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Représentation schématique de la Trinité

Des Pères de l’Église tenant le Crédo au Concile de Nicée en 325

Le Monument international de la Réformation à Genève en Suisse romande

Je suis de l’opinion que ce qui rapproche réellement les protestants et les catholiques, ce n’est pas une « foi commune », mais plutôt un patrimoine civilisationnel commun et des valeurs familiales communes. Les divergences théologiques entre les deux religions sont trop énormes, en effet, pour que l’on puisse parler honnêtement de foi commune. Les efforts œcuméniques du dernier demi-siècle n’ont à mon avis que contribué à mettre en évidence les différences doctrinales fondamentales entre protestants et catholiques.

Les limites de l’œcuménisme

Par exemple, la Déclaration conjointe sur la justification ratifiée par la Fédération luthérienne mondiale et la Papauté en 1999 – rejoints par le Conseil méthodiste mondial en 2006 puis par la Communion mondiale d’Églises réformées en 2017 – n’a fait que rappeler ce que l’on savait depuis 500 ans : Les protestants et les catholiques sont d’accord qu’il faut avoir la foi en notre sauveur & rédempteur Jésus-Christ  pour être sauvé, mais n’a nullement réglé le point litigieux. D’un côté, les protestants affirment (en suivant la Bible) que c’est par la grâce seule (sola gratia) au moyen de la foi seule (sola fide) que nous pouvons être sauvés. De l’autre côté, les catholiques ajoutent l’action humaine à la grâce imméritée de Dieu, faisant ainsi du salut une chose qui peut s’acheter ou se marchander. De surcroît cela sous-entend que l’homme fait un échange contraignant avec son Créateur Tout-Puissant : « J’ai fait mon chapelet et mes litanies, alors tu est obligé de m’accepter au paradis. » Le salut éternel est ainsi présenté comme un dû par la Papauté, ce qui est très irrévérencieux envers Dieu.

Pire encore que la fausse doctrine papale sur le salut & la justification, est celle de l’adoration par les catholiques romains de la vierge Marie et des saints. Ici, le terme d’idolâtrie est approprié. Les protestants adhèrent à la seule foi véritablement révélée par Dieu, et cette révélation est exclusivement contenue dans les Saintes Écritures (Ancien et Nouveau Testaments). Cette foi monothéiste proclame la gloire du Dieu trinitaire (Père + Fils + Saint-Esprit). Or nonobstant de la Trinité, les catholiques ont – à toutes fins pratiques – déifié Marie (qui n’étais plus vierge après qu’elle épousa Joseph avec qui elle consomma légitimement son mariage) ainsi qu’un innombrable panthéon de petits saints. Ces catholiques prétendent qu’ils n’adorent ni Marie ni les saints, qu’ils font seulement les vénérer et se servir d’eux comme « intercesseurs » (malgré que l’Apôtre Paul, inspiré du Saint-Esprit, dit sans équivoque qu’il n’y a qu’un seul médiateur entre l’humain et Dieu : Jésus-Christ, 1 Timothée 2:5-6). Mais faire des prières à des entités, leur rendre un culte indu, leur conférer une sacralité imaginaire, un pouvoir et une capacité d’intervention surnaturelle/divine, c’est indéniablement les élever au rang de divinités (cela n’implique pas que toutes les divinités du panthéon aient le même grade). Conséquemment, le catholicisme romain est, à proprement parler, une religion polythéiste.

Les Pères de l’Église entre protestantisme et catholicisme

Cela nous amène à la question des Pères de l’Église. Cette semaine, j’ai publié un article démontrant que, hormis une possible parenthèse de quelques siècles au milieu du Moyen Âge, il a toujours existé des chrétiens qui rejetaient les superstitions papales et qui adhéraient aux principes bibliques tels qu’actuellement défendus par le protestantisme (monothéisme trinitaire, diffusion de la Bible en langue vernaculaire, sacerdoce universel, justification par la grâce, salut par la foi, etc.). Cet article fait notamment ressortir le fait indiscutable qu’Augustin d’Hippone (354-430) adhérait pleinement à la doctrine biblique/calviniste de la justification par la grâce seule au moyen de la foi seule, et que plusieurs autres Pères de l’Église défendirent les doctrines bibliques/protestantes du sola Scriptura et, sola gratia et sola fide. Cet article a fâché une dame catholique romaine qui a rouspété sur son blogue.

Je tiens donc à réitérer et étayer mes dires. D’abord, aucun protestant n’affirme que tous les Pères de l’Église étaient intégralement orthodoxes (c’est-à-dire bibliques). Il est connu que leurs théologies respectives combinent des éléments scripturaux et des éléments non-scripturaux. Généralement, plus on avance dans le temps, plus les dérives se font criantes.

La véracité du protestantisme ne repose pas sur la cohérence des Pères de l’Église, tandis que la véracité du catholicisme, qui dépend d’un concept nébuleux et poreux de « tradition » extra-biblique, exige que les Pères de l’Église soient systématiquement en accord avec la Papauté actuelle (puisque se sont ces Pères qui incarnent supposément cette « tradition » catholique). En contre-partie, il n’est pas nécessaire de se référer aux Pères de l’Église pour démontrer la véracité du protestantisme : la Bible suffit. Il est néanmoins pertinent de s’intéresser aux Pères de l’Église dans la mesure où des doctrines professées par ceux-ci contredisent les doctrines actuelles de l’Église romaine, et viennent donc infirmer de façon supplémentaire la prétention d’ancienneté de la Papauté.

Pour répondre spécifiquement à la dame m’ayant pris à parti, lorsque nous disons que la doctrine de la justification par la grâce d’Augustin d’Hippone est « calviniste » (lire ThÉv, 8:3, 2009, p. 161-179) c’est parler de manière rétroactive. La position d’Augustin sur cette question précise était biblique, la position biblique sur cette question est appelée « calviniste » depuis le XVIème siècle, et conséquemment il n’est pas abusif de dire qu’Augustin était calviniste sur la question du salut.

Cyrille de Jérusalem, patriarche de la cité du même nom, n’était nullement « romaniste » (au sens ecclésiologique), idem pour Basile de Césarée en Cappadoce (Anatolie) qui dépendait vraisemblablement du patriarcat oriental d’Antioche. Quant à Jean Chrysostome, il était patriarche de Constantinople, donc totalement indépendant de l’épiscope romain. S’il y a un parti qui commet constamment des anachronismes dans ce débat, c’est bien le parti papal, qui essaie de légitimer ses velléités dominatrices en projettent des situations d’une époque donnée sur les époques antérieures où la situation réelle était fort dissemblable.

La suprématie papale : Historique d’un long glissement

Aux deux premiers siècles de l’ère chrétienne, le pasteur de la communauté chrétienne de Rome est un ministre de l’Évangile comme n’importe quel autre ministre de l’Église de Jésus-Christ. « En écrivant aux Corinthiens, Clément de Rome n’assumait pas plus d’autorité papale qu’Ignace d’Antioche écrivant aux diverses Églises d’Asie Mineure. » (J.-M. Nicole, Précis d’histoire de l’Église, Éditions de l’Institut Biblique, Nogent-sur-Marne, 2005, p. 35 sur 295 ; Cf. cet article sur les Lettres d’Ignace d’Antioche.)

« Chaque communauté chrétienne ou Église locale était convaincue de réaliser, à elle seule, la plénitude de l’Église du Christ résidant et séjournant à tel ou tel endroit. Cette conviction est exprimée très clairement par Clément de Rome au tout début de sa Lettre aux Corinthiens : “L’Église de Dieu séjournant à Rome [s’adresse] à l’Église de Dieu séjournant à Corinthe”. » (P.-H. Poirier, Christianisme de l’Antiquité et du Haut Moyen Âge, Module XIII : L’Orient et l’Occident au XIème siècle, Université Laval, Québec, 2011, p. 19 sur 64.)

En 190, l’évêque de Rome Victor Ier anathématisa l’anti-trinitaire Théodote de Byzance. Ce simple événement ne se qualifie pas de papisme, parce que Théodote enseignait son hérésie blasphématoire dans la cité de Rome ; ce cas d’indiscipline ecclésiale relevait donc de la juridiction légitime de l’Église locale chrétienne de Rome et de ses dirigeants.

La première manifestation d’une volonté réelle de suprématie romaine survient lors de la Querelle pascale sous l’épiscopat de Victor Ier, en 189-198. Celui-ci s’opposa formellement à la coutume chrétienne orientale qui consistait à célébrer la Résurrection à la même date que la Pâque juive plutôt que le dimanche suivant cette Pâque juive, usage qui prévalait en Occident. Sous l’impulsion de l’évêque Polycrate d’Éphèse (dont les prédécesseurs avaient côtoyés l’apôtre Jean), une série de synodes furent organisés en Orient. Les Églises d’Anatolie, du Levant, d’Osroène et même de Grèce y furent représentées (le plus important semble s’être tenu à Éphèse en 190). Ces synodes orientaux maintinrent unanimement la pratique chrétienne orientale alors en vigueur et adressèrent à l’épiscope romain un plaidoyer historique de leur coutume insistant sur son origine apostolique. Frustré, Victor Ier « excommunia » pompeusement ces Églises d’Orient en 195. Cette volonté suprématiste eut-elle une matérialisation effective, concrète, observable ? Aucunement ! Les Églises d’Anatolie envoyèrent des lettres de remontrance très tranchantes à l’évêque de Rome, lui reprochant son attitude schismatique. C’est ce contexte que l’éminent apologète Irénée, pasteur de Lyon intervint au nom des Églises de Gaule en faveur des Églises d’Orient auprès du petit prélat de la ville aux sept collines. Isolé, l’évêque de Rome Victor Ier finit par se laisser convaincre d’annuler son « excommunication » (qui n’avait, de toutes façons, qu’une portée symbolique, mais aucune force juridique en droit ecclésial reconnu). Notons que dans sa chronique de ces péripéties, l’historien Eusèbe de Césarée qualifie Victor Ier de « chef de l’Église des Romains » et non « chef de l’Église universelle ».

La prochain épisode dans la lente élaboration de la supériorité papale survint au milieu du IIIème siècle, quand les évêques Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée-en-Cappadoce entrèrent en conflit avec l’évêque de Rome Étienne Ier. La mésentente portait sur la validité du baptême des hérétiques. Puisqu’un sacrement effectué par des non-chrétiens n’est pas valable dans l’Église véritable (Éphésiens 4:5, 1 Corinthiens 11:30), les chrétiens du Maghreb et d’Anatolie rebaptisaient les ex-hérétiques qui se convertissaient à Jésus-Christ et entraient dans l’Église trinitaire (leur baptême d’hérétique antérieur ne comptant pas comme vrai baptême). En contraste, les croyants trinitaires du Latium considéraient très étrangement le baptême effectué dans une secte hérétique comme valide. Étienne Ier menaça d’« excommunication » les Maghrébins et les Anatoliens chrétiens. En réponse, un grand synode rassemblant 87 évêques à Carthage en l’an 256 réaffirma la légitimité et la nécessité d’un « nouveau » (vrai) baptême chrétien. Finalement, la médiation de l’évêque Denys d’Alexandrie poussa Étienne Ier à reculer. Encore une fois, nous voyons l’épiscope de Rome complètement isolé et non-obéit par l’Église universelle.

Dans la seconde moitié du IIIème siècle, les évêques chrétiens de certaines métropoles acquirent un ascendant sur les évêques des bourgades de leur diocèse. On appelait dorénavant cette sorte de « super-évêques » des métropolites. C’était l’équivalent des archevêques et des archidiocèses d’aujourd’hui. Dans ce contexte géographique et chronologique, le métropolite supervisant l’Italie centrale était l’archevêque de Rome. En 325, le Concile de Nicée – dont la principale raison d’être était de réfuter l’arianisme et où le métropolite de Rome était absent – décida que trois métropolites seraient à l’avenir compétents pour se prononcer dans toute la Chrétienté gréco-latine : Ceux d’Antioche, d’Alexandrie et de Rome. Cela faisait de cette triade de métropolites des sortes de « super-métropolites », ou patriarches. Cette compétence extraordinaire était alors conçue comme un privilège d’intervention occasionnelle, pas un pouvoir de direction continuelle.

En 343, le Concile de Sardique (en actuelle Bulgarie) affirma qu’un évêque condamné par une décision disciplinaire ecclésiale pouvait dorénavant contester cette décision en appel au patriarcat de Rome. Bien que déjà problématique, cette manifestation de suprématie romaine naissance doit néanmoins être nuancée, surtout à ce stade précoce. Il faut comprendre que la plupart des conciles et des discussions théologiques du IVème siècle se déroulaient entre Grecs et avaient lieu en Orient hellénique. En vérité, le patriarche de Rome était comparativement marginal dans ces débats doctrinaux. C’est pour cette raison ironique qu’initialement, des Orientaux eurent parfois volontairement recours à son arbitrage dans leurs controverses (ce qui ne signifie pas pour autant que ses avis furent toujours appliqués).

En 378, Faisant suite à ce précédent hasardeux, l’Empereur romain d’Occident Gratien, un chrétien nicéen, enjoignit l’administration impériale des provinces d’envoyer à Rome les évêques contestant une décision synodale de leur diocèse. Comment interpréter cet ordre ? Ratification naïve par l’État d’une pratique de l’Église préétablie ? Ingérence étatique malsaine dans les affaires ecclésiales ? Je propose une piste alternative : Nous savons que sous l’influence de l’évêque Ambroise de Milan, Gratien a activement œuvré à neutraliser l’arrière-garde sénatoriale païenne à Rome. C’est dans ce but qu’il renonça au titre de Pontifex Maximus (grand-prêtre du paganisme romain traditionnel), qu’il supprima les privilèges légaux des prêtres & prêtresses polythéistes, et qu’en 382 il retira symboliquement la statue païenne de la Victoire dans le Sénat de Rome. Il est vraisemblable que renforcer le rôle de Rome en tant que centre d’arbitrage des litiges ecclésiaux d’une partie du monde chrétien était pour Gratien une mesure parmi d’autres d’un programme plus vaste visant à diminuer l’aura de paganisme de la « ville éternelle » en y augmentant l’importance corrélative du christianisme. Aussi louable qu’ait été la fin poursuivie par Gratien, il nous faut reconnaître que ce stratagème humain n’obéit à aucun commandement scriptural clair de la Parole de Dieu.

En 380, l’Empereur d’Orient Théodose le Grand déclara vouloir rallier tout l’Empire à « la foi des évêques de Rome et d’Alexandrie », preuve que Rome ne faisait pas figure d’unique référence théologique à cette époque mouvementée. En 381, le Concile de Constantinople étendit la dignité patriarcale aux métropolites de Constantinople et Jérusalem, portant le nombre de patriarches de trois à cinq (sur le territoire de l’Empire romain). Le 3ème canon du Concile de Constantinople instaura une hiérarchie de « primauté d’honneur » accordant la 1ère place au patriarcat de Rome et la 2ème place à celui de Constantinople. Ce dispositif de cinq patriarcats était passablement occidentalo-centrique ; il omettait au moins deux autres patriarcats orientaux, à savoir {1} le Catholicos-Patriarche d’Arménie résidant au Saint-Siège d’Etchmiadzin dans le Caucase, et {2} le Catholicos-Patriarche d’Orient siégeant à Séleucie-Ctésiphon puis à Baghdad en Mésopotamie. Parmi ces cinq patriarcats susdits, Rome, suivie de Constantinople, jouissaient d’une préséance honorifique. Toutefois, aucun patriarcat ne pouvait prétendre avoir un pouvoir absolu – théorique ou effectif – sur l’ensemble de la Chrétienté. Ils pouvaient seulement faire valoir une attraction régionale. Il fallut attendre l’épiscopat de Sirice (384-399) pour que l’évêque de Rome prenne la mauvaise habitude de communiquer ses opinions aux autres évêques sous forme de décrétales.

En 451, le 28ème canon du Concile de Chalcédoine, présidé par le patriarche Cyrille d’Alexandrie, accorda une préséance égale à l’« ancienne Rome » et à la « nouvelle Rome » (c’est-à-dire Constantinople). Dans un geste schismatique, l’évêque de Rome Léon Ier rejeta ce 28ème canon du Concile de Chalcédoine. Cet acte hautement symbolique nous conduit à considérer Léon Ier comme le premier pape romain.

Soulignons que pendant tout ce temps, les écrivains de l’Église africaine (Tertullien, Lactance), de l’Église grecque (Eusèbe de Césarée, Athanase d’Alexandrie, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse) et de l’Église occidentale (Ambroise de Milan, Hilaire de Poitiers) n’ont jamais attribués un quelconque droit de suprématie à l’évêché de Rome.

C’est une conjoncture de circonstances temporelles où la théologie n’y fut pour rien qui permit au patriarche de Rome de s’élever progressivement au statut de principal dirigeant religieux « chrétien » en Occident :

  • À partir de 404, les empereurs d’Occident s’installent à Ravenne (Italie du Nord) et exercent peu de contrôle sur les affaires municipales de Rome, tandis que les patriarches de Constantinople demeurent sous l’influence directe des empereurs byzantins.
  • Le métropolite de Carthage, principal concurrent à Rome (ou facteur d’équilibre) en Occident, se retrouve sous la domination des Vandales ariens au Vème siècle puis des Arabes musulmans au VIIème.
  • Les autres patriarches orientaux (Antioche, Alexandrie, Jérusalem) et le métropolite de Séleucie-Ctésiphon (Mésopotamie) se retrouvent sous la domination islamique dès le VIIème siècle.
  • L’aura et le prestige mondain et temporel de Rome, l’ancienne capitale impériale, rejaillit irrationnellement sur le patriarche y siégeant.

Or même si l’évêque de Rome a gagné un net ascendant en Occident dès cette époque, il fallu attendre au moins un autre demi-millénaire pour que ses erreurs théologiques deviennent incontestées dans l’Église d’Occident. Ainsi, le pédobaptême et le culte des icônes ne s’imposèrent pas en Occident avant le Xème siècle. Le baptême par aspersion ne remplaça pas le baptême par immersion avant le XIVème siècle. Les évêchés maintinrent leur autonomie liturgique complète jusqu’au VIIIème siècle, lorsque Pépin le Bref, Carloman puis Charlemagne accélérèrent la latinisation de l’Église franque pour faciliter la communication académique et l’administration étatique dans l’Empire carolingien. Paradoxalement, pour ce faire, les souverains carolingiens eurent largement recours à des prosélytes papistes venus en Europe continentale depuis l’actuelle Angleterre, tel que Willibrord d’Utrecht (658-739), surnommé l’« apôtre du Benelux », ou encore à des missionnaires natifs du continent mais formés en Angleterre, tel que Liudger le Frison (740-809), premier évêque de Münster en Westphalie.

Néanmoins, le légat pontifical en Europe du Nord, Boniface de Mayence (672-754), exploita ce processus de latinisation institutionnelle pour diffuser l’idéologie romaniste. Dès 741, ce métropolite/archevêque réorganisa l’épiscopat carolingien « sur le modèle anglais, autour d’un primat d’Austrasie [fonction qu’il détenait lui-même] et d’un primat de Neustrie » (Encyclopédie Larousse). On notera aussi que les nombreuses abbayes masculines et féminines que Boniface fonda en Occident continental furent massivement « peuplés d’Anglo-Saxons [papistes] qui furent pour lui des aides précieux » (Encyclopédie Universalis). Après son trépas, l’œuvre de Boniface fut prolongée par son remplaçant au rang de métropolite/archevêque/primat d’Austrasie, Chrodegang de Metz (715-766), qui joua un rôle central dans la suppression des anciens rites gallicans au profit du nouveau rite romain.

« On est d’autant plus porté à la méfiance que les bureaux pontificaux sont de grands spécialistes de faux en écriture. Falsification de faux documents, fabrication de fausses chartes : à Rome, on ne recule devant aucun mensonge pour renforcer la diplomatie. [L’arnaque littéraire la plus grossière émanant de la Papauté médiévale est la fameuse Donation de Constantin.] Aux alentours de 774-778, la chancellerie pontificale fabrique une fausse charte de l’Empereur Constantin qui, au début IVème siècle, avant de s’installer à Constantinople, aurait donné au pape Sylvestre le gouvernement de Rome, de l’Italie et de la partie occidentale de l’Empire. […] Après le pape, les plus grands faussaires sont les moines, dont les scriptoria sont très habiles à rédiger de fausses chartes. […] L’Abbaye de St-Germain-des-Prés produit toute une série de faux. […] À une époque où on accepte comme authentiques les reliques les plus extravagantes telles que le lait de la Vierge ou les couches de Jean-Baptiste, pourquoi douterait-on de l’origine d’un parchemin présenté comme authentique par de vénérables moines. » (Georges Minois, Charlemagne, Éditions Perrin, 2010, p. 82-83.)

C’est dans ce contexte que vers l’an 845, furent forgées les Fausses Décrétales par des activistes de la suprématie papale à l’Abbaye St-Pierre-de-Corbie (Picardie). Cette collection d’une centaine de pièces frauduleuses supposément émises par d’anciens épiscopes de Rome ou d’autres figures d’autorité servit très tôt au parti romaniste qui s’efforçait de réduire à néant les prérogatives des métropolites autonomes et l’autorité des conciles régionaux. (Jean-Marc Berthoud, Le Règne terrestre de Dieu, Éditions L’Âge d’Homme, 2011, p. 360-361.)

Ainsi, Hincmar de Reims, le métropolite de la cité éponyme (845-882) et précurseur du gallicanisme, s’opposa vigoureusement au pontife romain Nicolas Ier (858-867, « le seul grand pape entre Grégoire Ier et Grégoire VII ») qui brandissait répétitivement les Fausses Décrétales pour justifier sa supériorité illégitime. Le conflit survint lorsque Rothad, évêque papiste de Soissons (Picardie), excommunia un prêtre sous prétexte qu’il avait une épouse. Vers 862, un concile dirigé par Hincmar à Soissons destitua Rothad qui se réfugia auprès de Nicolas Ier, lequel invoqua les Fausses Décrétales qu’Hincmar rejeta dans ses écrits (dont son De Jure Metropolitanorum) même si Rothad revint mourir à Soissons. Finalement, la suprématie pontificale ne devint effective qu’après la Réforme grégorienne dont les objectifs furent réalisés en France en XIème siècle, en Angleterre au XIIème puis en Germanie au XIIIème à l’issue de la longue Lutte du sacerdoce et de l’Empire.

C’est aussi au Haut Moyen Âge que s’est imposé le culte des saints, acte d’idolâtrie qui vient annuler le christianisme salvifique. Nombre de saints  dans l’Église romaine sont en fait des calques d’anciennes déités païennes. On peut, par exemple, se référer à sainte Brigitte, déesse de la fécondité, et à « Grégoire de Tours [qui] relata l’initiative pastorale d’un évêque auvergnat qui, impuissant à déraciner une fête païenne se déroulant sur le mont Helarius, construit sur les lieux une église en l’honneur du saint chrétien Hilarius » (ASSR).

Autour de l’An Mil, s’il est avéré que du point de vue temporel tout n’était pas noir – révolution agricole, essor urbain, pacification féodale, innovation technologique (cathédrales gothiques) – au plan spirituel, c’est vraiment l’âge des ténèbres européen. Le polythéisme papal s’était alors confortablement imposé depuis plusieurs siècles, et les dernières poches de résistance ont été pratiquement anéanties. Mais la redécouverte de la doctrine apostolique par les pré-réformateurs dès le XIIème siècle (Vaudois français & italiens, Wyclifites anglais, Hussites tchèques & polonais) annonce la Réformation protestante du XVIème siècle.

Plus proche de nous dans l’histoire : Le dogme de l’immaculée conception ne fut décrété qu’en 1854 ; le pontife romain n’est devenu « infaillible » (!) qu’en 1870 ; l’âge de la première communion à sept ans n’a été fixée qu’en 1910 ; la « vierge » Marie n’est reconnue « corédemptrice » (!) qu’en 1943 ; le récit non-biblique de l’assomption ne fut officiellement adopté qu’en 1950 ; les limbes furent solennellement abolies par le Vatican qu’en 2006 ; et la prétendue illégitimité de la peine capitale ne fut inscrite dans le Catéchisme de l’Église catholique qu’en 2018.

Démonstration faite, il n’est pas erroné de dire que des Pères de l’Église furent, en rétrospective, calvinistes dans de multiples domaines de leurs théologies, tout particulièrement en sotériologie.

En guise de réponse supplémentaire, je renvoie aux documents suivants ma détractrice qui exploite l’idée de la fausse problématique du canon néotestamentaire comme légitimation d’une tradition extra-scripturaire :

Dans le chapitre Les racines socialistes du nazisme de son ouvrage La route de la servitude rédigé en 1943, le penseur allemand en exil Friedrich von Hayek fit une récapitulation historique des conditions ayant permis le triomphe du nazisme en Allemagne une décennie plus tôt. Il démontre, sources à l’appui, qu’en Allemagne la prédication marxiste a pavé la voie à l’ascension du national-socialisme. Les nazis n’ont fait que récupérer le discours étatiste, dirigiste et interventionniste déjà popularisé par les marxistes. Par proximité idéologique, de nombreux meneurs socialistes se sont convertis à l’hitlérisme (ou plutôt ajustés à l’hitlérisme) dans les décennies 1920 et 1930 et ont contribué à sa propagation. De surcroît, Hayek met en lumière la fusion d’une forme pervertie du pangermanisme (création d’un vaste « espace vital » germanique en Europe centrale) avec l’internationalisme marxiste (contrôle et planification de l’économie européenne/globale par un méga-État continental allemand pour le bénéfice des populations soumises).

Un autre lien à exposer entre le nazisme et le socialisme est le darwinisme social (euthanasie, programmation génétique, etc.).

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Le premier et le plus caractéristique des représentants de cette évolution [du socialisme allemand vers le nazisme] est peut-être le professeur Werner Sombart. Son fameux Haendler und Helden (Marchands et Héros) a paru en 1915. Il a débuté comme socialiste marxiste et affirmait encore en 1909 avoir passé la majeure partie de sa vie à lutter pour les idées de Karl Marx. Il avait fait, en effet, plus que quiconque pour répandre les idées socialistes et pour susciter le ressentiment anticapitaliste à travers l’Allemagne. Si la pensée allemande était plus que partout ailleurs pénétrée d’éléments marxistes avant la Révolution russe, c’était principalement grâce à Sombart. On l’a considéré, à un moment donné, comme le personnage le plus en vue de l’élite socialiste persécutée […] Même après la dernière guerre [1918], l’influence de Sombart […] était très grande en Allemagne.

[…]

À l’époque l’exaltation de Sombart parut exagérée même à la plupart des Allemands. Un autre professeur allemand présenta les mêmes idées sous une forme plus modérée et plus scientifique et, par conséquent, plus efficace. Le professeur Johann Plenge était, comme Sombart, un grand spécialiste de Marx. […] Il était parti, sans aucun doute, avec des convictions authentiquement socialistes. […] Pour lui comme pour tous les socialistes qui tirent leur socialisme d’une application rigide de l’idéal scientifique aux problèmes sociaux, l’organisation est l’essence même du socialisme.

[…]

[Johann Plenge écrivit :]

Dans la sphère des idées, l’Allemagne a été l’exposant le plus sincère de tous les rêves socialistes, et dans la sphère des réalités le plus puissant architecte du système économique le plus parfaitement organisé. […] Nous [les Allemands] demeurerons le peuple modèle. C’est notre idéal qui déterminera les fins de la vie de l’humanité. […] Un grand idéal s’épanouit jusqu’à la victoire finale.

L’économie de guerre créée en Allemagne en 1914 est la première réalisation d’une société socialiste et son esprit est la première manifestation active et non plus revendicative de l’esprit socialiste. Les nécessités de la guerre ont imposé l’idée socialiste dans la vie économique allemande et ainsi la défense de notre nation a donné à l’humanité l’idée de 1914, l’idée de l’organisation allemande, de la « communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) du socialisme national. Sans que nous nous en rendions compte, l’ensemble de notre vie politique et de notre industrie ont atteint un niveau plus élevé. L’État et la vie économique forment une unité nouvelle. La nouvelle constitution corporative allemande de la vie économique […] représente la forme la plus élevée dans la vie d’un État qu’on ait jamais connue sur terre. […] Vers 1918 la fusion du socialisme et d’une impitoyable politique de force se fait dans son esprit. Peu avant la fin de la guerre il [Johann Plenge] adressa à ses compatriotes, dans le journal socialiste Die Glocke, l’avertissement suivant :

Il est grand temps de reconnaître que le socialisme doit être une politique de force, puisqu’il doit être organisation. Le socialisme doit prendre le pouvoir. […] Quel est le peuple qui doit accéder au pouvoir, pour devenir le chef exemplaire de l’organisation internationale ? […] Un socialisme conséquent ne peut accorder à un peuple le droit de s’organiser qu’en tenant compte de la répartition réelle des forces déterminées par l’histoire.

Les idées exprimées par Plenge étaient particulièrement populaires dans un certain milieu d’universitaires […] Ceux-ci […] réclamaient l’organisation de tous les secteurs de la vie selon un plan centralisé. Le principal de ces savants était Wilhelm Ostwald [un germano-balte], dont les déclarations à ce sujet ont acquis une certaine célébrité. On prétend qu’il déclara publiquement :

L’Allemagne désire organiser l’Europe qui est dépourvue jusqu’à présent d’organisation. Je veux vous expliquer le grand secret de l’Allemagne : nous, ou plutôt la race allemande, avons découvert la signification de l’organisation. […]

Des idées très analogues étaient courantes dans les bureaux de Walther Rathenau [directeur de l’Office des matières premières en 1914, ministre de la Reconstruction en 1921 et ministre des Affaires étrangères en 1922 ; il était très interventionniste économiquement]. […] [Rathenau] mérite en effet une place considérable dans toute histoire complète du développement des idées nazies. Ses écrits ont contribué plus que tous autres à façonner les opinions économiques de toute une génération grandie pendant et après la dernière guerre [1918] en Allemagne. Quelques-uns de ses collaborateurs les plus proches devaient plus tard faire partie de l’état-major de l’administration du plan quadriennal de Gœring.

Les thèses d’un autre ancien marxiste, Friedrich Naumann, ressemblaient également beaucoup à ces conceptions totalitaires. Son livre Mitteleuropa [concepts d' »espace vital » germanique et de dispositif économique sous domination allemande en Europe centrale] a atteint le tirage probablement le plus important de tous les livres de guerre en Allemagne.

en définitive, il fut réservé à un politicien socialiste actif [Paul Lentsch], membre de la gauche du Parti social-démocrate allemand, de développer ces idées complètement et de les diffuser largement. […] C’est seulement dans son troisième livre, Trois ans de révolution mondiale, livre à grand succès, que ses idées caractéristiques ont pris, sous l’influence de Plenge d’ailleurs, un plein développement. Lentsch base sa démonstration sur un compte rendu historique intéressant et sous certains rapports exact, retraçant le développement vers la concentration industrielle et la cartellisation, rendu possible en Allemagne grâce à la politique protectionniste de Bismarck. Selon sa conception marxiste ce fut là un stade supérieur du développement industriel.

[Paul Lentsch écrivit :]

Le résultat de la décision de Bismarck en 1879, c’est que l’Allemagne se vit attribuer un rôle révolutionnaire, c’est-à-dire celui d’un État qui présentait par rapport au reste du monde un système économique plus élevé et plus avancé. Nous pouvons donc facilement constater que dans la révolution mondiale actuelle, l’Allemagne représente le parti révolutionnaire.

[Paul Lentsch poursuivait en expliquant] qu’en Allemagne, « représentante désignée par l’histoire » des formes élevées de la vie économique,

la lutte pour le socialisme avait été extrêmement simplifiée du fait que toutes les conditions préliminaires du socialisme y avaient déjà été établies. Tout parti socialiste devait donc avoir pour préoccupation essentielle de voir l’Allemagne résister triomphalement à ses ennemis afin de pouvoir remplir sa mission historique, et révolutionner le monde. L’organisation du capital, commencée inconsciemment avant la guerre, continuée consciemment pendant la guerre, sera parachevée systématiquement après la guerre. […] Le socialisme est en marche, ou il est même dans une certaine mesure réalisé, du moment où nous ne pouvons plus vivre sans lui. […] Le socialisme doit maintenir, dans cette sphère également, une opposition résolue et consciente à l’égard de l’individualisme.

[…]

Plenge et Lentsch ont inspiré les prédécesseurs immédiats du national-socialisme dans le domaine des idées et, en particulier, Oswald Spengler et Arthur Moeller van den Bruck, pour ne mentionner que les deux plus connus. […] Aujourd’hui, il nous paraît incontestable qu’on doit considérer les vues développées dans sa brochure [de Spengler] Prussianisme et Socialisme, parue en 1920, comme des vues socialistes, largement répandues en Allemagne. Quelques exemples de ses raisonnements le prouveront. « Le vieil esprit prussien et la conviction socialiste qui s’opposent aujourd’hui l’un à l’autre, avec une haine fratricide, sont, en réalité, de la même essence. » […]

[Oswald Spengler poursuit en affirmant :]

L’instinct allemand ou plus exactement prussien exige que le pouvoir appartienne à l’ensemble du peuple […] On assigne à chacun sa place. L’un commande, l’autre obéit. C’est le socialisme autoritaire, en vigueur depuis le XVIIIe siècle, essentiellement antilibéral et antidémocratique […] C’est seulement sur le sol allemand qu’on peut mépriser le libéralisme.

Après avoir fait ressortir la différence essentielle entre le système de concurrence anglais et le système prussien de « l’administration économique » et après avoir montré (d’accord avec Lentsch) comment l’organisation consciente de l’activité économique a pris de plus en plus des formes socialistes, Spengler continue :

Il a existé en Prusse un État véritable, dans le sens le plus complet du mot, ne tolérant littéralement aucune personne privée. Quiconque a vécu à l’intérieur de ce système, fonctionnant avec la précision d’une horloge, est devenu l’un de ses rouages. […]

L’idée prussienne implique que chacun devienne un personnage officiel et que tous les salaires doivent être fixés par l’État. Et, en particulier, l’administration de toute propriété y devient une fonction salariée. L’État de l’avenir deviendra un Beamtenstaat, un État de fonctionnaires. [Oswald Spengler ajoute :]

la question décisive non seulement pour l’Allemagne, mais pour le monde entier et qui doit être résolue par l’Allemagne dans l’intérêt du monde [sic], est la suivante : Est-ce l’industrie qui dans l’avenir gouvernera l’État, ou est-ce l’État qui gouvernera l’industrie ? Le prussianisme et le socialise répondent à cette question de la même façon.

De là, il n’y eut plus qu’un pas à franchir pour parvenir au national-socialisme : c’est Moeller van den Bruck qui proclama la guerre mondiale entre libéralisme et socialisme : « Nous avons perdu la guerre contre l’Occident, le socialisme l’a perdue contre le libéralisme ». Comme pour Spengler, le libéralisme devient pour lui aussi l’ennemi par excellence. Moeller van den Bruck se réjouit du fait « qu’il n’y a pas de libéraux dans l’Allemagne d’aujourd’hui ».

Le Troisième Empire de Moeller van den Bruck était destiné à donner aux Allemands un socialisme adapté à leur nature et non corrompu par les idées libérales de l’Occident. Ce qui ne manqua pas de se produire. Ces auteurs ne représentent nullement des phénomènes isolés. Pas plus tard qu’en 1922 un observateur impartial [K. Pribram] a pu parler [ainsi de ce qu’il] avait constaté en Allemagne :

En vertu de ces idées, la lutte contre le système capitaliste n’est rien d’autre que la continuation de la guerre contre l’Entente [France + Royaume-Uni + Russie] avec les armes de l’esprit et de l’organisation économique. C’est un processus qui mène au socialisme pratique, au retour de l’Allemagne à ses traditions les meilleures et les plus nobles.

La lutte contre le libéralisme sous toutes ses formes, le libéralisme qui avait conduit l’Allemagne à sa défaite, fut l’idée commune qui réunit les socialistes et les [pseudo-]conservateurs. Ce fut d’abord le Mouvement de la Jeunesse Allemande, d’inspiration et de tendance presque entièrement socialiste, qui s’empara avec avidité de ces idées et accepta la fusion du socialisme et du nationalisme. À partir de 1920 jusqu’à l’avènement d’Hitler, un groupe de jeunes gens réunis autour du journal Die Tat dirigé par Ferdinand Zimmermann [auteur et académicien nazi, membre des SS dès 1934 et du NSDAP dès 1936], représenta cette tendance de la façon la plus menaçante. Le livre de Zimmermann, Das Ende des Kapitalismus [La fin du capitalisme], est peut-être l’expression la plus caractéristique de ce groupe des Edel-nazis d’élite comme on les appelait en Allemagne. […] La guerre contre les pouvoirs occidentaux, menée « avec les armes de l’esprit et de l’organisation économique », n’a-t-elle pas réussi, avant même que la vraie guerre fût commencée ?

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Voir aussi :

La position sotériologique (sotériologie = théologie du salut) du célèbre théologien antique Augustin d’Hippone (354-430) correspond exactement à la doctrine réformée de la justification par la grâce seule au moyen du salut par la foi seule :

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Un film sur Augustin d’Hippone a été tourné récemment, en voici la bande-annonce :

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Quelques déclarations des Pères de l’Église allant dans le sens du protestantisme…

« Concernant les divins mystères de la Foi, pas même une déclaration occasionnelle ne doit être livrée sans les Saintes Écritures. »
— Cyrille de Jérusalem (315-387), Catéchèses, Vol. 4, Chap. 17

« La véritable et parfaite manière de nous glorifier en Dieu est de ne pas nous applaudir de notre justice, mais de reconnaître que par nous-mêmes nous sommes privés de la justice véritable, et que nous ne sommes justifiés que par la foi en Jésus-Christ. »
— Basile de Césarée (329-379), Homélie sur l’humilité

« Soyez sans défiance ; c’est de la foi et non des œuvres que procède la justice. Ne fuyez point la justice de Dieu ; elle a un double avantage : elle coûte peu et elle est offerte à tout le monde. »
— Jean Chrysostome (344-407), Patriarche de Constantinople, Homélie III sur l’Épître de Paul aux Romains

« Si l’on croit à la foi, pourquoi ferait-on appel à autre chose, comme si la foi ne suffisait pas ? Pourquoi s’asservirait-on, se soumettrait-on à la loi [au sens de loi talmudique] ? N’aurait-on pas confiance en la foi ? »
— Jean Chrysostome (344-407), Homélie sur l’Épître de Paul à Tite

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Le christianisme biblique en Antiquité :

Le christianisme biblique dans la 1ère moitié du Moyen Âge :

Le christianisme biblique dans la 2ème moitié du Moyen Âge :

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Le berceau historique du valdéisme – après s’être diffusé hors de Lyon et du Lyonnais – fut surtout le Dauphiné dans le Sud-Est de l’actuelle France et le Piémont dans le Nord-Ouest de l’actuelle Italie. Voici un petit dossier cartographique sur la géographie vaudoise.

Les principales Vallées vaudoises du Piémont : Vallées du Cluson, de la Germanasque et du Pélis sur le versant oriental des Alpes (vue de l’est vers l’ouest) {Fondation du Centre culturel vaudois}

Les principales Vallées vaudoises du Dauphiné : Vallées de Freissinières, de l’Argentière et de Valouise sur le versant occidental des Alpes {Bibliothèque dauphinoise}

Expansion du valdéisme en Europe {Bibliothèques municipales de Lille et de Turin}

Essor de l’internationale valdo-hussite au Bas Moyen Âge {Philippe Valentin Cartographe}

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Petite capsule sur le pré-réformateur anglais John Wyclife :

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Une brève étude retraçant la transition du baptême par immersion au baptême par aspersion dans l’Église latine occidentale : Les fonts baptismaux [Ministère de la Culture].

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Un ouvrage capital sur l’évolution du concept de « tradition » au cours de l’histoire de l’Église chrétienne : The Shape of Sola Scriptura [Canon Press].

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Une prédication sur le christianisme celtique qui démontre que l’Église pré-latine au Pays de Galles, en Écosse et en Irlande au Haut Moyen Âge était passablement biblique : Christianity and the British Isles, 1st to 15th Centuries (à partir de 26:50). Précisons toutefois que l’étiquette “celtique” n’est pas une garantie d’orthodoxie car cet adjectif désigne non seulement la Chrétienté celtique authentique mais également ses subversions ultérieures, c’est-à-dire un syncrétisme christiano-païen d’influence druidique hiérarchiquement indépendant du christiano-polythéisme papal, puis plus tard une simple expression culturelle galloise/gaélique équivalente aux faux dogmes latins. Notons aussi que même si les collectivités celtes chrétiennes initiales étaient organisées autour de monastères, ces « monastères » étaient en réalité des centres familiaux communautaires où le célibat n’était aucunement prescrit.

Reportage sur l’exposition La présence oubliée des huguenots préparée par l’Institut sur le patrimoine culturel (IPAC) de l’Université Laval et présentée au Musée de l’Amérique française dans le Vieux-Québec en 2008-2009 :

Quelque personnages franco-protestants ayant marqués durablement notre histoire nationale :

  • Jean-François de la Rocque de Roberval, chef de l’expédition française dans la vallée du St-Laurent en 1541-1543.
  • Pierre Chauvin de Tennetuit, fondateur de Tadoussac en 1600.
  • Dugua de Mons, fondateur de Port-Royal en Acadie en 1605, supérieur et financier de Champlain en 1608.
  • François Dupont-Gravé, mentor de Samuel de Champlain dans la vallée su St-Laurent et cofondateur de Québec en 1608.
  • Émery de Caen, Gouverneur de la Nouvelle-France en 1624-1626 puis 1632-1633.
  • Pierre du Calvet, juge de paix à la Cour des plaidoyers communs du district de Montréal dès 1766, militant contre la corruption du système judiciaire, et initiateur du mouvement parlementariste grâce à son Appel à la justice de l’État de 1784.
  • Cyrille Côté, député du Parti canadien, dirigeant du mouvement patriote, corédacteur de la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada et cofondateur de des Frères chasseurs en 1838,  fondateur de la 3e église franco-protestante du Québec en 1844.
  • Amédée Papineau, cofondateur des Fils de la Liberté en 1837 et militant nationaliste par la suite.
  • Charles Chiniquy, surnommé l’apôtre de la Tempérance pendant sa prêtrise catholique (sa croisade contre l’alcoolisme convainquit 200 000 paroissiens de s’abstenir de boisson forte), dirigeant de la collectivité réformée canadienne-française de Ste-Anne-de-Kankake en Illinois de 1858 à 1888, prédicateur protestant d’envergure internationale, aussi surnommé le Luther du Canada en Allemagne.

Pour les lecteurs souhaitant approfondir leurs connaissances sur ce thème :

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Buste de Dugua de Mons sur les Plaines d’Abraham :

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Première page de couverture de l’Appel à la justice de l’État (1784) de Pierre du Calvet :

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Emblème de l’Institut Feller (pensionnat franco-protestant à St-Blaise-sur-Richelieu, 1836-1942) :

Trois vidéos sur le mouvement pour la souveraineté locale qui prend actuellement de l’ampleur aux États-Unis, dont les principes d’origine théologique prennent racine dans la Réformation calvinienne et qui ont une applicabilité universelle.

1ier vidéo : L’histoire du décentralisme en France, en Nouvelle-Angleterre puis aux États-Unis ; et l’idée du contrat ou pacte social comme base de la plupart des relations sociales entre les individus & collectivités…

2ème vidéo : Comment la souveraineté locale fut perdue aux mains des centralisateurs avares…

3ème vidéo : Comment reconquérir la souveraineté locale. Surtout intéressant à partir de 06:30. On apprend au passage qu’une courageuse cité en Caroline du Nord, Mecklenburg, a unilatéralement déclaré son indépendance vis-à-vis de la Couronne et du Parlement britanniques dès 1775, soit un an avant que les Treize colonies ne le fassent en bloc à l’été 1776 :

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Pour les intéressés par Pierre Viret et la Réformation de la Suisse romande :

Aux États-Unis, les shérifs se préparent à résister au gouvernement fédéral en s’appuyant sur leurs micro-armées de county (comté) et des milices constitutionnelles locales. Selon la Constitution américaine, le gouvernement fédéral n’a aucun pouvoir légal lui permettant de dicter quoi que ce soit aux shérifs (10e Amendement). Le shérif est une puissance souveraine (dans sa juridiction), élu et mandaté par son county. Cela implique qu’il a uniquement des comptes à rendre à son county (We the People) et à la Constitution, pas au Congrès de Washington. En fait ils sont les seuls « law enforcment officer » qui existent légitimement aux États-Unis. Récemment, y a eu plusieurs cas d’altercations militaires entre des swat de county et des agents fédéraux. Les county ont d’ailleurs l’autorisation légale de déployer des forces aériennes (drones et/ou hélicoptères) pour surveiller les intrusions (fédérales ou extra-nationales) sur leur territoire. Il y a quelques 900 county aux États-Unis et la majorité sont conservateurs & autonomistes. Un jour il suffira d’une étincelle pour que ça fasse boule de neige.

Si le vidéo ne joue pas il est archivé ici.

Pour plus de renseignements sur l’autorité constitutionnelle des shérifs et l’étendue de la juridiction des county (ou parish en Louisiane), consulter :

Dragonnades

Représentation des dragonnades dans un ancien manuel scolaire français (début XXe siècle)

L’histoire de l’humanité est jalonnée de progrès et de régressions. Le destin des populations se joue toujours soit par des développements de longue durée, soit par des commotions brutales. Le fondateur de l’historiographie contemporaine, Fernand Braudel, disait cependant que la progression vers l’idéal de la liberté est « une des tendances majeures de l’histoire d’Europe » (Grammaire des civilisations, p. 362). La Révolution française présente à ce niveau un cas d’étude particulièrement complexe et difficile. S’agit-il d’une avancée spectaculaire, louable pour sa sagesse brave et mesurée, telle qu’on nous la présente habituellement ? Ou bien d’une manifestation exemplaire d’excès et de démence humaine ? La question peut se poser en termes généraux : la Révolution fut-elle bonne pour la France ? Ou elle peut se poser de façon plus précise : Fut-elle avantageuse pour les protestants français ? C’est à cette seconde question que répondra cet article.

La Révolution française jouit aujourd’hui, dans beaucoup de milieux protestants français, d’une considération égalée par nul autre événement historico-politique. En effet, presque chaque fois que l’on aborde la Révocation de l’Édit de Nantes de 1598 par Louis XIV en 1685 et que l’on souhaite mentionner la date à laquelle les réformés français recouvrèrent leurs droits, la plupart des auteurs précisent soigneusement que se fut un siècle plus tard à la Révolution. C’est omettre — par partisanerie ou par méconnaissance — que deux ans avant le déclenchement de la Révolution, le roi Louis XVI avait redonné un statut légal aux réformés du Royaume de France.

Le Temple-État, ou l’échec annoncé de la Révolution

Certes, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen accordait aux protestants une liberté de conscience et de culte théorique jusqu’alors inégalée depuis l’Édit de Beaulieu de 1576. Cependant les acquis de 1789 furent très éphémères. Dès 1790, le Comité ecclésiastique de l’Assemblée constituante accoucha de la Constitution civile du clergé et décréta que les prêtres & évêques romains étaient obligés de prêter un serment d’allégeance à ladite « constitution » qui plaçait l’Église catholique gallicane sous le contrôle direct de l’État français (à vrai dire l’imbriquait à l’appareil gouvernemental séculier de façon presque indissociable, sans commune mesure avec le césaropapisme & la cléricocratie de l’Ancien régime). Les réformés se retrouvèrent donc sous la juridiction ecclésio-étatique d’officiants civils d’obédience papale. Les réformés, bien que non astreints à assister au culte catholique, étaient par force de loi incorporés dans le système électoral des épiscopes romains. Assurément, cette situation incongrue, qui contrevenait de façon flagrante à la liberté d’association pourtant proclamée un an plus tôt, avait de quoi déranger aussi bien les calvinistes que les papistes.

Des « Droits de l’Homme » à la dictature néo-païenne

En 1792, la monarchie parlementaire se transforma en république instable et la révolution libertaire se mua rapidement en totalitarisme néo-païen cherchant à imiter l’Antiquité (culte déiste abstrait de l’« Être suprême » et culte athée naturaliste de la « Raison », conversion des églises en « Temples de l’Être suprême » ou en « Temples de la Raison et de la Philosophie », instauration officielle d’un nouveau calendrier post-chrétien et de nouvelles fêtes religio-civiques). Se furent les catholiques qui se révoltèrent. Le pays éclata en guerre civile quand des régions entières firent sécession du pouvoir parisien (Vendée, Bretagne, Berry, etc.). À Paris, le parti des Jacobins – les révolutionnaires les plus radicaux et les moins scrupuleux – opéra un coup d’État le 2 juin 1793, ouvrant la phase la plus sanglante de la Terreur.

Un défenseur des réformés à l’échafaud

Il importe de noter qu’au moment où la France bascula sous la poigne du jacobinisme, le Président de l’Assemblée nationale était le réformé Rabaut Saint-Étienne. Pasteur nîmois, issu d’une famille ayant connu l’angoisse et l’insécurité constante du Désert huguenot, Rabaut Saint-Étienne était un révolutionnaire relativement modéré qui comprenait que la Révolution avait été suffisamment loin. Il dénonçait son évolution en tyrannie et défendait ardemment les droits des réformés (avec le Marquis de La Fayette), debout au milieu de la tempête. Il prônait la décentralisation (l’autonomie régionale et locale) face aux Jacobins centralisateurs. Rabaut Saint-Étienne fut déclaré « ennemi du salut public » par les dictateurs jacobins, pourchassé, encerclé et appréhendé, puis finalement mis à mort le 5 décembre 1793. Ses deux frères, Rabaut-Pommier et Rabaut-Dupuis, également députés réformés, furent l’un emprisonné et l’autre traqué. Ainsi la Révolution française guillotina un grand défenseur des réformés français.

La Terreur déchristianisatrice comme mode de gouvernement

La Terreur jacobine mit en place un régime de déchristianisation visant autant le catholicisme que le protestantisme. La Suspension du culte fut presque irréellement décrétée par le pouvoir pagano-déiste jusqu’en 1795. La célébration (publique comme privée) de toute forme de culte chrétien devint complètement illégale sur toute l’étendue du territoire français. Les pasteurs et les prêtres furent forcés d’abdiquer officiellement leurs ministères spirituels. Sur 215 pasteurs, 117 refusèrent d’obtempérer. Il y eut des cas de courageuse résistance dans les départements du Drôme et de l’Ardèche.

Pendant la décennie suivant la chute de la Bastille (une prison de luxe où n’étaient pas logés dix hôtes), les coups d’État perpétrés par différentes factions révolutionnaires se succédèrent à un rythme effréné. Pendant cette difficile période, les réformés français étaient pris entre deux feux entre-déchirant la France, subissant alternativement la Terreur rouge (républicains athées) et la Terreur blanche (royalistes catholiques).

Une répercussion néfaste sur les Églises réformés

Pourquoi, dans ces circonstances accablantes, traite-t-on toujours la Révolution comme un phénomène mémorable marquant l’émancipation des réformés ? L’historien Daniel Robert signale qu’« En dépit de la complète liberté retrouvée [en 1795], la situation des églises réformées n’était en fait pas plus favorable – à beaucoup d’égards était même moins favorable – vers 1799 [coup d’État de Napoléon Bonaparte] que dix ans plus tôt. » Seule la massive propagande républicaine des XIXe et XXe siècles permet d’expliquer l’aura dont jouit la Révolution chez les protestants français actuels.

Au bout du compte, la seule bonne chose que la Révolution apporta au protestantisme français, c’est l’autorisation accordée aux descendants de la diaspora huguenote dispersée à travers le monde (en Hollande, en Afrique du Sud, en Angleterre, aux États-Unis, au Brandebourg où le quart de la population berlinoise était alors calviniste française) depuis la Révocation de revenir en France et d’y recevoir la nationalité française avec tous les droits (et les non-droits) que cela inclut. Or ce retour se préparait depuis 1738 et la politique républicaine en la matière s’inscrivait dans la continuité logique et chronologique de la politique royale.

Napoléon puis la IIIe République: les réformés étroitement surveillés

Après la Révolution, Napoléon Bonaparte légalisa définitivement le protestantisme avec le Concordat de 1801, tout en empêchant à l’Église réformée de s’organiser à l’échelon national avec les Articles organiques de 1802 (il voyait le système presbytéro-synodal – comparativement démocratique et décentralisé – comme un contre-pouvoir potentiel à son autorité). La IIIe République laïciste a maintenu cet interdit pesant sur les réformés pendant plus de trois décennies jusqu’à ce que la Loi de 1905 leur permette une marge de manœuvre moins inacceptable (tout en gardant les églises sous la sujétion stricte de l’État). En fin d’analyse, les réformés français ne doivent pas grand chose à la Révolution païenne et liberticide de Marat, Danton et Robespierre.

Racines idéologiques de l’absolutisme et de la Révolution: bonnet blanc et blanc bonnet

Si les effets de l’absolutisme et de la Révolution furent également désastreux pour les réformées, on peut se questionner à savoir si ces deux formes de tyrannie, furent, dans leur essence, identiques. L’Ancien régime est né de la volonté d’une moitié de la noblesse française qui refusait d’obéir à la moralité biblique (embrassée par l’autre moitié de la noblesse,  d’allégeance calviniste) et qui utilisa le catholicisme comme un subterfuge masquant ses mœurs licencieuses. C’est la rébellion contre Dieu qui fut le moteur de l’absolutisme : le roi François Ier subventionnait des prostituées avec le trésor d’État et les paradait avec des rubans à sa cour, le « Roi-Soleil » (Louis XIV) s’identifiait à la divinité païenne Apollon, l’ultra-débauché roi Louis XV attrapa des maladies vénériennes à force de fréquenter les putains. Idem pour la Révolution : là aussi l’homme déchu prétendit faire ses propres lois sans égard à Dieu afin de satisfaire ses pulsions immorales. En voulant contrôler les moindres parcelles de la vie humaine, l’Ancien régime se solda par une perte de contrôle culturel sous la forme du libertinage et du rococo. Similairement, la Révolution française fut (et est toujours), en juxtaposant les autoritarismes jusqu’à l’anarchie institutionnelle, malgré ses prétentions, l’héritière idéologique directe de l’absolutisme monarchique.

Les historiens réformés ripostent

Heureusement, la mauvaise historiographie qui engourdit intellectuellement la communauté réformée & évangélique commence à avoir du plomb dans l’aile depuis la fin du siècle dernier. Cela en partie grâce à l’œuvre collective Révolution et christianisme – Une appréciation chrétienne de la Révolution française (Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, 1992, 230 pages).

En voici la quatrième de couverture :

Un ouvrage tonifiant qui tranche avec la monotonie du consensus d’éloges officiels suscité par les célébrations du bicentenaire de la Révolution française. La tradition réformée en France s’est, depuis deux siècles, très largement engagée dans la voie ambiguë d’une complicité laïque avec la Révolution. Les études contenues dans ce livre – pour la plupart dues à des plumes protestantes – marquent un revirement historiographique capital. Ces historiens réformés ne perçoivent plus le phénomène révolutionnaire uniquement sous l’angle de la libération des Églises de la Réforme du joug persécuteur de l’alliance du trône et de l’autel, de la monarchie absolue et de l’Église catholique romaine. Ils ne considèrent plus la Révolution comme étant la marche triomphante du progrès des idées modernes. Sous des angles divers nos auteurs font clairement paraître la Révolution française et ses métastases dans le monde entier – phénomène fort différent de ses prédécesseurs anglais et américain – comme manifestant un caractère antichrétien. L’idéologie révolutionnaire est ici perçue comme l’expression d’une volonté religieuse, politique et culturelle qui cherche à s’affranchir du Dieu créateur et de ses lois. Car c’est le christianisme lui-même qui, avant tout autre, fit les frais de ce cataclysme spirituel. Par contraste avec l’action révolutionnaire, ces travaux démontrent explicitement que toute transformation féconde de la société doit nécessairement prendre le chemin d’un retour des hommes et des nations au respect de Dieu et de sa Parole.

La table des matières est engageante :

  • Préface | Pierre Chaunu
  • Le veau d’or révolutionnaire | Jean Brun
  • Sociologie de la Révolution | François G. Dreyfus
  • Lecture et déconstruction du mythe révolutionnaire | Jean-Marc Daumas
  • L’idéologie antichrétienne de la Révolution française | Pierre Courthial
  • La théorie de la Révolution française et l’idée de révolution chez Marx et Lénine | Marc Sherringham
  • La Russie et la Révolution française | Alain Besançon
  • La Révolution française et les révolutions | Jean-Marc Berthoud
  • La fin de l’esprit révolutionnaire | William Edgar
  • Les fondements de l’ordre social selon le Nouveau Testament | Peter Jones
  • Perspectives chrétiennes pour un monde en révolution | Udo Middelmann
  • Postface | Roger Barlier

Une numérisation trouée de ce livre est disponible sur Google Books. Vous pouvez également le commander sur Amazon.fr ou via la Bibliothèque réformée.

Si ces auteurs réformés français marquent un tournant avec leurs prédécesseurs nationaux, il faut rappeler que d’autres protestants européens avaient condamnés la Révolution française alors que celle-ci n’avais pas encore déchaînée toute sa folie meurtrière (l’épiscopalien irlandais Edmund Burke, les réformés néerlandais Wilhelm Bilderdijk et Hieronymus van Alphen) ou qu’elle dictait encore la donne dans l’espace politique européen (le luthérien allemand Friedrich Julius Stahl, le réformé néerlandais Groen van Prinsterer). Ce dernier soutenait qu’à l’esprit de la Révolution et à la devise : « Ni Dieu, ni Maître » doit être opposé l’esprit chrétien, l’esprit de la Réformation, l’esprit de la confession de la Vraie Foi : « Jésus-Christ est le Seigneur ». Groen van Prinsterer affirmait dans le huitième chapitre d’Apostasie et Révolution (1847) que « La Réformation n’a pas été la préparation mais bien plutôt l’antithèse véritable de la Révolution. » Et dans le premier tome des Archives de la Maison d’Orange-Nassau (1835) :

La Révolution part de la souveraineté de l’homme ; la Réformation de la souveraineté de Dieu. L’une fait juger la révélation par la raison ; l’autre soumet la raison aux vérités révélées. L’une débride les opinions individuelles ; l’autre amène l’unité de la foi. L’une relâche les liens sociaux et jusqu’aux relations domestiques, l’autre les resserre et les sanctifie. Celle-ci triomphe par les martyres ; celle-là se maintient par les massacres. L’une sort de l’abîme et l’autre descendit du ciel.

Des observateurs ont fait l’analyse suivante de la pensée de Groen van Prinsterer :

La Réformation comme antithèse de la Révolution

La Réformation serait-elle mère de la Révolution ? Pas du tout, dit Groen. En fait, la Réformation est l’antithèse même de la Révolution : la Réformation est fille de la Parole de Dieu et des six grands premiers Conciles œcuméniques ; la Révolution est la fille des Lumières du XVIIIe siècle, fille du rationalisme et de l’incrédulité.

À ce titre, il apparaît pour Groen qu’avant même d’être un phénomène politique et social, la Révolution est un phénomène religieux, une prise de position d’ordre philosophique et religieux à l’encontre du christianisme historique. Pour Groen, la Révolution est avant tout, non un bouleversement politique ou social, mais l’histoire de la philosophie irréligieuse, de l’incroyance systématique, qui détruisent fatalement les fondations de l’Église et de l’État, de la famille et de la société, et qui engendrent le désordre sans jamais aboutir à la vraie liberté. Le principe de cette Révolution, c’est le culte idolâtre de l’humanité, où l’homme ne reconnaît de souverain que lui-même, de lumière que sa raison, de règle que sa volonté.

Groen van Prinsterer n’était certainement pas un avocat du statu quo, il n’était pas opposé à certaines révolutions. Ainsi s’exprimait-il au milieu du XIXe siècle :

La situation de la France et de l’Europe appelait à grands cris une Réforme. Mais cette situation ne rendait ni désirable, ni même inévitable, le contraire d’une Réforme : une Révolution dans les idées fondamentales de l’ordre social, une Révolution anti-religieuse, renversant sous le nom d’abus, jusqu’aux institutions les plus utiles, et niant, sous le nom de préjugés, jusqu’aux principes les plus sacrés.

Faut-il donc renoncer aux espérances de 1789 ? Envelopper la liberté, l’égalité, la fraternité, la tolérance, l’humanité, le progrès dans une réprobation systématique ? N’y-a-t-il rien de vrai dans ces idées ? Il serait absurde de le supposer. Elles répondent, en partie, aux aspirations les plus nobles et aux désirs légitimes du cœur humain ; mais, pour assurer notre bonheur, il ne suffit pas de répandre à profusion les belles maximes, en les séparant de la vérité suprême qui seule peut les rendre efficaces. La Révolution qui les proclame les frappe de stérilité, ou, pour parler plus exactement, les dénature. Rameaux détachés de l’arbre évangélique, ces idées que la sève révolutionnaire empoisonne, ne portent que des fruits mortels. Mis au service d’une philosophie anti-chrétienne, la panacée ne fait qu’aggraver le mal au lieu d’amener la guérison.

Corruptio optimi pessima. Les grandes idées de 1789, passionnément accueillies et qui par leur contraste avec tant de petitesse et d’immoralité donnèrent à cette époque, tristement mémorable, une apparence de désintéressement et de grandeur, les idées de 1789, irréprochables en elles-mêmes et en rapport avec la source dont toute Vérité émane [c-à-d Dieu], devaient cependant, dans leur liaison avec l’incrédulité qui prédominait dans les esprits, devenir funestes. Elles devaient, précisément à cause de leur bonté relative, allumer un fanatisme qui se croirait en droit de tout immoler, pour parvenir à réaliser ses conceptions sublimes. Après avoir, en poursuivant des projets chimériques, même par des moyens atroces, produit les forfaits de la Terreur, cette obstination sanguinaire devait se briser contre un sceptre de fer. À la dictature de Robespierre devait définitivement succéder le régime arbitraire de Bonaparte.

[…]

L’écrivain qui a si admirablement popularisé, en Amérique et en Europe, les souvenirs des grands événements qui firent naître, sous les auspices d’un héros et d’un martyr, la République des Provinces-Unies, monsieur Lothrop Motley, proclame la différence entre les révolutions dans le sens ordinaire et la Révolution [française] dans l’acception exceptionnelle du mot, entre un déplacement de pouvoirs et un renversement de principes. Il montre, réunis dans un même amour des libertés nationales et historiques, Guillaume Ier, Guillaume II et Washington ; il oppose à la Révolution [française] systématiquement anarchique les révolutions salutaires et légitimes des Pays-Bas, de l’Angleterre et des États-Unis.

Source : Groen van PRINSTERER, Le Parti anti-révolutionnaire et confessionnel dans l’Église réformée des Pays-Bas, Amsterdam, 1860 ; cité par Pierre COURTHIAL,  « Un critique réformé de la Révolution française : Guillaume Groen van Prinsterer (1801-1876) », Revue Réformée, N° 155, juin 1988, p. 29-39.

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Complément : Le Génocide de Vendée – Série d’articles [Phileo Sophia]

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CarteZonesFederalistesRevolutionFrancaise

La décadence de « l’Église d’Angleterre » :

La congrégation puritaine de Scrooby au Nottinghamshire :

Les Puritains de Srcooby en exil à Amsterdam puis Leyde en Hollande :

Le passage des Puritains anglais de Leyde à l’Amérique :

L’embarquement déchirant en Europe et la traversée de l’océan :

Le Pacte du Mayflower ratifié lors de l’arrivée à Cape Cod au Massachusetts :

Une alliance entre les Puritains et les Amérindiens :

La première Action de Grâce :

La Revue réformée s’est penchée sur l’influence de Calvin aux États-Unis :

Les terres d’Amérique du Nord ont, en effet, été colonisées par des hommes et des femmes pour qui les convictions religieuses constituaient souvent une question de vie ou de mort. […] Ce sont surtout des colons avides de Dieu, assoiffés de liberté religieuse, qui s’y sont installés, fuyant les persécutions dont ils étaient victimes sur le Vieux Continent.

[…]

Ce premier exil protestant [anglais en Europe continentale] se dirigea en priorité vers les terres nouvellement calvinistes du continent, qui se montrèrent particulièrement sûres et accueillantes : cités helvétiques (à commencer par Genève), sud-ouest du Saint-Empire [Palatinat du Rhin, Francfort, Strasbourg]. Les nombreux réfugiés anglais y furent sensibilisés aux spécificités du calvinisme, découvrant le projet réformé d’alors, qui visait à une reconstruction systématique de la société sur la base des enseignements bibliques tels que Jean Calvin les avait exposés dans son œuvre. Cet exil en terre calviniste eut une influence déterminante sur les réfugiés anglais. La plupart d’entre eux retournèrent ensuite en Angleterre, à la mort de Marie Tudor [la Reine sanglante], avec une vision renouvelée de leur projet : c’est désormais en référence au calvinisme qu’ils envisagèrent la poursuite de la Réforme anglaise. Ils ne revinrent pas les mains vides : leur exil fut ainsi marqué par « une nouvelle édition anglaise du Nouveau Testament, à forte empreinte calviniste, qui fut à l’origine de la Bible de Genève, sans égale dans l’Angleterre d’Élisabeth » […] Leurs convictions principales peuvent être résumées en quatre thèmes, qui vont profondément marquer la culture religieuse des colonies américaines et de ses « Pères pèlerins » (Pilgrim Fathers).

Leur première conviction est celle de la totale dépendance des humains vis-à-vis de Dieu pour leur salut.

[…]

La deuxième conviction des puritains calvinistes est l’autorité de la Bible, conformément au principe protestant du Sola Scriptura, « l’Écriture seule ». Cette idée d’« autorité » n’est pas à comprendre seulement en terme de doctrine. La Bible, certes, doit seule fonder la doctrine, mais « l’autorité » de la Bible va plus loin : elle implique que le chrétien ne doit faire que ce que la Bible prescrit, et ne rien faire qui soit contraire à son enseignement.

[…]

Au Massachusetts, sous la conduite de John Winthrop (1588-1649), les colons « vont plus loin que les puritains d’Angleterre […] La vie civile devra être réglée selon l’interprétation puritaine des Écritures ».

[…]

Le troisième trait saillant des convictions puritaines est l’idée que Dieu a créé la société comme un « tout » unifié. L’État, l’Église, la sphère publique et la sphère individuelle sont liés, complémentaires, et sous la souveraineté de Dieu. La Genève de Calvin correspondait à cette exigence d’une « sphère d’union à son Dieu, de glorification de son Dieu » (Denis Crouzet) dans toutes les dimensions de la vie de la cité. […] La plupart des puritains américains qui peuplent le Nouveau Monde au XVIIe siècle entendent reconstruire la Cité de Dieu sur la base des principes protestants d’inspiration calviniste.

[…]

La quatrième composante majeure des convictions puritaines est la certitude que Dieu communique et œuvre avec les humains au travers d’une « alliance » (covenant). La Bible met en scène, à leurs yeux, une série d’alliances entre Dieu et ses créatures. D’où l’importance, dans les congrégations, dans les assemblées, d’engagements solennels, d’alliances au travers desquels les croyants manifestent leur désir de marcher selon les commandements de Dieu. À l’échelle [inter]nationale, les puritains estiment, de même, qu’il existe des « alliances » spécifiques entre telle nation et Dieu. La nation qui deviendra « américaine » éprouvera très tôt cette conviction d’une alliance particulière contractée avec Dieu.

[…]

Le premier établissement anglais permanent fut en Virginie, dès 1607. […] En mai de cette année 1607, les colons ne manquent pas de célébrer un culte de reconnaissance avec le révérend Robert Hunt, et le tout premier code de loi de Virginie impose comme obligatoire l’assistance au culte dominical ! Le second établissement permanent de colons anglais, à Plymouth, en 1620, fut bien davantage marqué par le puritanisme. Comme le rapporte le chroniqueur de cette implantation, William Bradford (1589-1657), « ils savaient qu’ils étaient des pèlerins et ne regardaient pas tant (à leurs terres) qu’aux réalités célestes vers lesquelles ils levaient les yeux, tranquillisant leur esprit en contemplant leur pays le plus cher ». Venus par le Mayflower, ils arrivèrent au Cap Cod, début novembre 1620. Avant de quitter le bateau, les pèlerins firent cette alliance, sur la droite ligne des usages puritains : « Ayant entrepris pour la gloire de Dieu, et l’avancement de la foi chrétienne, et pour l’honneur de notre roi et de notre pays, un voyage pour planter la première colonie au nord de la Virginie, nous présents faisons solennellement et mutuellement, en la présence de Dieu et les uns envers les autres, une alliance dans le corps politique, pour une meilleure organisation et préservation, pour atteindre les objectifs précités. »

Le gouverneur John Winthrop (1588-1649), auteur de la fameuse formule appelant l’Amérique puritaine à être une « cité sur la colline » (a city upon a hill), le pasteur John Cotton (1584-1652), le pasteur et historien Cotton Mather (1663-1728), auteur d’une fresque historique à la gloire des premiers puritains d’Amérique, le Magnalia Christi Americana, et bien d’autres vont maintenir ensuite, dans les colonies américaines, le flambeau puritain d’une alliance particulière avec Dieu.

Les écrits de Calvin jouèrent, dans cette fermentation culturelle, un rôle majeur […] Depuis la Nouvelle-Angleterre, ces principes puritains vont, ensuite, peu à peu s’étendre à la plupart des colonies, sous l’impulsion, en particulier, du « Grand Réveil » du XVIIIe siècle, où un puritain, Jonathan Edwards (1703-1758), et un méthodiste [sic : un autre puritain], George Whitefield (1714-1770), provoquent par leurs appels à la conversion une remobilisation sans précédent des églises du Nouveau Monde. Dès lors, la pensée de Jean Calvin, particulièrement à l’honneur chez la plupart des théologiens puritains, à commencer par Jonathan Edwards qui lui consacra des milliers de pages, se diffusa en profondeur dans la culture religieuse américaine, jusqu’à l’entrée du XXIe siècle.

Quelque historiens discutent de la survivance déformée de l’héritage puritain aux États-Unis (post)modernes :

anciennesprovincesfrancaises

Carte des anciennes provinces du Royaume de France sous l’Ancien régime (à l’époque de la Nouvelle-France)

Il est de bon aloi, de nos jours, de dire que les Québécois sont un peuple métissé. On entend souvent dire que les Québécois – au sens de Canadiens-Français – sont « l’un des peuples les plus métissés du monde ». On évoque surtout les Amérindiens et les Irlandais. Qu’en est-il en réalité ? Évidemment, la présence ou l’absence de métissage n’est pas stricto sensu une fatalité, il n’est pas moralement significatif en tant que tel, car ce n’est pas l’ethnie d’un individu qui détermine s’il est une bonne ou une mauvaise personne. Ce n’est pas une question de valeur, c’est une question de fait. Et cette question historique demeure. Celle-ci devrait être approchée de façon rationnelle, scientifique. C’est l’historicité que l’on doit rechercher, et non pas une mythologie émotionnellement satisfaisante mais factuellement erronée.

Commençons par le commencement. D’où viennent les Canadiens-Français, c’est-à-dire les descendants des pionniers venus défricher les vallées du fleuve St-Laurent et de la rivière Richelieu à l’époque de la Nouvelle-France ? Il est avéré qu’ils proviennent de presque toutes les régions françaises, mais que la majorité des contingents était surtout issue de quelques provinces dans le nord-ouest du royaume. En ordre d’importance décroissante : le bloc formé par le Poitou, l’Aunis et la Saintonge (cumul de 24 %), la Normandie (15 %), l’Île-de-France (14 %) et la Bretagne (6 %). Les colons non-français (néerlandais, suédois, allemands, etc.) comptaient pour un pourcentage minime (2 à 3 %) de la population colonisatrice.

Ces Français se sont-ils promptement métissés avec les Amérindiens, comme on le raconte ? Nullement. Il y eut bien sûr un certain nombre de mariages mixtes, mais la plupart des unions mixtes étaient des concubinages entre coureurs-des-bois et amérindiennes, et les enfants nés de ces relations furent adoptés par les communautés amérindiennes. C’est donc les Amérindiens qui se métissèrent (cf. les Huron-Wendats blonds aux yeux bleus !), mais rarement les Canadiens-Français qui connurent peu ce phénomène.

Qu’en est-il des Irlandais, arrivés par milliers au Québec au XIXe siècle ? C’est « bien branché » de dire que 20, 30, voir 40 % des Québécois sont à moitié irlandais. En réalité, habituellement, il ne s’agit que d’un seul ancêtre lointain, aux confins de l’arbre généalogique. Un mémoire de maîtrise  en médecine soutenu à l’Université du Québec à Chicoutimi en 2007, l’Analyse démogénétique de la contribution des fondateurs irlandais au peuplement du Québec, a établit que les gènes irlandais constituent moins de 1 % du bassin génétique des Québécois de souche.

Voici d’autres renseignements initialement publiés par le groupe Genizon Biosciences (recherchistes en génétique des maladies héréditaires) :

En raison de son âge relativement jeune, du nombre limité de ses fondateurs et de sa taille actuelle très importante, la population fondatrice du Québec est une des populations les plus intéressantes pour la cartographie génique.

De par son contexte historique, le Québec se caractérise par un déséquilibre de liaison (partage génétique) optimal en raison de sa fondation, il y a 12 à 16 générations, par seulement 2 600 fondateurs effectifs [soit 1300 unions nuptiales], ainsi que de la multiplication par 80 de sa population au cours des 230 dernières années, avec une dilution génétique minime par mariages mixtes.

Le Projet BALSAC et le Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal (PRDH) constituent une documentation détaillée de la généalogie de la vaste majorité de la population fondatrice du Québec, depuis sa fondation jusqu’au temps présent. L’accès à ces bases de données facilite le processus de découverte de gènes.

[…]

L’immigration en provenance de France a pratiquement cessé par la suite [en 1760], et les mariages mixtes avec la population anglaise furent limités pour des raisons culturelles, linguistiques, religieuses et historiques. La population a d’emblée connu une expansion très rapide : pour chaque couple fondateur, on comptait en moyenne 36 enfants et petits-enfants. Il s’est également produit un phénomène de « dérive génétique démographique », où quelques familles très prolifiques ont assuré une contribution importante à la croissance de la population, ce qui a augmenté son homogénéité génétique.

[…]

La population canadienne-française actuelle est principalement issue d’une croissance très rapide de la population de colons originale. Au cours des 230 dernières années, la population du Québec a été multipliée par 80, alors que pendant la même période la population de la France, par exemple, n’a été multipliée que par 6. Avec ses 6 millions d’habitants [canadiens-français], le Québec est actuellement l’endroit au monde qui abrite la plus vaste population fondatrice génétiquement homogène.

Une fois établie l’homogénéité historique de la population québécoise de souche française, se pose une autre question : mais leurs ancêtres qui ont fait la traversée de l’Atlantique, étaient-ils, eux, ethniquement homogènes ? Vérifions pour les quatre principales régions d’origine des colonisateurs :

  1. Ensemble Poitou-Aunis-Saintonge (24 %) : Les Poitevins, Aunissois et Saintongeais descendent presque exclusivement des Gaulois celtes qui peuplèrent l’actuelle France il y a deux millénaires et demi, puisque le Poitou, l’Aunis et la Saintonge sont à la fois situés hors de la zone de colonisation des Francs germains (au nord de la Loire) ainsi qu’hors de la zone de peuplement des Celtibères en Aquitaine (où des Celtes d’Ibérie fusionnèrent avec des Gaulois dès l’Antiquité).
  2. Normandie (15 %) : Les Normands descendent de la population autochtone gallo-franque déjà présente en  Normandie au Xe siècle ainsi que des Vikings – c’est-à-dire des Germains originaires de Scandinavie (Nordmen → « hommes du nord ») – qui s’y établirent alors. Même si les Vikings donnèrent leur nom à la région, au plan démographique, leur apport fut minime et ils furent rapidement assimilés par les Gallo-Francs. La célèbre Tapisserie de Bayeux illustre significativement la francisation de ces Vikings de Normandie entre 911 et 1066 : ils y sont identifiés comme des « Francs » (Francii) ! Plus récemment, une étude génétique menée par l’Université de Leeds au Cotentin (Département de la Manche) a confirmé la prédominance gallo-franque dans le patrimoine génétique normand.
  3. Île-de-France (14 %) : Les Franciliens descendent des Gaulois celtes ainsi que des Francs germains qui se sédentarisèrent dans le Nord de la Gaule au VIe siècle après Jésus-Christ.
  4. Bretagne continentale (6 %) : Les Bretons descendent des Gaulois celtes armoricains ainsi que de leurs cousins les Bretons celtes natifs de la Bretagne insulaire (actuelle Grande-Bretagne) qui passèrent du côté opposé de la Manche pour fuir l’invasion des Barbares anglo-saxons au Ve siècle de l’ère chrétienne.

Précisons que si des mouvements de populations importants accompagnèrent la chute de l’Empire romain, les peuples germaniques qui migrèrent en Gaule, dans la péninsule ibérique et en Italie du Nord se comptaient en dizaines de milliers d’individus arrivant dans des pays dont les populations se comptaient en multiples millions d’habitants. Les Germains se sont imposés par leur supériorité militaire, pas par leur faible poids numérique, et c’est pourquoi ils s’assimilèrent génétiquement aux populations celtiques et italiques.

« Ainsi les Wisigoths sont peut-être 100 000 en Aquitaine [ils ne s’y mélangèrent pas avec les Aquitains et furent rapidement expulsés par les Francs] et les Burgondes environ 80 000. Quant aux Francs, ils entrent en Gaule par infiltrations successives, et ne dépassent sans doute jamais 5 % des populations romanisées. » (Source : Nadeije Laneyrie-Dagen et al., « Le baptême de Clovis », Mémoire de la France, Éditions Larousse, Paris, 2003, p. 76-77.)

La seule région où les Germains furent incontestablement majoritaires est l’Alsace, où les Alamans (aussi dispersés au Bade et en Helvétie) supplantèrent les Gaulois. Les Burgondes, quant à eux, s’établirent surtout en Savoie et en Helvétie, même si leur domaine militaro-commercial – la Burgondie, devenue la Bourgogne – en vint à s’étendre sur presque tout l’Est de la France (mais jamais simultanément). Ce n’est donc pas abusif de dire « nos ancêtres les Gaulois », même s’il est vrai que cette expression est simplificatrice.

Il se dégage de ce tableau une identité française clairement définie et cohérente – à double composante ethnique : celtique et germanique – que l’on peut adéquatement résumer par le qualificatif germano-celtique. D’ailleurs les Celtes et les Germains, qui appartiennent à la même famille européenne, n’étaient pas très éloignés ethno-culturellement, allant parfois jusqu’à se confondre (les historiens utilisent le terme celto-germanique pour désigner les peuplades frontalières qui combinèrent des apports celtes et germains dès le premier millénaire av. J.-C., notoirement les Belges gaulois).

Et nous pouvons en fin d’analyse comprendre que « Du IXe à la fin du XIXe siècle, la composition du peuplement de la France reste stable. […] On voit ainsi que le phénomène moderne d’immigration massive, de populations très éloignées physiquement et culturellement, qui bouleverse définitivement la composition des peuples de France, est inédit et ne s’inscrit nullement dans notre tradition. » (Source : Guyla, « La formation du peuple français », L’Héritage, N° 2, été 2005, p. 14-15.)

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Complément : Les filles à marier (1634-1662) [The French-Canadian Genealogist]