337) à York où il fut proclamé Empereur romain en 306

Extraits traduits de Bryan Litfin, Getting to Know the Church Fathers : An Evangelical Introduction, Brazos Press, Grand Rapids, 2007, 301 p. ↓

« [C’est une idée fausse] que les Pères de l’Église représentent la “chute” du christianisme. S’il était vrai qu’une apostasie dévastatrice et irréversible avait surgie sous l’Empereur Constantin, alors nous n’enseignerions pas, aujourd’hui, l’héritage patristique de Chalcédoine comme étant la christologie orthodoxe. […] Aussitôt que la menace de la persécution cessa avec l’Empereur Constantin, la nouvelle menace de l’hérésie théologique surgit. Mais l’Église n’est pas pour autant “tombée” pendant ces jours tumultueux, du moins pas plus qu’elle n’est tombée dans notre propre temps. Elle s’adapta simplement à des réalités [jusque-là] inhabituelles avec une détermination renouvelée. »
— Bryan Litfin, p. 256-257.

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maurice-duplessis

Monument de Maurice Duplessis (1890-1959) à l’Assemblée nationale du Québec

Cet article est reproduit avec l’autorisation de l’auteure. Voyez le billet original ici. J’y ai apporté quelques modifications mineures.

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Maurice Duplessis fut le plus grand homme politique du Québec. Il fut le plus grand Premier ministre que la province ait connu. C’est pourquoi il faut réhabiliter l’homme, et revoir son époque, non pas comme une « Grande Noirceur » mais plutôt comme un âge d’or des Canadiens-Français (cette thèse est soutenue par l’historien Jean-Claude Dupuis du Groupe de réflexion sur les enjeux québécois (GREQ). Son réalisme s’exprime dans la cohérence de ses réalisations. En avance sur son temps, il avait prévenu la dépossession tranquille de la nation que nous subissons depuis la Révolution tranquille. Quinze années qui ont marqué le caractère social, familial et national de chez nous. Comme l’a dit Robert Rumilly : les faits parlent.

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Ce document est reproduit avec l’autorisation de l’hébergeur originel.

Pour lire des extraits traduits en français du livre L’espérance puritaine (The Puritan Hope) de Iain Murray (dont il est question dans ce document), dirigez-vous vers le site web La Sentinelle de Néhémie.

« Le dessein originel de Dieu était d’amener la création à son accomplissement ultime à travers les processus historiques. Seuls les postmillénaristes soutiennent que la rédemption incorpore la garantie de la réalisation de ce dessein. En reportant pratiquement tout accomplissement de ce dessein à la consommation, les amillénaristes et prémillénaristes permettent au péché et à Satan de gâcher efficacement le dessein édénique originel de Dieu. Ce dessein devait s’accomplir dans l’histoire ; seuls les postmillénaristes rendent possible un tel accomplissement dans l’histoire. »

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Petit rappel historique : Le grand mouvement missionnaire du XIXème siècle – qui explique pourquoi des centaines de millions d’habitants de l’Afrique et de l’Asie sont aujourd’hui des chrétiens – fut crucialement motivé par les convictions postmillénaristes d’hommes tels William Carey et David Livingstone :

What Inspired the Greatest Century of Missionary Advance ? [Chalcedon Foundation]