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“”Le racisme anti-blanc est peu répandu au Québec, mais c’est une réalité quotidienne en France. Une de ses victimes, Gérald Pichon, y a consacré un ouvrage, Sale Blanc ! Chronique d’une haine qui n’existe pas, paru aux Éditions IDées en 2013. On comprendra que le sous-titre est hautement sarcastique.

Sale Blanc

Fichier alternatif.

L’auteur démontre rigoureusement et méthodiquement, statistiques gouvernementales et rapports administratifs officiels à l’appui, que les Blancs sont les principales victimes de la haine raciale en France.

Voir aussi :

Via Dead Reckoning.

« Le christianisme est [notamment] à propos de sauver ce monde de la souffrance, de la misère et de la mort. »

« Le christianisme est très orienté vers ce monde [terrestre]. On ne s’enfuit pas de ce monde, on le transforme ! »

Hyperlien alternatif.

Ressources supplémentaires :

Grand Schisme d'Occident

L’idée, fort répandue, que l’Europe médiévale, catholique romaine, était religieusement unie sous l’égide de la papauté, est un mythe. En effet, lors de la Lutte du Sacerdoce et de l’Empire, l’Église catholique allemande, soutenue par l’empereur germanique, fait périodiquement sécession de la papauté italienne en nommant ses propres papes qui siègent au nord des Alpes : s’accumulent 44 ans de schisme sur 60 ans entre 1061 et 1121, un long schisme de 18 ans sous l’empereur Frédéric Ier Barberousse de 1159 à 1177, puis 27 ans de guerre ouverte entre le parti impérial et le parti romaniste en 1227-1254. Par la suite, l’Église d’Occident est encore divisée entre deux (puis trois) papautés concurrentes pendant le Grand schisme d’Occident qui dure de 1378 à 1417. À cela il faut ajouter les mouvements que furent le conciliarisme et le gallicanisme médiéval, qui sont l’objet du présent article. Notez bien que s’il existe une indéniable continuité historique et intellectuelle entre ces mouvements médiévaux d’opposition au despotisme romain et la Réformation protestante, il faut se garder d’établir une filiation directe entre les deux.

Le gallicanisme en France

Doctrine et attitude caractérisées par l’accord du souverain français et de son clergé pour gouverner l’Église de France, en contrôlant et en réfrénant l’ingérence de la papauté. Le gallicanisme est un ensemble de doctrines couramment répandues en France entre le XVe et le XIXe siècle. S’opposant à l’ultramontanisme (le pouvoir d’« au-delà des Alpes »), il affirme sur les plans théologique et juridique la liberté de l’Église française et la supériorité du pouvoir royal face aux prétentions du pape visant à la théocratie pontificale. En fait, il n’y a pas eu un mais au moins trois types de gallicanisme, qui se sont souvent mêlés, parfois opposés : le gallicanisme ecclésiastique affirmant la supériorité des conciles sur le pape ; le gallicanisme royal posant, contre le pape, le roi comme chef temporel de l’Église française ; le gallicanisme parlementaire enfin, variante du gallicanisme royal.

Les origines du gallicanisme remontent au premier conflit entre le roi Philippe le Bel et le pape Boniface VIII. En 1302, par la bulle Unam Sanctam, le pape Boniface VIII déclara la supériorité du pape sur les rois. Pour s’opposer à ce coup de force, le roi Philippe le Bel réunit dans la cathédrale Notre Dame de Paris les premiers États généraux de l’histoire, tels qu’ils allaient exister par la suite. Les États généraux regroupent des représentants de l’ensemble du royaume de France : noblesse d’épée (militaires) et de robe (légistes), clergé, délégués des villes et des communes rurales. Les États généraux appuient le roi et condamnent les prétentions papales en bloc. L’Université de Paris, sûre de l’appui de la royauté, organise la résistance. Lors d’un synode tenu en 1398, elle proclame que la papauté a aliéné d’anciennes libertés françaises.

Sources :

Le conciliarisme médiéval

Au XVe siècle, les canons des conciles de Constance (1415) et de Bâle (1432-39) proclament la subordination des papes aux conciles généraux. Le cardinal Pierre d’Ailly, le théologien Jean Gerson et d’autres docteurs gallicans firent porter par le concile de Constance les deux décrets suivants le 29 mars 1415 :

  1. Le concile de Constance, légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, formant un concile oecuménique et représentant l’Eglise militante, tient sa puissance immédiatement de Dieu, et tout le monde y compris le pape est obligé de lui obéir en ce qui concerne la Foi, l’extinction du schisme, et la réforme soit des membres, soit des chefs de l’Eglise.
  2. Toute personne de quelque dignité qu’elle soit, même papale, est tellement obligée d’obéir aux décrets du concile ou de tout autre concile canoniquement assemblé, sur les points que l’on vient de dire, que si elle y résiste opiniâtrement, on pourra la punir selon les lois et les voies de droit.

Ce principe est confirmé par la deuxième session du concile de Bâle qui se tient le 15 février 1432. À la trente-troisième session de ce même concile, le 16 mai 1439, l’archevêque d’Arles secondé par les archevêques de Tours et de Lyon et par le docteur parisien Thomas de Courcelles, firent porter les trois décrets suivants — Ce fut l’évêque de Marseille, Louis de Glandève, qui les prononça :

  1. C’est une vérité de la foi catholique, déclarée par le concile de Constance, et par le présent de Bâle, que la puissance du concile général, est supérieure au pape.
  2. C’est une vérité de la foi catholique que le pape ne peut en aucune façon dissoudre, transférer ni proroger le concile général représentant l’Église universelle, à moins que le concile n’y consente.
  3. On doit regarder comme hérétique quiconque contredit les deux vérités précédentes.

Source : Gallican.org

La Pragmatique sanction de Bourges (1438)

Ordonnance de Charles VII, publiée au cours de l’assemblée du clergé français réunie à Bourges de mai à juillet 1438, par laquelle étaient déclarés applicables au royaume divers canons du concile de Bâle. Les prélats français eurent à examiner et à interpréter les canons conciliaires et ne les acceptèrent qu’après quelques modifications, On a pu, à bien des égards et malgré les retouches ultérieures, la qualifier de Constitution de l’Église gallicane. Pour ménager Pie II, Louis XI abolit la pragmatique sanction en 1461 ; il la rétablit en 1464 pour protester contre les excès de la politique pontificale, puis l’abolit de nouveau en 1467 et conclut enfin, en 1472, un concordat qui rendait à Sixte IV des droits illusoires en échange d’un appui diplomatique dans les affaires italiennes. En 1478, le concile gallican d’Orléans rétablit sans le dire la Pragmatique sanction.

Source : Pragmatique sanction (1438) [Encyclopédie Universalis]

En 1438, la Pragmatique sanction de Bourges constitua l’acceptation par le roi et le clergé de France des décisions du concile de Bâle : les assemblées œcuméniques étaient placées au-dessus du pape, l’élection des évêques et des abbés par les chapitres des cathédrales et des  monastères était rétablie. Sous Louis XI et Charles VIII, il parvint encore à empêcher la conclusion d’un concordat avec Rome, et pareillement sous Louis XII à qui l’appui de l’Église de France fut nécessaire pour lutter contre Jules II : l’assemblée du clergé réunie à Tours en 1510 renouvela l’affirmation des libertés gallicanes. Mais le concordat de Bologne, conclu en 1516, marqua la victoire du gallicanisme régalien sur les gallicanismes ecclésiastique et parlementaire. En vain, l’Université et le Parlement de Paris tentèrent-ils de s’opposer à l’enregistrement des bulles qui constituaient le concordat. La nomination par le roi aux évêchés et aux abbayes devint institution légale : le roi fut ainsi reconnu comme maître de l’Église de France.

Pour lire la suite : Gallicanisme [Encyclopédie Universalis]

Matériel relié :

La France en 1483

 

Extraits du compte-rendu de Bobby Jamieson de l’ouvrage de Ian Murray, Revival and Revivalism : The Making and Marring of American Evangelicalism (1750-1858), Banner of Truth, 1994, 480 p. On apprend qu’au sein du protestantisme américain, le passage du calvinisme à l’arminianisme s’est surtout opéré avec le Second Grand Réveil (premier tiers du XIXe siècle). On voit par là que les « réveils » ne sont pas toujours bénéfiques pour l’Église. Connaître ces développements historiques nous aide à comprendre l’état de l’Église nord-américaine aujourd’hui.

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Like their predecessors, these pastors [of the First Great Awakening, 1735-1750] knew that revivals were the sovereign work of God and could not be explained in any other way. Therefore, they preached the gospel, pleaded with sinners, and prayed for fruit like they had for years; and for reasons known only to God, he sometimes blessed these labours remarkably, and sometimes he didn’t. These revivals, in other words, were neither planned by men nor achieved by men. They did not involve any unusual or novel evangelistic techniques. They were understood, therefore, to be gifts of God.

Then, beginning around 1800, revival began to break out on a greater scale across the young nation, from the northeast to the western states of Kentucky and Tennessee. And what’s truly remarkable is that this large-scale revival continued in one form or another for about thirty years, rightly earning it the title of the Second Great Awakening.

[In the large outdoor multi-denominational meetings], many people responded to the preaching and singing, sometimes in disruptively dramatic ways. Eventually, the leaders divided over how to respond to excessive displays of emotion in these meetings. Some – most of the Presbyterians – thought such displays should be permitted or rebuked depending on the case, while others – the Methodists – tended to treat all of them as proof of the work of God’s Spirit.

From this point, the Methodist leaders of this work in Kentucky took a strategy that was originally a response to revival – namely, protracted outdoor meetings – and made it a key component of their efforts to bring about revival. Further, these Methodists and some others, undergirded by a radically different doctrine of conversion, began to focus their efforts on inducing outward, immediate responses to the gospel.

By the 1820s and 1830s, two major shifts had occurred throughout American evangelicalism. The first was a doctrinal shift regarding conversion. Up to 1800, evangelicals almost universally believed and preached that God must sovereignly give someone a new nature to enable him or her to repent and believe. By the 1830s, this was widely replaced by an understanding of conversion in which the decision to repent and believe lay entirely within an individual’s own power.

This led to (or, in some cases, followed) a shift in evangelistic practice. Many evangelicals adopted practices that sought to bring about an immediate decision. The ‘anxious bench,’ the altar call, singling people out personally in public prayer, warning hearers to respond immediately or else lose their chance to repent – all these practices and more grew out of the new belief that conversion was something within a person’s power to achieve, or even to effect in others.

The result of these two shifts was that church leaders began to regard revival as something that could be infallibly secured through the use of proper means – ‘proper’ being whatever would induce an immediate decision or external token of decision. This understanding was most vigorously promoted by Charles Finney, but by the end of the Second Great Awakening it had become a given among a strong majority of American evangelicals. Historian William McLoughlin even went so far as to say that by the mid-nineteenth century, this new system was the national religion of the United States.

Thus, revivalism was born. To be sure, revivalism grew up in the soil of genuine revival. But this new practice of revivalism radically differed from the previous understanding of revival it so quickly supplanted. A ‘revival’ became synonymous with a meeting designed to promote revival. Unlike previous generations, evangelicals after 1830 gained the ability, so to speak, to put a revival on the calendar months in advance.

The goal of such revivals was to secure as many immediate decisions for Christ as possible. As such, awareness of the possibility of false conversion seemed to simply vanish from the evangelical consciousness. Few asked whether their new measures just might create as many false converts as true disciples.

Audition de Me Racicot et du Dr Beauchamp, de l’organisme Vivre dans la Dignité, lors des auditions publiques de la Commission de la santé et des services sociaux de l’Assemblée nationale du Québec, sur le Projet de loi n° 52, Loi concernant les soins de fin de vie, le mercredi 25 septembre 2013.

Liens directs vers le vidéo : Vimeo | Assemblée nationale.

Afin d’alléger le visionnement, je suggère de porter particulièrement attention aux interventions suivantes :

  • Me Racicot de 06:25 à 15:00.
  • Dr Beauchamp de 23:00 à 26:00.
  • Me Racicot de 26:00 à 27:30, de 31:00 à 36:30, de 40:00 à 41:00, et de 50:25 à 50:55.
  • Dr Beauchamp de 53:40 à 56:00.
  • Me Racicot de 57:13 à 58:10, et de 01:01:18 à 01:02:35.
  • Dr Beauchamp de 01:04:55 à 01:07:08.

Le mémoire de Vivre dans la Dignité déposé à cette occasion renferme une excellente critique juridique et médicale du projet de loi débattu. La résolution de l’Association médicale mondiale contre l’euthanasie à laquelle font référence les intervenants est accessible ici.

Les intervenants réfèrent aussi fréquemment à « hier soir », il s’agit des auditions du Collectif de médecins du refus médical de l’euthanasie ainsi que du Regroupement québécois contre l’euthanasie, qui se sont déroulées le mardi 24 septembre 2013. Le livre qui sera remis à chacun des 125 députés de l’Assemblée nationale est Plaidoyer pour une mort digne (Presses de l’Université Laval, 2011). La méthodologie et les détails du très récent sondage (mené du 18 au 20 septembre par Ipsos Marketing) auquel renvoie Me Racicot à la 33ème minute sont accessibles ici.

SondageEuthanasie1

SondageEuthanasie2

Nous voyons que 67 % des Québécois interrogés ne connaissent pas la véritable signification de l’euphémisme « aide médicale à mourir », et ne peuvent par conséquent même pas comprendre la portée concrète du Projet de loi n° 52, alors que cela les concerne très sérieusement. Par ailleurs, un autre récent sondage (mi-septembre 2013) mené auprès de 1200 médecins de la province révèle que 59 % d’entre eux refuseraient d’administrer une euthanasie.

Conventicule réformé au XVIIe siècle

Conventicule réformé au XVIIe siècle

Dans mon étude Le kuypérianisme et la théonomie chez les premiers réformés baptistes, j’ai démontré que les réformés baptistes de première génération étaient massivement théonomistes. Le présent article adresse trois arguments qui pourraient être soulevés contre cette thèse : la réédition en 1646 de la Confession de foi réformée baptiste de 1644, le cas du pasteur de première génération Samuel Richardson, et le cas du pasteur de deuxième génération Benjamin Keach.

La réédition de 1646

La Confession de foi réformée baptiste de 1644 fut rééditée en 1646 et légèrement modifiée. Dans la section portant sur la magistrature civile, à l’article 48, une « clause conscience » fut ajoutée, que voici :

Surely it is our wisdom, duty, and privilege, to observe Christ’s laws only, Ps 2:6,9,10,12. So it is the magistrates duty to tender the liberty of mens’ consciences, Eccles. 8:8 (which is the tenderest thing unto all conscientious men, and most dear unto them, and without which all other liberties will not be worth the naming, much less enjoying) and to protect all under them from all wrong, injury, oppression and molestation.

Je ne vois pas la pertinence de mobiliser Ecclésiaste 8:8 ici. Quoi qu’il en soit, cette « clause conscience » ne doit pas être interprétée comme une adhésion au libertarianisme religieux. Comme le souligne le pasteur & historien Robert Oliver dans une conférence de la Strict Baptist Historical Society (voir ci-bas), la réédition de 1646 s’inscrit dans un contexte de protestation contre le projet de l’Assemblée de Westminster d’imposer une Église d’État presbytérienne à toute l’Angleterre, sur le modèle de l’Écosse. En formulant cette « clause conscience », les premiers réformés baptistes ne prônaient donc pas un complet laissez-faire religieux, comme pourrait le laisser croire une lecture anachronique de ce texte, mais ils prenaient simplement position contre l’idée de monopole ecclésial presbytérien, qu’ils rejetèrent en 1646 comme ils avaient rejetés le monopole ecclésial épiscopalien en 1644 : « la pénible tyrannie des prélats haut placés, que miséricordieusement Dieu a renversés » (article 50).

Samuel Richardson

Le cas de Samuel Richardson, un des signataires de la Confession de 1644, aumônier dans l’armée parlementaire et copasteur de la congrégation de Wapping (la première église réformée baptiste connue) avec Jonathan Spilsbury, vient renforcer la nécessité d’une interprétation historique des plaidoiries libertaires chez les puritains.

Quelques citations de l’ouvrage Tracts on liberty of conscience and persecution (1614-1661) où nous apprenons ceci sur le pasteur Richardson :

Page 238 :

« Several of his subsequent publications were devoted to the defence of the army, and of the government of Cromwell. He endeavoured to justify the violent proceeding known as Pride’s purge, and dedicated his production to “Honest and faithful Fairfax and Cromwell.” »

Page 239 :

« Mr. Richardson regarded the deeds and character of the Protector with unfeigned and ardent admiration. […] We may be permitted to quote our author’s defence of this remarkable man, to whom he was contemporary. To this a sense of duty prompted him. “I and others,” says Mr. Richardson, “owe him this service as a neighbour, as a friend, as a Christian, as he is under God our chief governor and protector.” » [Citant An Answer to the London Ministers’ Letter from them to His Excellency and his Counsel of War, 1649]

Pages 241-241 :

« In the following passage we have Mr. Richardson’s estimate of the services Cromwell had rendered to his country, and of his personal qualities as a man and governor :

“His Highness aimeth at the general good of the nation, and just liberty of every man. He is also a godly man, one that feareth God and escheweth evil ; though he is, nor no man else, without human frailty. He is faithful to the saints, and to these nations in whatsoever he hath undertaken from the beginning of the wars. He hath owned the poor despised people of God, and advanced many of them to a better way and means of living. He hath been an advocate for the Christians, and hath done them much good in writing, speaking, pleading for their liberty in the Long Parliament, and fighting for their liberty. He, with others, hath hazarded his life, estate, family ; and since he hath refused great offers of wealth, and worldly glory for the sake and welfare of the people of God : God hath given him more than ordinary wisdom, strength, courage, and valour. God hath been always with him, and given him great successes. He is fitted to bear burdens, and to endure all opposition and contradictions that may stand with public safety. He is a terror to his enemies ; he hath a large heart, spirit, and principle, that will hold all that fear the Lord, though of different opinions and practices in religion, and seek their welfare. It is the honour of princes to pity the miserable, to relieve the oppressed, and the wrongs of the poor ; he is humble, and despiseth not any because poor, and is ready to hear and help them. He is a merciful man, full of pity and bounty to the poor. A liberal heart is more precious than heaven or earth. He gives in money to maimed soldiers, widows and orphans, and poor families, a thousand pound a week to supply their wants ; he is not a lover of money, which is a singular and extraordinary thing. He will give, and not hoard up money as some do. I am persuaded there is not a better friend to these nations and people of God among men, and that there is not any man so unjustly censured and abused as he is. And some that now find fault with him may live to see and confess that what I have herein written is truth, and when he is gathered to his fathers, shall weep for want of him.” » [Citant Plain Dealing : Or the Unvailing of the Opposers of the Present Government and Governors, 1656]

Pages 242-243 :

« With such views of the government, and the governor, our author would look with regret upon the wild and visionary attempts of the fifth monarchists to overthrow them. Among these were many who were his brethren in the faith, but who openly and strongly expressed their dis approbation of the protectorate, and sought its dissolution. In an address to Mr. Vavasor Powell and others, he endeavoured to reconcile them to the governing authority. He asserted that there was no just reason for their opposition, and that scripture did not sanction their hostility. On the contrary, the divine record confirmed the authority exercised by the Protector and his council, and required their hearty and conscientious obedience to it. Besides which, there were other and sufficient reasons why the legislative power should be exercised by them, according to the provisions of the Instrument of Government. Two of the most violent, Mr. Rogers and Mr. Feake, both independents, had been selected by Cromwell as worthy of imprisonment; Mr. Richardson assures them that they were not suffering for conscience sake, as they mistakenly supposed, but for the “safety of the civil peace” of the community. It is worthy of remark, that the principal ground of defence, taken by our author, is, that liberty of conscience and freedom of religion were fully guaranteed under the protectorate, “which,” says he, “is so great, it is even unspeakable.” » [Citant encore Plain Dealing, 1656]

Donc Richardson considère que la liberté religieuse en 1656 est « tellement grande qu’elle est indescriptible ». Lorsque Richardson écrit cela, l’Instrument de Gouvernement — la constitution du Protectorat — garantit, par ses articles 15, 17, 25, 35, 37 et 39, la liberté religieuse aux seuls protestants (excluant les anglicans high-church) ! Mieux encore, Richardson vante la « grande liberté indescriptible » protégée par le Protectorat de Cromwell pendant que le Règne des Majors-Généraux (un dispositif civil et militaire ayant notamment pour fonction de réprimer le blasphème, l’ivrognerie, l’inconduite sexuelle et l’immoralité publique) battait son plein. Ce dispositif, en place d’août 1655 à janvier 1657, est considéré comme l’apogée de la domination puritaine en Angleterre et au Pays de Galles. Richardson n’y voyait aucun problème, tout comme la partie de la population ayant embrassée la Réformation.

Il est donc manifeste que pour le pasteur Samuel Richardson, qui s’exprimait avec les catégories de langage de ses contemporains, la liberté religieuse n’incluait pas les mœurs licencieuses. Il se déclarait favorable à la liberté religieuse, mais son concept de liberté correspondait à la liberté chrétienne plutôt qu’à notre concept moderne (ou postmoderne) de liberté religieuse quasi-totale. Peut-être que cela est utile pour interpréter correctement les déclarations de Benjamin Keach.

Benjamin Keach

Le réformé baptiste de deuxième génération Benjamin Keach (1640-1704) fut prédicant non-ordonné de l’église baptiste arminienne de Winslow au Buckinghamshire de 1658 à 1664 puis prédicant itinérant de 1664 à 1668 dans d’autres comtés. En 1668 il fut ordonné pasteur de l’assemblée baptiste arminienne de Tooley Street à Londres. Sous l’influence de William Kiffin et de Hanserd Knollys (deux réformés baptistes de première génération et aussi deux théonomistes), Keach adopta la position calviniste en sotériologie et fonda la congrégation réformée baptiste de Horselydown à Southwark vers 1672-73 où il demeura jusqu’à son trépas.

Benjamin Keach est l’auteur de 43 ouvrages, dont une dizaine sont accessibles sur le toile. Dans trois d’entre eux, Keach aborde l’application de la Première Table du Décalogue par les magistrats civils. Au milieu de son ministère, on constate que Keach adhère à l’orthodoxie réformée baptiste sur la pertinence de la Loi divine dans la sphère civile. Ensuite, on observe qu’il dérape graduellement dans les décennies subséquentes, où il s’éloigne des principes reconnus par les fondateurs de la dénomination réformée baptiste, allant jusqu’à exprimer des notions catégoriquement antinomiennes à la fin de sa vie.

Après 23 ans de ministère, dans Troplogia : Or a Key to Open Scripture Metaphors (1681), alors qu’il commente Job 2:9 dans son traitement des antiphrases, Keach affirme que la peine capitale pour le blasphème n’est pas une particularité propre à l’Ancienne Alliance, mais qu’elle doit également être appliquée dans les pays non-hébraïques sous la Nouvelle Alliance — une position clairement théonomiste :

« But others with greater probability judge this counsel [from Jobs’ wife] to be very wicked, for he  reproves her for it plainly : « Thou speakest as one of the foolish women speaketh, » and certainly Job would never have said so, if her speech had only imported an humble preparation for his approaching death It was rather a speaking the devil’s mind, to bid him curse God and die, viz. curse God, that the magistrate taking notice of it, thou inayest be cut off by the sword of justice, for blasphemers were sentenced to death without mercy by the law of Moses, and it is not improbable that the light of nature might carry those nations to as high and severe a revenge against that highest sin and die. »

Mais dans le même ouvrage (Tropologia de 1681), Keach écrit ce commentaire tout à fait piétiste en commentant sur la parabole du bon grain et de l’ivraie (Matthieu 13:24-30/36-43) :

« It also reproves those magistrates, who in a blind zeal persecute men for religion, and conscience sake, pretending they do it to destroy the Tare, viz., heretics, &c., whereas they know not but that those they persecute may be good and faithful Christians. Besides, it is a work that belongs not to them; God would have both, the one sort may be very vile and imprudent heretics, schismatics, &c., to live together to the end of the world. »

Comment réconcilier cette apparente contradiction dans le Tropologia de Keach ? je propose deux explications possibles.

Premièrement, Keach a rédigé le Tropologia avec un co-auteur, Thomas Delaune, un militant piétiste notoire. Donc peut-être que l’affirmation théonomiste fut écrite par Keach et que l’affirmation piétiste fut écrite par Delaune.

Deuxièmement, peut-être que Keach prônait — dans le Tropologia au moins — l’intervention du magistrat civil dans les cas de blasphème non-équivoque, mais pas dans les cas de « simple » héresie (et cela malgré la clause et cetera). Donc selon Keach la tolérance religieuse devrait s’étendre à l’hérésie mais pas au paganisme décomplexé. Une telle position serait inconsistante, mais comme nous le verrons, si telle était sa position, Keach n’était pas seul dans son inconsistance.

Seize ans plus tard, dans The Glory of a True Church and its Discipline display’d (1697), Keach évoque la répression civile de l’hétérodoxie, sans l’endosser ni la rejeter expressément :

« [T]he Rule is plain, respecting any that are subverted, and resolutely maintain any Heretical Notion, i.e. after he hath been twice (or oftner) admonished, that is, after all due means used, and pains taken with him, to convince him of his abominable Error ; and yet if he remains obstinate, he must be delivered up to Satan; that is, the righteous censure of the Church must pass upon him, as in the case of other notorious Crimes. Heresy is a Work of the Flesh : and hence some conceive such ought to be punished by the Civil Magistrate. »

Puis, au crépuscule de son ministère, dans An Exposition of the Paraboles (1701), Keach reproduit les arguments piétistes antinomiens usuels qui s’écartent clairement de la théonomie :

« Some think our Lord refers to Christian magistrates, who have been, and may again be pious persons, and may be ready to cut off by death such offenders, whom our Lord would have lived in the world until the end thereof comes ; not but that murders and traitors ought by the sword of justice to be cut off, or pulled up ; but not such who are only guilty of divers sorts of errors in matters of faith, or such who many ways are immoral in their lives.

[…]

This shows that persecution upon the account of religion, is utterly unlawful, though men may hold grand errors, yet no magistrates have any power to persecute them, much less in the highest degree, so as to put them to death.

1. Because the best of men on earth are not infallible. They do not know but that which they call heresy may be a truh of Christ. « After that way, which they call heresy (saith Paul), so worship I the God of your fathers, belleving all things that are written in the law and the prophets, » Acts X.14. And as good men are not able to distinguish between some truths and errors, so they may think such and such are tares who may be wheat, i.e., gracious and holy persons ; and this is the reason our Lord allegeth why they should not root out the tares, « Lest they root out also the wheat with them. »

2. Because Jesus Christ is only the king and sovereign of the conscience. None ought to impose upon the consciences of men in matters of religion. They must stand and tall in such cases to their own master.

3. Because it is directly contrary to that golden rule, or true moral precept, « Whatsoever you would that men should do to you, do you the same uuto them. » Persecution is therefore a palpable violation of this holy precept. Would they have others (were they in like power) to persecute them, (for what they believe and practice, according to their light and consciences) no sure, why then they ought not to persecute others ; besides, we never find that any Gospel church was a persecuting church, but contrariwise were persecuted.

4. Because such severities have no tending to convince the conscience (if it be erroneous) it may make men to act like hypocrites, i.e., out of fear to do that which is directly against their consciences, and so to sin against God, who alone hath power over it, and will punish those at last accordingly, for obeying man rather than God. When the disciples asked their Lord, whether « they should call for fire from heaven to consume their enemies, (He answered) ye know not what spirit you are of, » Luke IX.54, no more do they who persecute others for their conscience sake.

Yet let none suppose that our Saviour by these words, « Let both grow together until  harvest, » meant that he would have his people suffer wicked and heretical persons (if [mot illisible] discovered) to abide in his church ; no, for that is directly contrary to those condemned rules of discipline he hath left in the holy gospel, both in respect of private but public offences ; and also in the case of heresy, such ought to come unrequired, under a just and righteous censure, but for no such evils ; but only for murder, treason, felony, &e., ought persons to be delivered up to the civil magistrate, to suffer corporal punishment. This condemns the church of Rome, and all other people, who are persecutors of men for religion. »

Ici, Benjamin Keach est assez explicite. L’analyse que nous avons faite des écrits de Samuel Richardson serait-elle applicable au cas de Keach ? Réitérons que même lorsque certains auteurs issus du milieu puritain signaient des plaidoyers sentimentaux en faveur de la liberté religieuse, cela ne signifie pas nécessairement qu’ils militaient pour une liberté-anarchie au sens où on l’entend aujourd’hui. Par exemple, le célèbre poète John Milton déployait un argumentaire drôlement familier (pour le lecteur du 21e siècle) en faveur de la liberté religieuse, mais maintenait que cette liberté ne doit pas s’étendre aux papistes, aux athées et aux mahométans. Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour que l’on puisse se prononcer définitivement. Ce qui est certain, c’est qu’en 1701, Keach exprimait un opinion discordante de l’orthodoxie réformée baptiste établie par la génération fondatrice. Heureusement, ses successeurs du XVIIIe siècle (John Gill) et du XIXe siècle (Charles Spurgeon) n’ont pas commis la même erreur.

The Signatories 1644

En l’an de grâce 1644, sous l’impulsion du théologien William Kiffin (1616-1701), sept Églises calvinistes & crédobaptistes londoniennes adoptèrent conjointement la Confession de foi réformée baptiste de 1644 rédigée par le prédicateur John Spilsbury et basée sur la True Confession puritaine congrégationaliste de 1596. Moins complète que celle de 1689, elle n’en demeure pas moins un excellent document dont l’adoption officielle marqua une étape cruciale dans la genèse de la dénomination réformée baptiste. Dans le schéma ci-dessus, nous voyons quels furent les quinze signataires qui — au péril de leur vie — signèrent solennellement cette Confession de foi réformée baptiste de 1644.

Sources : Association of Historic Baptists ; Themelios, 32:3, p. 43 (TGC)

Cet article est une présentation historique du Catéchisme de Heidelberg (1563), l’un des textes confessionnels les plus importants du protestantisme.

Le Palatinat du Rhin et la Confédération suisse dans le Saint-Empire romain germanique au XVIe siècle

Le Palatinat du Rhin

Dominant les berges de la rivière Neckar, la ville de Heidelberg en Allemagne était autrefois la capitale d’un vaste territoire connu sous le nom de Palatinat du Rhin, Palatinat rhénan ou Bas-Palatinat (à ne pas confondre avec le Haut-Palatinat ayant pour chef-lieu Ratisbonne, qui forme aujourd’hui un district du Land de Bavière, d’où son autre nom de Palatinat bavarois). Le Palatinat rhénan et les régions avoisinantes au nord constituaient l’un des territoires les plus importants du Saint-Empire romain germanique.

Le Gouverneur du Palatinat, également appelé Comte ou plus communément Électeur, était l’un des sept Électeurs ayant la responsabilité de choisir le nouvel Empereur le temps venu. De plus, l’Électeur du Palatinat exerçait les fonctions d’Empereur intérimaire (ou curateur/régent) lors du décès de l’Empereur ou d’autres circonstances exceptionnelles.

Il va donc sans dire que la ville de Heidelberg n’était pas seulement une ville importante à l’intérieur du Palatinat, mais que, compte tenu des responsabilités considérables de son Électeur à l’intérieur du Saint-Empire romain germanique, l’étendue de son influence dépassait largement celle de sa taille. De toute évidence, le Catéchisme de Heidelberg est né dans une ville tout aussi importante qu’attrayante.

La Réforme religieuse au Palatinat

Bien que le Catéchisme de Heidelberg ait été écrit seulement en 1563, une Réforme spirituelle était déjà en cours dans le Palatinat depuis plusieurs années avant cette date. En fait, le mouvement qui avait débuté lorsque Martin Luther avait affiché ses Quatre-vingt-quinze thèses sur la porte de l’Église de Wittenberg, le 31 octobre 1517, a très tôt fait une brève apparition dans la ville de Heidelberg également. En avril 1518, Luther s’est rendu à Heidelberg pour tenir un débat public — appelé aussi dispute — dans le cadre de la rencontre annuelle des moines augustiniens. C’est là qu’il a présenté les Thèses de Heidelberg, quarante en tout, lesquelles exigeaient que la croix du Christ soit reconnue de façon claire et constante comme étant le seul moyen de salut.

Les Thèses de Heidelberg, rédigées par Luther, ne semblent pas avoir eu d’effet important immédiat sur la ville de Heidelberg elle-même ni sur ses citoyens. Ceci est possiblement dû en grande partie au fait que l’Électeur de l’époque, Louis V (1478-1544), ne s’était pas engagé à soutenir le mouvement de réforme spirituelle sur son territoire. Il était davantage intéressé par la politique et la chasse que par la doctrine et une vie de sanctification.

Pendant les années 1520, certains leaders de pensée réformée ont toutefois commencé à demander des changements. Heidelberg était une ville universitaire et certains membres du corps enseignant de l’Université de Heidelberg ont commencé à enseigner selon une perspective protestante. [Cette institution d’enseignement, fondée en 1386, est la plus ancienne université sur le sol allemand.] De plus, Wenzel Strauss, l’un des prédicateurs de l’Église principale, la Heiliggeistkirche (ou Église du Saint-Esprit), n’avait pas peur de prêcher le salut par la foi véritable en Jésus-Christ seul. On l’a communément surnommé la « trompette évangélique ». Heinrich Stoll, un autre prédicateur de Heidelberg, ne craignait pas lui non plus d’appeler les gens à la Réforme et d’y travailler lui-même.

Frédéric II, le successeur de l’Électeur Louis V, était beaucoup plus ouvert à la Réforme. En 1546, il a même fait la promotion de plusieurs réformes religieuses dans le Palatinat. Toutefois, même si l’Électeur Frédéric II était un homme influent, il n’était pas aussi puissant que l’Empereur lui-même, Charles V ou Charles Quint, qui était un ardent catholique romain. Lorsqu’une alliance des princes protestants, appelée la Ligue de Smalkade, a perdu la bataille contre l’armée impériale, Charles Quint s’est assuré que la Réforme soit bannie, tant dans le Palatinat que partout ailleurs. En 1548, il a promulgué l’Intérim d’Augsbourg, qui exigeait essentiellement que tous les territoires sur lesquels il régnait retournent aux enseignements et aux pratiques de Rome.

L’Intérim a porté un coup dur à la Réforme, mais ne l’a certainement pas empêché de progresser [grâce surtout à l’héroïque Cité de Magdebourg]. La résistance à l’Intérim a finalement conduit à la Paix d’Augsbourg (1555). Ce décret permettait à chaque prince local de décider de l’orientation religieuse de sa région. Cette politique se résumait par l’expression latine, cuius regio, eius religio (qui peut être traduite approximativement par « quiconque règne sur la région décide de la religion »).

L’année suivante, en 1556, l’Électeur Othon-Henri (Ottheinrich) a succédé à Frédéric II. Il soutenait davantage la Réforme. Non seulement a-t-il instauré un nouvel ordre ecclésiastique et fait la promotion du Catéchisme de Wurtemberg comme outil d’éducation, il a aussi envoyé une équipe ayant pour mission de visiter toutes les assemblées locales en vue de déterminer la condition spirituelle précise sur son territoire. Les résultats de cette enquête n’étaient pas encourageants. Les pasteurs n’étaient pas bien formés; les assemblées n’étaient pas bien nourries; les superstitions et les traditions prédominaient sur la connaissance des Écritures et sur la vie de piété. L’Électeur Othon-Henri désirait vivement changer tout cela — et il avait bien commencé — mais ses nobles efforts ont brusquement pris fin lorsqu’il est mort, à peine trois ans après être devenu Électeur. C’est au nouvel Électeur, Frédéric III, le neveu d’Othon-Henri, qu’est revenue la tâche de poursuivre ce que son oncle avait commencé.

La Réforme de l’éducation au Palatinat

Au 16e siècle, des changements importants se sont produits, non seulement dans les Églises, mais aussi dans les écoles. Pendant longtemps, l’éducation formelle avait été essentiellement le privilège des riches. L’enseignement dans ces écoles se donnait en latin. Cependant, à mesure que le 16e siècle progressait, on prenait davantage conscience que l’éducation ne devait pas se faire uniquement en latin ou être réservée uniquement aux riches, ce qui a conduit à l’établissement de nombreuses écoles allemandes. Trois matières principales constituaient le curriculum de ces écoles allemandes, tant pour les garçons que pour les filles: la lecture, l’écriture et… le catéchisme!

Étant donné la réforme religieuse et éducative qui se déroulait dans le Palatinat, il n’est pas surprenant que le besoin d’un bon catéchisme solide se soit fait sentir. Un tel catéchisme contribuerait à l’unification et à la solidification de la réforme religieuse, tout en répondant à un besoin élémentaire en matière de curriculum enseigné aux jeunes citoyens et futurs leaders du Palatinat.

La controverse au sujet de la sainte cène

Frédéric III (1515-1576) a succédé comme Électeur à son oncle Othon-Henri, lequel était sans enfant. Il est entré en fonction en 1559 et, dès le début, a dû faire face à une controverse des plus enflammées.

Le désaccord avait trait à la doctrine de la sainte cène, ou repas du Seigneur. D’un côté, il y avait Tilemann Heshusius. Celui-ci était l’un des professeurs de l’Université de Heidelberg ainsi qu’un prédicateur à l’Église principale de Heidelberg, la Heiliggeistkirche (ou Église du Saint-Esprit). Cet homme était un ardent défenseur de la position luthérienne sur le repas du Seigneur, ce qui signifie qu’il insistait sur la présence réelle et physique du Christ lors de la célébration du sacrement. De l’autre côté, se trouvait Wilhelm Klebitz. Ce dernier était étudiant à l’Université et il était diacre dans l’Église. Il défendait la perspective réformée sur le repas du Seigneur. Il affirmait que les croyants étaient en communion réelle et spirituelle avec le Christ, lequel était très certainement présent spirituellement, mais non physiquement. Le conflit entre ces deux hommes a fini par devenir si amer et si connu qu’il en était même question lors des prédications en chaire. Frédéric III a finalement décidé que, pour la paix et le bien de l’Église, ce conflit entre les deux hommes devait cesser. Il a agi de manière décisive en les renvoyant tous les deux et en les chassant pour qu’ils aillent vivre ailleurs.

Après le congédiement de Heshusius et de Klebitz par Frédéric III, les choses se sont un peu calmées à Heidelberg. Cependant, à la suite du départ de Heshusius, deux postes importants étaient maintenant vacants et il fallait trouver des remplaçants. L’Université avait besoin d’un nouveau professeur de théologie et l’Église avait besoin d’un nouveau prédicateur. Le premier homme que Frédéric III a recruté pour combler ces postes se nommait Caspar Olevianus. Celui-ci a enseigné pendant un certain temps à l’Université, mais il s’est rapidement concentré sur sa nouvelle fonction comme prédicateur dans la Heiliggeistkirche. Peu après, à la demande de Frédéric III, Zacharius Ursinus est également venu à Heidelberg. C’est lui qui a enseigné la théologie à l’Université. L’arrivée de ces deux hommes a préparé le terrain pour la rédaction du Catéchisme de Heidelberg, mais il est important de prendre conscience que l’homme qui a réellement lancé le processus n’était pas le prédicateur ni le professeur, mais bien plutôt l’Électeur Frédéric III lui-même. Il voyait le besoin d’un nouveau catéchisme et il a veillé à ce que le projet se concrétise.

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Région du Bas-Palatinat dans le Land de Rhénanie-[du-Sud]-Palatinat en Allemagne aujourd’hui

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District du Haut-Palatinat dans le Land de Bavière en Allemagne aujourd’hui

L’Électeur Frédéric III commande un nouveau catéchisme

Une fois le Catéchisme de Heidelberg complété, Frédéric III a joint sa propre préface personnelle au document. Cette préface jette une lumière intéressante sur les raisons pour lesquelles il tenait tant à avoir un catéchisme de la plus haute qualité en usage sur son territoire. Dans sa préface, l’Électeur souligne les points suivants:

  • Les gouvernants ont non seulement le devoir de maintenir le bon ordre et la paix sur leur territoire, mais « aussi et par-dessus tout d’exhorter constamment leurs sujets et de les conduire à une pieuse connaissance et à la crainte du Tout-Puissant et de sa sainte Parole de salut ».
  • Bien que ses prédécesseurs aient semé les graines de la Réforme dans le Palatinat, ces efforts n’avaient jamais conduit à la récolte spirituelle abondante que plusieurs espéraient.
  • Une des raisons principales de ces piètres résultats était l’attention insuffisante portée aux jeunes, lesquels étaient soit « insouciants quant à la doctrine chrétienne », soit « sans aucune instruction chrétienne », soit « sans enseignement systématique », soit « perplexes devant des questions non pertinentes ou sans importance » — et, dans bien des cas, probablement dans les quatre situations à la fois.

Par conséquent, afin de remédier au problème mentionné précédemment — qui d’ailleurs ne touchait certainement pas seulement les jeunes — l’Électeur Frédéric III a commandé « la préparation d’un programme d’instruction condensé, ou catéchisme, de notre religion chrétienne, selon la Parole de Dieu ».

Ce nouveau catéchisme devait être utilisé à la fois dans « les Églises et les écoles » par les « pasteurs et les maîtres d’école ». Il allait permettre de donner un enseignement cohérent plutôt que d’avoir des enseignants et des prédicateurs qui « font des changements tous les jours ou qui introduisent des doctrines erronées ».

C’est ainsi que, ayant à cœur la jeunesse de sa ville et l’avenir de l’Église du Christ, l’Électeur Frédéric III a commandé la rédaction du Catéchisme de Heidelberg, exprimant son espoir « que si notre jeunesse est instruite et éduquée sérieusement dans la Parole de Dieu tôt dans la vie, il plaira sûrement au Dieu Tout-Puissant de permettre une réforme de la moralité publique et privée et d’accorder un bien-être temporel et éternel ».

Les auteurs du Catéchisme de Heidelberg

La plupart du temps, on identifie les auteurs du Catéchisme de Heidelberg comme étant Caspar Olevianus et Zacharias Ursinus. Avec le temps, ce sujet a suscité des débats parmi les spécialistes, particulièrement en ce qui a trait à la contribution d’Olevianus. Certains disent que c’est à Olevianus, qui était pasteur, que l’on doit le ton personnel et chaleureux du catéchisme. D’autres affirment qu’Olevianus n’était pas aussi impliqué que l’on pense. En fin de compte, comme pour bien des recherches historiques, il est difficile d’obtenir des réponses définitives.

Il est toutefois évident, à la lumière de la préface de l’Électeur Frédéric III, que la rédaction du catéchisme est le résultat d’un travail d’équipe. Il a écrit: « Par conséquent, grâce aux conseils et à la coopération de tout le corps enseignant de notre faculté de théologie en ce lieu et de tous les surintendants et les serviteurs distingués de l’Église, nous avons pu réaliser la préparation d’un programme d’instruction condensé, ou catéchisme, de notre religion chrétienne, selon la Parole de Dieu, dans les langues allemande et latine. »

Ainsi, au moins trois différents groupes de personnes ont participé à la préparation du Catéchisme de Heidelberg: des professeurs de théologie, des surintendants d’Église et des dirigeants d’Église, aussi bien pasteurs qu’autres membres de l’Église. Le dernier groupe est quelque peu comparable aux conseils d’anciens qui dirigent de nombreuses Églises réformées aujourd’hui. Quant au deuxième groupe, quelques explications sont de mise. Étant donné que la Réforme du 16e siècle s’est développée progressivement, certaines coutumes et structures d’origine catholique romaine ont subsisté encore pendant un certain temps dans les Églises protestantes. Par exemple, dans l’Église catholique romaine, un évêque est un clerc de rang supérieur qui a la responsabilité d’un certain nombre de prêtres répartis sur un grand territoire. De même, les surintendants d’Église supervisaient l’enseignement et la conduite d’un certain nombre de pasteurs d’une région donnée. Au fil du temps, la position de surintendant d’Église a disparu de la vie de l’Église réformée, mais cela ne s’est pas fait du jour au lendemain.

Il est impossible de notre point de vue actuel de connaître la contribution précise de chaque personne à l’ensemble du projet. Certains auraient été impliqués dans la rédaction, d’autres dans la révision ou dans l’approbation. Par souci d’efficacité et de cohérence, le plus gros du travail a certainement dû être confié à deux ou trois personnes plus particulièrement, et Ursinus et Olevianus sont les noms les plus importants du groupe. En outre, l’implication de l’Électeur lui-même ne doit pas être sous-estimée. Tout indique qu’il a participé de manière bien concrète à ce projet de catéchisme.

En fin de compte, ce qui importe le plus n’est pas de savoir qui a écrit quelle phrase. Nous devrions simplement être reconnaissants de ce que tant de gens différents aient été impliqués dans la production du Catéchisme de Heidelberg. Cela a permis à tous les participants de mettre leurs forces respectives au service de cet effort conjoint, permettant de raffiner et d’améliorer le Catéchisme au-delà de ce qui aurait été possible si seulement une ou deux personnes avaient été impliquées. La clarté, la concision et la chaleur du produit final démontre qu’ils ont, ensemble, fait un très bon travail.

Caspar Olevianus (1536-1587)

Caspar Olevianus est né le 10 août 1536 dans la ville de Trèves. Son père Gerhard était à la fois boulanger et conseiller municipal de premier plan. Malheureusement, il est décédé subitement alors que Caspar était encore jeune. Caspar a été confié à son grand-père. Après avoir fréquenté les écoles préparatoires locales, son grand-père l’a envoyé en France pour étudier le droit.

Olevianus s’est avéré être un étudiant brillant, mais, rapidement, il a commencé à apprendre autre chose que le droit en France. Il a aussi été exposé au vigoureux mouvement protestant, inspiré en grande partie par les écrits de Jean Calvin. Plus tard, alors qu’il étudiait le droit à Bourges, il a rencontré le fils du Prince électeur Frédéric III, qui étudiait là lui aussi. Les deux sont devenus de bons amis. Cependant, un soir, la tragédie a frappé. Les deux jeunes hommes étaient sur un traversier pour se rendre de l’autre côté du fleuve. Un groupe d’étudiants ivres était également sur le bateau, provoquant tout un chahut. Il n’a fallu que peu de temps pour que le bateau chavire. Olevianus a tenté de sauver le fils de Frédéric III. Malheureusement, il a échoué, bien que lui-même ait été épargné et qu’il ait pu rejoindre le rivage en vie. Cette nuit tragique a eu un effet profond sur Olevianus, qui s’est engagé à servir le Seigneur non pas en tant qu’homme de droit, mais en tant que prédicateur.

Afin d’accomplir ce nouvel objectif dans sa vie, Olevianus s’est bientôt rendu dans plusieurs villes réformées, étudiant auprès de réformateurs de renom tels que Jean Calvin, Henri Bullinger, Guillaume Farel et Théodore de Bèze. Il a eu droit à un groupe de mentors tout à fait illustres, même si ce fut de courte durée. Après avoir profité au mieux de la solide doctrine de ces hommes, Olevianus est retourné à Trèves, sa ville natale, et a commencé à enseigner le latin à l’école secondaire locale en 1559.

Cependant, la passion et la vision d’Olevianus était de prêcher l’Évangile, pas seulement d’enseigner le latin. Quand il a commencé à prêcher les doctrines évangéliques du salut par la grâce au moyen de la foi, l’archevêque Johann von der Leyen lui a fait comprendre très clairement qu’il n’appréciait pas ses sermons. En fait, peu de temps après, Olevianus et d’autres ont été emprisonnés pour leur foi. Lorsque le prince électeur Frédéric III a pris connaissance de cette situation, lui et quelques autres ont tiré les ficelles nécessaires pour faire libérer Olevianus de sa prison et l’amener à Heidelberg.

Caspar Olevianus est arrivé à Heidelberg en janvier 1560 et il a commencé par enseigner la théologie à l’Université. Il a toutefois rapidement renoncé à ce poste pour laisser sa place à Ursinus Zacharius qui est arrivé peu de temps après lui. Ursinus était mieux préparé pour assumer les responsabilités de professeur de dogmatique. Ceci a également permis à Olevianus de s’adonner à sa plus grande passion: la prédication. Après avoir été pasteur de l’Église Saint-Pierre pendant une courte période, il est devenu l’un des prédicateurs dans l’Église principale, la Heiliggeistkirche.

Plus tard, après que Frédéric III soit mort et que Louis IV lui ait succédé en tant qu’électeur, les circonstances sont devenues moins favorables pour Olevianus à Heidelberg. Il a finalement été chassé de la ville et il a continué à servir la cause de la Réforme dans la région de Wetterau et Herborn. Il est mort à Herborn le 15 mars 1587.

Zacharias Ursinus (1534-1583)

Zacharias Ursinus est né le 18 juillet 1534 à Wroclaw (Breslau en allemand), près du fleuve Oder, dans la région qui s’appelle maintenant la Pologne. Bien que son nom de famille en latin ait été Ursinus, ses amis d’enfance devaient l’appeler par son nom allemand Zacharias Bär. Traduit littéralement, cela signifie Zacharias l’Ours.

Malgré son nom de famille, rien n’indique que le jeune Zacharias ait été un enfant particulièrement intimidant ou agressif. Au contraire, il semble avoir été un garçon plutôt calme et studieux. Il a étudié à l’école locale de Wroclaw jusqu’à l’âge de quinze ans. Durant cette période, il a probablement reçu une certaine instruction catéchétique d’un homme appelé Moibanus. L’instruction catéchétique qu’il a reçue dans sa jeunesse a sans doute contribué à façonner, dans une certaine mesure, les catéchismes qu’il a écrits plus tard dans sa vie.

En 1550, à l’âge de quinze ans, Ursinus a déménagé à Wittenberg où il a étudié avec le réformateur bien connu Philip Melanchthon. Quelques années plus tard, il a également fait une tournée des villes européennes qui avaient embrassé la Réforme. Tout comme Olevianus, ce voyage lui a permis de rencontrer des figures importantes de la Réforme, dont Henri Bullinger, Pierre Martyr Vermigli et Jean Calvin. Cependant, en 1558, il était temps pour lui de retourner à sa ville natale de Wroclaw et de commencer à utiliser à bon escient tout ce qu’il avait appris et étudié. Il est devenu professeur à l’école secondaire locale et, dans le cadre de son programme d’enseignement, il a utilisé le catéchisme de Melanchthon (Examen des ordinands, 1552) pour enseigner les jeunes. Qu’ils en aient toujours eu conscience ou non ou qu’ils l’aient apprécié ou non, les jeunes de Wroclaw ont très certainement eu un professeur très bien formé pour les instruire dans la doctrine du salut.

Cependant, il est devenu assez rapidement évident pour Ursinus que les choses n’allaient pas très bien dans sa ville natale. Encore une fois, la controverse entourant la doctrine de la cène du Seigneur couvait. Ursinus, en bon élève de Melanchthon, a tenté d’adopter une approche plus équilibrée et plus modérée sur cette question controversée. Tous n’appréciait pas sa position. En outre, Ursinus n’était pas le genre d’homme qui pouvait supporter de vifs débats pendant très longtemps, encore moins s’en réjouir. Dès 1560, il quittait son poste d’enseignant dans sa ville natale pour se rendre à Zürich. Après un court séjour dans cette ville, le prince électeur Frédéric III lui a demandé de venir enseigner à Heidelberg. En peu de temps, il a fait ses preuves en tant que professeur de théologie et a été nommé professeur de dogmatique à l’Université de Heidelberg.

En plus de sa contribution au Catéchisme de Heidelberg, il a écrit deux autres catéchismes pendant son séjour à Heidelberg : son Petit Catéchisme et son Grand Catéchisme. Tel que mentionné précédemment, lorsque Louis IV a succédé à Frédéric III en tant qu’électeur, le climat politique et théologique a changé à Heidelberg. En 1578, Ursinus a fini par aller s’installer à Neustadt-an-der-Weinstrasse où il a vécu jusqu’à sa mort en 1583.

Les sources du Catéchisme de Heidelberg

Le Catéchisme de Heidelberg n’est très certainement ni le seul ni le premier catéchisme à avoir été publié. En fait, l’utilisation des catéchismes remonte aux premiers siècles de l’Église chrétienne. Les réformateurs ont simplement repris cette bonne tradition et en ont fait grand usage. Luther a écrit son Petit Catéchisme en 1529. Jean Calvin a publié un catéchisme pour la ville de Genève en 1542. Ce ne sont là que deux exemples. De nombreux autres pourraient être ajoutés à la liste. Beaucoup de confessions ont aussi été écrites par des pasteurs et des théologiens réformés. Bien que ces confessions n’étaient pas directement destinées à l’instruction des jeunes et des nouveaux convertis, elles donnaient néanmoins un bref résumé des doctrines clés trouvées dans les Écritures. À ce titre, elles étaient certainement utiles pour enseigner les gens de tous âges.

Puisque tant de catéchismes et de confessions ont été écrits au 16e siècle, la question suivante se pose tout naturellement: Ursinus, Olevianus et le reste de l’équipe qui ont écrit le Catéchisme de Heidelberg ont-ils composé l’ensemble à partir de rien ou ont-ils emprunté des éléments d’autres catéchismes ou confessions? Il n’est pas facile de répondre à cette question avec précision. Il peut y avoir certaines similitudes entre deux catéchismes, mais cela ne prouve pas nécessairement qu’il y ait eu des emprunts dans un sens ou dans l’autre. Les deux pourraient peut-être dépendre d’un troisième document qui n’a pas encore été découvert. Et même s’il y avait effectivement eu certains emprunts entre deux catéchismes, il n’est pas toujours facile de déterminer lequel aurait emprunté de l’autre. Cela dit, il y a tout lieu de croire que les auteurs du Catéchisme de Heidelberg ont incorporé certains des meilleurs concepts et expressions d’autres catéchismes. Les paragraphes qui suivent permettront d’illustrer ce point.

Le Catéchisme de Heidelberg et le “Catéchisme de Genève” de Jean Calvin (1542)

Étant donné qu’Ursinus et Olevianus connaissaient bien le travail de Jean Calvin, il n’est pas surprenant que ces dirigeants religieux plus jeunes se soient tournés vers l’œuvre de Calvin, avec toute sa sagesse et son expérience, comme guide dans l’élaboration de diverses questions et réponses. Considérons par exemple ce que le Catéchisme de Heidelberg dit à propos de la providence.

La providence de Dieu est la force toute-puissante et partout présente de Dieu par laquelle il maintient et conduit, comme par la main, le ciel et la terre avec toutes les créatures, de sorte que les herbes et les plantes, la pluie et la sécheresse, les années de fertilité et celles de stérilité, le manger et le boire, la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, bref toutes choses ne nous viennent pas du hasard, mais de sa main paternelle. (R. 27).

Comparons maintenant cette réponse à ce que dit le Catéchisme de Calvin sur le même sujet.

Il envoie la pluie et la sécheresse, la grêle et les autres intempéries, mais aussi le beau temps. Il rend la terre fertile quand il le veut, ou au contraire stérile, s’il éloigne sa main; il dispose de la santé et de la maladie. Toutes choses lui sont soumises et il s’en sert comme il lui plaît. (R. 27).

Il semble raisonnable de supposer que les auteurs du Catéchisme de Heidelberg ont fait usage du Catéchisme de Calvin pour écrire les questions et réponses du 10e dimanche.

Le Catéchisme de Heidelberg et la “Brève Confession” de Théodore de Bèze (1559)

Pendant ses études en France, Caspar Olevianus a également rencontré Théodore de Bèze. Il appréciait le travail de de Bèze et il est fort probable, semble-t-il, qu’il ait à un certain moment traduit la Brève Confession de de Bèze du latin à l’allemand. Certains éléments de la confession de Théodore de Bèze ont peut-être filtré dans le Catéchisme de Heidelberg d’une manière ou d’une autre. Considérons, par exemple, la formulation des questions et réponses du 2e dimanche. À la question de savoir si nous pouvons obéir parfaitement à la loi, le Catéchisme de Heidelberg répond:

Non, car par nature je suis enclin à haïr Dieu et mon prochain. (R. 5).

Remarquez la ressemblance avec la confession de de Bèze, qui comprend la phrase suivante:

Notre nature [déchue] est si encline à la corruption que tous les hommes sont ignobles envers Dieu et haineux envers leur prochain (art. 4).

Le Catéchisme de Heidelberg et le “Petit Catéchisme” de Zacharias Ursinus

Il existe toutefois un document qui a servi hors de tout doute de source pour le Catéchisme de Heidelberg. Il s’agit du Petit Catéchisme d’Ursinus, probablement écrit vers la fin de 1561 ou au début de 1562, peu de temps après l’arrivée d’Ursinus à Heidelberg. Les deux brèves comparaisons qui suivent tirées de la première question permettront d’illustrer ce point. Le Catéchisme de Heidelberg débute ainsi:

Q.: Quelle est ton unique assurance dans la vie comme dans la mort? R.: C’est que, dans la vie comme dans la mort, j’appartiens, corps et âme, non pas à moi-même, mais à Jésus-Christ, mon fidèle Sauveur: par son sang précieux, il a totalement payé pour tous mes péchés et m’a délivré de toute puissance du Diable…

Le Petit Catéchisme d’Ursinus, en comparaison, commence par ces mots:

Q.: Quelle est l’assurance qui soutient ton cœur dans la mort comme dans la vie? R.: Que Dieu a vraiment pardonné tous mes péchés à cause du Christ et qu’il m’a donné la vie éternelle, afin que je puisse le glorifier éternellement.

Le Catéchisme de Heidelberg continue de manière semblable:

Q.: Combien de choses dois-tu savoir pour vivre et mourir dans cette heureuse assurance? R.: Trois. D’abord, combien sont grands mon péché et ma misère. Ensuite, comment j’en suis délivré. Enfin, quelle reconnaissance je dois à Dieu pour cette délivrance.

Le Petit Catéchisme d’Ursinus l’exprime de cette façon:

Q.: Qu’est-ce que la Parole de Dieu enseigne? R.: D’abord, elle nous montre notre misère; deuxièmement, comment nous en sommes délivrés; troisièmement, quelle reconnaissance nous devons montrer à Dieu pour cette délivrance.

Le Petit Catéchisme d’Ursinus semble être ce que nous pourrions qualifier de projet préliminaire ayant servi d’ébauche au Catéchisme de Heidelberg. Ce dernier contient les formulations plus raffinées d’Ursinus ainsi que les idées venant des autres auteurs.

Le Catéchisme de Heidelberg et “Un solide fondement” de Caspar Olevianus

En 1567, Caspar Olevianus a publié un catéchisme appelé Vester Grundt ou Un solide fondement. Il est possible que le document en question ait été écrit dès 1563, mais alors probablement vers la fin de l’année. Puisque le Catéchisme de Heidelberg a été publié au début de l’année, soit le 19 janvier 1563, il est probable qu’Un solide fondement ait été rédigé par Olevianus comme brève explication ou expansion de certaines parties du Catéchisme de Heidelberg. Quoi qu’il en soit, il est difficile de déterminer le sens de la relation. Ce qui est clair, c’est qu’il y a beaucoup de chevauchement entre la formulation d’Un solide fondement et celle du Catéchisme de Heidelberg.

En somme, les auteurs du Catéchisme de Heidelberg n’ont pas commencé à partir de rien. Pourquoi d’ailleurs auraient-ils dû le faire? D’autres avaient déjà exprimé certaines vérités scripturaires dans des phrases brèves et faciles à comprendre. Plutôt que de réinventer la roue catéchétique, les auteurs du Catéchisme de Heidelberg ont mis à profit ce que leurs pères dans la foi avaient déjà accompli. Ainsi, ils ont réussi à faire encore mieux et en sont arrivés à produire l’un des meilleurs catéchismes jamais écrits.

Éditions et réception contemporaine

On peut affirmer sans risque de se tromper que le Catéchisme de Heidelberg a attiré beaucoup l’attention dès sa publication, le 19 janvier 1563; certaines réactions ont été très positives, d’autres très négatives. Les réactions positives se voient de par le nombre d’éditions du Catéchisme produites en un temps relativement court et de par sa traduction dans plusieurs langues. Les réactions négatives se retrouvent dans certaines des critiques qui ont été formulées contre le catéchisme.

Dès sa première année de publication, en 1563, la version allemande du Catéchisme de Heidelberg a connu quatre éditions et impressions successives. La liste qui suit donne quelques-uns des détails les plus pertinents.

  • La première édition (janvier): Cette édition contenait la préface originale de Frédéric III, mais ne contenait pas la Q&R 80 relative à la messe papale.
  • La deuxième édition (mars): Cette édition comprenait une version courte de la Q&R 80 condamnant la messe papale.
  • La troisième édition (avril): Cette édition comprenait une version plus longue de la Q&R 80 condamnant la messe papale.
  • La quatrième édition (date inconnue): Le texte de cette édition était le même que celui de la troisième édition, mais il incluait également une préface courte et différente, expliquant et défendant la nécessité d’une instruction catéchétique.

En outre, ce catéchisme a paru en latin dès 1563  C’était là d’ailleurs le plan de l’électeur Frédéric III dès le départ. Que les enfants du Palatinat reçoivent leur éducation dans les écoles allemandes ou dans les écoles latines, il voulait qu’ils apprennent tous le même catéchisme. [Et n’oublions-pas que le latin est demeuré la langue de communication internationale par excellence jusqu’à ce qu’à ce qu’il soit déclassé par le français au XVIIIe siècle qui réussit à se maintenir dans cette position jusqu’à ce qu’il soit déclassé à son tour par l’anglais au XXe siècle.]

La même année, le Catéchisme de Heidelberg a également été traduit en néerlandais et occupe, depuis ce jour, une place de choix dans la vie des Églises réformées hollandaises.

Ainsi, le Catéchisme de Heidelberg a connu quatre éditions et deux traductions l’année même de sa publication. D’autres traductions ont rapidement suivi: en anglais (1572), en hongrois (1577), en français (1590) et en grec (1609). La liste croissante de traductions n’a cessé d’augmenter jusqu’à ce jour. Ce site Web s’efforce de recueillir le plus grand nombre possible de ces traductions. Vous trouverez notre sélection courante en cliquant sur ce lien.

Les critiques du Catéchisme de Heidelberg

À peine le Catéchisme avait-il vu le jour que plusieurs personnes commençaient déjà à le critiquer vivement. Tilemann Heshusius en faisait partie. Il a écrit une brochure intitulée Mise en garde urgente contre le Catéchisme de Heidelberg calviniste, accompagné d’une réfutation de plusieurs erreurs qu’il contient. Bien sûr, compte tenu de son histoire passée pas très plaisante à Heidelberg, il est possible que Heshusius ait cherché à défendre ses propres intérêts.

Matthias Flacius, qui a rédigé Réfutation d’un petit catéchisme calviniste allemand (1572), a joint sa voix à celle de Heshusius. Ces deux hommes étaient luthériens, mais les catholiques romains ont également critiqué le Catéchisme. Engelbertus Kenniphovius, par exemple, a écrit Une réfutation du Catéchisme de Heidelberg.

Le principal auteur du Catéchisme, Zacharias Ursinus, s’est porté à la défense du Catéchisme en écrivant sa Réponse aux critiques de divers théologiens, en 1564. Toutefois, il ne fait aucun doute que la défense la plus émouvante du Catéchisme est venue de l’homme qui, avant tout autre, avait donné l’impulsion initiale à sa composition, soit le prince électeur Frédéric III.

Sommé de comparaître à la Diète d’Augsbourg en 1566, Frédéric III a été appelé à défendre le Catéchisme de Heidelberg devant un public vraiment hostile, parmi lequel se trouvait l’Empereur Maximilien II lui-même. Il s’est levé et a parlé comme suit:

En ce qui concerne mon catéchisme, c’est ce que je confesse. Il est également si solidement ancré dans les Écritures Saintes, citées en marge, qu’il s’est avéré irréfutable. En effet, jusqu’à présent vous n’avez pas réussi à le réfuter et j’espère qu’avec l’aide de Dieu il continuera à être irréfutable longtemps encore…

S’il s’avère que quelqu’un, jeune ou vieux, savant ou illettré, ami ou ennemi, même le plus humble serviteur à la cuisine ou à l’étable, puisse, en se fondant sur la Parole de Dieu, m’enseigner de meilleure manière ou me donner des informations plus éclairées sur les Écritures bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament, en dehors desquelles il n’y a pas de salut, alors je lui en serai reconnaissant, ainsi qu’à Dieu, et me soumettrai de ce fait à Dieu et à sa Sainte Parole. S’il y a ici présents dans cette assemblée des messieurs ou de mes amis qui voudraient le nier, je serais alors heureux de les entendre; nous pouvons sans aucun doute trouver rapidement une Bible ici…

Si toutefois ma plus humble confiance devait se révéler vaine et que malgré cette offre chrétienne et honnête de ma part, on décidait de manière arrêtée de prendre des mesures contre moi ou si on envisageait de le faire, je trouverais ma consolation dans la promesse certaine qui m’a été donnée, ainsi qu’à tous les croyants, par mon Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à l’effet que tout ce que je perdrai pour son honneur et pour son nom me sera rendu au centuple dans l’autre monde. C’est ainsi que je désire me recommander à la grâce de votre Majesté impériale.

Après avoir entendu l’électeur défendre ainsi le Catéchisme, un membre de la cour impériale a déclaré: « Frédéric, vous êtes un homme meilleur que n’importe lequel d’entre nous. » Un autre a ajouté ces paroles: « Pourquoi attaquez-vous cet homme? Il est plus saint que n’importe qui parmi nous. »

Ainsi, en dépit des critiques, le Catéchisme de Heidelberg a été défendu sur la même base que celle sur laquelle il avait été rédigé: la Sainte Parole de Dieu. C’est cette Parole inspirée de Dieu — et cette Parole seule — qui confère au Catéchisme de Heidelberg sa valeur et sa beauté durables.

Source : Catéchisme de Heidelberg – Depuis 1563, un projet du Canadian Reformed Theological Seminary (texte traduit en français par Paulin Bédard et reproduit avec quelques modifications mineures sur Le Monarchomaque).

Voyez également ces articles sur le même thème :

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Blason du Comté palatin du Rhin de 1214 à 1777

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Je recommande fortement une excellente série du blogue The Historic Present sur le code civil des habitants puritains de la colonie de Massachusetts Bay — le Body of Liberties (Corps des libertés) édicté en 1641 — en bravant le monarque anglais qui leur avait interdit de faire des lois différentes de celles d’Angleterre, et en défiant les partisans de la tradition de common law anglaise qui voulaient continuer de s’en remettre uniquement aux précédents judiciaires.

Pour une analyse juridique plus poussée du Corps des libertés de 1641 ainsi qu’une étude de sa mise en application historique dans la Colonie de la Baie, se référer à John Eidsmoe, Theological and Historical Foundations of Law, Vol. III : Reformation and Colonial, Tolle Lege Press, Powder Springs (Géorgie), 2011, p. 1276-1282 sur 1417.

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Compléments d’informations hors-site :

Emblème de La Rochelle lors de la décennie de sa sécession effective. La devise « Pour Christ et le Roi » témoigne de la conception abstraite qu'épousaient les huguenots sur le pouvoir civil : celui-ci ne repose pas en la personne du roi, mais dans le Droit.

Emblème de la Cité de La Rochelle pendant sa sécession effective d’une décennie (1620-1628). La devise « Pour Christ et le Roi » témoigne de la conception abstraite qu’épousaient les huguenots sur le pouvoir civil : celui-ci ne repose pas en la personne du roi, mais dans la Couronne et le Droit.

Articles apparentés sur Le Monarchomaque dans la série Théonomie appliquée :

Ce n’était pas sans raison que les catholiques appelaient ce texte « Loi fondamentale de la République des Églises réformées de France et de Béarn » ! Suite aux agressions impunies (temples brûlés, pasteurs expulsés, fidèles assassinés ou molestés) menées contre les réformés à Lyon, Dijon, Bourges et Moulins (Auvergne) en 1616-1619, ainsi que l’annexion forcée du Béarn calviniste par la royauté catholique en 1620, l’Assemblée politique de La Rochelle en 1621 ne se bornait point à des respectueuses remontrances, à d’innocentes requêtes pour le maintien des privilèges religieux.

Les huguenots, en présence du système catholique, avaient besoin d’une organisation plus précise, d’une formule de gouvernement plus applicable. Ils jetèrent les yeux sur la Hollande, sur le système fédératif de la Basse-Allemagne, où chaque province avait sa souveraineté ; ce fut donc un mélange d’indépendance féodale et de constitution républicaine. Sept cercles devaient désormais diviser la France ; le Béarn formait une division à part ; le duc de Bouillon était créé généralissime des armées huguenotes ; chaque province avait un conseil particulier sous un chef qui pouvait commander les batailles pour le salut de l’armée. Ce chef disposait de toutes les charges militaires ; il avait auprès de lui un conseil représentatif où assistaient trois députés de l’Assemblée générale ; le chef pourvoyait au gouvernement des places de guerre. Pourtant ce n’était que par l’Assemblée générale que pouvait se traiter la paix et délibérer la guerre ; auprès de chaque armée devait être un ministre prédicant ; point de blasphèmes dans les rangs de la milice sainte. Il fallait renoncer à la vie lubrique, aux femmes mondaines qui seraient bannies du camp sous peine de la hart (pendaison). La fraternité devait présider à tous les rapports des capitaines et des soldats ; tout pillage, tout trafic illicite était interdit ; la revue et le paiement des gens de guerre devaient avoir lieu en présence des magistrats et des ministres ; le labourage serait protégé, les meuniers des villes exempts de tous logements de guerre. On mettait la main sur tous deniers royaux, tailles, taillons, aide et gabelle, pour pourvoir aux besoins de l’armée des fidèles. Les biens de l’Église catholique étaient confisqués, et les revenus appliqués aux mêmes dépenses, à la solde des ministres du saint culte. Ce vaste règlement n’était rien moins qu’un système général d’administration, qu’un gouvernement à part ; il fut arrêté le 10 mai, signé par le Président, les Adjoints et les Secrétaires de l’Assemblée politique protestante réunie à La Rochelle. En voici des extraits.

ArmoiriesLaRochelle

Armoiries de la Ville de La Rochelle

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L’Assemblée Générale des Églises Réformées de France & Souveraineté de Béarn [décrète ce qui suit] :

[…] Après une si longue attente & retenue, estant avec un indicible regret contraints de recourir aux moyens naturels & légitimes, pour les exposer aux violances & oppressions, & pour conserver en tant qu’en elle est l’authorité du Roy & de les Edicts [Édit de Nantes de 1598 renouvelé à contre-coeur par la monarchie en 1614], par liberté de Ieurs consciences & seureté de leurs vies, mesme d’esviter en tant que faire se pourra les désordres, confusions & inconveniens que la licence de la guerre peut apporter, & pour reallier ; mectre & retenir en bon ordre toutes les forces que peuvent estre en chascune Province, a faict & arresté l’ordre & règlement general qui s’ensuit, par toutes les Provinces. Lesquelles ladicte assembée a estimé estre à propos de deviser en huict despartemens, & en chacun d’iceux eslire & establir un chef general pour commander soubs l’authorité de sa Majesté à tous ceux de ladicte Religion, & y exercer leurs charges & pouuoir selon quil est contenu auxdicts reiglemens.

I. En chasque Province ou faire se pourra, seront commis les Conseils en la forme qu’ils sont a prefent establis , & les députez Consuls s’assembleront toutesfois & quantes que les affaires de la Province le requerront.

II. Le Chef général commandera, conduira & exploitera l’Armee générale & autres forces & Armées joinctes & unies, aux lieux & endroits ou le bien des affaires requerra qu’il sera treuvé, & avec lesdictes forces pourra assieger, où faire assieger, Villes, ou Chasteaux, y donner assaults, les prendre par force ou composition, livrer journées & bataille, & généralement faire toutes autres entreprises & exploits de guerre que ledict General iugera estre bon expedient, avec les autres chefs de son armée.

X. Ne pourra estre faict aucun traicté de treisve, ou de paix, que la délibération ou conclusion n’en soit prinse en l’assemblée générale, ou ledict general ou les chefs généraux desdictes Provinces seront priez d’assister en personne, ou par leurs députez, ausquels cas & pour ce faict seulement lesdicts députez auroyent voix deliberative en ladicte assemblee.

XII. Tous les Chefs, Capitaines, & Soldats, promettront d’observer les reiglemens, tant Militaires que de justice & finance, sur les peines portées par iceux.

XIII. D’autant que les gens de guerre doivent plustost servir d’exemple de vertu, & honnesteté, que non pas de desbordement & dissolution, Tous Chefs, Capitaincs, & Soldats, seront exortê d’user de vray Chrestien, & sage desportement en leurs actions, afin que Dieu en soit honnoré par bonnes vie & conservation, un chacun ediffié en toutes pietez.

XIV. Et pour cette fin, tous les chefs de gens de guerre, tant de Cavalerie que infanterie, seront exortés d’avoir (en tant que faire ce pourra) des Pasteurs ordinaires pour faire leurs presches, & prières aux iours ordonnez, & seront tous chefs, Capitaines & Soldats, subiets à l’ordre & discipline Ecclesiastique, suivant les reiglemens & pollice de ce Royaume.

XV. Et parce que le vice le plus fréquent qui est parmy les gens guerre est les reniements & blasphemes qu’ils font à tous propos contre les commandemens de Dieu & ordonnances de nostre loy, tant ancienne que moderne, au escandale de tous les bons Chrestiens. Et est deffendu & prohibé à tous, & de quel estat & condition qu’ils soyent, de iurer, & blasphemer le nom de Dieu, pour qu’elle cause & occasion que ce soit, à peine de payer un teston par le soldat qui aura blasphemé, & un escu par le gentilhomme & Capitaine, & doubler tousiours selon qu’ils se treuveront en la mesme faute. Et en cas d’obstination & perseverence en leurs blasphemes, seront cassez & emprisonnez.

XVI. Est tres expressement deffendu à tous lesdicts gens de guerre, sans exception de personne, mener vie lubrique & scandaleuse, tenir ou conduire soit en la ville ou aux champs lesdictes compagnies, & vendre aucune femme, sur peine de la vie, & aux femmes d’estre punies corporellement suivant l’ordonnance.

XXIV. Est expressement deffendu à tous Capitaines, soldats, & gens de guerre ayant receu solde, prendre aucuns vivre sans payer leurs hostes, ou voller, sur peine d’estre punis comme larrons & volleurs, & ce tant qu’ils seront en pays d’amy contribuable.

XXX. Et afin que l’agriculture & labourage puisse estre librement continué sans aucun empeschement, ne sera loisible de prendre le bestail servant au labourage, les arrois, lits, & habillemens des paysans hommes & femmes, de quelle religion qu’ils soyent. Ne pourront aussi prendre lesdicts paysants prisonniers, sinon pour les deniers sur eux imposez, ny estre arrançonnez, ny mal traitez, sur peine de la vie, & restitution de tout ce qui auroit esté prins, avec reparations des iniures & interests à ceux a qui auroyent esté faicts.

Faict & arresté en ladicte assemblee generale tenue en la ville de la Rochelle le Lundy dixiesme May, en l’année 1621

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Source : L’Assemblée protestante de La Rochelle rêve d’une république sous la royauté [Histoire-Passion]

Grand Temple de La Rochelle, prouesse architecturale pour l'époque, élevé en 1577, affecté au culte romaniste en 1629, brûlé en 1687.

Grand Temple de La Rochelle, prouesse architecturale pour l’époque, élevé en 1577, affecté au culte romaniste en 1629, brûlé en 1687.