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Archive for avril 2013

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Drapeau historique de la Hongrie

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Carte de la Hongrie en Europe centrale

Carte de la Hongrie en Europe centrale

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Voici quelques extraits de la nouvelle constitution hongroise (adoptée l’Assemblée nationale de Budapest le 25 avril 2011, entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2012). Le texte en gras en les hyperliens sont des ajouts du Monarchomaque. Des commentaires d’actualité suivant après les extraits.

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LOI FONDAMENTALE DE LA HONGRIE

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Bénis les Hongrois, ô Seigneur !
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PROFESSION DE FOI NATIONALE

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NOUS, MEMBRES DE LA NATION HONGROISE, à l’aube de ce nouveau millénaire, déclarons avec responsabilité pour tous les Hongrois ce qui suit :
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Nous sommes fiers que notre roi Saint Étienne ait placé l’État hongrois sur des fondations solides en faisant entrer notre patrie dans l’Europe chrétienne. Nous sommes fiers de nos ancêtres qui se sont battus pour la survie, la liberté et la souveraineté de notre nation. Nous sommes fiers des remarquables créations intellectuelles des Hongrois. Nous sommes fiers que notre peuple se soit battu pendant des siècles pour défendre l’Europe, contribuant aux valeurs communes de celle-ci par son talent et son assiduité.
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Nous reconnaissons la vertu unificatrice de la chrétienté pour notre nation. Nous respectons les différentes traditions religieuses de notre pays. Nous promettons de préserver l’unité intellectuelle et morale de notre nation brisée par les tourments du siècle dernier. Les minorités ethniques vivant avec nous font parties de la communauté politique hongroise et sont des éléments constitutifs de la nation.
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Nous nous engageons à préserver et à entretenir la culture hongroise, notre langue unique, la langue et la culture des minorités ethniques vivant en Hongrie et les valeurs du bassin des Carpates créées par l’homme ou qui lui ont été confiées par la nature [sic]. Nous assumons la responsabilité pour nos descendants, ce pourquoi nous défendrons les conditions de vie des générations futures, nos successeurs, par une utilisation optimale de nos ressources matérielles, intellectuelles et naturelles.
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Nous croyons que notre culture nationale est une contribution riche la diversité de l’unité européenne. Nous respectons la liberté et la culture des autres peuples et nous recherchons la coopération avec toutes les nations du monde.
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[…]
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Nous affirmons que les cadres essentiels de notre vie en communautés sont la famille et la nation et que les valeurs fondamentales de notre unité sont la fidélité, la foi et l’amour.
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[…]
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Nous respectons les acquis de notre Constitution historique et la Sainte Couronne qui incarnent la continuité constitutionnelle de l’État hongrois et l’unité nationale. Nous ne reconnaissons pas la suspension de notre Constitution historique qui nous a été imposée sous des occupations étrangères. Nous rejetons toute prescription sur les crimes contre l’humanité commis envers la nation hongroise et ses citoyens sous les dictatures du national-socialisme et du communisme. Nous ne reconnaissons pas la Constitution communiste de 1949 car elle a instauré un régime tyrannique ; nous la déclarons ainsi nulle et non avenue. Nous approuvons les députés de la première Assemblée nationale libre de la Hongrie dont le premier décret a été d’affirmer que notre liberté émane de notre révolution de 1956.
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[…]
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Nous affirmons qu’après les décennies du vingtième siècle, qui ont conduit à un bouleversement de la morale, nous avons un besoin impérieux d’un renouveau moral et intellectuel. Nous mettons notre foi dans un avenir façonné ensemble, dans la vocation des jeunes générations. Nous croyons que nos enfants et nos petits enfants auront le talent, la ténacité et la force morale pour restituer la grandeur de la Hongrie. La Loi fondamentale constitue la base de notre système juridique, un contrat entre les Hongrois du passé, du présent et du futur, un cadre vivant qui exprime la volonté de la nation, la forme sous laquelle nous souhaitons vivre. Nous, citoyens de la Hongrie, sommes prêts à fonder l’ordre de notre pays sur la coopération nationale.
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[…]
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FONDEMENTS

Article L)

(1) La Hongrie défend l’institution du mariage en tant qu’union de vie fondée sur un engagement volontaire entre un homme et une femme, ainsi que la famille comme base de la survie de la nation.

(2) La Hongrie soutient la natalité.

(3) La défense des familles est réglée par loi organique.

Article M)

(1) L’économie de la Hongrie repose sur le travail créateur de valeurs et sur la liberté d’entreprendre.

(2) La Hongrie garantit les conditions nécessaires la liberté et la concurrence économique, prend des mesures contre l’exploitation abusive des positions dominantes et défend les droits des consommateurs. [La traduction anglaise officielle, que l’on soupçonne d’être plus proche fidèle au texte magyar, a pour libellé « Hungary shall ensure the conditions for fair economic competition ».]

[…]
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LIBERTÉ ET RESPONSABILITÉ

Article II

La dignité humaine est inviolable. Toute personne a droit à la vie et la dignité humaine ; la vie du fœtus doit être protégée dès sa conception.

[…]

Article V

Toute personne a droit, selon les dispositions prévues par la loi, de répondre à une attaque illicite contre sa personne ou contre sa propriété ou les menaçant directement.

[…]

Article VII

(2) L’État fonctionne de manière séparée des Églises. Les Églises sont indépendantes. [Le texte anglais contient une clause supplémentaire : « The State and Churches shall be separate. Churches shall be autonomous. The State shall cooperate with the Churches for community goals. »]

Article XVI

 […]

 (2) Les parents ont le droit de choisir l’éducation qu’ils souhaitent donner à leur enfant.

(4) Les enfants majeurs sont tenus d’assurer l’entretien de leurs parents qui sont dans le besoin.

Nous, les députés de l’Assemblée nationale élus le 25 avril 2010, conscients de notre responsabilité devant Dieu et les hommes, en exerçant notre pouvoir constitutionnel, établissons ci-dessus la première Loi fondamentale de la Hongrie [sic : la continuité historique est affirmée dans le préambule !].

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De plus, selon Human Life International, cette nouvelle constitution inclut des provisions pour que les parents d’enfants mineurs puissent voter en leur nom :

This constitution also encourages generosity with life. First, there is a refreshing provision that would allow parents to vote on behalf of their underage children. The right of one minor per parent to « vote » shall be exercised by his or her mother or other legal representative. In this way, those who are having children have a greater say in Hungary’s elections than those who are not. Second, the constitution establishes that parents’ tax contributions shall be determined in part by their expenses in raising children, giving parents with young children a very sorely needed tax break.

Ainsi, les familles nombreuses pourront avoir un plus grand poids électoral. Soyons clair, cette constitution imprégnée d’éthique chrétienne ne signifie pas que la masse des Hongrois est soudainement devenue chrétienne après un demi-siècle de dictature socialiste. Aujourd’hui, 20 % de la population hongroise est réformée, 5 % est luthérienne, et la balance est catholique, agnostique et néo-païenne. L’affiliation religieuse officielle y est même statistiquement à la baisse (comme dans les pays occidentaux), mais cela ne signifie pas pour autant que la pratique religieuse et l’allégeance effective est à la baisse (simplement que les « croyants non-pratiquants » sont en train de disparaître). Le chef d’État, Viktor Orbán, est d’obédience réformée. Son parti de droite classique, le Fidesz (Union civique hongroise), contrôle actuellement deux tiers des sièges de l’Assemblée nationale à Budapest et reste très populaire. L’opposition officielle est formée par le parti Jobbik (Mouvement pour une meilleure Hongrie), ultra-nationaliste (possédant une aile para-militaire, la Magyar Garda) qui est passablement sympathique au christianisme. La gauche nostalgique du rideau de fer peu bien s’affoler !

Constatons que c’est le vide idéologique provoqué par l’écroulement de l’empire soviétique athée qui a forcé les habitants d’Europe centrale & orientale à regarder dans leur passé pour y retrouver des repères identitaires leur permettant d’affronter le futur. C’est cette conjoncture qui a porté la députation hongroise à adopter une telle constitution. Maintenant, qu’en est-il sur le terrain ? Ce documentaire d’Arte reprend les récriminations de la gauche européiste envers ce petit pays, et ne traite pratiquement pas de la question spirituelle. Au plan de la lutte pour le respect de la vie, sans appliquer immédiatement la disposition constitutionnelle illégalisant l’avortement, le gouvernement Orbán a mis en place une campagne d’encouragement à l’adoption auprès des mères envisageant commettre l’infanticide sur leurs enfants à naître. Et en 2011 seulement, le nombre d’écoles chrétiennes a augmenté de 25 % en Hongrie, avec 70 écoles publiques transférées aux églises protestantes et catholiques. La Hongrie théonomique progresse donc lentement mais sûrement.

Temple réformé à Debrecen, seconde plus grande ville de Hongrie et surnommée Roma Calvinista

Temple réformé à Debrecen, seconde plus grande ville de Hongrie, surnommée Roma Calvinista pour son rôle crucial dans la Réformation en Europe centrale

Une inscription sur un temple en quelque part en Hongrie indiquant sa date d'érection

Un temple réformé quelque part en Hongrie avec une inscription indiquant ses dates d’édification

Armoiries de Debrecen en mosaïque

Armoiries de la cité de Debrecen en mosaïque

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Le prince de Transylvanie Gabriel Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d'un pasteur sur une monnaie hongroise

Le prince de Transylvanie Gábor Bethlen (1580-1629) recevant le conseil d’un pasteur réformé sur une récente monnaie hongroise

L’historiographie de la Réformation protestante aux XVIe et XVIIe siècle a largement négligé l’Europe centrale et orientale. Cet article vise à remédier en petite partie à cette lacune. Depuis le milieu Moyen Âge, la Hongrie formait un puissant royaume au nord des Balkans. La Hongrie avait intégré la sphère géopolitique de la Chrétienté occidentale lorsque Étienne Ier de Hongrie se convertit au christianisme en l’an 1001. En 1526, les Hongrois furent battus par les Turcs musulmans à la bataille de Mohács. Cela entraîne en 1538 l’éclatement de l’ancienne Hongrie médiévale : les Habsbourg d’Autriche s’emparent du territoire comprenant l’ouest des actuelles Hongrie et Slovaquie, zone appelée la « Hongrie Royale ». La majorité de la noblesse hongroise constitue un État comprenant l’est des actuelles Hongrie et Slovaquie ainsi que la vaste région de Transylvanie aujourd’hui en Roumanie. Ce second États hongrois s’appelle dès lors la Principauté de Transylvanie, bien que les Hongrois eux-même l’appellent le « Royaume de Hongrie orientale ». Puis, en 1541, les Ottomans s’emparent du centre de la Hongrie actuelle qu’ils organisent en province, la « Haute-Hongrie », scindant ainsi la Hongrie en trois entités politiques distinctes pour deux siècles et demi.

Voici quelques cartes pour vous situer géographiquement (cliquez pour élargir) :

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd'hui

La Hongrie (en rouge) et la Slovaquie (en jaune) aujourd’hui

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1550

La Hongrie en 1683

La Hongrie en 1683

La Transylvanie en Roumanie aujourd'hui

La Transylvanie en Roumanie aujourd’hui

Comme en France, le protestantisme se propage rapidement en Hongrie dans la décennie 1550. En 1557, un premier synode national a lieu à Csenger, ville située à la pointe est de l’actuelle Hongrie. En 1567, un second synode national réunit à Debrecen (en zone transylvaine) adopte la Confession helvétique postérieure rédigée par Bullinger, le successeur de Zwingli à Zurich. Debrecen devient dès lors le centre académique protestant le plus important en dehors de l’Europe occidentale, au point que cette cité porte le surnom de Roma Calvinista jusqu’à ce jour. En 1568, la Diète (assemblée) de Transylvanie réunie à Turda (en actuelle Roumanie) reconnaît quatre confessions religieuses (calvinisme, luthéranisme, catholicisme et unitarisme) et tolère l’« orthodoxie ». La plupart des Hongrois de Transylvanie étaient d’obédience calviniste, la minorité bourgeoise allemande était luthérienne, tandis que la paysannerie roumaine de cette principauté demeura « orthodoxe ».

De 1605 à 1699, la Principauté de Transylvanie forme un État quasi-indépendant possédant ses propres institutions, ses propres lois et sa propre armée. Officiellement vassale de l’Empire ottoman mais également convoitée par le Saint-Empire romain des Habsbourg, ses princes réformés réussissent à maintenir une politique d’équilibre et d’autonomie vis-à-vis ces deux pouvoirs hégémoniques. Sous le règne de ces princes, la culture hongroise épanouit et les fondements littéraires du magyar (la langue hongroise) sont établis grâce à des traductions de la Bible. Les écoles et les collèges se multiplient. En 1653, l’érudition réformée produit la Magyar Encyclopaedia, première œuvre de cette envergure en cette langue.

Sources :

Plaque commémorative en l'honneur du prince réformé Étienne II Bocskai à Košice en Slovaquie

Plaque commémorative en l’honneur du prince réformé Étienne II Bocskai à Košice en Slovaquie

Monument de Gábor Bethlen sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Monument du prince réformé Gábor Bethlen sur la Place des Héros à Budapest en Hongrie

Comme la quantité de ressources françaises sur la Réformation en Hongrie et en Transylvanie est très limitée, j’ai dressé une une listes des princes calvinistes de Transylvanie du XVIIe siècle récapitulant leurs principales réalisations…

  • Étienne II Bocskai (1604-1606) : Il mène une insurrection anti-Habsbourg en 1604-1606 pour la défense des protestants ; il obtient — avec la Paix de Vienne conclue avec les Habsbourg en 1606 — l’indépendance de la Transylvanie et la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Gábora (ou Gabriel) Bethlen (1613-1629) : Il construit un nouveau palais à Alba Iulia, la capitale transylvaine ; il fonde une académie réformée ; il oblige les propriétaires terriens à scolariser les enfants de leurs serfs ; il guerroie contre les Habsbourg en Slovaquie de 1619 à 1626 pour soutenir les protestants tchèques et allemands dans le cadre de la Guerre de Trente ans ; il obtient le respect de la liberté de culte des réformés en Hongrie Royale.
  • Georges Ier Rákóczi (1630-1648) : Il défait les Ottomans de Haute-Hongrie en 1636 ; assiège Brno (la capitale de la Moldavie) avec les Suédois en 1644 ; il obtient la liberté de culte pour les réformés de Hongrie Royale ainsi que le contrôle des sept comtés (le Partium) au Traité de Linz en 1645 ; bâtit le Palais Rákóczi à Prešov dans l’est de l’actuelle Slovaquie.
  • Georges II Rákóczi (1648-1659) : Il s’allie à la Suède et le Brandebourg (des puissances protestantes) à la fin de la Guerre de Trente ans en 1648. Aux négociations de Westphalie terminant cette grande guerre européenne en 1648, la Principauté de Transylvanie siège comme État indépendant.
  • Jean III Kemény (1560-1562) : Il entreprend une expédition dans le Grand-Duché de Pologne-Lithuanie où il est fait prisonnier par les Tatars de Crimée (des musulmans à la solde  des Turcs) de 1656 à 1659.
  • Michel Ier Abaffi : (1661-1690) : Il combat les Habsbourg dans la campagne de 1683 ; il accepte la suzeraineté des Habsbourg en 1687 en contrepartie d’un traité en vertu duquel la Transylvanie conserve ses droits politiques et religieux.
  • Imre Thököly (1690) : Il est prince de Haute-Hongrie dès 1681 ; il guerroie contre les Habsbourg en 1683 mais est emprisonné à Andrinople par le sultan en 1686 ; il écrase une armée Habsbourg à la bataille de Zărnești (au nord-ouest de l’actuelle Roumanie) en 1690 mais doit se réfugier en Thrace à cause des autres avancées de la « Sainte-Ligue » catholique.
Les trois poches réformées en Hongrie et Transylvanie et début du XXe siècle

Trois enclaves réformées en Autriche-Hongrie au début du XXe siècle (en vert)

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Dugua De Mons

Dugua De Mons, fondateur de l’Acadie, huguenot

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Cette conférence sur les huguenots en Nouvelle-France fut prononcée par le rédacteur du Monarchomaque dans le cadre d’une journée thématique organisée par la Société d’histoire du protestantisme franco-québécois à l’Église réformée baptiste de la Capitale le samedi 6 avril 2013. Cette journée avait pour but de conscientiser et d’instruire les évangéliques et les réformés du Québec sur leur patrimoine et leur héritage. Notez deux petites erreurs : à 27:23, la date correcte est 1725, et à 41:55, la date correcte est 1715 et non 1717. La période de question suivant 43:00 a été coupée, et la discussion allant de 43:00 à 53:17 est off the microphone.

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Mme La Tour défendant le Fort St-Jean contre un assaut papiste en 1645

Marie-Françoise La Tour défendant le Fort La Tour (Saint John, N.-B.) contre un assaut des hommes de Charles de Menou d’Aulnay en 1645, pendant la Guerre civile acadienne. Il y avait plusieurs huguenots parmi les hommes de Charles de St-Étienne de La Tour, quoique celui-ci était catholique.

Charles de Menou d’Aulnay

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Voyez également :

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Voici des extraits d’une Analyse de l’ouvrage “Le Parti anti-révolutionnaire et confessionnel dans l’Église réformée des Pays-Bas” publié par Groen van Prinsterer en 1860, pour répondre à des critiques formulées à l’encontre de sa formation politique néerlandaise par des protestants libéraux suisses et français (la base politique de Prinsterer était en partie composée par la communauté calviniste orthodoxe wallonne de La Haye). Prinsterer y expose la théorie de relation entre l’Église et l’État qui découle des commandements bibliques, contrairement aux errements modernistes de ses opposants.

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Pour Groen, ce qui s’impose à l’Église de Jésus-Christ, dans sa relation avec l’État, ce n’est pas la séparation, mais bien plutôt l’indépendance, la distinction nette entre le glaive spirituel et le glaive temporel […] : « Par la force des circonstances, l’union [lire la coopération] de l’Église et de l’État a été, et peut devenir encore, nécessaire ou avantageuse. Le premier des axiomes, en droit ecclésiastique, n’est pas la séparation, mais l’indépendance. » Et Groen de citer M. de Gasparin : « L’indépendance est un dogme écrit à chaque page de la Bible ; la séparation n’y est écrite nulle part. »

La nature et la portée de la défense du Parti confessionnel des droits de l’Église dans les États-Généraux de La Haye

Suit ensuite un résumé des principes de Groen concernant l’indépendance et l’influence des églises en relation avec l’État, selon un double point de vue :

  1. L’Église comme corporation indépendante et autonome : « L’Église est une corporation indépendante, […] ayant un droit égal à la protection commune, mais autonome et refusant toute intervention [extérieure] dans le cercle de ses intérêt particulier. »
  2. L’Église comme institution publique, en lien étroit avec la nation : « Mais en outre les églises sont indissolublement liées à la chose politique ; elles ont sur l’État une action naturelle, que l’État ne saurait repousser sans se mettre en désaccord avec la nation. »

[…]

Et Groen d’en appeler à la conscience nationale : « Laissant de côté la question combattue de l’État chrétien, j’ai dit : en tout cas, souvenez-vous que vous êtes le gouvernement d’un peuple chrétien. Vous ne pouvez imposer au peuple, ni des institutions athées, ni une religion civile [néo-païenne] et mixte [syncrétiste]. »

[…]

L’attitude du Parti confessionnel envers la dissidence, les facultés de théologie, et l’enseignement primaire

Pour ce qui est de la liberté de culte des dissidents réformés, le Parti s’est attaché à combattre le despotisme soupçonneux des articles introduits par Bonaparte dans le Code Pénal, qui faisaient dépendre les affaires de l’Église de l’arbitraire de l’État. Le gouvernement ayant la responsabilité d’imposer un culte unique, et de faire maintenir, y compris par la force, l’unité administrative de l’Église, cela valu aux « séparatistes » [ou plus exactement aux « indépendantistes »] d’être persécutés, traduit devant des tribunaux civils, mis à l’amende et en prison. Le Parti confessionnel exerça ici une influence bénéfique, puisqu’en 1852, la position des dissidents fut définitivement reconnue et légalisée.

Pour ce qui est de l’enseignement théologique dans les universités, le Parti confessionnel a défendu, contre la pratique courante, le droit de l’Église – et non de l’État –  de s’occuper elle-même du recrutement des professeurs, selon des critères qui lui sont propres, et non pas seulement selon leurs capacités scientifiques : « Par une singulière anomalie, même après la séparation de l’Église et de l’État, le choix des professeurs se faisait par le gouvernement, et, par une confusion d’idées bien plus grave encore, uniquement d’après leurs capacités scientifiques, sans s’inquiéter en aucune manière de leur foi. »

Pour ce qui est de l’enseignement primaire, le Parti confessionnel s’est attaché, contre l’idéologie ambiante prônée par l’école publique – ou « école mixte » – imprégnée de rationalisme [lire de matérialisme pseudo-rationnel] et prônant une religion mixte réduite à une simple morale laïque, à faire valoir le point de vue confessionnel : « Nous mettions en évidence le droit et le devoir de l’Église et des membres de l’Église, de donner aux enfants non seulement une instruction catéchétique, mais surtout une éducation conforme à ses dogmes et à ses préceptes. »

L’opposition parlementaire du Parti confessionnel de 1849 à 1857

« Je [Groen van Prinsterer] croyais à la possibilité d’arrêter les progrès du mal, et surtout de délivrer l’Église réformée de la suprématie gouvernementale et de garantir l’école primaire contre les tendances de l’indifférentisme religieux. »

[…]

Groen entend, du même coup, s’opposer à une centralisation administrative excessive, et au despotisme de la bureaucratie : « la centralisation politique [lire la coalisation les provinces des Pays-Bas] est le gage indispensable de l’unité et de la force des États ; mais je me suis opposé au despotisme de la bureaucratie, à la centralisation administrative [lire la supression des pouvoirs régionaux ou leur réduction en succursales du pouvoir central]. J’ai demandé de véritables libertés provinciales et communales. »

[…]

Au lieu de se montrer les alliés naturels des réformés orthodoxes contre l’impiété anti-chrétienne de la Révolution, les catholiques crurent bon de s’acclimater au libéralisme, afin, pensaient-ils, d’écraser la prépondérance des protestants : « se croyant en mesure de l’écraser [le protestantisme] par l’organisation de la démocratie, loin de s’allier avec les réformés orthodoxes contre la Révolution, il se joignait au parti de la Révolution contre les réformés orthodoxes. Il prenait goût à un libéralisme acclimaté. »

Chances de succès

Quel était donc le but du Parti confessionnel ? À cela Groen répond : « Dans l’État, nous aspirions à préparer la ruine des principes libéraux, en faisant voir à l’œil qu’ils n’ont pour résultat que des oscillations perpétuelles entre la liberté désordonnée et l’ordre sans la liberté. » Déjà, en 1837, Groen avait résumé son intention : « Puisse-t-on voir, non par des transitions brusques et forcées, mais par l’influence positive d’un esprit évangélique, les lois et les institutions semi-révolutionnaire se modifier devant les principes chrétiens ! »

Influence réelle

Le Parti confessionnel, bien que microscopique par rapport aux autres partis, a su exercer une influence bénéfique, en particulier dans le domaine du maintient des droits historiques de l’Église réformée et de l’enseignement religieux, comme aussi des droits individuels de tous : « En revendiquant les droits individuels de tous et les droits historiques de l’Église réformée, dans leur inviolabilité permanente, nous étions l’organe de milliers de nos concitoyens. Fortifiés ainsi et formant une minorité compacte et décidée, nous pouvions nous flatter d’imposer des ménagements aux libéraux, […] » Ainsi, malgré la difficulté de pouvoir mesurer avec exactitude l’impact réel du Parti confessionnel dans la sphère tant politique que morale et religieuse, Groen estime que « pour obtenir la liberté des cultes et la liberté d’enseignement particulier, notre concours n’a pas été inutile ou superflu. »

[…]

Groen insiste sur la nécessité de ne pas confondre l’individualisme, négateur de toute société, fruit du siècle des Lumières et de la Révolution, et l’individualité, à laquelle « la société doit tout ce qu’elle a de saveur, de vie et de réalité. »

[…]

Conclusion

[Groen van Prinsterer nous a montré que] toutes pensées et toutes actions, qu’elles soient politiques, religieuses, ou morales, pour être vraiment chrétiennes, ne peuvent, en définitive, dépendre que d’une confession chrétienne de l’autorité de Dieu et de sa Parole sur toute l’existence, et qu’elles impliquent le rejet de l’esprit et des doctrines de la Révolution. Il convient de choisir entre l’esprit de la « Révolution permanente » et l’esprit de la Réformation.

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Voir aussi : Séparer l’Église et l’État ne signifie pas séparer la foi et la politique [Zenit]

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