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Archive for novembre 2012

Mise-à-jour de l’article publié en mars 2010 parce que la tendance statistique se maintient.

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Le Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) est en pleine campagne de « sensibilisation et d’information sur les infections transmises sexuellement et par le sang »…

On assiste à une recrudescence importante des cas d’infections transmissibles sexuellement ou par le sang (ITSS). Par exemple, le nombre de cas de chlamydia déclarés aux autorités de santé publique a doublé depuis 10 ans alors que le nombre de cas de gonorrhée a augmenté de plus de 200 %. On prévoit que, pour 2010, environ 50 000 personnes apprendront qu’elles ont une ITSS. Ces données ne reflètent qu’une partie de la réalité, puisque la plupart des personnes infectées l’ignorent.

Comme les précédentes, cette campagne annuelle cible ouvertement les jeunes. De « 15 à 24 ans » dit le MSSS, mais sur les affiches placardées à la grandeur du Québec, où figurent des adolescents déculottés, la gamine ne paraît pas avoir plus que 12 ans…

Nos vénérables bureaucrates n’ont visiblement pas compris, du haut de leur tour d’ivoire, quelle est la raison, qu’en dépit de décennies de catéchisme d’« hédonisme responsable », le taux de prolifération des MTS est de plus en plus élevé. C’est justement l’incitation à la promiscuité qui est la source du problème.

Lorsqu’on propose de solutions de rechange, une approche traditionaliste — revaloriser la chasteté — est écartée comme étant « impossible », « irréaliste », cela « empirerait la situation » et constituerait un « retour en arrière dans la Grande Noirceur ». Mais qu’en est-il vraiment ? La réimplantation des cours d’abstinence a été expérimentée ailleurs. Cela vaut la peine de comparer les résultats des programmes d’enseignement sexuel progressistes et conservateurs en Angleterre et aux États-Unis.

1. Échec total de l’incitation à la promiscuité dans les pays anglo-saxons

La Grande-Bretagne est le pays d’Europe de l’Ouest ayant le plus haut taux d’adolescentes enceintes, ainsi que le plus haut taux d’adolescentes subissant des avortements et le plus haut taux d’adolescentes qui accouchent. Dans les cours d’éducation sexuelle progressiste obligatoires de cet ancien pays puritain (qui débutent dès la maternelle), on distribut des feuillets encourageant les adolescents à avoir des rapports sexuels « au moins deux fois par semaine » et de se masturber « à chaque jour »…

Il ne va pas sans dire qu’en Grande-Bretagne, les cours de sexe progressistes ont misérablement failli à atteindre leur but entre 1998 et 2005. Malgré un investissement de plus de 150 millions de livres, le nombre de grossesses adolescentes a augmenté de 4 %, à plus de 47 mille par année ! De plus, le nombre annuel d’avortements subi par des adolescentes a augmenté de 5 % pendant le même période.

Norman Wells, de l’organisme britannique Family Education Trust, commente ainsi cet échec monumental :

Les politiques [du parti gauchiste au pouvoir] se sont retournées et ont rendu les filles de plus en plus sous pression pour devenir sexuellement actives à un plus jeune âge. Les objectifs gouvernementaux semblent impuissants face à une culture populaire dans laquelle la jeunesse est de plus en plus sexualisée.

Le gouvernement a permis le retrait systématique de toutes les contraintes qui agissaient comme décourageurs au sexe prématuré. Pourtant, au départ, il n’y avait pas d’évidence que la forte accessibilité des contraceptifs réduit le taux de grossesses chez les adolescentes. Au lieu de cela, leur accessibilité a augmenté la pression sur les jeunes filles en normalisant le sexe précoce. Monsieur Wells a aussi attaqué la politique de confidentialité du gouvernement en matière de contraception qui « maintient les parents ignorants des activités sexuelles de leurs enfants ».

« Les problèmes associés aux grossesses adolescentes ne seront pas réglés tant et aussi longtemps que le gouvernement persiste à faire confiance à encore plus de contraception et d’éducation sexuelle », soutient-il. « Ce dont nous avons besoin est un changement radical en s’éloignant d’une culture qui a réduit le sexe à une anodine activité récréationnelle. »

Les filles qui sont capables d’obtenir des contraceptifs avant l’âge de consentement sont plus enclines à devenir sexuellement actives, menant à des plus haut taux d’infections sexuellement transmises, de grossesses et d’avortements. La combinaison d’images sexuelles dans les médias et une éducation sexuelle très explicite a brisé la prohibition naturelle du sexe pesant sur les enfants, tandis que l’accessibilité accrue à la contraception a semblé signifier que les jeunes filles n’ont plus à craindre la grossesse comme raison de repousser les avances sexuelles.

Même si le gouvernement britannique avait admis que les objectifs de sa politique d’éducation sexuelle étaient inatteignables en 2007, il n’a aucunement remis en question sa politique de gauche. Conséquence : en 2010, l’éducation sexuelle continue d’être incapable de faire baisser les grossesses adolescentes en Grande-Bretagne.

Pour le docteur Peter Saunders de la Christian Medical Fellowship, « il devient de plus en plus évident que l’avortement est utilisé comme un simple moyen de contraception par une proportion croissante de femmes et de jeunes filles, et que les programmes éculés d’éducation sexuelle immoraux, la politique du préservatif et celle des pilules du lendemain ne fonctionnent pas. »

Ou peut légitimement suggérer que l’objectif n’a jamais été d’enseigner les (pré-)ados à éviter les grossesses indésirées et les maladies vénériennes, mais plutôt de fabriquer des petits libertins en les imbibant d’une mentalité dépravée. Tel semble plutôt être l’agenda progressiste.

Quoi qu’il en soit en Grande-Bretagne, la situation n’est pas meilleure aux États-Unis. Sous les néoconservateurs, le niveau de sexualisation des adolescents américains a augmenté malgré le fait que les programmes de sexualité « conventionnels » recevaient douze fois plus de subventions que les programmes d’abstinence. Même après des générations de pédagogie du « safe sex », seulement 28 % des adolescents américains sexuellement actifs utilisent le condom, ce qui peut être considéré comme un échec complet vu les ressources monstrueuses déployées au cours des dernières décennies dans le but de convaincre les jeunes d’utiliser des préservatifs.

Plusieurs sondages ont indiqués la pression des pairs en tant que facteur incitant les filles comme les garçons à avoir des rapports sexuels. En 2005, dans le cadre d’une étude comportementale des adolescents américains, 29 % des ados ont rapportés « ressentir de la pression à avoir des rapports sexuels », 33 % des adolescents sexuellement actifs ont rapporté « être dans une relation où les choses bougent trop vite sexuellement », et 24 % affirment « avoir fait quelque chose de sexuel qu’ils ne voulaient pas vraiment faire ». C’est non-négligeable qu’un tiers des ados américains admettent être poussés à faire des actes sexuels avant qu’ils ne soient prêts.

En 2008, la RAND Corporation a publié une étude démontrant que les adolescentes américaines qui regardent beaucoup de programmes télévisés ayant du contenu sexuel ont deux fois plus de chances de tomber enceintes que celles qui regardent peu ou pas de ces programmes. Voilà pour la télévision. Quant à la musique, une étude de 2006 révèle que :

Les ados dont les iPods sont pleins de musiques crue et sexuelle commencent à avoir des rapports sexuels plus tôt que ceux qui préfèrent d’autres chansons […] Les ados disant écouter beaucoup de musique avec des messages sexuels dégradants sont presque deux fois plus enclins à commencer à avoir des rapports sexuels ou d’autres activités sexuelles dans les deux années suivant l’adoption de cette habitude que les ados qui n’écoutent qu’un peu ou pas de musique sexuellement dégradante.

Parmi ceux qui en écoutent beaucoup, 51 % ont commencés à avoir des rapports à l’intérieur de deux années, versus 29 % pour ceux qui ceux qui disant qu’ils écoutent peu ou pas de musique sexuellement dégradante.

En principe la musique pornographique ne fait pas partie des curriculums scolaires, mais c’est de moins en moins clair. Ce qui est clair par contre, c’est que l’incitation à l’acte sexuel chez les jeunes se traduit par des comportement sexuels précoces et/ou non sécuritaires. Il est évident que l’approche libertine dans la façon d’enseigner la sexualité est génératrice de déchéance, d’instabilité affective et de troubles sociaux. Or des alternatives éprouvées existent.

2. Réussite de la promotion de la chasteté aux États-Unis

Dans la seconde moitié des années 1990, les premières campagnes visant à  favoriser la modération sexuelle ont causé une réduction majeure du niveau d’activité sexuelle et du taux de grossesses chez les adolescents américains. Au regard de ces premiers résultats positifs, l’administration républicaine a fait l’essai du remplacement d’une infime partie des cours de sexualité « conventionnels » par des programmes pro-abstinence pendant la décennie 2000.

Ces nouveaux programmes ont été inlassablement critiqués avec un zèle impressionnant par les lobbys progressistes ; ceux-ci soulevèrent que la majorité des jeunes participant à ces programmes ont leur premier rapport sexuel avant le mariage. Les chiens de garde de l’establishment progressiste américain exigent donc que l’entièreté du cursus scolaire et du matériel didactique du système d’enseignement public ait une approche permissive. Au nom de la Révolution sexuelle, aucune place ne devrait être accordée à la transmission des notions de base que sont la maîtrise de soi et de la fidélité.

Nonobstant de la promotion d’une sexualité moins impulsive dans quelques classes, les jeunes américains baignent quand même dans une sous-culture hyper-sexualisée. L’hyper-sexualisation sociétale est le problème dans son ensemble. L’idée de chasteté n’en est pas moins pertinente, elle est à contre-courant. Compte tenu de cela, l’éducation à l’abstinence dans le réseau public américain obtient des résultats qu’il est raisonnable de qualifier de satisfaisants. Les prétendument inefficaces « serments de chasteté » enregistrent, au contraire, des résultats intéressants :

Évidemment, les engagements à l’abstinence ne sont pas omnipotents. Plusieurs années vont s’écouler entre le temps où un adolescent prononce un serment et le temps où il atteint la vie adulte. Ces années vont être pleines d’événements et de forces qui vont soit renforcer ou, plus probablement, miner l’engagement du jeune à l’abstinence. Malgré ces forces, un serment de virginité résulte habituellement  sur un large éventail de résultats positifs. Bien que la plupart des assermentés fassent défaut à leur objectif d’être chaste jusqu’au mariage, en général, ils s’en tirent mieux [que les autres] dans leur vie.

En comparaison avec les non-assermentés du même arrière-plan social, les assermentés ont moins de partenaires sexuels. Les assermentés sont aussi moins enclins à avoir des relations sexuelles à l’école secondaire, ont moins de chances d’expérimenter une grossesse alors qu’ils sont adolescents, moins de chances d’avoir des enfants en dehors des liens du mariage, moins de chances d’avoir des enfants pendant qu’ils sont adolescents ou jeunes adultes, et moins de chances d’avoir des rapports sexuels en dehors des liens du mariage en tant que jeunes adultes.

Cela démontre de manière convaincante que l’instruction sur l’importance de l’abstinence avant le mariage constitue un fondement de la responsabilisation individuelle et prépare à l’engagement conjugal de longue durée. De plus, malgré la culture ambiante, les jeunes ayant suivis les programmes de promotion de la chasteté lors de leurs études secondaires ont statistiquement moins de chances d’attraper des infections transmissibles sexuellement. Ces données ne proviennent pas seulement d’études empiriques disparates, mais d’études globales et profondes portant sur l’ensemble des nombreuses études faites sur ce sujet, l’échantillonnage est donc considérable, les donnée sont amplement contre-balancées.

C’est sans étonnement que l’on constate que les ados américains qui assistent fréquemment à des services religieux et participent à des activités de jeunesse religieuse courent moins de risques de devenir sexuellement actifs ou enceinte :

Il est évident que la culture d’insatiété sexuelle — culture que la pédagogie progressiste a contribué à créer et qu’elle alimente éhontément — est une véritable pathologie sociale. Il est impératif que des mesures soient prises pour y remédier dans tous les domaines, et en premier lieu en éducation.

À voir aussi :

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Lors de la Réformation protestante, le Psaume 68 de l’Ancien Testament fut traduit en français par Théodore de Bèze, mis en vers par Clément Marot, puis harmonisé par Claude Goudimel pour être chanté par les fidèles. Surnommé le « Psaume des Batailles », il devint rapidement l’hymne militaire favori des huguenots pendant les Guerres de Religion aux XVIe & XVIIe siècles ainsi que lors de l’insurrection des Camisards dans les Cévennes au début du XVIIIe siècle. Le voici chanté en magnifique polyphonie.

Cliquez ici si le lecteur dysfonctionne. Les paroles :

Que Dieu se montre seulement,
Et l’on verra dans un moment
Abandonner la place.
Le camp des ennemis épars,
Épouvanté de toute part,
Fuira devant sa face.
On verra tout ce camp s’enfuir,
Comme l’on voit s’évanouir
Une épaisse fumée.
Comme la cire fond au feu,
Ainsi des méchants, devant Dieu,
La force est consumée.

Mais, en présence du Seigneur,
Les justes chantent sa grandeur
Et sa gloire immortelle.
Et dans la grande joie qu’ils ont
Qu’en fuite, les méchants s’en vont,
Ils sautent d’allégresse.
Justes chantez tout d’une voix
Au Dieu des dieux, au Roi des rois,
La louange immortelle,
Car par l’orage il est porté,
Son nom est plein de majesté,
L’Éternel il s’appelle !

Réjouissez-vous devant lui,
Il est pour la veuve un appui,
Pour l’orphelin le Père.
Lui, l’Unique, est notre recours,
Lui, qu’on adore chaque jour,
Siège en son sanctuaire !
Le Dieu puissant, par sa bonté,
Apporte la fécondité,
Rend la femme fertile.
Il sort le captif de ses fers,
Il se saisit de l’homme fier,
Le chasse hors de la ville !

Écoutez aussi :

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Le cantique La Cévenole interprété au Temple réformé d’Anduze (Gard). C’est un chant composé par le pasteur réformé baptiste Ruben Saillens (1855-1942) en 1885 au bicentenaire de la Révocation de l’Édit de Nantes (1685) en mémoire de la Guerre des Camisards qui s’est déroulée en 1702-1710.

·(Lien direct)

Les paroles :

Salut montagnes bien aimées,
Pays sacré de nos aïeux.
Vos vertes cimes sont semées,
De leur souvenir glorieux.
Élevez vos têtes chenues
Espérou, Bougès, Aigoual,
De leur gloire qui monte aux nues,
Vous n’êtes que le piédestal.

Refrain :

Esprit qui les fis vivre,
Anime leurs enfants
Anime leurs enfants
Pour qu’ils sachent les suivre.

Redites-nous, grottes profondes,
L’écho de leurs chants d’autrefois ;
Et vous, torrents, qui, dans vos ondes,
Emportiez le bruit de leur voix.
Les uns, traqués de cime en cimes,
En vrai lions surent lutter ;
D’autres — ceux-là furent sublimes
Surent mourir sans résister.

Refrain

Ô vétérans de nos vallées,
Vieux châtaigniers aux bras tordus,
Les cris des mères désolées,
Vous seuls les avez entendus.
Suspendus aux flancs des collines,
Vous seuls savez que d’ossements
Dorment là-bas dans les ravines,
Jusqu’au grand jour des jugements.

Refrain

Dans quel granit, ô mes Cévennes,
Fut taillé ce peuple vainqueur ?
Quel sang avaient-ils dans les veines ?
Quel amour avaient-ils au cœur ?
L’Esprit de Christ était la vie
De ces pâtres émancipés,
Et dans le sang qui purifie
Leurs courages étaient trempés.

Refrain

Cévenols, le Dieu de nos pères
N’est-il pas notre Dieu toujours ?
Servons-le dans les jours prospères
Comme ils firent aux mauvais jours ;
Et, vaillants comme ils surent l’être,
Nourris comme eux du pain des forts,
Donnons notre vie à ce Maître
Pour lequel nos aïeux sont morts.

Refrain

Rappelons que la théologie de résistance de Pierre Jurieu (1637-1713) fut l’impulsion à l’insurrection des Cévennes. Celle-ci ne fut pas veine, car même si le soulèvement fut éventuellement cruellement réprimé, les autorités royales eurent la crainte d’une nouvelle révolte et l’évêque catholique de Nîmes ne persécuta pas activement les réformés du diocèse, permettant aux calvinistes de s’y maintenir très discrètement. À la fin du XVIIIe siècle, le pasteur nîmois Rabaut St-Étienne (1743-1793), un descendant des Camisards, fit rééditer les œuvres de Jurieu. St-Étienne devint Président de l’Assemblée nationale puis fut martyrisé pendant la Terreur de la Révolution française.

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Enquête sur le massacre de masse planifié et systématique de plus de 150 000 habitants de la Vendée par l’État français pendant la Révolution :

(fichier documentaire alternatif)

Voir aussi sur Le Monarchomaque : « Enfants de Coligny, pourriez-vous être amis des rois ? » – Le calvinisme à l’épreuve de la Révolution française

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Au plan économique, le national-socialisme était d’inspiration keynésienne. Au plan « scientifique », il était d’idéologie darwiniste. Au plan moral, il était de tendance bisexuelle. Au plan religieux, nous savons que le système nazi a affronté le protestantisme et le catholicisme, mais on se penche moins souvent sur ses propres axiomes métaphysiques. Le documentaire suivant rend compte de la spiritualité néo-païenne derrière la doctrine nazie.

Partie 1 :

Partie 2 :

·

Lien externe : Le socialisme en chemise brune, par Benoît Malbranque.

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Rémi Brague, professeur d’histoire de la philosophie arabe à la Sorbonne, recadre le bien-pensant Luc Ferry qui raconte des sornettes sur le « savant » andalou Averroès :

Ajoutons qu’Averroès était un avocat du djihad offensif. C’est en tant que juriste qu’il prêcha le djihad contre les chrétiens à la grande mosquée de Cordoue et qu’il utilisa toutes les ressources du droit pour rappeler aux musulmans leur obligation de partir en guerre contre les chrétiens ! D’autre part, cette icône des chantres de la diversité ethno-culturelle insistait pour que les livres de philosophie soient « interdits au commun des hommes par les chefs de la communauté ». Et n’oublions pas que ses doctrines furent anathémisées et ses ouvrages de philosophie brûlés par le calife de Marrakech.

Référence : Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel — Les racines grecques de l’Europe chrétienne, Paris, Éditions du Seuil, 2008, pages 156-159.

Consulter également sur Le Monarchomaque :

Et hors-site :

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Aux milieu du XIe siècle, des aventuriers normands débarquent dans une Italie morcelée dont ils débutent aussitôt la conquête méthodique. Le duché de Naples est sous leur contrôle dès 1049. Dix ans plus tard, la principauté de Capoue ainsi que le double duché d’Apulie & de Calabre — fief comprenant également la Basilicate et la Campanie — s’ajoutent à leur dominium. Poussant leur avantage, ces Normands enlèvent la Sicile aux Sarrasins entre 1061 et 1091. C’est dans ce contexte que Roger II de Hauteville devient comte de Sicile en 1105. Ce roi ambitieux cultive le grand projet d’unir tous les territoires normands d’Italie méridionale sous une même couronne. Il prend deux décennies à le réaliser. En 1128, une assemblée nobiliaire se tenant à Melfi reconnaît son autorité sur le sud de la péninsule. Conséquemment, Roger II est sacré roi de Sicile en 1130. Combinant le professionnalisme de la gestion fiscale byzantine, la précision de la cartographie administrative arabe et la magnificence de l’architecture du pays d’Oïl tout en faisant preuve d’innovation en matière d’exercice de la justice, le royaume normand d’Italie devient rapidement le plus brillant État européen du milieu du XIIe siècle. La capitale, Palerme, est alors la plus grande cité d’Europe de l’Ouest et possède la plus imposante flotte commerciale du continent. L’Université de Salerne grouille d’érudits qui traduisent des œuvres grecques de l’Antiquité classique, dont Euclide et Ptolémée.

Les Assises d’Ariano

Doté d’un sens développé du droit, Roger II organise les assises du royaume à Ariano (Campanie) en 1140 et y promulgue un code juridique connu sous l’appelation d’Assises d’Ariano. Ce document est fondamental dans l’histoire du droit occidental, le dispositif judiciaire italo-normand ayant servi de prototype à celui subséquemment instauré en Normandie puis en Angleterre par les jurisconsultes anglo-normands. Nous touchons aux racines du Common Law britannique et du constitutionnalisme. La philosophie politique des Assises d’Ariano est certes imparfaite : la notion d’office royal est amalgamé avec celle de sacerdoce suprême, et le roi est placé au-dessus des lois. On note là une influence islamo-byzantine. Cependant, ce bref recueil légal n’est pas sans valeur et contient de multiples principes d’inspiration biblique. Le directeur de l’Institut d’études médiévales de l’Université de Leeds (Yorkshire) a traduit du latin à l’anglais les Assises d’Ariano. Voici les articles qui peuvent être considérés théonomiques.

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Preamble

It is right and proper, barons, […] that if we have received anything from the generosity which has resulted from Divine grace, then we should repay these Divine benefits through which we have our strength with humble service […] ‘By me kings reign, and legislators decree justice’ [Proverbs 8:15]. For we consider that nothing is more pleasing to God than if we straightforwardly offer Him that which we have learnt Him to be, namely mercy and justice. […] We therefore desire and order that you should faithfully and enthusiastically receive the provisions which we make public in the present code whether they have been promulgated by us or [simply] re-enacted.

II. About the Privilege of Holy Churches

[…] We shall defend and guard inviolate all the property and possessions of the holy churches which have been entrusted to our custody […] with the temporal sword which has been granted to us by God. […]

III. General Admonition

We advise princes, counts, greater and lesser barons […] and all those who have subject to them citizens, burgesses, peasants […] that they should treat them decently and show themselves merciful, particularly when collecting the tax owed, they should demand this in moderation.

VI. Concerning Flight to a Church

[…] In all parts of our kingdom nobody in flight of whatsoever condition shall be expelled or dragged out of the most holy churches […] Anyone who shall endeavour or do this shall be face capital punishment or the loss of all their property. Meanwhile food shall not be denied to the fugitives. However if a serf or colonist or serf […] shall have fled with stolen property to holy places, he shall be returned to the lord […] if intercession has occurred, restitution shall occur piously and freely.

XI. About the Rape of Virgins

If anyone presumes to rape holy virgins veiled by God, even for the purpose of marriage, he shall suffer capital punishment, or other penalty which royal censure shall decree.

XII. About Jews and Pagans Possessing Christian Servants

No Jew or Pagan shall dare either to buy or sell Christian servants, or to possess them […] If he should presume to do this, all his property will be confiscated to the Fisc, and he shall become the servant of the Court. If he should by some wicked trick or persuasion have the servant […] deny his faith, then he shall be punished by capital penalty.

XIV. About Jesters

Players and those who make jokes by bodily writhing shall not use in public either the habits of virgins dedicated to God or monastic or clerical vestments. If they should do so they shall be publicly flogged.

[Signification : les bouffons ou amuseurs publics coupables de travestissement vestimentaire seront flagellés.]

XV. About Wards and Orphans

[…] In addition we settle the equity of the laws on women, who are not less disadvantaged by the fragility of their sex. We order that they should be aided from the depths of piety both by us and by our officials, as is right and proper.

XXI. About Coining Money

We impose capital punishment on and confiscate the property of those coining adulterine money or knowingly receiving it ; we inflict this penalty [also] on those conspiring [in this]. We deprive those who shave gold or silver coins, dye them, or in anyway diminish them of their property […]

XXV. About Corrupt Public Officials

[…] Officials of the state or judges who have, during their period in office, stolen public revenues [are guilty of] the grave crime of embezzlement and shall be punished capitally, unless royal piety spares them.

XXVII. About the Legitimate Celebration of Marriages

[…] It is contrary to custom, inconsistent with what is laid down by the holy canons, and unheard of to Christian ears to desire to contract matrimony, to procreate legitimate progeny and bind oneself indissolubly to a consort […]

XXVIII. About Adulteresses

[…] We will not allow a crime of this sort to go unpunished, and we order her to be publicly flogged. Whoever allows his wife to be wanton with debauched men while he looks on or by his arrangement cannot easily accuse her in court, since he who consents to what he could forbid opens the way to fraud. We shall not condemn everyone who has a suspect wife as a pimp […] But if we learn clearly that someone has a lascivious wife, we shall immediately from this time hold her worthy of strict punishment, and we condemn him to the penalty of infamy.

XXIX. About Prostitution

[…] An adulterer and an adulteress cannot be charged together. Each should be charged separately and the outcome of the matter awaited ; for if the adulterer is able to clear himself, the woman is free and need make no further defence. If however he shall be found guilty then let the woman in turn be accused.
The law does not make a choice of who should be first tried, but if both are present then the man shall be tried first. Repudiation must always be permitted in this accusation […]

XXX. About Pimping
We decree by the present law that that madams, namely those who solicit the chastity of another, which is the worst type of crime, should be punished as adulteresses. We punish mothers who prostitute their virgin daughters and abandon the bonds of marriage as madams, thus their noses should be slit. For it is cruel and inhuman for them to sell the chastity of their own offspring. […]

XXXI. About the Violation of Marriage

[…] If a husband catches his wife in the very act of adultery, then he shall be allowed to kill both the wife and the adulterer, provided that it is done without any further delay.

XXXII. About Adultery

The legal penalty for pimping [Cf. art. 30] binds a husband who shall seize his wife caught in the act of adultery but has allowed the adulterer to get away, unless however the latter escaped through no fault of his own.

XXXVII. About Kidnappers

Whoever knowingly sells a free man shall be subject to this legitimate penalty, that the person sold shall be redeemed from his property and that the criminal himself shall become a slave of our court, and the rest of his property shall be confiscated. […]

XXXVIII. About Robbers

He who, thinking his life to be in danger, shall kill an attacker or robber, ought not to fear blame for his action.

XL. About Theft

He who shall kill a nocturnal thief shall remain unpunished, if the latter could not be arrested, while the hue and cry was raised.

XLIV. If a Judge Neglects His Duty

If a judge receives money and then declares someone guilty of a crime and of death, then he shall be subject to capital punishment. If a judge fraudulently and deceitfully hands down a sentence contrary to the laws, then he shall lost his judicial authority without hope of recovery, be branded with infamy and all his property shall be confiscated. However, if he makes a mistake in sentencing through ignorance of the law, he shall be punished for his simplicity of mind and be subject to our royal mercy and foresight.

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Les Constitutions de Melfi

En 1231, le petit-fils de Roger II de Sicile, Frédéric II du Saint-Empire romain germanique, reprit et étaya les Assises d’Ariano dans le premier ouvrage systématique et synthétique de droit italien, les Constitutions de Melfi (ou Liber Augustalis). Publiées en 1231 et comprenant 253 articles répartis en trois volumes, c’était alors le recueil de lois le plus avancé d’Europe continentale. Dans les articles 41 et 44 du premier tome, des importantes protections juridiques sont garanties aux femmes qui pourraient être préjudiciées en procès par leur méconnaissance du droit, incluant le privilège de recevoir une assistance des avocats publics. En vertu de l’article 73 du livre 1, les juges étaient rémunérés par la Magna Curia (tribunal royal) et ne devaient pas prendre d’argent des litigants pendant les procédures. Les juges étaient tenus d’être assermentés « devant Dieu » selon l’article 62 (toujours du premier volume). Les gens qui vendaient des potions érotiques ou de la nourriture nocive ayant provoqué décès étaient soumis à la peine capitale, et si les consommateurs de ces potions n’étaient pas blessés, les vendeurs voyaient leurs biens confisqués (article 73 du tome 3).

Frédéric II du Saint-Empire proclamant les Constitutions de Melfi

Référence : Harold Berman, Law and Revolution — The Formation of the Western Legal Tradition, Harvard University Press, 1983, pages 410-416 et 425-434 sur 657.

Traduction française : Droit et Révolution — La formation de la tradition juridique occidentale, Aix-en-Provence, Librairie de l’Université de Provence, 2002, 684 pages.

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