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Affiche de l’Armée du Salut, 1890 (cliquez pour élargir)

Mariana Valverde, The Age of Light, Soap, and Water : Moral Reform in English Canada (1885-1925). Toronto, University of Toronto Press, 2008, 223 p.

Analyse

Mariana Valverde (1955-) est directrice du Centre de criminologie et d’études sociolégales de l’Université de Toronto. Elle a reçu sa formation en philosophie aux universités Brock et York et elle se spécialise en sociologie du droit depuis les années 1980. Cet ouvrage fut rédigé et grâce au concours financier du Conseil des arts du Canada. Dans The Age of Light…, Valverde contribue à l’historiographie du mouvement de réforme morale et sociale ayant marqué le Canada au tournant du XXe siècle en reconstituant l’identité, le discours et l’action de ses promoteurs. Ses principales démonstrations sont l’indissociabilité entre le redressement moral et le redressement social de la population dans la logique des activistes protestants de ce mouvement ainsi que l’aspect foncièrement non étatique de ce dernier. L’intitulé du livre désigne le Canada anglais comme cadre spatial de l’étude ; l’auteure traite légèrement des provinces maritimes, parle un peu de Montréal, et se concentre surtout sur l’Ontario et l’Ouest canadien. C’est une œuvre d’histoire sociale : elle examine les militants du réformisme moral en tant qu’élément d’une classe (bourgeoisie ou classe moyenne) et, par ricochet, les bénéficiaires de leurs services (classe ouvrière).

Valverde mobilise à cette fin les archives privées aussi bien que publiques se rapportant aux différents acteurs du réformisme moral de cette période (transcriptions d’allocutions prononcées lors de colloques, communiqués internes ou externes, journaux et pamphlets d’époque, correspondances écrites, minutes des réunions, etc.), qu’elle complémente avec maintes études postérieures. L’auteure est généralement critique (parfois excessivement) de ces sources archivistiques, qu’elle ne prend pas au pied de la lettre et qu’elle n’hésite pas à confronter mutuellement ou avec des études pour tenter d’en vérifier la véracité. La grille d’analyse que Valverde adopte dans ce travail est un modèle sociologique. Elle déploie ce livre selon un plan thématique, en articulant sa démonstration autour de deux grands axes. D’une part, dans les chapitres 1, 2, 3 et 7, Valverde présente les principaux organismes ayant façonné le réformisme moral canadien et cerne leurs méthodes discursives respectives. D’autre part, dans les chapitres 4, 5 et 6 (et la section sur la chasteté clôturant le chapitre 3), Valverde expose l’action des réformistes dans quelques grands enjeux moraux et sociaux. Par cette articulation entre l’identité des acteurs et leur engagement pratique, l’auteure démontre l’équation invariable entre la rénovation morale et sociale chez les protagonistes du mouvement réformiste et le caractère essentiellement extra-étatique d’icelui. Le réformisme moral tel que décrit par Valverde se réfère à la volonté des réformistes de rehausser le niveau moral de la jeune nation canadienne-anglaise en endiguant l’immoralité et le paupérisme. Le champ conceptuel d’immoralité comprenait dans ce contexte divers phénomènes incluant l’ivrognerie, l’impudicité, l’adultère, la prostitution et l’avortement. Notons que l’auteure ne se réfère pas, par la catégorie du réformisme moral, au prohibitionnisme, aux suffragettes et à l’« Évangile social », malgré que les préoccupations des acteurs de ces deux catégories fussent enchevêtrées et qu’il y avait un chevauchement entre leurs personnels.

Synthèse

Entre 1885 et 1925, une coalition informelle d’organes para-ecclésiastiques et d’associations professionnelles ou philanthropiques (caritatives) canadiennes se constitua afin de régénérer les individus, les familles, la société civile, et l’État. Bien que ces différents acteurs ne mettaient pas tous l’emphase sur les mêmes causes – le travail le jour du repos (dimanche), la bienfaisance, l’hygiène sexuelle, etc. – ils avaient des axiomes idéologiques communs et une similaire compréhension holistique des problèmes sociaux. C’est pourquoi ces organismes œuvrèrent conjointement (ou séparément mais parallèlement) à purifier le corps civique dans un processus de construction nationale. Contrairement à ce qui est souvent allégué, ce réformisme moral n’était pas simplement puritain (dans le « mauvais » sens de ce terme, s’il en est). Il ne se bornait pas à prôner la répression des comportements déviants, mais il proposait des solutions constructives aux problématiques qu’il soulevait et agissait en conséquence. Le réformisme moral et social s’attelait à produire une littérature alternative édifiante pour les jeunes, transmettre les valeurs chrétiennes, promouvoir la débrouillardise familiale, enrayer l’imprévoyance financière et la malnutrition des ménages, et faciliter la réinsertion sociale des déshérités. Dans la vision du monde de ce mouvement, le Canada apparaît comme la terre promise de la civilisation britannique transplantée, du christianisme véritable et de la réussite économique. Ses protagonistes se voyaient dans l’aboutissement d’un processus s’ouvrant sur une ère de prospérité et d’harmonie, mais simultanément ils se croyaient menacés par une vague d’immoralité et d’iniquité rampante. Des éléments de conservatisme salvateur et l’idée de progrès inéluctable coexistaient dans leur pensée.

Les principaux organismes composant la mouvance du réformisme moral et social se ressemblaient, mais chacun avait ses particularités. La Woman’s Christian Temperance Union (WCTU), malgré son nom, ne s’intéressait pas qu’à l’alcoolisme, mais faisait campagne pour l’augmentation de l’âge de consentement sexuel des filles, l’aggravation des peines en cas de viol, l’abandon du port du corset et une réforme de l’alimentation. Repérables à leurs rubans blancs, ses militantes étaient souvent sympathisantes au suffrage féminin qu’elles voyaient comme un moyen de faire avancer leurs idées, mais c’est strictement en tant que blanches protestantes qu’elles se positionnaient. Le National Council of Women (NCW) n’était nullement implanté à l’échelle communautaire, était plutôt élitiste, et s’occupait surtout de lobbying auprès des législateurs provinciaux et fédéraux. Il revendiquait notoirement des instituts spécialisés pour les déficients mentaux. Le Young Women’s Christian Association (YWCA) était opéré par des femmes d’âge mature issues d’un rang élevé pour des jeunes femmes de classe moyenne. Ses résidences féminines abordables visaient à promouvoir les bonnes habitudes domestiques et à contrecarrer le sécularisme montant des campus. L’Armée du Salut était la plus populiste de ces organismes. Les dirigeants salutistes étaient issus de la classe moyenne inférieure. À la fois une église et une vaste institution philanthropique, l’Armée du Salut se démarquait par sa structure méritocratique, sa littérature mélodramatique, son engagement de terrain et ses uniformes martiaux.

À cette description des protagonistes s’articule l’exposition de leur engagement. Un volet de l’action du réformisme fut l’éducation à la chasteté sexuelle auprès des jeunes. Cela impliquait, pour ses conférenciers scolaires, l’abstinence avant le mariage suivi de la fidélité conjugale. Loin du cliché d’une austérité réactionnaire, les éducateurs sexuels du réformisme moral insistaient sur la normalité des sentiments sexuels tout en affirmant leur nécessaire canalisation. Ils expliquèrent aux parents réticents que la pureté intelligente est meilleure que l’innocence aveugle et que conserver la pudibonderie de leurs adolescents est une mauvaise idée. Leur discours écartait l’antithèse facile entre innocence et expérience. Les demandes du WCTU et du NCW pour l’inclusion de cours de sexualité chrétienne dans les curriculums scolaires restèrent insatisfaites.

Au plan de la lutte contre la prostitution, le réformisme canadien oscilla entre deux systèmes de régulation : le système britannique consistant à la criminaliser, et le système continental consistant à l’encadrer. En principe, le mouvement de réforme morale réclama la criminalisation. En pratique, les autorités civiles se contentèrent fréquemment de relocaliser les bordels dans des quartiers périphériques (hormis à Toronto où la municipalité réprima vigoureusement les maisons de débauche). La lutte contre la prostitution au Canada anglais fut le théâtre d’hystéries sporadiques (les white slavery panics). L’existence avérée d’un trafic sexuel de femmes asiatiques par des proxénètes chinois circonscrit à Vancouver et Victoria généra la fabulation du rapt annuel de milliers de Canadiennes et leur séquestration aux États-Unis. Pour réhabiliter les prostituées, les réformistes moraux créèrent des maisons refuges qui obtinrent un succès réel quoi qu’inférieur à leurs attentes enthousiastes.

La question ethnique est un autre enjeu sur lequel le réformisme s’est prononcé. Si le maintient d’un haut degré de « pureté raciale » était désiré par les réformistes, ce n’était pas toujours par suprématisme biologique, mais souvent pour des raisons de compatibilité culturelle, économique et linguistique entre les descendants de Britanniques et les ceux d’autres nationalités. Ainsi, on préférait que les immigrants proviennent d’Europe et soient assimilables. Ceux provenant des autres continents étaient jugés incapables d’atteindre un auto-contrôle satisfaisant (sexuel, notamment). La cohésion nationale se voyait ainsi reliée à la pureté sexuelle.

Le paupérisme urbain fut un autre cheval de bataille du réformisme. Surpeuplés, insalubres et insuffisamment éclairés, les taudis de l’industrialisation étaient vus comme des « royaumes du vice » qu’il fallait impérativement reconquérir avant qu’ils ne fassent tache d’huile. Ce fut le défi des méthodistes et des salutistes qui quadrillèrent les quartiers pauvres avec leurs centres privés où secours matériel et moralisation allaient de pair. Ces centres travaillaient à une atténuation et non à l’abolition des différences de classe. Le désengagement de l’État était tel dans cette entreprise que les gouvernements allèrent jusqu’à confier des compétences régaliennes (pouvoirs d’arrestation et de coercition temporaire) et des responsabilités carcérales à des organisations philanthropiques.

C’est également dans l’optique de reconquête urbaine que les collèges et universités évangéliques (méthodistes et baptistes, précisément) fondèrent la sociologie en tant que discipline académique au Canada. Leurs enquêtes sociologiques employèrent de nombreuses femmes qui apprirent à travailler scientifiquement. Ironiquement, cela produisit une première génération de femmes formées professionnellement (souvent des diaconesses méthodistes) qui n’étaient pas dévouées aux travaux domestiques ou manufacturiers, alors que l’objectif initial du réformisme moral était de protéger l’ordre traditionnel. Le développement de cette science nouvelle (la sociologie) avait aussi pour objectifs de hausser le statut de la jeune profession de « travailleur social » et de donner au réformisme confessionnel un avantage sur ses concurrents laïcistes. Ce mouvement fut, d’une certaine façon, l’entreprise d’une bourgeoisie émergente dont les membres étaient en partie motivés par leurs intérêts professionnels. Finalement, le titre de l’ouvrage doit se comprendre dans son sens littéral et figuré : « savon » par propreté matérielle et pureté de l’âme, « lumière » par électrification des domiciles et sanctification spirituelle, et « eau » par breuvage potable et sobriété des mœurs.

Bilan

Par son engagement dans les enjeux qu’étaient l’éducation sexuelle, la prostitution, l’immigration et le paupérisme urbain, le réformisme moral et social contribua à façonner les rapports de genre, d’ethnie et de classe au Canada anglais au tournant du XXe siècle. L’idée fondamentale qu’il existe une étroite connexion entre la réforme morale et sociale de la société dirigea l’action de ce mouvement qui opéra relativement indépendamment de l’État.

Young Women's Christian Association, 1911

Pique-nique de la Young Women’s Christian Association, 1911

Une récente étude conduite par l’Université du Texas comparant les effets sociologiques, psychologiques et économiques qu’ont les différents types de configurations familiales sur les individus démontre qu’en général, les adultes ayant grandis sous l’autorité de tuteurs homosexuels réussissent moins bien dans la vie — selon tous les critères objectifs retenus — que ceux éduqués dans les foyers dont les parents sont hétérosexuels. Cette étude, évaluée par les pairs, est nettement plus rigoureuse que toutes les études antérieures s’étant penché sur cette question, et cela tant la par la supériorité de sa méthodologie que par la qualité de son échantillonnage. Elle fut néanmoins contestée par le lobby LGBT, mais l’Université du Texas (située dans la ville progressiste Austin) a effectuée une enquête qui a confirmé l’intégrité scientifique de ce travail impeccable.

Présentation vidéo par Minnesota for Marriage :

On constate, parmi les nombreux résultats accablants de cette étude, que les individus ayant grandis avec des lesbiennes se font, en moyenne, beaucoup plus souvent violer et subissent beaucoup plus d’attouchements sexuels.

Viol selon la structure familiale :

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Attouchements sexuels selon la structure familiale :

Attouchements

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Une autre étude scientifique — effectuée par l’Université Simon Fraser (située à Burnaby en Colombie-Britannique) — arrive sensiblement aux mêmes conclusions : Étude révèle que les enfants vivant avec des homosexuels accusent un retard scolaire [Pour une école libre]

Liens vers des méta-études sur ce sujet :

Manifestation en France pour le maintient légal du mariage traditionnel

Manifestation pour le maintient légal du mariage traditionnel en France

Nullification Movie

Les États-Unis d’Amérique sont, le nom le dit, une union d’États qui ont délégué des pouvoirs spécifiques et restreints à un organe fédératif (du latin feodus, alliance). Il en découle qu’en principe, l’organe fédéral est au service des États qui l’ont créé. Or en ce début de XXIe siècle, l’État fédéral — et notamment sa branche judiciaire — continue de vouloir inverser le rapport de force en rétrogradant les États dans un statut de stricte subordination (plutôt que de coopération). Se faisant, il viole fréquemment l’intégrité juridique et économique des États. Par exemple, en 2011, un tribunal fédéral de première instance a renversé un référendum de 2008 rétablissant le mariage traditionnel en Californie (violant ainsi grossièrement la démocratie), malgré que le mariage n’est aucunement une compétence fédérale selon la Constitution des États-Unis. Un tribunal fédéral d’appel a maintenu ce renversement en 2012. La cause est actuellement devant la Cour suprême à Washington qui est réputée très à gauche. Sur un autre terrain, en 2011, un juge nommé par Obama a renversé une loi adoptée par l’Assemblée générale de l’Indiana ayant pour objet de cesser les subventions étatiques à l’industrie criminelle qu’est Planned Parenthood. Par cette action d’une légalité douteuse, ce juge fédéral force la collectivité politique de l’Indiana à financer un lobby privé corrompu. Encore en 2011, un scénario similaire s’est produit en Caroline du Nord où un juge fédéral nommé par Bill Clinton a suspendu une loi adoptée par l’Assemblée générale de la Caroline du Nord ayant pour objet de cesser les subventions versées à Planned Parenthood. Insatisfaits de ce résultat, la machine fédéraliste-socialiste a obtenu l’année suivante une subvention fédérale contrecarrant la législation de la Caroline du Nord équivalant à trois fois le montant de l’ancienne subvention ! En 2012, la Cour suprême a interdit aux citoyens de l’Oklahoma de voter sur le statut juridique des enfants à naître. Toujours en 2012, cette infâme judicature fédérale a temporairement forcé les mères au foyer du Michigan d’être membres d’un syndicat marxiste de travailleuses à domicile qui spolie leur chèque d’aide médicale !

Face à ces tribulations, la stratégie républicaine & conservatrice, ces dernières décennies, a consisté à résister passivement à ces agressions en mobilisant uniquement les recours conventionnels du droit (c’est-à-dire ceux d’un usage fréquent). Constatant l’inefficacité flagrante ce des moyens trop peu musclés et appréhendant les difficultés futures, le Tenth Amendment Center, la Foundation for a Free Society et Restore the Republic ont produits le documentaire Nullification : The Rightful Remedy qui explique comment les États américains peuvent légalement annuler les actes anticonstitutionnels émanant des différentes branches du gouvernement fédéral (en appliquant la doctrine de l’interposition).

Bande-annonce :

Documentaire complet (je vous suggère de sauter les cinq premières minutes) :

Si le vidéo ne joue pas, essayez ici, ici ou ici.

Pour un exposé académique en français sur les doctrines d’interposition et d’annulation, je vous encourage à vous référer aux pages 84 à 103 (inclusivement) de ce mémoire de recherche : La contribution des antifédéralistes des origines à la théorie constitutionnelle américaine [Université de Lille]

Articles reliés :

Trois Pères Fondateurs américains : Benjamin Franklin, Thomas Jefferson et George Washington

J’ai déjà souligné que le christianisme est largement à l’origine du droit politique occidental (voir ici) ainsi que de multiples autres branches de notre droit (voir ici). Conséquemment, il est normal que les citoyens chrétiens soient préoccupés par l’érosion graduelle de nos libertés et garanties juridiques fondamentales face à la tyrannie des appareils étatiques centralisateurs (voir ici ainsi qu’ici). Aux États-Unis, des magistrats et des simples citoyens ont décidés de prendre le taureau par les cornes au lieu de faire l’autruche. La bande-annonce du documentaire Last Line of Defense produit par l’Association des shérifs et officiers de paix constitutionnels nous livre un aperçu de ce mouvement organisé :

Extraits − Richard Mack (shérif à la retraite du comté de Graham en Arizona) sur la souveraineté des États composant l’Union fédérale (du latin feodus, alliance) :

Extraits − Ken Ivory (député à la Chambre des Représentants de la Législature de l’Utah) rappelle que les États peuvent et doivent défendre la droiture et la liberté face au despotisme du Fédéral :

Extraits − Le shérif Mack sur le devoir constitutionnel du shérif :

À consulter également sur Le Monarchomaque :

Et hors-site : Oath Keepers − Guardians of the Republic

Jean Calvin

Pour le juriste et théologien picard Jean Calvin, ne faut pas réputer « la police comme une chose polluée et n’appartenant en rien aux chrétiens. Il est bien vrai que les fantastiques, qui ne cherchent qu’une licence débridée, ont aujourd’hui cette manière de parler : c’est à savoir, que “puisque nous sommes morts par Christ aux éléments du monde, et translatés au royaume de Dieu entre les célestes, c’est une chose trop vile pour nous et indigne de notre excellence de nous occuper à ces sollicitudes de négoces de ce monde desquels les chrétiens doivent être complètement éloignés et étrangers.” Mais comme nous avons naguère averti cette espèce de régime [politique] être différente du règne spirituel et intérieur de Christ, ainsi il nous faut savoir d’autre part qu’elle n’y répugne nullement [la politique au règne de Christ]. Car ce règne spirituel commence déjà sur la terre en nous quelque goût de royaume céleste, et en cette vie mortelle et transitoire quelque goût de la béatitude immortelle et incorruptible ; mais le but de ce régime temporel est de nourrir et entretenir le service extérieur de Dieu, la pure doctrine et religion, garder l’état de l’Église en son entier, nous former en toute équité requise à la compagnie des hommes pour le temps qu’avons de vivre avec eux, d’instituer nos mœurs à une justice civile, de nous accorder les uns avec les autres, d’entretenir et conserver une paix et tranquillité commune. »

Source : Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, tome IV, chapitre 20, article 2, 1560.

« Mais de condamner le glaive public, lequel Dieu a ordonné pour notre protection et en notre faveur, pour réprimer et empêcher la violence des méchants. Et que pour cette cause le glaive lui est donné en main afin de punir les maléfices. Puis que Dieu lui ordonne de ce faire, qui sommes nous pour l’empêcher ? Semblablement, puisque Dieu nous présente une telle sauvegarde, pourquoi ne sera-il loisible d’en user ? »

Source : Jean Calvin, Brève instruction pour armer tous bons fidèles, 1544 ; réédité chez Droz, Genève, 2007, p. 65.

« Ils se montrent en cela ennemis de Dieu et du genre humain […] Et on ne saurait mieux machiner la ruine du monde, et introduire comme une briganderie partout, qu’en tâchant d’abolir le gouvernement civil ou la puissance du glaive. Laquelle est bien mise bas, s’il n’est licite à un homme chrétien de l’exercer. »

Source : Jean Calvin, ibid, p. 82 ; reproduit dans Neal Blough, « Calvin et les anabaptistes », Théologie évangélique, Vol. 8, No. 3, 2009, p. 197-208.

carte_expansion_confucianisme_chine

La semaine dernière, nous avons vu comment le protestantisme — et notamment le calvinisme — progresse très rapidement en Chine. Nous avons aussi glissé un mot sur le retour en force du confucianisme qui est soutenu par l’État toujours officiellement communiste qui cherche à récupérer à son profit les notions confucéenne d’harmonie civique et d’obéissance aux divers pouvoirs établis. Il appert donc que le calvinisme et le confucianisme seront deux forces sociales majeures qui entreront bientôt en contact dans la prochaine première superpuissance (si cela n’a pas déjà commencé). Cela générera sans doute des frictions (comme la controverse à propos de l’édification d’une imposante église protestante dans la ville natale de Confucius, Qufu) et potentiellement certaines collaborations ou causes communes. Afin de permettre aux chrétiens francophones d’entrevoir comment ces deux systèmes de croyances pourraient interagir dans le futur, je rends disponible une étude comparative des théologies politiques du confucianisme et du calvinisme, qui est téléchargeable à cette adresse :

Comparaison des théologies politiques du confucianisme et du calvinisme [YouScribe]

J’y expose, sources académiques à l’appui, comment les confucéens et les calvinistes voient l’ordre juridique des collectivités humaines au regard de leurs principes spirituels respectifs.

Voici également le tableau schématique de cette comparaison :

COMPARAISON ENTRE CONFUCIANISME ET CALVINISME

DIFFÉRENCES

CONFUCIANISME

CALVINISME

Concentrer ou diffuser le pouvoir ? Pro-centralisation Pro-décentralisation (principes de subsidiarité et de suppléance)
Type de régime modèle Monarchie absolue « éclairée » République ou monarchie constitutionnelle
Fonctionnement Fonction publique méritocratique accessible à l’élite intellectuelle de l’aristocratie par un rigoureux système examinatoire Gouvernement collégial à composantes électives
Autorité terrestre suprême Règne des « sages » Primauté du droit
En cas de dysfonctionnement… Résistance quasi-illégitime Résistance légitime

RESSEMBLANCES

CONFUCIANISME + CALVINISME

Caractéristiques des gouvernants Gouvernance par des hommes compétents, excellemment éduqués et pieux plutôt que par des simples bien-nés
Justice économique Accessibilité équitable aux leviers de création de richesse pour l’ensemble de la population sans sombrer dans le communisme
Légèreté de la taxation Taxation limitée et non abusive ; cela ne fut pas respecté en Chine impériale confucéenne
Distinction homme-femme La famille est un prototype de l’État, les sexes sont crées complémentaires et le rôle des femmes n’est pas en politique
Communautarisme Société holiste, familialiste et moralement exigeante sans effacer les individus
Emphase sur l’état moral des gens Favorise la régénération spirituelle et la droiture volontaire plutôt que la coercition répressive (mais ce faisant, l’objectif des calvinistes est de glorifier Dieu tandis que celui des confucéens est de perfectionner leur personne ad infinitum)


Lire aussi : Les Instituts Confucius, un outil au cœur de la stratégie de Soft Power chinois sur Chine Conquérante.

Pendant que des Genevois sont emballés par Confucius et que la récupération politique du confucianisme par les autorités chinoises est telle que certains analystes avancent que le Parti communiste chinois pourrait changer de nom pour « Parti confucéen chinois » d’ici quelques décennies, le protestantisme est en train de conquérir l’Empire du Milieu…

Le protestantisme est le principal bénéficiaire de la renaissance religieuse en Chine. Loin de Confucius, les nouveaux croyants, plutôt jeunes, se laissent attirer par des doctrines indépendantes du pouvoir. Les mégapoles chinoises sont ainsi devenues des terres de mission chrétienne très prometteuses.

[…]

Inquiètes de cette expansion inouïe, les autorités encouragent activement des rituels apparentés au confucianisme […] La presse officielle aime se faire l’écho d’une vogue confucéenne, mais il s’agit d’un phénomène avant tout académique, suscité par de généreuses subventions gouvernementales.

[…]

Les nouveaux croyants étant plutôt jeunes – 62 % ont moins de 39 ans – ils ne cherchent pas spontanément leurs nourritures célestes auprès de Confucius, perçu comme « antique ». Ils sont attirés par des doctrines plus en phase avec la modernité, plus chaleureuses et surtout plus indépendantes du pouvoir.

[…]

En conquérant les villes, le protestantisme, longtemps considéré comme la cinquième colonne de l’impérialisme occidental, a fini par s’acclimater dans l’Empire céleste. Il y a dix ans seulement, les chrétiens étaient suspectés de « trahir » la nation. Aujourd’hui, la vague évangélique est telle que chacun peut nommer plusieurs convertis dans son entourage. Au point que l’expression « wo xin jiao », (« je suis croyant ») signifie pratiquement « je suis chrétien ».

[…]

Pour Mme Yang, cela ne fait pas de doute, « la Chine sera majoritairement chrétienne dans vingt ans ». Un militant des droits civiques – converti lors d’un séjour en prison pour raison politique – n’y croit guère, sans pour autant perdre son optimisme. « Même si, comme je le pense, nous restons minoritaires, il suffit que nous atteignions une masse critique pour que tout bascule », explique-t-il.

[…]

Le christianisme – et spécialement le protestantisme – est l’un des grands gagnants de cette renaissance. En 1949, lors de la prise du pouvoir par Mao, la Chine comptait quelque cinq millions de chrétiens. Ils seraient cent millions aujourd’hui, – voire cent-trente millions si l’on en croit un rapport interne qui a fuité dans la presse en 2006 – dont les quatre cinquièmes de protestants. Soit une multiplication par vingt ou vingt-cinq en l’espace de soixante ans ! Rapportées aux chiffres globaux de l’ensemble des croyants, ces estimations font du christianisme la deuxième religion chinoise, touchant 7 à 10 % de la population.

[…]

Les groupes urbains, en revanche, pratiquent une dévotion plus retenue, inspirée de la rigueur calviniste. Le grand réformateur genevois est la figure tutélaire des intellectuels convertis. Pour Fan Yafeng, qui anime une église « plutôt rigoriste » d’intellectuels pékinois, le choix de la théologie réformée ne doit rien au hasard. « Nous avons attentivement lu ses écrits et nous sommes en train de tout traduire en chinois », révèle-t-il. Pour Yu Jie, autre célèbre penseur protestant, le calvinisme présente l’avantage d’avoir inspiré le système politique américain.

[…]

Ce n’est pas un hasard si ces intellectuels chrétiens sont également engagés dans l’important mouvement de « défense des droits civiques », entre autres au profit de leurs coreligionnaires des campagnes, trop souvent en butte aux exactions de potentats abusifs. Plus riches et plus au fait du fonctionnement du système, les églises urbaines pleines d’avocats, d’écrivains et de journalistes, mènent des batailles juridiques souvent perdues d’avance, mais qui ont le mérite de propager un modèle de justice et de droit. Au-delà de la communauté des croyants, c’est l’avenir du pays qui est en jeu.

Pour lire l’article en entier : Chine : Confucius ? Non, Calvin ! [Magazine Clés]

In China, the place where Calvinism is spreading fastest is the elite universities, fuelled by prodigies of learning and translation. Wang Xiaochao, a philosopher at one of the Beijing universities, has translated the two major works of St Augustine, the Confessions and the City of God, into Chinese directly from Latin. Gradually all the major works of the first centuries of the Christian tradition are being translated directly from the original languages into Chinese.

All of this is happening outside the control of the official body which is supposed to monitor and supervise the churches in China. Instead, it is the philosophy departments at the universities, or the language departments and the departments of literature and western civilisation that are the channel.

[…]

Calvinism should [is] the preferred theology of the house churches and the intellectuals now.

[…]

When the Chinese house churches first emerged from the rubble of the Cultural Revolution in the 80s and 90s « They began to search what theology will support and inform [them]. They read Luther and said, ‘not him’. So they read Calvin, and they said ‘him, because he has a theology of resistance.’ Luther can’t teach them or inform them how to deal with a government that is opposition. »

[…]

In China now, this kind of Christianity is seen as forward-looking, rational, intellectually serious, and favourable to making money.

« Very soon », said Dr Tan, « Christians will become the majority of university students. That could happen. »

It would be astonishing if China were to become a great power in the Christian world, as well as in the economic one. But things just as strange have happened in the past. Who could have foreseen, when Augustine was writing those huge books now translated into Chinese, that barbarous Europe would become the centre of Christian civilisation, and his homeland in North Africa would become entirely Muslim?

Pour lire l’article en entier : Chinese Calvinism Flourishes [The Guardian]

À propos du retour du confucianisme politique en Chine, ces ouvrages de Princeton University Press me paraissent intéressants…

Prochainement sur Le Monarchomaque, je publierai une étude comparative des théologies politiques du confucianisme et du calvinisme.

Dernière mise-à-jour : 13 mai 2020.

Manif à Rennes en Bretagne

Debout pour le maintient du droit biblique, Rennes (Bretagne), 2013

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Autres argumentaires théonomistes en français sur la toile :

Manif à Arras en Artois

Debout pour le maintient du droit biblique, Arras (Artois), 2013

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MonumentCiel

Érudition complémentaire :

PartitionPalestine1922

Pour une abondance de ressources juridiques & historiques solides sur ce conflit, consultez cet opuscule : Mandate for Palestine — The Legal Aspects of Jewish Rights | PDF [Myths and Facts]

Les Arabo-musulmans détruisent délibérément les ruines du Temple de Jérusalem : Continued Destruction of the Temple Mount [Ritmeyer Archaeological Design]

L’histoire moderne de l’État hébreu est fort intéressante, mais précisons que si, entre les musulmans et l’État hébreu,  nous devons préférer l’État hébreu, c’est uniquement car les droits des protestants sont sensiblement mieux respectés en dans l’État hébreu que dans les autres nations du Moyen-Orient, et non à cause d’une inexistante « double alliance » simultanée (entre Dieu et les chrétiens + entre Dieu et les juifs), puisque sous la Nouvelle Alliance le vrai Israël est l’Église.