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Exécution d'Anne du Bourg, un Conseiller au Parlement de Paris, le 23 décembre 1559

Exécution d’Anne du Bourg, un Conseiller au Parlement de Paris, le 23 décembre 1559

Massacre de Cahors (Quercy), le 18 novembre 1561

Massacre de Cahors (Quercy), le 18 novembre 1561

En hiver 1562, agissant sous la pression diplomatique, militaire et populaire qu’exerçaient les réformés français lassés de voir périr leurs coreligionnaires sur le bûcher, le jeune et fragile roi Charles IX promulgue l’Édit de Janvier qui accorde, pour la toute première fois, la liberté de conscience et de culte privé aux réformés à l’intérieur des cités & villages fortifiés ainsi que la liberté de culte public dans les faubourgs et les campagnes du Royaume de France. Or l’Édit n’est point respecté par le Duc de Guise, François Ier de Lorraine (1519-1563), un ardent papiste qui continue la persécution des calvinistes. Réagissant à cela, le Prince de Condé, Louis Ier de Bourbon (1530-1569), en sa qualité de premier Prince du Sang (membre de la maison royale le plus proche du trône à l’exception de la famille immédiate du roi), mobilise une armée huguenote et prends le contrôle d’Orléans le 2 avril 1562. Neuf jours plus tard, les dirigeants du parti réformé constituent une alliance défensive et couchent les dispositions d’icelle sur le document reproduit ci-dessous.

Bien que nous savons que les mœurs sexuelles de Prince de Condé étaient loin d’être exemplaires (il semble que le passage de Louis au protestantisme était surtout motivé par des ambitions dynastiques, sa « conversion » apparaissant comme une forme de contestation du monopole du pouvoir exercé par les Guise), nous pouvons néanmoins tenir de traité (et le mouvement derrière celui-ci) en bonne estime puisqu’il est probable qu’il fut rédigé par le pasteur Théodore de Bèze, et nous savons qu’il fut admirablement mis en œuvre par des véritables chrétiens tels les trois frères Coligny (Gaspard, l’Amiral de France ; Andelot, le Colonel-Général de l’Infanterie ; et Odet, « Cardinal » de Châtillon).

Traité d’Association fait par Monseigneur le Prince de Condé

Avec les Princes, Chevaliers de l’Ordre, Seigneurs, Capitaines, Gentilshommes & autres de tous états, qui sont entrés ou entreront par après en ladite Association, pour maintenir l’honneur de Dieu & le repos de ce Royaume. […]

 « Seigneur, n’aurai-je point en haine tes haineux, et ne débattrai-je point avec ceux qui s’élèvent contre toi ? » (Psaume 193)

Nous soussignés, n’ayant rien en plus grande recommandation – après l’honneur de Dieu – que le service de notre Roy & la conservation de la Couronne [… Nous nous engageons à] employer corps & biens, et tout ce qui sera possible, jusqu’à la dernière goutte de notre sang ; et durera cette présente Association & Alliance inviolable. […]

Afin que chacun entende ladite présente Association être faite avec telle intention susdite, en toute pureté de confiance & crainte du Nom de Dieu, lequel nous prenons pour Chef & Protecteur d’icelle, nous entendons & jurons qu’en notre Compagnie nous ne souffrirons qu’il soit fait chose qui déroge aux Commandements de Dieu & du Roy, comme idolâtries, superstitions, blasphèmes, paillardises, violences, ravissements, pillages [… et] autres choses défendues par Dieu, ou par l’Édit de Janvier ; desquelles au contraire nous pourchasserons [afin] que punition & justice soit faite. Et pour être conduits sous l’obéissance de la Parole de Dieu, nous entendons avoir en nos Compagnies de bons & fidèles Ministres de la gloire de notre Dieu, qui nous enseignerons Sa volonté, et auxquels nous porterons audience tel qu’il appartient.

Nous avons compris & associés en ce présent Traité d’alliance toutes les personnes du Conseil du Roy, exceptés ceux qui portent les armes contre leur devoir [… ceux-là] nous les tenons avec juste occasion pour coupables de lèse-majesté & perturbateurs du repos public de ce Royaume.

Et pour parvenir à la fin & accomplissement de cette dite Association […] un chacun de nous en son égard, depuis le plus petit jusqu’au plus grand, jurons & promettons devant Dieu & ses Anges, nous tenir prêts de tout ce qui sera en notre pouvoir, comme d’argent, d’armes, chevaux de service, et toutes autres choses requises, pour nous trouver au premier Mandement dudit seigneur Prince – ou autre ayant charge de lui – équipés pour l’accompagner partout où il lui plaira nous commander, et fidèlement lui faire service pour les fins susdites, et rendre tout devoir de corps & de biens jusqu’au dernier soupir.

Cas advenant qu’en quelque lieu ou endroit de ce Royaume, entendions que d’aucun [un quelconque individu] compris en cette présente Association reçoive outrage ou violence par les dessus-dits ou d’autres, contre l’Édit du Roy du mois de Janvier dernier, nous jurons & promettons tous le secourir promptement & nous employer à ce que tel tord soit réparé comme si le dommage était particulier à chacun de nous. […]

Davantage, s’il advient (ce que Dieu ne veuille) que d’aucun de nous, ayant oublié son devoir et son Serment, eut quelque intelligence avec les ennemis, ou commis acte de lâcheté ou de trahison […] nous jurons & promettons – sur la part que nous prétendons avoir au Paradis – le révéler incontinent audit seigneur Prince, ou autre [dirigeant] qu’il appartiendra, et le tenir & traiter comme ennemi, traître & déloyal : car ainsi a-t-il été accordé d’un franc & irrévocable consentement.

Fait, arrêté & publié à Orléans, l’an de notre Seigneur mil cinq cent soixante deux, l’onzième jour d’avril.

Louis de Bourbon, avec autres Princes, Chevaliers de l’Ordre, Seigneurs, Capitaines, Gentilshommes & plusieurs autres de tous les états & toutes les contrés de ce Royaume, en grand nombre, comme il appert par le Registre étant devant ledit seigneur.

Source : Mémoires de Condé, Tome III, Paris, Rollin, 1743, p. 258-262 sur 700. Orthographe française modernisée.

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