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Archive for mai 2014

Voyez aussi sur le blogue Foi et Érudition :

Ce documentaire est une production de l’organisme « Holy Bible Prophecy ».

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DrapeauChine

Officiellement, la République populaire de Chine (RPC) est un pays athée. Mais les communautés chrétiennes se sont beaucoup développées depuis que les temples et les églises ont commencé à rouvrir, après la mort du président Mao en 1976 qui a marqué la fin de la Révolution culturelle. La Chine pourrait devenir non seulement la plus grande économie du monde, mais aussi le pays comptant le plus grand nombre de chrétiens parmi ses 1,3 milliard d’habitants.

Pour Fenggang Yang, professeur de sociologie à l’Université Purdue (Indiana) et auteur de Religion en Chine : survie et renaissance sous le régime communiste, « la Chine est appelée à devenir le plus grand pays chrétien du monde très bientôt ». La communauté protestante chinoise, qui comptait seulement un million de membres en 1949, a déjà dépassé en nombre celles de pays plus communément associés au boom évangélique. En 2010, il y avait plus de 58 millions de protestants en Chine contre 40 millions au Brésil et 36 millions en Afrique du Sud, selon le Pew Research Centre. Le professeur Yang estime que la Chine en comptera environ 160 millions en 2025. D’après lui, en 2030, la population chrétienne totale de la Chine, y compris les catholiques, devrait dépasser les 247 millions de personnes, soit plus que celles du Mexique, du Brésil et des Etats-Unis.

Le méga-temple du bourg de Liushi, dans la municipalité de Wenzhou (province du Zhejiang au sud de Shanghai) est représentatif du développement du christianisme en Chine. Il fait partie de l’Eglise officielle, le Mouvement patriotique des Trois Autonomies reconnu et supervisé par l’Etat. Inauguré l’année dernière, il peut accueillir 5.000 fidèles, soit deux fois plus que l’abbaye de Westminster, à Londres, d’après le site de The Telegraph ; il est réputé être le plus grand édifice chrétien en Chine continentale.

De la province du Yunnan dans le sud-ouest du pays à celle du Liaoning dans le nord-est industriel, le christianisme est en plein essor. Une étude récente a révélé que les recherches en ligne pour les mots « communauté chrétienne » et « Jésus » étaient beaucoup plus nombreuses que pour « Parti communiste » et « Xi Jinping », le président de la Chine.

Les protestants de Chine comptent aussi des millions de fidèles appartenant à des « Eglises domestiques », des communautés chrétiennes non reconnues par les pouvoirs publics, qui se rassemblent le plus souvent dans des maisons privées. Ces Eglises sont à l’origine d’un mouvement missionnaire qui commence à envoyer des prédicateurs à l’étranger, en Corée du Nord notamment.

Fourniture de services sociaux

Pour certains responsables politiques, les acteurs religieux peuvent fournir des services sociaux car l’Etat manque de ressources, tout en aidant à remédier à la crise morale dans un pays où l’argent est roi. Mais d’autres s’inquiètent de l’impact que la religion pourrait avoir sur le pouvoir du Parti communiste. Aussi les fidèles sont-ils toujours étroitement surveillés, et les prédicateurs sont régulièrement contrôlés pour s’assurer que leurs sermons ne s’éloignent pas de la ligne considérée comme acceptable par le Parti.

La montée en puissance des chrétiens inquiète le Parti communiste, ainsi que l’illustre la récente campagne officielle pour la démolition de temples et de croix lancée dans la province du Zhejiang. De nombreux dirigeants considèrent la religion comme « une maladie » qu’il faut éradiquer, explique le responsable d’une Eglise, en ajoutant : « le Parti communiste craint que le christianisme ne devienne une force politique d’opposition ou qu’il ne soit utilisé par des forces occidentales pour renverser le régime communiste ».

Source : Dans quinze ans, la Chine pourrait être le plus important pays chrétien du monde [Fait religieux]

Les chrétiens – catholiques et protestants – contribuent à l’offre de services sociaux d’une manière que je qualifierais de disproportionnée par rapport à leur nombre. Les chrétiens ont des réseaux internationaux et le savoir-faire. Les Eglises catholique et protestante officielles, l’Association patriotique catholique chinoise (non reconnue par Rome) et le Mouvement patriotique des Trois Autonomies, reçoivent des signes très clairs du Parti ; elles doivent contribuer grâce à leurs connections internationales, comme par exemple, pour les protestants, la fondation Amity.

Des associations catholiques comme l’Organisation non gouvernementale (ONG) Care ou Caritas ont pignon sur rue à Hong Kong, Région administrative spéciale ouverte sur le monde avec un régime d’Etat de droit. Ces associations n’ont pas de lien spécifique avec Rome et mènent à partir de Hong Kong des activités dans le reste de la Chine. Même si l’Eglise patriotique n’est pas officiellement reconnue par Rome, un certain pragmatisme rend les échanges possibles.

Source : Pacte social à la chinoise (II) : les religions à la rescousse [Fait religieux]

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martin_bucer

1. Le réformateur Martin Bucer était théonomiste

« Martin Bucer [(1491-1551) was] the first-generation Reformer from the city of Strasbourg. Bucer was the leader of the Reform in that city and, indeed, throughout southern Germany. Next to Luther, Melanchthon, Zwingli, and Calvin, he was the most prominent of all the early Protestant leaders. […]

At the request of Archbishop Cranmer, Bucer became a professor of divinity at Cambridge in 1549. Very popular among the English Reformers, Bucer’s advice and counsel were repeatedly “sought out […].” Though he suffered frequently from ill health, his status and influence cannot be minimized. De Regno Christi, written in 1550 and addressed to the young Edward VI, “represents the first Protestant treatise on social ethics, and is the product of a mature man standing on the verge of old age. It reflects the experience of a lifetime in manifold labors for an actual reformation of the church as well as society.”

Clearly Bucer “regarded the Old Testament and the New Testament as a unity.” Thus, the case laws of the Mosaic law played an important role in his concept of the Christian commonwealth. His position regarding the general equity of the Mosaic judicials is certainly akin to, if not exactly, that put forward by Bahnsen in Theonomy [in Christian Ethics]. An honest reading of Bucer will readily reveal that theonomy is not something new ! […]

Because his [Bucer’s] commonwealth was based upon the eternal, immutable word of God, such a charge would in fact be one against God Himself ! Is God’s word less than practical or less than relevant ? Surely God must have some notion as to how a civil government might be duly framed ! »

Source : Jack Sawyer, « Introduction to Martin Bucer’s De Regno Christi », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 15-17.

« Bucer plainly held that the penal sanctions of the Older Testament were the best ever devised, being authored by God Himself, and thus should be enacted in all Christian states. […] Bucer readily turned to the social legislation recorded in the books of Moses, and held that modern Christian states should conform to them. […]

While Christians are not bound to the Mosaic legislation in terms of circumstances peculiar to the Older Testament era, yet,

whoever does not reckon that such commandments are to be conscientiously observed is certainly not attributing to God either supreme wisdom or a righteous care for our salvation.

Bucer’s position thus is this: in a Christian state, the Mosaic legislation has a binding force. […] The final question, then, is this: does the modern theonomic-theocratic position advocated by Rushdoony, Bahnsen, et. al., stand in line with Bucer or with the Anabaptists ? […] The modern theonomic position is a descendent of Bucer, and is not condemned by Calvin. »

Heinrich Bullinger (1504-1575)

Heinrich Bullinger (1504-1575)

2. Le réformateur Heinrich Bullinger était théonomiste

« The Second Helvetic Confession, of 1566, was almost entirely the work of Heinrich Bullinger of Zurich, one of the great second-generation Reformers, who lived from 1504 to 1575. In an earlier work, Antiquissima Fides et vera Religio, translated by Miles Coverdale (1488-1568) as The Old Faith, Bullinger had written regarding the judicial law :

Whereas, besides the ceremonies, there is much written also in the law concerning civil polity, ordinance, judgment, to live peaceable and well in city and land ; of buying and selling, of war and peace, of inheritance and properties, of laws matrimonial, of the punishment of the wicked, of the judgment and council, of lending and borrowing, etc. ; it is no news at all, and serveth altogether for the declaration of the six commandments of the second table.

Such laws and rules to live in peace, in a civil order and virtue, have also the holy fathers had from the beginning of the world written in their hearts by God himself. Now hath God also caused all to be comprehended in writing by Moses, to the intent that the world might have all more clearly and perfectly, and that no man might excuse himself of ignorance.

Bullinger’s Second Helvetic Confession does not, any more than the Belgic Confession, state that the judicial law of Moses has expired. Chapter 27 clearly states that the ceremonial was abolished. In chapter 12, “Of the Law of God,” we read :

For plainness’ sake we divide it into the moral law, which is contained in the commandments, or the two tables expounded in the books of Moses ; into the ceremonial, which does appoint ceremonies and the worship of God ; and into the judicial, which is occupied about political and domestic affairs. We believe that the whole will of God, and all necessary precepts, for every part of this life, are fully delivered in this law. For otherwise the Lord would not have forbidden that “anything should be either added or taken away from this law” (Deut. 4:2, 12:32) ; neither would he have commanded us to go straight forward in this, and “not to decline out of the way, either to the right hand or to the left” (Josh. 1:7).

The second paragraph cited above certainly reads as if Bullinger intended us to keep all of the Mosaic [civil] law. […] In the Decades, however, Bullinger firmly insists upon the abrogation of the Mosaic judicials. No nation is bound to receive them as its laws. Nonetheless, “the substance of God’s judicial laws is not taken away or abolished, but…. the ordering and limitation of them is placed in the arbitrement of good Christian princes….” Bullinger also argues that the good laws of the ancient world (Calvin’s “common law of nations” [c-à-d le Code civil de l’Empereur chrétien Justinien le Grand]) trace back to Moses, so that one reason Moses’s specifics are no longer binding is that the laws of the nations so closely approximate them. Thus, in a concrete sense, Bullinger’s rejection of the letter of the Mosaic judicials is related to the fact that he saw their continuation in spirit in his own culture. »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

Complément : Henry Bullinger on Laws Against Anti-Trinitarian Heretics [Reformed Covenanter].

Hugh Latimer (1485-1555)

Hugh Latimer (1485-1555) prêchant la Parole de Dieu

3. Le réformateur Hugh Latimer était théonomiste

« Hugh Latimer (1485-1555) was also a bishop and martyr. The following quotation demonstrates a high regard for the civil use of the law of Moses.

There is no king, emperor, magistrate, and ruler, of what state soever they be, but are bound to obey this God, and to give credence unto his holy word, in directing their steps ordinately according to the same word. Yea, truly, they are not only bound to obey God’s book, but also the minister of the same, “for the word’s sake,” so far as he speaketh “sitting in Moses’ chair” ; that is, if his [the preacher’s—n.d.l.r.] doctrine be taken out of Moses’ law. For in this world God hath two swords, the one is a temporal sword, the other a spiritual. The temporal sword resteth in the hands of kings, magistrates, and rulers, under him; whereunto all subjects, as well the clergy as the laity, be subject, and punishable for any offence contrary to the same book.

In short, the preacher explains the law of Moses to the civil magistrate, who then enforces the relevant sections of it with the sword. Latimer also declared, “I would wish that Moses’s law were restored for punishment of lechery.” »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

Voyez aussi : Hugh Latimer Supports England’s Iconoclastic Movement [Theonomy Resources]

Thomas Becon (1512-1567)

Thomas Becon (1512-1567)

4. Le réformateur Thomas Becon était théonomiste

« Thomas Becon (1512-1567) studied under Latimer. He was a chaplain to Archbishop Cranmer, and his Catechism was written during the reign of Edward the Sixth, during the period of Bucer’s influence in England. Becon cites the penal laws of Moses as examples to civil magistrates of every age. He emphasizes that if wrongs against man are to be punished—the second table of the law—how much more should wrongs against God be punished. He adds: “But we have…. an expressed commandment to kill and put out of the way all idolaters and false prophets….”

This evidence from the mid-sixteenth century, while not always evidence of a rigorously consistent approach to the matter, surely does serve to indicate a deep respect for the civil implications of the law of Moses. »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

5. Tous les autres réformateurs magistériaux étaient théonomistes

En fin de compte, la totalité des pré-réformateurs et des réformateurs magistériaux — aussi bien les théologiens que les hommes d’État — étaient théonomistes…

Vitrail du réformateur Guillaume Farel () au Temple réformé de Reims

Vitrail du réformateur Guillaume Farel (1489-1565) au Temple réformé de Reims

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Plaque commémorative de Pierre Viret à Lausanne en Suisse

Plaque commémorative de Pierre Viret à Lausanne en Suisse

Voyez aussi :

Je reproduit ci-bas des extraits du chapitre Pierre Viret éthicien tiré de l’ouvrage Pierre Viret (1511-1571) : Un géant oublié de la Réforme — Apologétique, éthique et économie selon la Bible signé par Jean-Marc Berthoud (2011).

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Les pages 249 à 674 de l’Instruction chrétienne constituent un traité complet consacré à l’application détaillée des Dix Commandements à chacun des divers aspects de la réalité humaine. C’est le meilleur exposé de la Loi de Dieu qu’il m’ait été donné de lire ; et le seul ouvrage qui, à ma connaissance, puisse soutenir la comparaison avec le chef-d’œuvre de Rousas J. Rushdoony, Institutes of Biblical Law. Dans l’Instruction chrétienne de Viret, nous trouvons une application détaillée de toute la Parole normative de Dieu (Tota Scriptura) aux problèmes pratiques de la vie chrétienne de tous les jours, ceci pour chaque aspect de la vie personnelle et sociale. Une telle exposition est accompagnée, d’une façon remarquable, par un sens de l’équilibre théologique et par une compréhension de la relation délicate entre la dogmatique et l’éthique, tout en maintenant constamment à l’esprit le but de favoriser la proclamation de l’Évangile, de faire avancer le Royaume de Dieu et de ramener tout honneur et toute gloire au Seigneur Jésus-Christ. Dans sa Préface, Viret expose d’emblée son objectif central avec la plus grande clarté :

Pource [pour cette raison] que j’ai proposé de déclarer [expliquer] la Loi de Dieu, qui doit être tenue pour la règle de toutes les autres, par lesquelles les hommes doivent être conduits et gouvernés, je ferai avant qu’entrer en l’exposition d’icelle, quelques discours des grandes difficultés qui se sont trouvées de tout temps à bien gouverner les hommes, et [à] les contenir dedans les limites de raison, de droiture et de justice, et des causes semblablement de ces difficultés.

[Viret] entreprend ensuite de définir plus précisément cet objectif, montrant à quel point il était nécessaire que Dieu révèle aux hommes le contenu de cette loi, comme la création elle-même, d’origine céleste :

Pour cette cause, il a voulu bailler [donner] loi lui-même qui servit de règle à tous les hommes de la terre, pour régler l’esprit, l’entendement, la volonté et les affections, tant de ceux qui doivent gouverner les autres, que de ceux qui doivent être gouvernés par iceux. Et a fait ceci, à fin que tous ensemble se reconnussent un seul Dieu pour leur souverain Prince et Seigneur, et qu’eux se reconnussent ses serviteurs et ministres ; lesquels il faudra une fois tous venir à compte devant le trône de la majesté d’icelui.

Puis vient cette affirmation centrale à toute l’éthique chrétienne de Pierre Viret :

Or il [Dieu] a compris [renfermé] en cette Loi toute la doctrine morale, nécessaire aux hommes pour bien vivre. Ce qu’il a fait trop mieux [bien mieux], sans comparaison, que tous les philosophes en tous leurs livres, tant des éthiques, que des politiques et économiques, et que tous les législateurs qui ont jamais été, et qui sont et seront, en toutes leurs lois et ordonnances ; en sorte que tous ensemble n’ont jamais rien mis de bon en avant, qui ne soit compris en icelle ; et qui ne soit mauvais, s’il n’y est compris.

Et il ajoute :

Donc, soit que nous veuillons bien être instruits, pour nous savoir conduire en gouverner nous-mêmes en nos personnes propres en notre particulier, selon droit, raison et justice, ou au gouvernement de nos maisons et familles, ou au gouvernement du bien public ; cette loi nous pourra servir de vraie éthique, économique et politique chrétiennes, si elle est bien entendue ; et ceci trop mieux que celles d’Aristote, Platon, Xénophon, Cicéron, et des autres semblables.

Et Viret conclut sa Préface avec ces mots :

Car il ne nous faut point espérer que jamais Roi, Prince, ni peuple puissent avoir prospérité qui dure, sinon en tant que Dieu régnera en tous et sur tous, et qu’ils seront gouvernés par lui ; comme il appert [paraît] clairement par les promesses et menaces qu’il a ajoutées à sa Loi. Car comme lui seul peut nous donner Loi parfaite, selon laquelle il nous convient gouverner ; il peut semblablement bailler [donner] les Princes, les Magistrats, et les Pasteurs et ministres idoines [aptes], pour la mettre en exécution ; et les peut former comme instruments propres à son service, et bailler vertu [donner force] à leurs offices et ministères, pour ranger à son obéissance ceux qu’ils auront en charge. […]

Une telle vision de l’autorité souveraine et de la sagesse suprême de la Loi de Dieu a poussé Pierre Viret à examiner les devoirs particuliers des hommes à l’intérieur des limites de leurs vocations spécifiques. […]

Sur la pensée politique de Viret, l’étude pionnière de Robert D. Linder [The Political Ideas of Pierre Viret, Genève, Droz, 1964, 217 p.] nous présente une analyse d’une grande valeur de cet aspect de sa pensée. Il décrit d’abord ce que représentait pour Viret la loi divine, la Parole de Dieu […]. Linder définit la pensée de Viret en ces termes :

Les Écritures contenaient aussi des déclarations concernant l’État, et dans la mesure où elles se rapportaient au gouvernement séculier, elles représentaient la volonté de Dieu pour cette institution. Donc, l’État séculier était vu par Viret comme étant une création de facto, venant directement de Dieu lui-même mais gouvernée en harmonie avec les règles et les préceptes contenus dans les Écritures Saintes.

Et Linder d’ajouter :

Les plans de Dieu pour les hommes comprenaient une existence paisible et rangée, et l’Etat était le moyen par lequel ce genre de vie pouvait être assuré. Les dirigeants de l’État séculier devaient légiférer en harmonie avec la Bible et remplir le rôle qui leur était assigné tel qu’il était représenté dans les Écritures. Viret devait amener les autorités civiles à reconnaître que toute justice et toute loi émanaient de la souveraine volonté de Dieu, et que les magistrats étaient les distributeurs de la justice provenant de la loi de Dieu. Si elles n’obéissaient pas à cette vocation, ces autorités séculières étaient considérées comme de « méchants tyrans » et étaient passibles du jugement du Dieu Tout-Puissant.

Car, aux yeux de Viret, écrit Linder :

L’État séculier était une création immédiate de Dieu et c’est pour cela que Dieu lui-même lui avait directement délégué une certaine autorité. Cependant, selon Viret, les Saintes Écritures non seulement décrivaient et confirmaient l’autorité temporelle, mais elles en définissaient la nature et en limitaient également les droits.

[Viret] pensait également que ces lois absolues et éternelles divines devaient être adaptées à l’époque où vivaient les gens et au tempérament national du pays où les lois devaient être appliquées. Linder continue :

Viret a montré que les lois civiles peuvent être autant bonnes que mauvaises. Il croyait que les hommes détenaient une certaine liberté dans le choix des codes légaux qui devaient régir leur vie. Cependant, il pensait que dans un Etat véritablement chrétien « les bonnes lois » reposeraient toujours sur les Dix Commandements de Dieu tels qu’on les trouve dans l’Écriture Sainte. Selon lui, à moins que les lois humaines ne soient constituées sur le fondement de la loi morale de Dieu, les hommes ne pouvaient s’attendre à ce qu’elles soient justes et équitables. Ainsi, toutes « bonnes lois » viennent de Dieu Lui-même, car elles sont tirées de la Parole de Dieu qui est Son testament écrit pour l’humanité. […]

Viret mettait surtout l’accent sur le gouvernement soumis à la loi civile, et particulièrement la loi civile tirée, de la manière la plus précise possible, selon le contexte politique, de la loi morale de Dieu.

Et Linder ajoute :

La notion de Viret selon laquelle le prince était soumis à la loi est extrêmement intéressante et très différente de la théorie absolutiste qui plaçait le roi au-dessus de la loi, théorie dont Jean Bodin se fit l’avocat dans son De Republica rédigé à la fin du seizième siècle. Le concept du dirigeant séculier toujours nécessairement soumis à la loi était l’un des thèmes récurrents dans la pensée politique médiévale de l’Europe occidentale et n’était d’aucune manière une idée nouvelle.

Viret exprime sa pensée politique ainsi [dans Le monde à l’empire, publié à Genève en 1561] :

Car les Princes et les Magistrats doivent être sujets aux lois, et modérer leur gouvernement selon icelles [celles-ci]. Car ils sont, non pas maîtres des lois, mais Ministres d’icelles, comme ils sont Ministres de Dieu, duquel toutes bonnes lois procèdent. Et pourtant [pour cette raison] les Magistrats sont à bon droit tenus pour lois vives et parlantes, quand ils sont tels qu’ils doivent être ; comme aussi les lois sont comme Magistrats muets, lesquels parlent par les vrais Magistrats.

Et Linder de commenter :

Viret insiste sur le fait que le vrai chrétien doit, en toute circonstance, soumettre le Code Justinien et toute la loi romaine à l’autorité de la Parole de Dieu.

Les schémas de la pensée de Viret l’ont amené à préconiser ce qu’on appellerait aujourd’hui « la législation de la morale ». Par exemple, il était pour l’adoption de statuts civils contre l’adultère, le blasphème et l’idolâtrie, et il était partisan de la réglementation de certaines activités économiques le dimanche. De plus, il établissait un lien entre la vraie Chrétienté et le maintien et l’application de lois telles que celles contrôlant la corruption et l’achat de charges publiques, de lois contre l’usure, contre l’exploitation des pauvres par les riches, et de lois fixant des limites aux prix et à l’achat de terrains. […]

Il est révélateur [d’étudier] l’exégèse de Viret […] sur certains textes bibliques précis. […]

Tu n’auras pas dans ton sac deux sortes de poids, un gros et un petit.

Tu n’auras pas dans ta maison deux sortes d’épha, un grand et un petit.

Tu auras un poids exact et juste, tu auras un épha exact et juste, afin que tes jours se prolongent dans le territoire que l’Éternel, ton Dieu, te donne.

Car quiconque agit ainsi, quiconque commet une fraude, est en horreur à l’Éternel, ton Dieu. (Deutéronome 25.13-16)

Pierre Viret […] ne consacre pas moins de cinquante-cinq grandes pages folio en petits caractères de l’édition originale […] pour élaborer un exposé détaillé du huitième commandement [Tu ne déroberas point]. Sur le passage que nous étudions, son commentaire occupe six grandes pages (581 à 586). […] Viret se donne une peine immense à étudier en détail cette loi biblique l’appliquant à toutes sortes de transactions commerciales. Ce que Viret développe ici est une véritable casuistique légale (dans le sens tout à fait positif de ce mot), une véritable déontologie professionnelle, se rapportant aux applications spécifiques des diverses lois bibliques. Il le fait de telle manière – bien que ses remarques soient soigneusement adaptées aux conditions de son époque et à la culture de son temps – qu’elles n’en demeurent pas moins presque directement applicables aux réalités du monde contemporain. Ses commentaires ne constituent d’aucune façon une distorsion anachronique de la signification du statut particulier de la loi mosaïque en question.

Examinons, tout d’abord, la façon dont il subdivise son texte et les titres qu’il donne à ces divisions [Instruction chrétienne, Tome II] :

  • Des larcins commis en la quantité, et aux poids et mesures des choses vendues ou délivrées ; et combien cette manière de larcin est jugée détestable ès [par les] Saintes Écritures.
  • De l’invention et de l’usage de la monnaie, et des faux-monnayeurs ; et de la grandeur de ce crime, et du larcin commis par tel moyen.
  • Des larrons et faussaires de la Parole de Dieu, et des larcins qu’ils font des hommes et de leurs biens par ce moyen.
  • De ceux qui rognent les monnaies, et qui usent de celles qu’ils savent n’être pas de mise légitime ; et principalement ceux qui ont charge des deniers publics.
  • Des corruptions par les dons ; et des marchands qui vendent, et achètent justice et les pauvres.
  • Des larcins commis ès venditions [ventes] de victuailles ; et des dangers qui sont ès corruptions d’icelles [celles-ci].
  • Du regard [l’attention] que les Magistrats doivent avoir sur les vivres, et du grand mépris des serments faits pour raison d’iceux.
  • De la faute qui est ès Magistrats et officiers en cet endroit, par laquelle ils se rendent coupables des larcins et méchancetés qui se commettent en ces choses.
  • Du danger qui est ès médecins et apothicaires [pharmaciens], en telles matières ; et de la loi que Dieu a donnée des poids et mesures ; et des menaces d’icelui contre ceux qui les falsifient.

[…] Viret cite ici Amos 8.4-6 et les textes classiques de l’Ancien Testament applicables, encore aujourd’hui, à cette question : Deutéronome 25.13-16 ; Lévitique 19.35-36 ; Proverbes 11.1 ; 20.10. Viret applique, de manière très appropriée, ce statut de falsificateurs des poids et des mesures aux faux-monnayeurs, car dans les temps anciens, l’inégalité du poids des pièces de monnaie en rendait la pesée nécessaire si l’on voulait pouvoir en déterminer la valeur exacte :

Parquoi [raison pour laquelle], puisque Dieu a donné aux hommes ce moyen, pour se soulager plus aisément les uns les autres, ceux qui le pervertissent, et confondent cet ordre, font une grande plaie au bien public, et à toute la société humaine. Dont [ce pour quoi] ils sont dignes de griève punition ; et ce d’autant plus, qu’ils mettent plus grande confusion entre les hommes. Car ils ne peuvent vivre sans trafiquer [commercer] les uns avec les autres. Partant [par conséquent] celui qui leur ôte ce moyen, est comme un brigand public, pour couper la gorge à toute la communauté des hommes ; car il ôte par le moyen qu’il tient, la foi [bonne foi] et la loyauté, sans laquelle la société humaine ne peut être entretenue ni conservée. Car la foi et la loyauté étant ôtée, il n’y a plus rien de certain. Et par ainsi les hommes sont en un grand trouble et en un désordre nonpareil.

De nos jours, la fabrication de fausse monnaie est devenue la spécialité des banques centrales qui pillent sans vergogne la communauté par leur création d’argent comme sorti du chapeau d’un magicien, car une telle création ex nihilo de moyens d’échanges, émissions de crédit qui ne reposent sur rien, mènera inévitablement à l’inflation. Cette monnaie virtuelle, ces papiers, ces chèques ou cet argent électronique, ne sont – depuis les accords de Bretton Woods de 1944 et, plus encore, depuis le détachement par le président américain Richard Nixon en 1973 du dollar (la monnaie d’échange mondiale) de tout rapport avec l’or – plus du tout cautionnés par des réserves monétaires en dur et sont donc, en fin de compte, totalement irrachetables. Le résultat d’une telle création monétaire parfaitement arbitraire est, bien sûr, l’expansion incontrôlée de toutes sortes de dettes – publiques et privées – la destruction de la productivité de la société par la concentration d’un tel capital dans les transactions de spéculation, ceci aux dépens des investissements industriels et commerciaux producteurs de véritables richesses. On développe ainsi le cycle moderne de prospérité-faillite (boom/bust), d’inflation et de restriction monétaire ainsi que l’expansion à grande échelle d’une spéculation totalement improductive, comme autant de moyens de gouvernement tyranniques, occultes et irresponsables.

Pierre Viret aurait eu beaucoup à redire du point de vue biblique sur la situation monétaire qui est la nôtre actuellement. Il était tout à fait conscient de l’existence de problèmes similaires à son époque. C’est d’une plume acérée qu’il décrit le crime de l’État, la contrefaçon des moyens d’échange.

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Consultez également : Jean Calvin, les deux royaumes et la loi civile [Scribd].

Genève au temps de la Réformation

Le réformateur Jean Calvin avait compris que Dieu, dans son amour, n’a pas abandonné les sociétés humaines à l’anarchie, mais a doté sa Création d’une loi…

La manière de ce réformateur d’intégrer la parole-loi de Dieu dans sa réflexion sur la société civile et l’action qui en découle a eu un impact significatif dans la vie de la cité, partout où son influence s’est fait sentir. À un tel point que E.G. Léonard, dans son Histoire générale du protestantisme, intitule son chapitre consacré à Jean Calvin : « Calvin fondateur d’une civilisation ».

[…]

Cet office de la loi a pour finalité de contribuer à l’harmonie et à la paix de la cité. Cet usage s’exerce généralement par la contrainte en vue de restreindre la progression et le déploiement du péché et du mal dans la société civile et d’encourager la pratique du bien. En un mot, en suscitant « une certaine crainte de Dieu », cet office est, d’abord, de nature dissuasive.

Mais, dans la théologie de Calvin, cet usage assume aussi un rôle prescriptif. En effet, comme l’argumente le réformateur de Genève dans le quatrième livre de l’Institution chrétienne (IV, XX), « la loi morale est le fondement de toutes les lois strictement politiques ».

Il s’ensuit que l’Église comme l’individu ont à exercer une responsabilité politique dans la société civile et à contribuer à son bien. C’est ainsi que Calvin écrit : « Néanmoins cette justice contrainte et forcée est nécessaire à la communauté des hommes, à la tranquillité de laquelle notre Seigneur pourvoit, quand il empêche que toutes choses ne soient renversées en confusion, ce qui serait, si tout était permis à chacun » (II, VII, X) C’est ainsi que ce deuxième usage, malgré son caractère contraignant, exerce un rôle positif qui peut aller jusqu’à une prise de conscience providentielle qui soit à salut (II, VII, XI).

[…]

La loi morale, qui représente l’essence de la loi de Dieu, s’incarne dans le Décalogue, lequel est résumé par Jésus dans le sommaire de la loi : aimer Dieu et aimer son prochain. Cette loi morale est normative et est appelée à éclairer tous les aspects de la vie individuelle et communautaire. Ainsi Calvin, parlant de l’équité et de l’ordonnance des lois, dit : « Or puisque la Loi de Dieu, que nous appelons morale, n’est rien d’autre qu’un témoignage de la loi naturelle et de la conscience que notre Seigneur a imprimée au cœur de tous les hommes, il n’y a nul doute que cette équité dont nous parlons maintenant ne soit en celle-ci parfaitement déclarée ; il convient donc que cette équité seule soit le but, la règle et la fin de toutes lois » (IV, XX, XVI).

Source : Pierre Berthoud, Liberté et justice sociale : l’apport de l’Ancien Testament dans la pensée des réformateurs, et de Jean Calvin en particulier [Revue réformée].

Calvin expliquait plus en détail la mission spirituelle des magistrats ailleurs dans son maître-ouvrage, l’Institution de la religion chrétienne

Tout comme le magistrat en punissant les méchants doit purifier l’Église des scandales, de même le ministre de la Parole doit, de son côté, aider le magistrat pour qu’il y ait moins de malfaiteurs. Ainsi leurs administrations doivent être conjointes, l’une soulageant l’autre et ne lui faisant pas obstacle.

Source : Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, Livre IV, Chapitre XI, Section III, Charols (Rhône-Alpes), Éditions Excelsis, 2009 (1560), p. 1142.

Continuons de citer l’Institution de la religion chrétienne

Il nous faut brièvement déclarer quel est l’office des Magistrats, selon qu’il est écrit par la Parole de Dieu, et en quelle chose il git. Or si l’Écriture n’enseignait qu’il appartient et s’étend à toutes les deux tables de la Loi, nous le pourrions apprendre des écrivains profanes ; car n’y a nul d’entre eux ayant à traiter de l’office des Magistrats, de faire des lois, et ordonner la police, qui n’ait commencé par la religion et par le service de Dieu. Et par cela tous ont confessé qu’il ne se peut établir heureusement aucun régime en ce monde, qu’on ne pourvoie devant tout à ce point : que Dieu soit honoré ; et que les lois qui laissent derrière l’honneur de Dieu pour seulement procurer le bien des hommes, mettent la charrue devant les bœufs.

[…]

Nous avons montré que cette charge leur est spécialement commise de Dieu. Comme c’est bien raison, puisqu’ils sont ses vicaires et officiers, et qu’ils dominent par sa grâce, qu’aussi ils s’emploient à maintenir son honneur. Et les bons rois que Dieu a choisis entre les autres, sont notamment loués de cette vertu en l’Écriture, d’avoir remis au dessus le service de Dieu, quand il était corrompu ou dissipé ; ou bien d’avoir eu le soin que la vraie religion fleurit et demeurât en son entier. Au contraire l’histoire sainte, entre les inconvénients qu’apporte le défaut d’un bon gouvernement, dit que les superstitions avoient la vogue parce qu’il n’y avait point de roi en Israël ; et que chacun faisait ce qu’il lui semblait [Juges 21:25]. D’où il est aisé de rédarguer [blâmer] la folie de ceux qui voudraient que les Magistrats, mettant Dieu et la religion sous le pied, ne se mêlassent que de faire droit aux hommes. Comme si Dieu avait ordonné des supérieurs en son nom pour décider les différends et procès des biens terriens, et qu’il eut mis en oubli le principal, à savoir qu’il soit dument servi selon la règle de sa Loi.

[…]

Les Rois ne doivent […] mettre leur cœur à l’avarice, ne s’élever orgueilleusement par-dessus leurs prochains ; mais doivent être tout le temps de leur vie assidument à méditer la Loi de Dieu.

Item, que les Juges ne doivent décliner en une partie ni en l’autre, et n’accepter présents aucuns ; et autres sentences semblables, qu’on lit communément en l’Écriture. […] Nous voyons donc que les Magistrats sont constitués protecteurs et conservateurs de la tranquillité, honnêteté, innocence et modestie publique.

Source : Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, 1564, Tome II, Livre IV, Chapitre IX, réédité à Paris, par Meyrueis, 1859. Orthographe française légèrement modernisé par l’auteur du présent article. La numérotation semble avoir changée entre l’édition de 1564/1859 et celle de 1560/2009, le passage pré-cité correspond au Livre IV, Chapitre XX, Section IX de la réédition de 2009.

Continuons de citer Calvin :

Les magistrats peuvent aussi apprendre […] quelle est leur vocation. Car ce n’est point pour eux qu’ils dominent, mais pour le bien et le profit du public ; et ils n’ont point reçu une puissance démesurée, mais laquelle est astreinte au profil des sujets. Bref, en leur principauté, ils sont obligés à Dieu et aux hommes. Car, parce qu’ils sont commis de Dieu, et c’est sa besogne qu’ils ont entre les mains, il faudra qu’ils lui en rendent compte. Davantage, cette administration que Dieu leur a commise regarde et concerne les sujets ; et par conséquent, à ceux-ci aussi ils sont redevables.

[…]

Il [l’apôtre Paul en 1 Timothée 2:2] récite les fruits qui nous proviennent d’une principauté ou domination bien réglée. Le premier est la vie tranquille et paisible. Car les magistrats sont armés du glaive afin de nous tenir en paix. […] Le second fruit, c’est la conservation de la piété ; à savoir quand les magistrats s’emploient à entretenir la religion, à maintenir le service de Dieu, et à donner ordre que les saintes cérémonies soient dûment administrées et avec révérence.

Source : Jean Calvin, Commentaire sur le Nouveau Testament, 1561, cité par André Biéler, La pensée économique et sociale de Calvin, Genève, Georg Éditeur, 2008, p. 284 et 292.

Cette application de la loi divine à la sphère politique par les réformés genevois a porté ses fruits…

Calvin, sans occuper d’autre fonction que celle de président de la compagnie des pasteurs, va réaliser à Genève sa Réforme. Son autorité lui vient d’abord de sa connaissance de la Bible et de son éloquence. En vingt-cinq ans il prononce quatre mille sermons ! Lorsque ses adversaires politiques, les libertins, sont bannis en 1555, il peut également s’appuyer sur les autorités séculières. […]

Calvin, qui souhaite distinguer les rôles respectifs de l’Église et de l’État, n’occupe aucune fonction politique. En s’appuyant sur les lois garanties par le pouvoir temporel et sur le Consistoire, une instance disciplinaire, Calvin va modifier les mœurs des Genevois. Le système de surveillance semble avoir été efficace puisque le taux de naissances illégitimes à Genève est alors le plus bas d’Europe à 0.12 %.

Source : Calvin et Genève, magazine Liens protestants, No. 187, été 2009.

Qu’en est-il de la loi mosaïque ?

« In researching historical documents, the student can easily be fooled if he fails to take into account historical context. John Calvin can serve as a case in point. At first glance, Calvin’s hostility to the modern use of the Mosaic judicials could hardly be more marked:

For there are some who deny that a commonwealth is duly framed which neglects the political system of Moses, and is ruled by the common law [ius commune] of nations. Let other men consider how perilous and seditious this notion is ; it will be enough for me to have proved it false and foolish.

What could be clearer ? Yet in fact what Calvin calls the “common law of nations” included much that was derived from Moses, via Justinian and other sources [le Code théodosien via le Bréviaire d’Alaric]. […] Although the quotation cited above seems completely clear in indicating a radical hostility toward the Mosaic judicials on Calvin’s part, there are several reasons against taking it as such. Firstly, Calvin uses the Mosaic judicials in arguing for the death penalty for adultery. Commenting on Deuteronomy 22:22, he writes :

Nay, by the universal law of the Gentiles, the punishment of death is always awarded to adultery; wherefore it is all the baser and more shameful in Christians not to imitate at least the heathen. Adultery is punished no less severely by the Julian law than by that of God; whilst those who boast themselves of the Christian name are so tender and remiss, that they visit this execrable offence with a very light reproof.

Note that the punishment is said to be that of the law “of God,” not more restrictedly the law of Moses. It is clear that Calvin is commending the Mosaic penalty here, yet an element of confusion still remains in the text. Whatever this “universal law of the Gentiles” may have been, it operates no longer in the twentieth century. Secondly, Calvin writes in his defense of the execution of Servetus :

Whoever shall now contend that it is unjust to put heretics and blasphemers to death will knowingly and willingly incur their very guilt. This is not laid down on human authority ; it is God who speaks and prescribes a perpetual rule for his Church. It is not in vain that he banishes all those human affectations which soften our hearts […].

Note that the punishment is said to be that of the law “of God,” not more restrictedly the law of Moses. […] Philip Schaff ’s comment is important :

Calvin’s plea for the right and duty of the Christian magistrate to punish heresy by death, stands or falls with his theocratic theory and the binding authority of the Mosaic code. His arguments are chiefly drawn from the Jewish laws against idolatry and blasphemy, and from the examples of the pious kings of Israel.

Thus, Schaff considers that Calvin held a high respect for the Mosaic judicials. »

Source : James Jordan, « Calvinism and “The Judicial Law of Moses” : An Historical Survey », Journal of Christian Reconstruction, vol. 5, no. 2 : Symposium on Puritanism and Law, hiver 1978-79, p. 25-64.

Voyez aussi : Crime and Punishment in Calvin’s Geneva between February 1562 and February 1563 [Theonomy Resources].

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Le Monarchomaque présente l’étude La transmission médiévale des savoirs entre Orient et Occident, rédigée par Scolaris Legisperitus. Cette étude adresse la question épineuse et passionnante de la filiation intellectuelle entre la Grèce antique, l’Orient araméo-hellénique, le Monde musulman et l’Occident médiéval. Il réfute la thèse d’une dette occidentale envers l’Islam, met en relief le rôle capital joué par les traducteurs araméens, et dégage la singularité de la civilisation occidentale.

«  Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants. Si nous voyons plus de choses et plus lointaines qu’eux, ce n’est pas à cause de la perspicacité de notre vue, ni de notre grandeur, c’est parce que nous sommes élevés par eux. »

« Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants, de sorte que nous voyons davantage de choses qu’eux et plus loin qu’eux, non pas à cause de l’acuité de notre propre vue ou de la hauteur de notre propre corps, mais parce que nous sommes élevés par eux. » — Bernard de Chartres, XIIe siècle

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Via Philochristos (reproduit avec permission).

legionari-romani

Le premier élément à prendre en considération lorsqu’on s’intéresse à la « fin des temps », est justement… le temps. Les Saintes Écritures donnent en effet des repères très précis concernant les bornes temporelles. Dans le monde évangélique, certains n’ont aucune difficulté à lire la Bible de manière très littérale, considérant même que le monde a été créé en 6 jours de 24 heures, il y a environ 6000 ans. Pourtant, dès qu’il s’agit des prophéties sur la « fin du temps », cette notion de temps devient [soudainement et curieusement] beaucoup plus souple.

Un évènement imminent

Tout au long de son ministère, Jésus ne cesse d’annoncer que le règne de Dieu (souvent traduit par « royaume » dans nos Bibles) est proche :

« Il disait: Le temps est accompli, et le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. » Marc 1:15

De plus, Jésus fixe lui-même des bornes chronologiques assez précises. Après avoir parlé des évènements de la fin des temps, il déclare :

« De même, quand vous verrez toutes ces choses, sachez que le Fils de l’homme est proche, à la porte. Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera point, que tout cela n’arrive. » Matthieu 24:33-34

Une génération dans la Bible représente une durée de 40 ans. Jésus s’exprimant dans les années 30, toutes les prophéties concernant la fin des temps ont donc du se réaliser avant les années 70.

Certains veulent donner à « cette génération » un sens plus large. Cependant, un autre verset exclut formellement cette interprétation et montre que le retour du Fils de l’homme dont parle Jésus concerne bien les personnes de son époque :

« Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous le dis en vérité, vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme sera venu. » Matthieu 10:23

Pour ce verset, il n’y a guère de doute possible. Jésus s’adresse bien à ses douze disciples (1) qu’il envoie en mission en leur promettant que le « Fils de l’homme » sera revenu avant qu’ils n’aient eu le temps de faire le tour des villes d’Israël. il y’a donc trois possibilités :

a) Les disciples ont fini de faire le tour des villes d’Israël depuis plus de 1900 ans, le Fils de l’homme n’est pas revenu, les théologiens futuristes ont raison et Jésus s’est trompé.

b) Pierre, Jean et les autres sont toujours en train de faire le tour des villes d’Israël.

c) Le Fils de l’homme est bien revenu avant que les disciples n’aient eu le temps temps de faire le tour des villes d’Israël, les théologiens futuristes sont dans l’erreur et Jésus avait raison.

La fin est proche

En plus des déclarations de Jésus, l’affirmation de la proximité de la fin des temps est constamment répétée par les apôtres et les auteurs du Nouveau Testament.

Paul :

« Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » Philippiens 4:5

Jacques :

« Vous aussi, soyez patients, affermissez vos cœurs, car l’avènement du Seigneur est proche. » Jacques 5:8

Pierre :

« La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres, pour vaquer à la prière. » 1 Pierre 4:7

L’auteur de l’Épître aux Hébreux :

« Après avoir, à maintes reprises et sous maintes formes, parlé jadis aux Pères par les prophètes, Dieu, en ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par un Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par qui aussi il a fait les éons. » Hébreux 1:1-2

 Quant à Jean, il parle même de la dernière heure :

« Petits enfants, c’est la dernière heure, et comme vous avez appris qu’un antichrist vient, il y a maintenant plusieurs antichrists : par là nous connaissons que c’est la dernière heure. » 1 Jean 2:18

 Or on aura beau dire ce qu’on veut, mais un évènement qui s’accomplirait 2000 ans après (ou plus) n’est pas proche.

Les temps de Dieu et le langage humain

Le verset habituel pour répondre à cette remarque est 2 Pierre 3:8 (citant les Psaumes) :

« Mais il est une chose, bien-aimés, que vous ne devez pas ignorer, c’est que, devant le Seigneur, un jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un jour. »

Avec un tel raisonnement, nous ne serions donc que « deux jours après », ce qui est encore proche. Oui, mais c’est oublier que, lorsque Dieu se révèle, il s’adapte à son interlocuteur et utilise un langage humain.

Par ailleurs, une autre remarque de l’apôtre Paul permet d’appuyer cette idée.

Le mariage et la fin des temps

Dans sa Première Épître aux Corinthiens, au chapitre 7, Paul conseille plusieurs fois de ne pas se marier :

 « Pour ce qui concerne les choses dont vous m’avez écrit, je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme […]. À ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu’il leur est bon de rester comme moi [= célibataire]. »

Pourquoi de tels conseils ? Paul considère-t-il que le mariage est mauvais ? Non mais lui-même nous en donne l’explication :

 « Voici donc ce que j’estime bon, à cause des temps difficiles qui s’approchent: il est bon à un homme d’être ainsi. Es-tu lié à une femme, ne cherche pas à rompre ce lien; n’es-tu pas lié à une femme, ne cherche pas une femme.  Si tu t’es marié, tu n’as point péché; et si la vierge s’est mariée, elle n’a point péché; mais ces personnes auront des tribulations dans la chair, et je voudrais vous les épargner. Voici ce que je dis, frères, c’est que le temps est court; que désormais ceux qui ont des femmes soient comme n’en ayant pas,  ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas,  et ceux qui usent du monde comme n’en usant pas, car la figure de ce monde passe. »

Paul justifie ses conseils par l’approche de la fin des temps (« le temps est court »). Si réellement cette « fin des temps » se référait à la « fin du monde », comme on le pense couramment, pourquoi alors l’apôtre conseillerait-il à des gens qui vivaient il y a 2000 ans de ne pas se marier ? Cela n’a aucun sens. Pour que le conseil de l’apôtre Paul soit pertinent, il faut que l’évènement auquel il pense s’accomplisse effectivement durant la génération à laquelle il s’adresse.

[1 Corinthiens 7 peut seulement être une dérogation particulière à une règle générale : Dieu a conçu l’homme et la femme pour qu’ils se marient. Paul réfère sans doute à l’Année des Quatre empereurs (de juin 68 à décembre 69) qui vit l’Empire romain se scinder en quatre et être secoué par une Guerre civile. Ces troubles ont vraisemblablement engendrés des difficultés économiques et des instabilités dans l’approvisionnement en denrées alimentaires, et qu’il valait donc mieux attendre un peu pour se marier et fonder une famille.]

Conclusion

Tous ces passages, montrent sans aucun doute que la « fin des temps » était considérée comme imminente par les auteurs du Nouveau Testament. Il y a donc maintenant deux possibilités :

a) Soit la « fin des temps » correspond à la fin du monde, comme beaucoup de nos contemporains le pensent, et dans ce cas là les auteurs du Nouveau Testament se sont trompés.

b) Soit la « fin des temps » ne correspond pas à la fin du monde, et cette fin des temps s’est bien accomplie comme ils l’avaient prédite.

C’est cette deuxième hypothèse que je développerai dans les prochains  articles, en montrant que la fin des temps correspond en réalité à la fin de l’Ancienne Alliance.

Note

(1) Voici le passage complet qui montre sans ambiguïté que Jésus s’adresse bien à ses douze disciples et non à une génération future ou à n’importe quel missionnaire :

« Puis, ayant appelé ses douze disciples, il leur donna le pouvoir de chasser les esprits impurs, et de guérir toute maladie et toute infirmité. Voici les noms des douze apôtres. Le premier, Simon appelé Pierre, et André, son frère; Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère; Philippe, et Barthélemy; Thomas, et Matthieu, le publicain; Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée; Simon le Cananite, et Judas l’Iscariot, celui qui livra Jésus. Tels sont les douze que Jésus envoya, après leur avoir donné les instructions suivantes: N’allez pas vers les païens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.  Allez, prêchez, et dites: Le royaume des cieux est proche  Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie, dans vos ceintures;  ni sac pour le voyage, ni deux tuniques, ni souliers, ni bâton; car l’ouvrier mérite sa nourriture. Dans quelque ville ou village que vous entriez, informez-vous s’il s’y trouve quelque homme digne de vous recevoir; et demeurez chez lui jusqu’à ce que vous partiez. En entrant dans la maison, saluez-la; et, si la maison en est digne, que votre paix vienne sur elle; mais si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne à vous. Lorsqu’on ne vous recevra pas et qu’on n’écoutera pas vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville et secouez la poussière de vos pieds.  Je vous le dis en vérité: au jour du jugement, le pays de Sodome et de Gomorrhe sera traité moins rigoureusement que cette ville-là.Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. Mettez-vous en garde contre les hommes; car ils vous livreront aux tribunaux, et ils vous battront de verges dans leurs synagogues; vous serez menés, à cause de moi, devant des gouverneurs et devant des rois, pour servir de témoignage à eux et aux païens. Mais, quand on vous livrera, ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz: ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même; car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous.  Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant; les enfants se soulèveront contre leurs parents, et les feront mourir. Vous serez haïs de tous, à cause de mon nom; mais celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé.  Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre. Je vous le dis en vérité, vous n’aurez pas achevé de parcourir les villes d’Israël que le Fils de l’homme sera venu. » Matthieu 10:1-23

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