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La doctrine du Sola Scriptura (locution latine signifiant l’Écriture seule), selon laquelle la Bible est l’unique autorité ultime et finale en matière de théologie, est un fondement du protestantisme depuis cinq siècles (quoique cette doctrine existait depuis l’Église primitive). C’est en maniant adroitement cette doctrine que les protestants peuvent systématiquement démonter les dogmes non-bibliques du catholicisme romain et de la pseudo-orthodoxie orientale. Comment les catholiques et les pseudo-orthodoxes adressent-ils le Sola Scriptura protestant ? Ils s’y prennent de deux manières : en arguant que cette doctrine ne se trouve nulle part dans la Bible et en disant que l’Église n’est pas normée par la Bible puisque c’est l’Église qui a compilé le Nouveau Testament. Nous verrons pourquoi ces deux arguments sont erronés.
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Profession de foi du réformateur protestant allemand Martin Luther à la Diète de Worms (en Rhénanie-du-Sud) le 17 avril 1521
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Erreur # 1 : « La doctrine du Sola Scriptura n’est pas dans la Bible »
Cette allégation, bien sûr, est notoirement fausse…
Deutéronome 4:2 : « Vous n’ajouterez rien à la parole que je vous commande, et vous n’en retrancherez rien ; mais vous observerez les commandements de l’Éternel, votre Dieu, tels que je vous les donne. »
Deutéronome 13:1 : « Vous observerez et vous mettrez en pratique ce que je vous ordonne. Tu n’y ajouteras rien et tu n’en retrancheras rien. »
Galates 1:6-9 : « Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre évangile. Non pas qu’il y ait un autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent et qui veulent altérer l’Évangile de Christ. Mais, si nous-mêmes, si un ange du ciel annonçait un autre évangile que celui que nous vous avons prêché, qu’il soit anathème ! Nous l’avons dit précédemment, je le répète à cette heure : si quelqu’un vous annonce un évangile s’écartant de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »
En Marc 7:5-13, Jésus a vigoureusement fustigé les juifs pharisiens qui ajoutaient leur tradition extra-scripturaire (qui devint éventuellement le Talmud) aux Saintes Écritures (Tanak) : « Il [Jésus] leur dit encore : Vous anéantissez fort bien le commandement de Dieu, pour garder votre tradition. Car Moïse a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. Mais vous, vous dites : Si un homme dit à son père ou à sa mère : Ce dont j’aurais pu t’assister est corban, c’est-à-dire une offrande à Dieu, vous ne le laissez plus rien faire pour son père ou pour sa mère, annulant ainsi la parole de Dieu par votre tradition, que vous avez établie. Et vous faites beaucoup d’autres choses semblables. »
Subsidiairement, nous pouvons citer Apocalypse 22:18-19 : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décris dans ce livre ; et si quelqu’un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre. » Certes, les mots « ce livre » désignent ici l’Apocalypse de Jean, mais une règle générale peut être inférée de la gravité de cet avertissement : Il ne faut sous aucun prétexte ajouter des innovations humaines à la révélation scripturaire divine.
Ainsi s’exprime Wayne Grudem dans sa Théologie systématique (Éditions Excelsis, 2010, p. 123) : « Ce verset [Apocalypse 22:18] fait bien sûr d’abord référence au livre de l’Apocalypse lui-même, mais le fait qu’il se situe tout à la fin du seul livre qui pouvait être placé à la fin du canon du Nouveau Testament n’est certainement pas le fait du hasard. Une application secondaire de ce verset à l’ensemble du canon ne semble donc pas illégitime ».
Grudem étaye cet argument à la p. 48 du même ouvrage : « Ce n’est pourtant pas un hasard si cette déclaration se situe à la fin du dernier chapitre de l’Apocalypse, le dernier livre du Nouveau Testament. En fait, le livre de l’Apocalypse doit être placé à la fin du canon. Pour de nombreux livres, la place qu’ils occupent dans le canon n’a que peu d’importance. Mais, de même que la Genèse doit être placée au début (car elle nous raconte la création), l’Apocalypse doit être placée à la fin (car elle met l’accent sur le futur et la nouvelle création de Dieu). Les événements décrits dans l’Apocalypse sont historiquement postérieurs à ceux décrits dans le reste du Nouveau Testament et requièrent qu’elle soit placée à la fin. Il n’est donc pas illégitime de penser que cet avertissement particulièrement fort à la fin de l’Apocalypse s’applique en deuxième lieu à l’ensemble de l’Écriture. À cet endroit, l’avertissement sert de conclusion à l’ensemble du canon de l’Écriture. [C]ette application plus large d’Apocalypse 22:18-19 implique que nous ne devrions pas nous attendre à ce que d’autres textes [et d’autres révélations] soient ajoutés à notre canon actuel. »
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Le réformateur protestant anglais William Tyndale fut brûlé sur un bûcher par les autorités papistes à Vilvoorde (au Brabant flamand) le 6 octobre 1536 pour le « crime » d’avoir traduit la Bible en langue vernaculaire
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Erreur # 2 : « l’Église n’est pas normée par la Bible car c’est elle qui a compilé le N.T. »
Cet argument est plus astucieux que le précédent. Pendant les quatre décennies qui suivent le ministère terrestre de Jésus-Christ (et pas davantage ! — lisez Gentry sur ce sujet : PDF gratuit | papier payant), le canon du Nouveau Testament n’est pas encore clos. Pendant cette période, le peuple de Dieu reçoit des révélations par l’entremise les apôtres inspirés du Saint-Esprit. Ainsi, l’Église chrétienne existait et fonctionnait sans avoir à se référer systématiquement au Nouveau Testament (quoique les prédications des apôtres étaient passées au crible de l’Ancien Testament, cf. Actes 17:10-12), et finalement, c’est l’Église qui a compilé le Nouveau Testament et qui a, ce faisant, supposément choisi de quels livres il est composé. Dans cette optique catholique et pseudo-orthodoxe, non seulement l’Église est-elle investie d’une autorité autonome de la Bible, mais Dieu continue d’envoyer des révélations contenant des données théologiques à l’Église, plus précisément au pape et aux patriarches & métropolites.
Outre que cette gymnastique catholique et pseudo-orthodoxe est une vraie boîte de Pandore, elle ne tient pas compte que la Bible elle-même nous renseigne que l’Église chrétienne a connu trois différents temps de mise en contact avec la doctrine apostolique : Un temps d’instruction exclusivement orale, un temps d’enseignement oral *et* scripturaire, puis une période exclusivement scripturaire, tel qu’expliqué dans l’excellent article De l’oral seul à l’Écriture seule publié sur le Blog Chrétien Protestant le 24 juin 2009…

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