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Archive for décembre 2012

Walter Williams, professeur d’économie à l’Université George Mason (Fairfax, Virginie), explique brièvement pourquoi l’économie de libre-marché est moralement supérieure à l’économie socialiste.

Une autre chose est que la solidarité coercitive et mécanique du socialisme a tendance à tuer la solidarité naturelle et volontaire des collectivités. Ainsi, le Québec, qui vit sous le régime le plus socialiste de l’Amérique du Nord, est la société dont les individus sont le moins volontairement solidaires, non seulement parce que les contribuables se font piller une part plus importante de leurs revenus par les fonctionnaires, mais aussi parce que le transfert du devoir social des communautés vers la structure étatique déresponsabilise les citoyens. Ainsi le note l’Institut Fraser : « Aucun État américain ni aucune province canadienne n’a consacré aux dons de bienfaisance un pourcentage de son revenu total inférieur au 0.31 % enregistré au Québec. » Quelques graphiques qui mettent les choses en perspective…

Statistiques Canada 2010 :

Don Moyen

Ibidem :

Bénévolat Moyen

Toujours en 2010 :

Charité en Amérique du Nord

Mais les données statistiques démontrent que ces chiffres ne peuvent s’expliquer uniquement en termes strictement économiques, car il y a également une dimension spirituelle à la solidarité. Ainsi en 2004 et 2007 au Canada :

Dons religieux et séculiers au Canada

Par ailleurs…

Les personnes [canadiennes] qui assistent aux services religieux chaque semaine sont également beaucoup plus susceptibles que les autres de faire du bénévolat (66 % et 43 %, respectivement). C’est au Québec que ce taux est le plus faible (37 %). De même, les bénévoles caractérisés par une pratique religieuse hebdomadaire tendent à consacrer un plus grand nombre d’heures au bénévolat (232 heures comparativement à 142 heures). Les personnes caractérisées par une pratique religieuse hebdomadaire représentent 17 % des Canadiens, mais sont à l’origine de 35 % de toutes les heures de bénévolat en 2007. Elles fournissent 85 % de toutes les heures de bénévolat consacrées à des organismes religieux et 23 % des heures consacrées à des organismes non religieux.

Source : Les athées sont-ils moins altruistes ? [Réseau chrétien de la société québécoise]

Et aux États-Unis c’est pareil…

Charitable giving is about values, and the root, largely, is faith. More than nine in 10 religious people give money every year versus 66 percent of people who are secular; 67 percent of religious people give their time by volunteering versus 44 percent of the secular community; and religious people give about four times as much money away.

It is a survey of 30,000 Americans across 41 communities in the year 2000. It is an amazing data source for all questions about service and civic life, including charity.

Two of the communities in these data are South Dakota and San Francisco. […] Both cities give approximately $1,300 per year to charity per family.

The fact is, they don’t give in a very similar way, and the reason is because their income levels are dramatically different. It turns out that when you look at San Francisco and South Dakota and you compare the sacrifice that these two communities make, any similarity dissolves. South Dakota, in terms of the sacrifice in real income, gives 75 percent more per family per year to charity than average families in San Francisco. Even if you look at disposable income, which gets rid of taxes and rents and costs of living, it is still 50 percent more. These communities couldn’t be more different.

[…]

So what does religion really look like in these two communities, and how does it matter? San Francisco is on the left, where 49 per­cent are completely secular, which is to say they never attend a house of worship or say explicitly they have no religion, and 14 percent attend almost every week. In South Dakota, 10 percent say they are secular, and 50 percent are religious.

[…]

Those kinds of patterns are robust across all kinds of behaviors. We have to measure these things right. It is all about how you behave-not who you affiliate with-so let’s look at that.

[…]

It turns out that people who are between every week and never in their [house of worship] atten­dance behave in the middle in terms of charity. No surprises there. About a third of Americans attend their house of worship every week or more, and about 25 percent either never attend or say they have no religion.

It is interesting to note that the 33 percent who are religious and the 25 percent who are secular have exactly the same average actual income: about $49,000 per household in the year 2000. There is no meaningful difference, so this is not the explanation.

[…]

Religious people are twice as likely to donate blood as secular people. People who are religious are more likely to give a sandwich or a quarter to a homeless person; they are more likely to give up their place in line; they are more likely to give back mistaken change given to them by a cashier. That’s amazing, isn’t it?

[…]

You find that religious people are 10 percentage points more like­ly than secular people to give to explicitly secular charities like the United Way. They are 21 percent­age points more likely to volunteer for explicitly secular charities like the PTA. The bottom line is that if it were not for religious people in your com­munity, your PTA would shut down. That’s what that amounts to.

[…]

The percentage of secularist adults who donate to charity was 47 percent if they went to church every week as kids, and it was 26 percent if they didn’t go as kids.

[…]

Con­servative families in America give about 30 percent more money to charity each year than liberal fami­lies while earning about 6 percent less income. They give more across every income bracket.

Source : “Tis the Season”… Who’s Giving ? [Heritage Foundation]

The fact is, as a recent study shows, religious conservatives were the most likely group to gave money and volunteer — even to non-religious organizations and charities. They give about $1000 more annually per household and volunteer 10% more than the national rate.

Secular liberals, like Maher, were the lowest givers of all groups. Let’s look at an interesting number that directly applies to Maher’s argument. According to the study, people who say that “beliefs don’t matter as long as you’re a good person” are 17 percent less likely to give to charity and 19 percent less likely to volunteer than people who say beliefs matter.

Source : Mahers Delusion [God Tube]

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Manif Pour Tous

Une récente enquête commanditée par les Associations familiales protestantes (communiqué vidéo | explication audio + feuillet numériquedocument complet) révèle que 84 % des protestants pratiquants en France adhèrent à une conception traditionnelle (monogamique hétérosexuelle) du mariage, que 53 % sont pour le décès naturel nonobstant des circonstances médicales, et que 76 % sont opposés à l’islamisation. De plus, 55 % des évangéliques pratiquants sont défavorables au vote des étrangers dans les élections locales, tandis que 46 % des luthéro-réformés pratiquants partagent cette opinion. Par ailleurs, ce sondage effectué selon des échantillonnages représentatifs fait ressortir que les protestants français proviennent de toutes les couches sociales (et non disproportionnellement de la prétendue « haute société protestante » parisienne bobo comme le veut la maxime), et confirme la démographie très alarmante de l’Église protestante unie (théologiquement libérale) qui annonce son futur déclin.

Quelques planches :

Sondage Homo

·

Sondage Euthanasie

·

Sondage Islam

·

Sondage Étrangers

Voyez aussi sur Le Monarchomaque :
Le mythe de l’allégeance à gauche des protestants français

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Le IIIe Reich en 1942

Cliquez sur la carte pour l’élargir

Résumé de l’article Les protestants français dans l’entourage du général de Gaulle (Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français) :

L’importance des protestants français dans l’entourage du général de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale est précisée à travers l’historiographie récente et des archives inédites, notamment celles du cabinet du général de Gaulle. 5% des membres des Forces Françaises Libres (F.F.L.) sont protestants et 2.5% des Compagnons de la Libération, pour une minorité évaluée à 1.8% des Français ; ces ralliés à la cause de la France Libre appartiennent plutôt à la haute société protestante, surtout parisienne. Le parcours de vingt personnalités protestantes auprès du général de Gaulle, à Londres et à Alger surtout, démontre toute la diversité des attitudes envers le chef de la France Libre : les inconditionnels, les déçus, les ralliés et les antigaullistes.

Pour d’autres informations sur les calvinistes dans les F.F.L. et la Résistance, voir la deuxième partie de cet article :

Le protestantisme français peut-il mourir ? Jamais ! [Le Monarchomaque]

Pour mettre les choses en perspective (et mesurer le degré d’orthodoxie de ces protestants situés entre la Réformation et la Postmodernité), je propose cette allocution prononcée par l’économiste Charles Rives (1874-1955, fiche sur l’ASMP, œuvres sur Mises Institute) à l’Assemblée du Désert de 1945 dans le hameau du Mas Soubeyran (Gard, Languedoc) :

« Les vivants n’ont pas démérité les morts »  [Réforme]

Le général de Gaulle passant en revue une unité des F.F.L.

Le général de Gaulle passant en revue une unité des F.F.L.

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Le texte reproduit plus bas est paru dans le quotidien français Libération le 19 décembre 2005 dans le tumulte de l’affaire Olivier Pétré-Grenouilleau. Alors professeur à l’Université de Bretagne-Sud (Lorient), M. Pétré-Grenouilleau, spécialiste reconnu de l’histoire de l’esclavage (il avait publié L’argent de la traite — Milieu négrier, capitalisme et développement chez Aubier-Montaigne en 1996), publie en 2004 Les Traites négrières — Essai d’histoire globale aux Éditions Gallimard. Cet ouvrage est plusieurs fois récompensé en 2005 : Prix de l’Essai de l’Académie française, le Prix du Sénat du Livre d’histoire, Grand Prix d’histoire Chateaubriand. En juin 2005, le professeur Pétré-Grenouilleau accorde une entrevue au Journal du Dimanche. L’auteur déclare notamment : « On sait que l’Afrique noire a été victime et acteur de la traite. Les historiens, quelles que soient leurs convictions politiques, sont d’accord là dessus. » Il évoque au passage « le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un ‘crime contre l’humanité’, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides. La traite n’avait pas pour but d’exterminer un peuple. L’esclave était un bien qui avait une valeur marchande qu’on voulait faire travailler le plus possible. Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents », ce qui est exact et indéniable d’un point de vue historique. Sans minimiser l’immoralité de la traite, nous sommes obligés de reconnaître qu’elle fut pas un « génocide des Noirs ».

En septembre 2005, malgré cette évidence admise par tous les gens de bonne volonté, le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais dépose plainte devant le Tribunal de Grande Instance de Paris contre Olivier Pétré-Grenouilleau, accusant l’historien chevronné de « contestation de crime contre l’humanité ». S’ensuit une flambée médiatique, les lobbys ethniques grimpent dans les rideaux et accusent tour à tour M. Pétré-Grenouilleau de « racisme », « négationnisme », « négation de génocide », etc. C’est dans ce contexte que 19 historiens (dont Paul Veyne et Pierre Vidal-Naquet), ulcérés par cette ingérence communautariste dans leur profession, signèrent un manifeste où ils rappellent certains principes et demandent, dans un geste spectaculaire et courageux, l’abrogation des lois dites « mémorielles » qui punissent « ceux qui auront contesté l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité ». Selon les signataires de la pétition, ces lois ont le tort d’imposer des limites aux historiens, de restreindre leur liberté. Dans une entrevue au quotidien 20 Minutes, René Rémond (historien de centre-gauche) expose les raisons de la mobilisation des 19 : « L’affaire Pétré-Grenouilleau a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : ce très sérieux spécialiste de l’esclavage est poursuivi par des associations afro-antillaises qui, s’appuyant sur la loi Taubira, l’accusent de révisionnisme. Son seul ‘tort’ est d’avoir dit que l’esclavage était certes un crime contre l’humanité mais pas un génocide. »

Rapidement, un très large consensus s’établit dans la communauté historienne autour de la nécessité de soutenir Olivier Pétré-Grenouilleau. Le débat scientifique étant nécessaire, les historiens redoutent la multiplication des procédures judiciaires interférant dans la recherche historique. Avant que le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais ne retire sa plainte en février 2006, le manifeste Liberté pour l’Histoire est signée par 600 universitaires.

LIBERTÉ POUR L’HISTOIRE

Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l’appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants :

• L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

• L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique.

• L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui.

• L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.

• L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire.

C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives ­ notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005­ ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique.

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Pour dénoncer à nouveau la tendance visant à exiger des historiens qu’ils cautionnent scientifiquement une application juridique rétroactive de la notion de crime contre l’humanité, l’association Liberté pour l’Histoire lance l’Appel de Blois à l’occasion des Rendez-Vous de l’Histoire tenus à Blois en octobre 2008 :

APPEL DE BLOIS

Inquiets des risques d’une moralisation rétrospective de l’histoire et d’une censure intellectuelle, nous en appelons à la mobilisation des historiens européens et à la sagesse des politiques. L’histoire ne doit pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de mémoires concurrentes. Dans un État libre, il n’appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de l’historien sous la menace de sanctions pénales.

• Aux historiens, nous demandons de rassembler leurs forces à l’intérieur de leur propre pays en y créant des structures similaires à la nôtre et, dans l’immédiat, de signer individuellement cet appel pour mettre un coup d’arrêt à la dérive des lois mémorielles.

• Aux responsables politiques, nous demandons de prendre conscience que, s’il leur appartient d’entretenir la mémoire collective, ils ne doivent pas instituer, par la loi et pour le passé, des vérités d’État dont l’application judiciaire peut entraîner des conséquences graves pour le métier d’historien et la liberté intellectuelle en général.

En démocratie, la liberté pour l’histoire est la liberté de tous.

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Via l’Institut Civitas.

Bande-annonce du documentaire Cultural Imperialism. The Sexual Rights Agenda:

Ressources et documentation sur Stand for Families Worldwide.

Consultez également :

Ou encore :

broken promises aids africa

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Papineau : Erreur sur la personne

Conférence des historiens Yvan Lamonde et Jonathan Livernois prononcée le 11 octobre 2012 à la Librairie Monet (Montréal) à propos de leur récent ouvrage Papineau. Erreur sur la personne publié aux Éditions du Boréal (extrait de l’introduction)  :

Je vous conseille d’écouter uniquement les minutes 5:46 à 9:10, 13:45 à 15:50, et 18:38 à 43:40. Advenant que le fichier soit retiré de la toile, ces historiens ont aussi donnés à peu près la même conférence à la Librairie Pauline (Montréal) le 15 novembre 2012 dont l’enregistrement se retrouve en deux parties, ici puis ici.

Voir aussi :

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poster-voltaire

Référence : Xavier MARTIN, Voltaire méconnu — Aspects cachés de l’humanisme des Lumières (1750-1800), Poitiers, Éditions Dominique Martin Morin, 2007, pages 201 à 204 sur 350.

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La tolérance selon Voltaire : retour sur l’affaire Calas

Faire le tolérant ostensiblement et mépriser par-devers soi, ou entre amis sélectionnés : voilà pour Voltaire une ligne de conduite, sinon quasiment une règle de conduite. Non sans délicatesse il donna la recette à Mme du Deffand [1], et d’avoir déféré à son téléguidage elle se félicitait, écrivant à l’orfèvre [Voltaire] en matière de mépris : « Je répète sans cesse ce que vous m’avez dit dans une de vos lettres, qu’il faut mépriser les hommes et qu’il faut les tolérer ». Elle ajoutait, à la lumière de l’expérience : « [C]e qui est de singulier et d’heureux [sic], c’est qu’ils sont contents de la tolérance, et ne s’aperçoivent point du mépris, on aurait donc grand tort de n’en point user ainsi. » [2].

Remarque utile : la fameuse tolérance voltairienne est confirmée comme idéal, mais replacée en perspective. Il est à savoir qu’elle roule en tandem avec le mépris. C’était à supposer, mais on pouvait bien ne pas présumer que l’humaniste en eût tiré un principe clair. Notable occurrence, cette indiscrétion de Mme du Deffand survient en fin d’affaire Calas, un an après le Traité sur la Tolérance (1763) [de Voltaire]. Tolérance et mépris. Tolérer, mépriser : l’on songe à Voltaire disant par-derrière, de la veuve Calas, qu’elle « est une petite huguenote imbécile », dans une phrase que censure Condorcet en trop pieux éditeur de sa correspondance [3]. Et Voltaire récidive, recommandant Mme Calas à d’Alembert, en le prévenant : « C’est une huguenote imbécile » [4]. Il est donc à souhaiter « qu’elle se montre peu » pour l’efficacité du battage d’opinion [5]. Et il vaudra mieux, par compensation, « il faudra surtout que ce soit un homme intelligent qui la conduise chez [les juges] en grand deuil » [6].

De l’opportunité que cette « imbécile » ne se montre guère, le philosophe veut contribuer à la convaincre. C’est négligemment sous la signature de son secrétaire, et en arborant sa titulature de « comte de Tournay » qu’il se donne la peine de l’en persuader [7] : nous le savons « d’une autre nature que les sots » [8], donc que les petites huguenotes imbéciles. Et Calas n’était qu’un marchand d’étoffes ; Voltaire méprise les gens de métier. Tous les Calas au demeurant, dans la coulisse, sont aussi taxés d’imbécillité : « Les Calas sont, comme vous l’avez peut-être déjà ouï dire, des protestants imbéciles […] » [9]. Ils ont même été « assez imbéciles » pour se contredire et se parjurer [10], ce dont il convient d’estomper la trace, et Voltaire s’y emploie : il ment par omission lorsqu’il relate l’affaire, il le fait même fort benoîtement dans le chapitre premier de son Traité de la Tolérance. Il le faut bien pour compenser la maladresse de cette nichée de « protestants imbéciles », dont la mésaventure est surtout, à ses yeux, le combustible d’une campagne d’opinion. Le mensonge actif y pourvoit aussi, puisqu’il convient en aparté, cinq ans plus tard : « Les juges des Calas ont été trompés par de faux indices », moyennant quoi « le meurtre des Calas est une action très pardonnable » [11]. La vérité oblige à dire qu’il en a toujours été convaincu. « J’ai toujours été convaincu qu’il y avait dans l’affaire des Calas de quoi excuser les juges » [12], ces juges que pourtant, obsessionnellement, il ne cessait d’appeler « assassins en robe noire ». Les spécialistes de Voltaire, et notamment de l’affaire Calas, entretiennent sur ces points du dossier un silence oppressant.

[…]

Très peu avant de s’engager dans les voies glorieuses de l’affaire Calas, Voltaire se moquant du pasteur Rochette qui encourait la mort et allait la subir, conseillait désinvolte au duc de Richelieu de le laisser condamner pour obtenir sa grâce et par là même se faire « l’idole de ces faquins de huguenots », en ajoutant avec cynisme : « Il est toujours bon d’avoir pour soi tout un parti » [13]. Après son plein succès dans l’affaire Calas, l’homme de Ferney fait cette confidence au même Richelieu : « Je conviens de tout ce que vous me dites sur ces plats huguenots et sur leurs impertinentes assemblées. Savez-vous bien qu’ils m’aiment à la folie et que si j’étais parmi eux j’en ferais ce que je voudrais ? » [14] Les méprisés voient la tolérance et non le mépris ; on aurait tort effectivement de se gêner puisque ça marche.

Dans tout cela l’émouvante effusion d’humanisme est donc à relativiser. Elle rétrécit jusqu’à l’infime lorsqu’on mesure mieux, en de tels dossiers, la part du mépris volontiers cynique, et celle de l’utilitarisme idéologique. Peu d’années après, le patriarche refuse de s’engager pour la mémoire et la famille d’un malheureux Martin, roué par erreur certaine. Ce n’est qu’un catholique, au patronyme somme toute assez banal. Un « petit catholique » ? En tout cas « imbécile », au moins par hypothèse. Voltaire décrète, à son sujet : « Je ne peux pas être le don Quichotte de tous les roués et de tous les pendus » [15]. Il forme l’hypothèse, ici libératoire : « Il se peut que Martin fût un imbécile qui ne sut pas se défendre » [16] ; bref, une sorte de Calas, mais non protestant. Il n’y aura pas d’affaire Martin.

Notes

[1] Lettre de Voltaire à Mme du Deffand, 11 octobre 1763.
[2] Lettre de Mme du Deffand à Voltaire, 14 mars 1764. Semblable allusion de la même au même le 14 janvier 1764, quant à la perte du bon goût : « Que faire à cela ? prendre patience, et comme vous le dites, mépriser les hommes et les tolérer. »
[3] Lettre de Voltaire aux d’Argental, 14 septembre 1762.
[4] Lettre de Voltaire à d’Alembert, 28 novembre 1762.
[5] Lettre de Voltaire à Debrus, vers le 7 août 1762.
[6] Ibidem.
[7] Lettre de Voltaire à Mme Calas, 14 septembre 1762 ; signé « Wagnière, secrétaire de M. de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, comte de Tournay ».
[8] Ibidem.
[9] Lettre de Voltaire à d’Argence, 21 août 1762 ; « […] des protestants imbéciles, que des catholiques un peu fanatiques ont fait rouer à Toulouse ».
[10] Lettre de Voltaire à de Lacroix, 4 septembre 1769.
[11] Lettre de Voltaire à Hénault, 14 mars 1768. La condamnation de Callas est « très pardonnable » par rapport à « l’assassinat juridique » de Servet par Calvin [sic], lequel Calvin était « le plus malhonnête fanatique qui fût en Europe ». « Il n’y avait pas dans le parti opposé [donc côté catholique] un homme plus haïssable que lui [Calvin] ».
[12] Lettre de Voltaire à de Lacroix, 4 septembre 1770.
[13] Lettre de Voltaire à Richelieu, 27 novembre 1761.
[14] Lettre de Voltaire à Richelieu, 28 octobre 1766.
[15] Lettre de Voltaire à d’Argental, 30 août 1769.
[16] Lettre de Voltaire à Dompierre d’Hornoy, 20 décembre 1769.

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« Écrasez l’Infâme »

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La célèbre formule conclut les lettres de Voltaire au fidèle Damilaville (1723-1768) à l’époque de l’affaire Calas. Pour le philosophe, « l’Infâme », désigne aussi bien les calvinistes que les catholiques : n’a-t-il pas été en butte aux tracasseries du Consistoire de Genève à propos des représentations théâtrales des Délices ? Et le sort du pasteur Rochette, pendu à Toulouse en février 1762, ne l’a pas particulièrement ému.
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