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Archive for septembre 2012

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1. La perversion laïque du pacte social calvinien

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{Sauf note contraire, les citations de cette section sont tirées de Jean-Marc Berthoud, Le règne terrestre de Dieu : Du gouvernement de notre Seigneur Jésus-Christ, Chapitre 12 : La tradition du contrat social et l’autonomie de la politique, Lausanne (Romandie), Éditions L’Âge d’Homme, 2011, p. 475-504.}

Il est bien établi, pour tous ceux qui ont sérieusement investigué la question de l’émergence de la doctrine politique du contrat social, que cette théorie est un dérivé direct de « l’ecclésiologie [calviniste] centrée sur la notion biblique de l’Alliance », « le contractualisme [étant] l’élément central de [l’]ecclésiologie » réformée. Une fois cette compréhension consolidée dans le milieu ecclésial, « il ne reste plus qu’à mettre en œuvre de tels principes appliqués au gouvernement civil » (Charles Reiplinger, 2008), comme ce fut le cas historiquement.

Nous savons aussi que ce pacte communautaire sacré dont Dieu est à la fois garant et partie prenante fut méthodiquement déchristianisé et subverti par une série de philosophes sulfureux, au point d’aboutir à un ordre situé à l’antipode du pacte calviniste. Le rôle de deux de ces philosophes est précisé dans le lignes suivantes.

Hugo Grotius, ou l’égarement d’un arminien libéral

Le premier semble avoir été Hugo Grotius, le Pensionnaire (premier magistrat) de Rotterdam et délégué de la même cité aux États de Hollande, puis ambassadeur de Suède en France. Sa vie politique agitée fut  notamment marquée par sa lutte contre l’orthodoxie réformée aux Pays-Bas, où il a milité pour l’arminianisme dans le parti des remonstrants. C’est lui qui a reformulé le contrat social en le plaçant sous l’égide d’un droit naturel pratiquement indépendant de la Loi divine (alors que ces deux concepts sont très étroitement associés dans la pensée calviniste). Étayons…

Ce qui fait précisément  la spécificité du droit naturel grotien c’est justement son autonomie par rapport au droit divin positif. […] Le droit naturel grotien se situe entre le courant dogmatique du droit naturel chrétien […] et le courant rationaliste du droit naturel moderne, qui tend à éliminer, de Hobbes à Thomasius, le droit divin positif comme tel de l’ordre juridique au même titre que la Révélation dans l’ordre de la connaissance. […] Grotius, tout en affirmant fonder sa pensée sur un droit naturel rationnellement définissable, exclut de cette pensée toute ingérence, à ses yeux abusive, d’un quelconque droit révélé, d’une quelconque transcendance, séparant rigoureusement la religion de la cité. (J.-M. Berthoud, 2011, p. 440-441)

Grotius a aussi stipulé qu’en livrant leur pouvoir inné aux instances gouvernantes, les hommes deviennent légalement esclaves de ces instances et ne peuvent pas retirer l’autorité qu’ils leur ont transférés. Ce postulat odieux est exactement la contre-thèse du principe monarchomaque !

Thomas Hobbes, fondateur de l’individualisme totalitaire

Dans la foulée de Grotius, Thomas Hobbes a repris l’idée d’un contrat social sécularisé où Dieu est absent ou éloigné et où l’autorité ne peut pas être retirée aux gouvernants iniques, puis l’a radicalisée avec une nouveau concept — apparemment de son invention — l’état de nature. « Ce mythe fondateur de la politique moderne […], l’état de nature, où tous les hommes sont en guerre les uns contre les autres (l’anarchie, état de confusion et de violence), qui sera remplacé, au moyen d’un contrat social — en fait tout le contraire de l’Alliance divine — par un état de vie en société où les hommes abandonneront leur souveraineté individuelle dispersée au profit d’un souveraineté unique de leur choix, le Roi-Léviathan, qui devient ainsi le propriétaire indiscuté d’un pouvoir absolu » (J.-M. Berthoud, 2011, p. 485).

Il n’est donc pas surprenant que Hobbes surnommait sont Léviathan « dieu mortel » ! Continuons de citer J.-M. Berthoud :

C’est bien Hobbes qui a effectivement arraché tout enracinement de la politique de ses structures créationnelles bienfaisantes dans l’Alliance divine. […] Il est tout à fait clair que Hobbes rejetait absolument toute idée de Révélation. [… Ce philosophe opère la] destruction de la primauté de la Loi. […] Hobbes déclare l’individu l’élément de base de l’ordre social, et reconstruit logiquement la structure de la société à partir de ces atomes sociaux. Cette méthode nie que les hommes soient reliés entre eux de façon créationnelle par les ordonnances de Dieu pour former un ordre social qui soit apparu en même temps que l’homme lui-même. […] Pour Hobbes il n’existe objectivement aucune loi de la nature, aucune loi de la Création, aucun ordre social, légal ou politique créé vers lequel devrait tendre l’exercice de la justice […]. Dans cette perspective, il ne peut y avoir d’ordre créé pour la famille, l’Église […] ou le monde des affaires […]. Ce sont les hommes qui créent arbitrairement toutes les constructions sociales, intellectuelles ou artistiques. Dans une telles perspective, la législation devient totalement arbitraire et sans relation aucune avec une quelconque justice immanente ou transcendante, qui de toute façon n’existe pas. Voilà la racine du crime légalisé que le monde moderne rend chaque jour plus familier. (J.-M. Berthoud, 2011, p. 484 et 486-489)

Mais laissons la parole à Hobbes lui-même, qui se rendit coupable d’un relativisme moral indécrottable et d’un absolutisme étatique abject & exécrable en prônant ceci dans Le Léviathan (1651) :

En effet ces mots de bon, de mauvais et de digne de dédain s’entendent toujours par rapport à la personne qui les emploie ; car il n’existe rien qui soit tel, simplement et absolument ; ni aucune règle commune du bon et du mauvais qui puisse être empruntée à la nature des objets eux-mêmes : cette règle vient de la personne de chacun, là où il n’existe pas de République, et dans une République, de la personne qui représente celle-ci ; ou encore d’un arbitre ou d’un juge, que les hommes en désaccord s’entendent pour instituer, faisant de sa sentence la règle du bon et du mauvais (Hobbes cité dans J.-M. Berthoud, 2011, p. 490)

Berthoud indique à juste titre que le le contrat social hobbesien, en excluant explicitement Dieu et son ordre, donc en rejetant l’Alliance sacrée imposée par Dieu mais bénéfique aux hommes, est une parodie inconsciente du calvinisme, et que l’insistance hobbesienne sur la toute-puissance du Léviathan est une parodie du concept puritain de souveraineté de Dieu. Récapitulons avec Berthoud que « Hobbes et ses mythes sont vraiment à la racine politique du monde moderne » (Id, p. 492).

Au siècle suivant, la théorie (et la pratique !) du contrat social fut davantage pervertie par Jean-Jacques Rousseau.

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2. L’antécédent protestant de « l’état de nature » hobbesien

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On crédite aussi Thomas Hobbes d’avoir inventé le concept d’état de nature, suivant lequel  les hommes auraient initialement vécus dans une liberté originelle illimitée, puis qu’ils se seraient ensuite regroupés pour former un corps politique au moyen d’un contrat social. Or cette invention soi-disant hobbesienne eut des antécédents importants, au point où on peut suggérer que ce fut là une énième perversion intellectuelle de sa part. C’est la conclusion qui semble se dégager des écrits de plusieurs théoriciens protestants diffusés plusieurs années avant qu’Hobbes ne rédige son Léviathan en 1651 (et qui ont donc vraisemblablement influencés sa réflexion). Ces protestants écrivaint dans le contexte du conflit opposant la licencieuse et tyrannique monarchie des Stuarts contre les parlementariens anglais et écossais.

En effet, dès 1594, l’anglican réformé (Low-Church) Richard Hooker coucha par écrit une préfiguration de l’« état de nature » dans son ouvrage Of the Laws of Ecclesiastical Polity. Il y argumentait que le gouvernement civil résulte de la nature sociale des hommes, et conséquemment, que sa légitimité requière le consentement des gouvernés. Dans cette lignée, le jurisconsulte anglais Matthew Hale (1609-1676) articula la théorie du contrat social dans le contexte de la Nouvelle Alliance.

Source : Harold Berman, Droit et Révolution, Tome 2 : L’impact des Réformes protestantes sur la tradition juridique occidentale, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2010, p. 387-388 et 433.

Voici ce qu’affirmait l’activiste protestant Richard Overton, porte-parole de la faction des Levellers (une sorte de proto-libertariens), dans son tracte An Arrow Against All Tyrants and Tyranny (1646) :

For by natural birth, all men are equally alike born to like property, liberty, and freedom, and as we are delivered of God by the hand of nature into this world, everyone with a natural, innate freedom and property (as it were writ in the table of every man’s heart, never to be obliterated) even so we are to live, everyone equally and alike to enjoy his birthright and privilege ; even all where God by nature hath made him free. […] Every man by nature being a King, Priest, and Prophet in his own natural circuit and compass, whereof no second may partake, but by deputation, commission, and free consent from
him whose right and freedom it is.

Le poète et pamphlétaire John Milton, dont les positions rejoignaient aussi celles des Levellers, s’exprimait de façon similaire dans The Tenure of Kings and Magistrates (1649) :

All men naturally were born free, being in the image of and resemblance of God himself, and were by privilege above all the creatures, born to command and not to obey ; and that they lived so. Till from the root of Adam’s transgression, falling among themselves to do wrong and violence, and foreseeing that such courses must needs tend to the destruction of them all, they agreed by common league to bind each other from mutual injury, and jointly to defend themselves against any that gave disturbance or opposition to such agreement. Hence came cities, towns, and commonwealths. And because no faith in all was found sufficiently binding, they saw it needful to ordain some authority that might restrain by force and punishment what was violated against peace and common right. This authority and power of self-defense and preservation being originally and naturally in every one of them […] The power of kings and magistrates is nothing else, but what is only derivative, transferred and committed to them in trust from the people.

Source des deux citations précédentes : Prophets, Priests, and Kings — John Milton and the Reformation of Rights and Liberties in England [Emory Law Journal]

Cet état de liberté totale théorique des hommes précédant supposément leur formation consciente d’une collectivité  se retrouve également dans l’ouvrage A Survey of the Summe of Church Discipline publié par le fondateur congrégationaliste de la colonie du Connecticut, Thomas Hooker, en 1648 :

Ceux qui ont un un pouvoir mutuel les uns sur les autres, de commander et de contraindre le cas échant ; qui étaient eux-mêmes libres les uns des autres, d’une manière déterminée par la divine providence : ils doivent par un accord et un engagement mutuel partager ce pouvoir. Mais l’Église des croyants a un pouvoir mutuel chacun envers l’autre de commander et de contraindre, sur ceux qui étaient libres les uns des autres. Pour cette raison ils doivent par un accord mutuel partager ce pouvoir.

Cité dans : Les Fundamental Orders du Connecticut, première constitution écrite effective en Amérique du Nord [Jus Politicum]

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Une version téléchargeable de cette étude est disponible ici.

Flagror Non Consumor —  « Je brûle mais ne me consume pas » (Exode 3:2) — Le buisson ardent fut l’emblème des Églises réformées de France dès leur premier Synode national tenu en 1559.

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Médaillon commémoratif du tricentenaire (1859) du premier Synode national des Églises réformées de France, où fut adopté la Gallicana — Le libéralisme théologique était marginal parmi les réformés français avant la IIIe République.

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1. LA THÉONOMIE DES BAPTISTES GÉNÉRAUX ANGLAIS

Les baptistes généraux (arminiens) anglais prônaient la théonomie. Ainsi, la Faith and Practise of Thirty Congregations de 1651, la première confession de foi des baptistes généraux d’échelle nationale, affirmait :

That we do own a Magistratical power for the governing of this our English Nation, to be determined in a just Parliamentary way; and that we ought to pray for good Governors, and good Government; that we may live a peaceable and godly life in all honesty; standing ready at all times, as necessity may require, to vindicate such a Magistracy or Magistrates, not only with arguments of sound reason, but also with our Estates and Lives; that Righteousness may reigne, and Vice may be overthrown, without respect of persons.

C’est une allégeance sans équivoque au régime théonomique d’Oliver Cromwell !

Citons maintenant l’article 25 de la Standard Confession de 1660 :

We believe […] that all wicked lewdness, and fleshly filthiness, contrary to just and wholesome civil laws, ought to be punished according to the nature of the offences ; and this without respect of any persons, religion, or profession whatsoever ; and that we and all men are obliged by Gospel rules […].

Nous pouvons encore citer le chapitre 22 de la Short Confession or Brief Narrative of Faith de 1678\1691 qui exprime également cette volonté théonomique chez les baptistes généraux :

For the keeping up and maintaining of all civil society amongst men, in natural and moral things, the Lord hath set up governors […] to keep up, maintain, and cherish all civil, natural, and moral principles amongst men, to punish the breach thereof ; for the law is made for the lawless and disobedient ; that is, for those that transgress the law ; and the magistrate is the Lord’s executioner, and beareth not the sword in vain ; for he is the minister of God, a revenger to execute wrath upon them that do evil.

Malgré qu’ils constituaient un des groupes religieux les plus non-conformistes, les baptistes généraux adhéraient quand même à la théonomie tellement cette doctrine était acceptée.

4. LA THÉONOMIE DES RÉFORMÉS CONTINENTAUX

Les confessions de foi réformées historiques des calvinistes continentaux sont théonomiques. L’article 39 de la Confession de foi des Églises réformées de France, adoptée au Synode national de Paris en 1559 (souvent appelée « Confession de La Rochelle » parce que le Synode national qui s’y tint en 1571 la ratifia), stipule :

Il [Dieu] a établi des royaumes, républiques et toutes autres sortes de principautés [… et Il a] à cette cause a mis le glaive en la main des magistrats pour réprimer les péchés commis, non seulement contre la seconde table, mais aussi contre la première.

La Confessio Belgica (1561), qui exprimait la foi des réformés néerlandais, flamands et wallons (et l’exprime encore pour plusieurs d’entre eux), va dans le même sens :

Non seulement leur office [les magistrats] est de prendre garde et veiller sur la police, mais aussi de maintenir le sacré ministère, pour ôter et ruiner toute idolâtrie et faux service de Dieu ; pour détruire le royaume de l’antéchrist et avancer le royaume de Jésus-Christ, faire prêcher la Parole de l’Évangile partout, afin que Dieu soit honoré et servi de chacun, comme il le requiert par sa Parole.

La Confession helvétique postérieure (1566), rédigée par Bullinger à Zurich et officiellement approuvée par les églises réformées du Palatinat, de Suisse, de France et d’Écosse, puis adoptée comme texte normatif par les églises réformées de Transylvanie et de Pologne, cite et endosse dans son préambule l’Édit de Thessalonique (380), qui est éminemment théonomique (cf. p. 200) :

Les empereurs Gratien, Valentinien et Théodose, augustes. Au peuple de la ville de Constantinople. Nous voulons que tous les peuples qui vivent sous l’empire de notre clémence suivent la religion que l’apôtre saint Pierre a enseignée aux Romains. […] Nous voulons qu’on donne le nom de chrétiens universels à ceux qui suivent cette loi, et qu’au contraire les autres, que nous regardons comme des extravagants et des insensés, portent la flétrissure du titre d’hérétique, et que leurs conciliabules ne portent point le nom d’Église, et qu’après la vengeance divine qui les attend, ils soient aussi punis de la manière que le Ciel nous l’inspirera.

Plus loin, le chapitre 30 de l’Helvétique postérieure, intitulé Du Magistrat, stipule (cf. p. 304-305) :

Si donc il [le magistrat] est ennemi de l’Église il peut grandement empêcher et faire beaucoup de troubles ; mais si au contraire il est ami et membre de l’Église, il est très-utile et très excellent membre d’icelle, et lui peut grandement aider et profiter. Le principal office d’icelui est de procurer la paix et tranquillité publique, ce qu’il ne peut jamais mieux faire plus heureusement qu’en étant vraiment religieux et craignant Dieu, et qu’à l’exemple du peuple du Seigneur il n’avance et donne cours à la prédication de la vérité et de la pure et sincère foi, empêchant tout mensonge, et mettant bas toute superstition avec toute impiété et idolâtrie, et défendant l’Église de Dieu. Nous enseignons aussi que le soin de la religion est des principaux points d’un fidèle et saint magistrat. […] Qu’il mette ordre qu’on ne prêche rien [de] contraire à icelle ; item, qu’il gouverne par bonnes lois conformes à la Parole de Dieu le peuple que Dieu lui a commis, et qu’il le contienne en bonne discipline, devoir et obéissance. […] Car il n’a pas reçu de Dieu le glaive en vain. Qu’il dédaigne donc ce glaive de Dieu contre tous les méchants, […] blasphémateurs, parjures, bref contre tous ceux que Dieu veut punir et qu’il a commandé qu’on mît à mort. Qu’il châtie aussi et punisse ceux qui sont vraiment hérétiques, à savoir incorrigibles, et qui ne cessent de blasphémer la majesté de Dieu et troubler son Église, voir même la ruiner et détruire. […] Et le magistrat faisant ces choses en foi sert Dieu par [de] telles œuvres, comme vraiment bonnes, et reçoit bénédiction de Dieu.

Munis de toute cette évidence historique, nous devons affirmer que la théonomie est indiscutablement une doctrine orthodoxe des baptistes généraux anglais ainsi que des réformés pédobaptistes continentaux. Nul interlocuteur sérieux n’oserait, en ces circonstances, remettre en cause la validité confessionnelle de la théonomie.

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Cet article est disponible en version téléchargeable ici.

Pièce de monnaie à l’effigie de Théodose II tenant un étendard et une orbe

Le Codex Theodosianus (Code Théodosien) est un recueil de trois mille lois romaines compilées par les juristes des écoles de droit de Constantinople et de Beyrouth puis promulgué par l’empereur chrétien Théodose II. Ses lois couvrent du règne de Constantin Ier (à partir de 312) jusqu’à l’année de sa publication, 438. Ces lois ayant été émises par plusieurs législateurs, ce code contient quelques contradictions et de nombreuses répétitions. Il est composé de seize volumes. Les lois relatives aux affaires religieuses figurent dans le seizième volume, lui-même subdivisé en onze chapitres comprenant 176 lois, comme suit :

  1. Mesures diverses (4 lois).
  2. Les affaires ecclésiastiques ; essentiellement : les privilèges fiscaux des églises et des dispositions connexes (27 lois).
  3. Les moines (2 lois).
  4. Les controverses religieuses ; essentiellement : les deux exils de Jean Chrysostome par l’impératrice arienne Eudoxie (6 lois).
  5. Les hérétiques (ariens, marcionistes, montanistes, manichéens, eunomiens, etc.) et les schismatiques (donatistes, novatiens) … (66 lois) ; essentiellement : sanctions portées contre eux.
  6. Interdiction du rebaptême (6 lois) ; cela visait les donatistes du Maghreb qui repabtisaient des chrétiens trinitaires sans raisons valables, mais ces lois ne peuvent pas êtres retenues par les crédobaptistes d’aujourd’hui.
  7. Les apostats ; essentiellement : limitations de leurs droits successoraux (7 lois).
  8. Modalités de la cohabitation entre les chrétiens et les juifs (29 lois).
  9. Restrictions sur l’esclavage des chrétiens par les juifs (5 lois).
  10. Les païens, les sacrifices et les temples polythéistes (25 lois).
  11. Mesures diverses (3 lois).

Certaines de ces lois peuvent volontiers être qualifiées de « césaropapistes », par exemple celles empêchant les citoyens nantis d’accéder au pastorat parce que l’État tient à ce qu’ils soient mobilisables pour le service civique. Cependant, ce serait une erreur de balayer ce code du revers de la main comme s’il était entièrement mauvais. Le Codex Theodosianus a constitué, malgré ses limites évidentes, une pièce essentielle dans l’édification de notre civilisation. D’ailleurs, cet ouvrage fondamental – et le droit byzantin en général – est plus pondéré que ce que certains critiques ont prétendus.

Vue plongeante sur Constantinople avec la basilique Hagia Sophia en arrière-plan – Cliquez pour élargir

Ce code a le mérite de distinguer entre les domaines ecclésiaux et civils (ce qui n’était pas le cas du droit romain pré-byzantin) : « Il n’est pas juste, en effet, que les ministres du service divin soient livrés à la décision des pouvoirs temporels » (Cod. Th. 16:2:47). Dans cette veine, le Codex Theodosianus stipule qu’en ce qui concerne les non-clercs, les causes religieuses doivent être gérées par les cours ecclésiastiques et les autres causes doivent être gérées par les tribunaux publics (Cod. Th. 16:11:1). Toutefois, ce code établit que les litiges civiles impliquant des clercs doivent êtres jugés par les cours ecclésiastiques, tout en maintenant que les litiges relevant du droit criminel et impliquant des clercs doivent être jugés par les tribunaux publics lorsque accusés au criminel (Cod. Th. 16:2:23). Ce traitement préférentiel des clercs en matière civile fut également la politique d’Arcadius et d’Honorius en 398 (Cod. Just. 1:4:7) et fut maintenu par l’empereur Valentinien III en 452 (Novelle 35).

Constantinople au XVe siècle – Cliquez pour élargir – Voyez aussi ce vidéo de reconstitution scientifique de la cité

Le Code Théodosien contient de multiples dispositions théonomiques conformes à la Bible ; en voici un échantillon…

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Les clercs doivent restés mariés

« Une chaste affection exhorte à ne pas abandonner celles qui, avant le sacerdoce de leurs époux, leur avaient été unies en mariage légitime. En effet, il n’est nullement déplacé de voir unies aux clercs celles qui, en partageant leurs vies, les ont rendus dignes du sacerdoce. » (Cod. Th. 16:2:44, 8 mai 420)

Protection des églises contre la violence

« Si quelqu’un se précipitait dans ce genre de sacrilège, à savoir que, faisant irruption dans les églises universelles [chrétiennes orthodoxes], ils se rendent coupables de violence envers les clercs et les ministres, voir envers le culte lui-même ou les bâtiments […] ces violences […] doivent être punies d’une sentence capitale contre les coupables convaincus. » (Cod. Th. 16:2:31, 15 janvier 409)

Une magistrature extraordinaire accordée à tous les citoyens chrétiens

« Qu’il soit non seulement libre mais de plus louable à chacun de poursuivre les atroces violences contre les clercs et les ministres comme des crimes d’État et de donner le châtiment à de tels crimes. » (Cod. Th. 16:2:31, 15 janvier 409)

La magistrature ordinaire réservée aux chrétiens trinitaires

 « Nous interdisons à ceux qui sont les ennemis des de la faction universelle [chrétiens orthodoxes] de servir dans la militia [fonctionnaires du palais, de l’armée et des bureaux publics] afin que personne en désaccord avec nous sur la foi et la religion ne nous soit associé. » (Cod. Th. 16:5:42, 14 novembre 408)

« Ceux qui sont souillés par l’erreur impie ou par le crime du rite païen, c’est-à-dire les gentils, ne peuvent être admis dans la militia ni décorés des charges d’administrateur et de gouverneur. » (Cod. Th. 16:10:21, 7 décembre 415)

« Quelques hérétiques osent servir soit dans les bureaux, soit parmi les agents de mission, soit parmi les palatins, au mépris de nos lois. Tous ceux que tu arrêteras comme complices de cette faute, tu ordonneras que, avec ceux qu’ils auront aidé par leur connivence à détruire nos lois et les pratiques de la religion, ils soient non seulement chassés de la milita, mais encore expulsés hors des murs de cette ville [Constantinople]. » (Cod. Th. 16:5:29, 24 novembre 395)

Protection de l’harmonie spirituelle dans la cité

« Il mérite la déportation celui qui, ni avertit par la loi générale, ni corrigé par la sentence appropriée, trouble la foi universelle [chrétienne orthodoxe] et le peuple. » (Cod. Th. 16:4:3, 7 décembre 415)

Protection de la doctrine biblique proclamée à Nicée

« Que l’on empêche la foule hérétique de tenir ses assemblées illicites. Que le nom de Dieu, Un et Très Haut, soit partout célébré ; que la foi de Nicée, transmise depuis longtemps par nos aïeux et confirmée par le témoignage et l’affirmation de la religion divine, soit toujours tenue dans une perpétuelle observance. » (Cod. Th. 16:5:6, 10 janvier 381)

Interdiction des attroupements des ariens et ultra-ariens

« Nous ordonnons que personne parmi les eunomiens ou les ariens […] n’ait la permission de construire des églises tant en ville que dans la campagne. Si d’aventure l’un d’eux avait la présomption de le faire, que la maison elle-même où aurait été construit ce qu’il est défendu de construire, ainsi que le domaine ou la propriété privée où elle se trouve soient immédiatement revendiqués au bénéfice de notre Fisc. » (Cod. Th. 16:5:8, 19 juillet 381)

« Il est interdit à tous ceux, quels qu’ils soient, que tourmente l’erreur des différentes hérésies […] de rassembler la foule, d’attirer à eux la population […] de faire quoi que ce soit, en public ou en privé, qui puisse porter atteinte à la sainteté universelle [chrétienne orthodoxe]. Mais s’il apparaissait que l’un d’eux outrepasse ces interdictions si claires […] qu’ils soient bannis de la société des gens de bien. » (Cod. Th. 16:5:11, 25 juillet 383)

Illégalité du paganisme

« Nous ordonnons de soumettre à la peine capitale les individus convaincus de s’être consacrés aux sacrifices ou d’avoir honorés les statues. » (Cod. Th. 16:10:6, 19 février 356)

Expulsion des astrologues

 « Nous ordonnons que […] les astrologues et toute secte ennemie des universels [chrétiens trinitaires] soient chassés loin de la vue même de Rome et des autres cités pour qu’elles ne soient pas souillées par la contagion due à la présence de ces criminels. » (Cod. Th. 16:5:6, 17 juillet 425)

Prohibition des chevelures extravagantes

« Que les femmes qui se seraient coupés les cheveux, contre les lois divines [1 Corinthiens 11:5] et humaines, poussées par une conviction affichée, soient écartés des portes de l’Église. Qu’il ne leur soit point permis d’accéder au mystère sacré […] Si un évêque a permis à une femme au crâne tondu d’entrer [dans une église], qu’il soit chassé de son siège et écarté avec les compagnies de ce genre […] Cela, sans aucun doute, fera loi pour ceux à corriger [et] coutume pour les corrigés. » (Cod. Th. 16:2:27, 21 juin 390)

Source des citations : Collectif, Les lois religieuses des empereurs romains de Constantin à Théodose II, Tome I : Code Théodosien XVI, Paris, Éditions du Cerf, 2005, 533 pages.

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Beaucoup de matériel du Codex Theodosianus sera repris au siècle suivant par les jurisconsultes byzantins sous l’empereur Justinien Ier dans une monumentale œuvre légale, le Corpus Iuris Civilis, dont le noyau — appelé Codex Justinianus — publié en l’an 529, « contient quatre mille sept cents articles, [est] divisés en douze livres [et] est le fondement du droit civil moderne » (source). Mais ce droit byzantin n’est-t-il pas que du droit romain récupéré ? Des spécialistes soutiennent plutôt l’inverse : « Le droit romain est finalement plus byzantin que romain ! […] Ce n’est pas le moindre mérite de Byzance d’avoir su distinguer le juridique du judiciaire. Un juriste glose les textes fondateurs du droit ; un juge a pour mission non de les appliquer brutalement, mais de s’en inspirer pour régler un cas individuel. Cette large vue panoramique des horizons du droit est quelque chose d’entièrement neuf, de très byzantin » (source).

Juristes dans un manuscrit enluminé du Corpus Iuris Civilis, vers 1330, Université de Bologne – Cliquez pour élargir

Pendant ce temps en Occident, le roi des Wisigoths, Alaric II promulgue en 507 un condensé de droit romain rédigé par des juristes de l’élite gallo-romaine, le Bréviaire d’Alaric. Ce code en plusieurs volumes regroupe une sélection rubriquée et commentée d’actes du Codex Theodosianus, des Novelles post-théodosiennes et du matériel tiré d’autres recueils de droit romain plus anciens (Codex Gregorianus et Hermogenianus, extraits des manuels de Gaïus, Paulus et Papinien). Ce nouveau corpus est émis comme l’unique code de droit ayant force de loi dans les territoires wisigoths, soit dans la majeure partie de l’Hispanie et à l’Aquitaine (correspondant alors à l’espace entre la Loire et le Rhône).

Bien que les Wisigoths fussent rapidement refoulés en Septimanie et au-delà des Pyrénées par les Francs Saliens de Clovis Ier, celui-ci reconnut le Bréviaire d’Alaric comme droit du Regnum Francorum au concile d’Orléans en 511, parallèlement à la Loi salique. Les Francs l’introduisirent en Burgondie après l’avoir conquise en 534. Le Bréviaire d’Alaric « a été appliqué sans arrêt pendant tout le Haut Moyen Âge » (cf. p. 26). La vigueur séculaire de ce Bréviaire est entre autre attesté, respectivement, dans les régions où il avait été reçu par les Burgondes (nombreux manuscrits dans les bibliothèques du Lyonnais et de Bourgogne) et chez les Mérovingiens (le Praeceptum du roi Clotaire II, adopté à l’Assemblée de Bonneuil vers 618, paraphrase cet abrégé). En Hispanie wisigothique, l’influence du Bréviaire est attestée dans le droit lusitanien.

Le Bréviaire d’Alaric reprend la politique théodosienne selon laquelle « toutes les affaires religieuses, théologiques ou disciplinaires devaient être traitées lors des synodes diocésains. En revanche, le juge civil n’était saisi que pour les affaires criminelles » (cf. p. 67). Le Bréviaire maintient aussi la politique de jugement par les pairs pour les causes civiles non-criminelles lorsque des clercs sont mis en accusation.

Puisque l’arien Alaric II cherchait en fin de règne la concorde entre les ariens et les chrétiens (qu’il avait auparavant persécutés), les juristes gallo-romains supprimèrent les articles anti-ariens (cf. p. 66) ; ils retinrent cependant les articles selon lesquels « l’apostasie avec retour au paganisme et l’entrée chez les manichéens ou dans le judaïsme étaient rigoureusement interdit » (cf. p. 69). Aux VIIIe et IXe siècles, « la loi romaine est abondamment copiée dans les scriptoria carolingiens, essentiellement sous la forme du Bréviaire d’Alaric (Lex Romana Visigothorum) dont un exemplaire devait se trouver dans toutes les bibliothèques ecclésiastiques et figurait même parmi les livres de certains laïcs » (cf. p. 279-280). Au Xe siècle le Bréviaire est toujours utilisé en Auvergne.

Puis, au XIIe siècle, le scolasticien et canoniste Gratien explique dans son Decretum que les clercs comme les non-clercs doivent être jugés par des cours ecclésiastiques si leur faute alléguée est de nature religieuse et par des tribunaux publics si leur faute alléguée est d’autre nature (consulter ce chapitre). Plus tard, pendant la Réformation calviniste, nous comprîmes que les crimes ont souvent une nature simultanément religieuse et civique (puisque dans les deux cas il est question d’éthique), que même si les juridictions de l’Église et de l’État sont distinctes il y a un chevauchement entre elles, et conséquemment que ces offenses appellent une double rétribution (cf. l’Écosse presbytérienne  ou le Béarn réformé).

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En l’an de grâce 691, le Concile in Trullo se réunit à l’initiative de l’empereur Justinien II sous le dôme (trullos) du palais impérial à Byzance. Ses acteurs ne considéraient pas former un nouveau concile, mais voyaient leur rassemblement comme une continuation du grand concile œcuménique précédent (le 5e, Constantinople III, en 681), d’où appellation de Quinisexte (entre le cinquième et le sixième) également donné à cet événement. Les patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem étaient présents parmi plus de trois cent évêques.

Ayant affronté les périls menaçant l’empire de l’extérieur (invasions slaves et bulgares dans les Balkans, pressions arabes en Asie), Justinien II et l’épiscopat grec entreprirent une rénovation morale de la société byzantine. Ainsi, plusieurs des 102 canons adoptés au concile in Trullo traduisent la loi divine à la sphère humaine (théonomie). Les conciles étant protégés et sanctionnés par les empereurs, les décisions conciliaires n’étaient pas que des mesures intra-ecclésiales, mais avaient aussi la force effective des lois civiles (sans se confondre avec elles) parce qu’appliqués par les autorités étatiques (par le Questeur du Palais sacré, notoirement). « Ce que les saints canons défendent, nous le défendons aussi par nos lois », édictait Justinien Ier en l’an 530 (Codex Justinianum 1, 3, 44). Notons au passage que le pontife de Rome fut contraint d’approuver ce concile lorsque convoqué à Constantinople en 710, malgré que le 36e canon proclame que la vielle Rome et la nouvelle Rome ont des droits égaux (reprenant en cela le 28e canon de Chalcédoine, en 451).

Référence : John McGuckin, The Ascent of Christian Law – Patristic and Byzantine Formulations of a New Civilization, St Vladimir Seminary Press, Yonkers, 2012, p. 224-232 sur 279.

Voici la reproduction de ces canons théonomiques du concile in Trullo…

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13. Des prêtres et des diacres, qu’ils peuvent garder leurs épouses.

Comme nous avons appris que dans l’Église de Rome il s’est établi comme règle qu’avant de recevoir l’ordination de diacre ou de prêtre les candidats promettent publiquement de ne plus avoir des rapports avec leurs épouses, nous, nous conformant à l’antique règle de la stricte observation et de la discipline apostolique, nous voulons que les mariages légitimes des hommes consacrés à Dieu restent en vigueur même à l’avenir, sans dissoudre le lien qui les unit à leurs épouses, ni les priver des rapports mutuels dans les temps convenables. De la sorte, si quelqu’un est jugé digne d’être ordonné sous-diacre ou diacre ou prêtre, que celui-là ne soit pas empêché d’avancer dans cette dignité, parce qu’il a une épouse légitime, ni qu’on exige de lui de promettre au moment de son ordination, qu’il s’abstiendra des rapports légitimes avec sa propre épouse ; car sans cela nous insulterions par là au mariage institué par la loi de Dieu et béni par sa présence, alors que la voix de l’Évangile nous crie « que l’homme ne sépare pas ceux que Dieu a unis » ; et l’apôtre enseigne « que le mariage soit respecté par tous et le lit conjugal sans souillure » ; et encore « es-tu lié à une femme par les liens du mariage ? ne cherche pas à les rompre ». […] Si donc quelqu’un, agissant contre les canons apostoliques, ose priver un clerc des ordres sacrés, c’est-à-dire un prêtre ou un diacre ou un sous-diacre, des rapports conjugaux et de la société de sa femme légitime, qu’il soit déposé ; de même, si un prêtre ou un diacre renvoie sa femme sous prétexte de piété, qu’il soit excommunié, et s’il persiste, déposé.

[…]

22. De ceux qui se font ordonner contre de l’argent.

Ceux qui ont été ordonnés en donnant de l’argent, qu’ils fussent évêques ou autres clercs, et non point après avoir été éprouvé et sur la foi de leurs bonnes mœurs, nous ordonnons qu’ils soient déposés, eux et ceux qui leur ont conféré les ordres.

23. Que l’on ne doit rien percevoir, en donnant la communion.

Personne d’entre les évêques, prêtres ou diacres ne doit en donnant la sainte communion exiger de celui qui la reçoit de l’argent ou une espèce quelconque pour cette communion ; car la Grâce de Dieu n’est pas à vendre et nous ne transmettons pas la sanctification de l’Esprit contre de l’argent, mais au contraire nous faisons part du don de Dieu aux dignes sans arrière-pensée. S’il constate que quelque membre du clergé exige n’importe quelle espèce de celui à qui il donne la sainte communion, qu’il soit déposé, comme sectateur de l’erreur et du méfait de Simon le magicien.

24. Qu’un clerc supérieur ou un moine ne doivent pas monter à l’hippodrome.

Qu’il ne soit permis à personne dans les ordres majeurs ni à un moine de monter à l’hippodrome ou d’assister aux jeux du théâtre. […] Si quelqu’un est pris faisant cela, qu’il cesse ou qu’il soit déposé.

[…]

50. Que ni clercs ni laïcs ne doivent jouer aux dés [sous-entendu : jeux d’argent].

Que personne, soit laïc, soit clerc, ne joue aux dés dorénavant. Si quelqu’un est convaincu de ce fait, clerc, qu’il soit déposé, laïc, excommunié.

[…]

60. De ceux qui font semblant d’être possédés.

L’apôtre nous clamant : « Celui qui s’unit au Seigneur devient avec lui un même esprit », il en ressort clairement que celui qui entre dans la familiarité du démon, devient un avec lui par les rapports qu’il a. Donc, ceux qui font semblant d’être possédés du démon et imitent exprès dans leur conduite malhonnête la manière de faire des possédés, nous avons décidé qu’on les châtie de toutes façons et qu’on leur fasse subir les durs traitements et les peines, auxquelles on soumet à juste titre les vrais possédés pour les délivrer de l’action du démon.

61. Des devins, sorciers et meneurs d’ours.

Ceux qui recourent aux devins ou aux surnommés « centurions » ou à d’autres gens de cette sorte, afin d’apprendre d’eux ce qu’ils voudraient qu’on leur révèle, qu’ils soient soumis à la peine canonique de six ans, conformément à la décision des pères à leur sujet. À la même peine canonique doivent être aussi soumis ceux qui mènent en laisse des ours ou d’autres animaux de la sorte, pour tromper les esprits simples et leur nuire en leur prédisant, à la manière des radotages de l’erreur, fortune, destin, généalogie et foule de termes semblables ; de même ceux qu’on appelle chasseurs de nuages, ceux qui jettent des charmes, qui distribuent des phylactères et les devins. S’ils persistent dans ces sortilèges et ne s’en abstiennent pas et ne fuient pas ces pratiques funestes et païennes, nous ordonnons qu’on les rejette totalement de l’Église, comme le prescrivent les saints canons. « Que peut-il, en effet, y avoir de commun entre la lumière et les ténèbres, dit l’apôtre, et quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles, ou quelle part le fidèle a-t-il avec l’infidèle, et quel accord existe-t-il entre le Christ et Bélial » ?

62. Des calendes et des fêtes de Vota et de Broumalia [carnavals polythéistes].

La cérémonie appelée « Calendes », celle dite « Vota » et celle dite « Broumalia », de même que la fête du premier jour du mois de mars, nous voulons qu’elles disparaissent totalement du genre de vie des fidèles. De même, les danses publiques des femmes, capables de causer bien des ravages et du mal, de plus les danses d’hommes ou de femmes qui se font, selon un usage antique, mais étranger au genre de vie d’un chrétien, sous le vocable de ceux que les païens ont nommé faussement des dieux, nous les rejetons, en ordonnant qu’aucun homme ne revête un costume féminin, ni une femme le costume qui revient à un homme ; de ne point porter des masques comiques ou satiriques ou tragiques ; de ne point révoquer le nom de l’abominable Dionysos en foulant le raisin dans les pressoirs ; ni de provoquer le rire au moment où l’on remplit de vin les tonneaux, agissant par ignorance ou par frivolité comme ceux qui sont possédés par l’erreur des démons païens. Ceux donc qui essaieront de commettre l’un des actes énumérés, sachant ce que nous venons de dire, s’ils sont clercs, qu’ils soient déposés, si ce sont des laïcs, qu’ils soient excommuniés.

[…]

65. Des feux que certains allument devant leurs maisons au début de chaque mois [rites païens].

Les feux que certains allument au premier jour du mois devant leurs ateliers ou leurs maisons, feux que certains s’appliquent à sauter d’un bond selon un usage antique, nous ordonnons que dès à présent ils soient abolis. Si donc quelqu’un ose faire cela, clerc, qu’il soit déposé, laïc, excommunié. Il est en effet écrit dans le quatrième livre des Rois : « Manassé éleva un autel en l’honneur de toute l’armée des cieux, dans les deux parvis du temple du Seigneur il fit passer ses enfants par le feu il s’adonna aux pratiques des astrologues et des augures il institua des ventriloques et des devins, et il ne cessa d’irriter le Seigneur en faisant ce qui est mal à ses yeux » [II Rois 21:2-6].

[…]

70. Que les femmes ne doivent pas parler pendant le culte.

Qu’il ne soit pas permis aux femmes de parler dans le temps de la sainte liturgie, mais, selon la parole de l’apôtre Paul,  » qu’elles se taisent, il ne leur a pas été donné, en effet, de parler, mais de se soumettre, comme le dit aussi la loi. Si, cependant, elles veulent savoir quelque chose, qu’elles interrogent leurs maris chez elles « .

71. Que les étudiants en droit ne doivent pas adopter des usages païens.

Les étudiants en droit civil ne doivent point suivre les mœurs païennes, ni courir les amphithéâtres de jeux, ni faire ce qu’on appelle les sauts périlleux [initiations universitaires de mauvais goût], ni se mettre des costumes étrangers a l’usage commun [idem], soit au temps de la rentrée des classes, soit à leur terme, soit en un mot dans le cours de leur instruction. Si quelqu’un ose dorénavant le faire, qu’il soit excommunié.

72. Qu’un homme orthodoxe ne doit pas épouser une femme hérétique.

Qu’il ne soit pas permis a un homme orthodoxe de s’unir à une femme hérétique, ni à une femme orthodoxe d’épouser un homme hérétique et si pareil cas s’est présenté pour n’importe qui, le mariage doit être considéré comme nul et le contrat matrimonial illicite est à casser, car il ne faut pas mélanger ce qui ne se doit pas, ni réunir un loup a une brebis. Si quelqu’un transgresse ce que nous avons décidé, qu’il soit excommunié. Quant à ceux qui étant encore dans l’incrédulité, avant d’être admis an bercail des orthodoxes, s’engagèrent dans un mariage légitime, puis, l’un d’entre eux ayant choisi la part la meilleure vint à la lumière de la vérité, tandis que l’autre fut retenu dans les liens de l’erreur sans vouloir contempler les rayons de la lumière divine, si l’épouse incroyante veut bien cohabiter avec le mari croyant, ou vice versa le croyant avec la non-croyante, qu’ils ne se séparent pas, car selon le divin apôtre, « le mari non croyant est sanctifié par sa femme, et la femme non croyante est sanctifiée par son mari ».

75. Qu’on ne doit pas pousser des cris désordonnés en chantant dans l’église.

Ceux qui se rendent dans les églises pour y chanter, nous ne voulons pas qu’ils chantent d’une façon bruyante et désordonnée et forcer la nature a pousser des cris, ni qu’ils emploient des textes qui ne sont pas les textes convenables et coutumiers à l’Église ; mais qu’au contraire ils présentent avec beaucoup d’attention et de componction leurs psalmodies à Dieu qui voit les secrets des cœurs ; car la sainte parole nous apprend « que les fils d’Israël doivent être pieux ».

[…]

77. Que les clercs et les moines ne doivent pas se baigner dans les bains publics en compagnie de femmes.

Qu’il ne faut pas que des clercs dans les ordres majeurs, ou de simples clercs ou des mômes se baignent dans les bains publics en compagnie de femmes : pas même les laïcs ne doivent le faire, car c’est là le premier reproche fait aux païens. Si quelqu’un est convaincu de cela, clerc, qu’il soit déposé, laïc, excommunié.

[…]

83. Qu’il ne faut pas donner la sainte eucharistie au corps des défunts.

Que personne ne donne la sainte eucharistie en communion aux corps des défunts ; il est en effet écrit « prenez et mangez », or les cadavres des morts ne peuvent ni prendre ni manger.

85. Que les esclaves affranchis reçoivent la liberté en présence de trois témoins.

« Sur la foi de deux et de trois témoins doit être décidée toute affaire », nous apprend la Sainte Écriture ; nous ordonnons donc que les esclaves affranchis par leurs maîtres obtiendront cet honneur devant trois témoins, qui confirmeront par leur présence l’affranchissement et seront les garants de l’acte accompli.

87. De celle qui a quitté son mari ou de l’homme qui a quitté sa femme pour s’unir à une autre personne.

« La femme qui a abandonné son mari est une adultère, sa elle est allée avec un autre », selon le divin saint Basile, qui a glané cela très à propos dans le prophète Jérémie, que « si une femme mariée a été avec un autre homme elle ne retournera pas à son mari, mais souillée, elle restera dans sa souillure » ; et encore : « Qui garde chez lui une femme adultère, est un insensé et un impie ». Si donc il constate que la femme a quitté son mari sans raison plausible, celui-ci sera estimé digne d’excuse, celle-là, de peines canoniques : et l’excuse [du non-coupable] lui vaudra de pouvoir communier. D’autre part, celui qui a abandonné la femme épousée légitimement et en a pris une autre, tombe sous la condamnation de l’adultère, selon la décision du Seigneur.

[…]

91. Des peines canoniques contre celles qui donnent et reçoivent des poisons abortifs.

Les femmes qui procurent les remèdes [sic] abortifs et celles qui absorbent les poisons à faire tuer l’enfant qu’elles portent, nous les soumettons a la peine canonique du meurtrier.

92. Du rapt des femmes sous prétexte de mariage.

Ceux qui ont commis un rapt de femme sous le prétexte de mariage, ou bien y coopèrent ou y aident, le saint concile ordonne que s’ils sont clercs, ils soient déchus de leur dignité, s’ils sont laïcs, qu’ils soient anathématises.

93. Que celle qui vit avec un autre homme avant d’être certaine de la mort de son mari commet un adultère.

La femme dont le mari est parti et est porté disparu, si avant d’avoir la preuve de sa mort, en épouse un autre, elle est coupable d’adultère. De même les femmes de soldats, qui se sont remariées, leurs maris étant portés disparus, sont dans le même cas que celles qui n’ont pas attendu le retour de leurs maris partis au loin ; sauf que pour elles il y a une certaine excuse, vu que la mort y est plus probable. Quant à celle qui a épousé sans le savoir un homme abandonné par sa femme, puis au retour de celle-ci fut laissée par l’homme, certes elle a commis la fornication, mais sans le savoir ; pour cette raison il ne lui sera pas interdit de se marier : cependant il vaudrait mieux qu’elle restât comme elle est. Si jamais le soldat, dont la femme à cause de sa longue absence s’est remariée à un autre homme, revient, il reprendra, s’il le veut, sa propre femme, en accordant son pardon de la faute par ignorance à elle et à l’homme qui l’a épousée en secondes noces.

94. De ceux qui font des serments païens.

Ceux qui font des serments païens, le canon leur impose des peines et nous aussi, nous leur imposons l’excommunication.

[…]

96. Que l’homme ne doit pas faire de sa chevelure un piège de péché [coiffures efféminées].

Ceux qui ont revêtu le Christ par le baptême ont confessé par là qu’ils imiteront sa vie dans la chair. Donc ceux qui pour la ruine des âmes arrangent leur chevelure et l’ordonnent en tresses savantes, offrant ainsi des pièges aux âmes faibles, nous voulons les guérir spirituellement par la peine canonique appropriée, afin de les éduquer et leur apprendre à vivre sagement, en laissant de côté la fraude et la vanité de la matière pour élever sans cesse leur Esprit vers la vie impérissable et bienheureuse, mener dans la crainte du Seigneur une vie chaste, s’approcher de Dieu, dans les limites du possible, par une vie pure, et orner l’homme intérieur plutôt que l’extérieur par la vertu et des mœurs honnêtes et irréprochables : ainsi ne porteront-ils plus aucune trace de la grossièreté de l’ennemi. Si quelqu’un agit contre le présent canon, qu’il soit excommunié.

[…]

98. De celui qui a épousé une fiancée du vivant de son fiancé.

Celui qui contracte mariage avec une femme fiancée à un autre, du vivant encore de son fiancé, qu’il ait à répondre du péché d’adultère.

[…]

100. Qu’il ne faut pas peindre des tableaux poussant à la luxure [péché sexuel].

« Que tes yeux regardent droits », et « garde ton cœur plus que tout autre chose », nous commande la Sagesse ; car, très facilement les sensations corporelles influencent l’âme. C’est pourquoi nous ordonnons qu’on ne peigne plus soit sur tableaux soit autrement les peintures qui charment la vue et corrompent l’esprit et allument les flammes des désirs impurs. Si quelqu’un entreprend de faire cela, qu’il soit excommunié.

Traduction : Église orthodoxe d’Estonie

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Commentant la proximité et la complémentarité des canons conciliaires et du droit civil dans l’Empire byzantin, McGuckin conclut que « La loi civile romaine fut adoucie, raffinée, et harmonisée avec les principes maîtres que sont la compassion, la justice et la réformation par la présence parallèle d’une loi ecclésiastique. » Par cette juxtaposition de « deux systèmes de lois distincts mais profondément consistants l’un à côté de l’autre, presque comme deux ailes de l’administration impériale, un système singulièrement sensible et reflétant tant les vertus civiques que les valeurs morales pouvait être promulgué. » D’ailleurs, à partir du Xe siècle, « c’était principalement les canonistes qui colligeaient, révisaient et reproduisant le droit impérial. Par conséquent, le droit fut de plus en plus considéré pour ses références aux préoccupations de l’Église, pour ses préoccupations morales et pastorales. Le droit, même le droit civil d’État, est devenu profondément sacralisé. » (p. 235)

Voir aussi : Le proto-protestantisme byzantin au Haut Moyen Âge

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L’historien Robert Muchembled a, dans plusieurs de ses travaux, démontré que la « grande chasse aux sorcières », qui a agité l’Europe de la fin du siècle XVIe à celle du XVIIe (et non au Moyen Âge), fut générée par l’expansion judiciaire des gouvernements séculiers, laquelle bouleversa profondément l’équilibre des sociétés rurales, plutôt que par un vague obscurantisme propagé par les églises comme on voudrait nous le faire croire. Voici donc des extraits de l’un de ses articles sur le sujet.

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L’intensité et la continuité des persécutions, nées de la volonté des gouvernants, dépendent ainsi de la capacité d’adhésion d’une partie des paysans au message qui leur est proposé : il est de ce fait possible de définir des communautés « ouvertes » ou « fermées » à la persécution et plus généralement de proposer un modèle explicatif global valable dans divers pays d’Europe aux XVIe et XVIIe siècles. La chasse aux sorcières n’est-elle pas un simple épisode parmi d’autres, malgré son aspect spectaculaire, d’une conquête des campagnes occidentales par la Loi et par l’ordre ? En d’autres termes, ne s’agit-il pas partout et toujours de la pénétration du pouvoir contre les particularismes et contre les habitudes des ruraux de régler généralement leurs problèmes entre eux en ayant le moins possible recours aux tribunaux extérieurs ? Le mythe diabolique en ce sens débouche sur une sociologie de l’autorité.

[…]

Persécuteurs et héritiers des inquisiteurs, les démonologues naissants s’imaginent […] dans un monde saturé de diabolisme où les adeptes secrets du démon préparent la ruine de leurs efforts. […] Cette construction mentale acquiert cependant une grande efficacité que plus tard et en particulier dans les États profondément influencés par la Contre-Réforme tridentine comme les Pays-Bas espagnols. La chasse aux sorcières atteint ses formes les plus épidémiques et sa plus grande intensité entre 1590 et 1620 par suite de la publication d’édits princiers spécifiques en 1592 et en 1606 qui déclenchent une terrible répression conduite par les cours de justice laïques.

[…]

L’ère du soupçon est née, encore aggravée, dans les Pays-Bas [méridionaux, restés catholiques] par exemple, par la propension des autorités à récompenser les dénonciateurs d’auteurs de crimes graves : sous Charles Quint déjà, une partie des biens confisqués aux protestants est promise ceux qui les font prendre. De telles pratiques ne font que se développer par la suite. […] Une poussée de vengeance privée se produit ainsi contre les prétendus suppôts de Satan parallèlement à la montée de la persécution officielle [anti-calviniste] après 1606 dans plusieurs provinces des Pays-Bas espagnols.

[…]

La chasse aux sorcières est un effet de l’acculturation des campagnes par les élites religieuses et politiques. […] L’adhésion d’une partie des paysans la persécution de leurs voisins ne peut se comprendre que dans une optique sociale et politique, pour éviter l’erreur fondamentale qui verrait dans les bûchers de sorcellerie un simple phénomène religieux.

[…]

Créé par des théologiens, le mythe satanique aboutit des condamnations massives il est appliqué par des juges laïques : on oublie trop souvent le fait que les bûchers de sorcellerie sont directement reliés au pouvoir civil. L’Église a fourni les armes idéologiques et continue à l’époque moderne, par exemple dans les Pays-Bas espagnols, à conseiller le prince dans la lutte contre le démon. Mais les poursuites sont le fait officiers royaux. […] Tous [ces officiers] n’en sont pas moins des agents de l’autorité judiciaire qui s’imprègnent des principes de la répression pénale qu’ils appliquent. Or celle-ci s’organise dans plusieurs États européens autour de principes nouveaux : la justice royale ne cherche plus seulement garantir la paix comme au Moyen Âge mais elle définit une pyramide hiérarchisée de délits et de peines.

[…]

Un premier élément explication de la chasse aux sorcières réside dans cette mutation politique et institutionnelle. Le droit criminel qui émane des structures politiques nouvelles crée les conditions de la persécution. Et l’usage de la torture […] multiplie évidemment les coupables. Les pays qui n’en usent pas ou qui le font avec modération, comme l’Angleterre, le Danemark, et la Suède [pays protestants], ne connaissent que peu de bûchers : indice d’une évolution pénale différente, c’est-à-dire une mutation des structures politiques n’allant pas dans le même sens que dans les royaumes absolutistes. L’originalité des Provinces-Unies [Pays-Bas septentrionaux, devenus calvinistes] où la chasse aux sorcières s’éteint dès le début du XVIIe siècle trouve sans doute là une de ses explications : les particularismes judiciaires sont grands dans ce pays [donc où l’autorité laïque était incapable de mener une répression systématique].

[…]

Les juges sanguinaires ne peuvent pas longtemps agir s’ils épousent pas les normes et les besoins du milieu où ils vivent. Tel est le cas en Angleterre où les exécutions de sorcières à l’époque de la première révolution font figure d’exceptions [malgré que les puritains eurent pris le pouvoir] dans une période de crise.

[…]

Sa durée et son importance [du phénomène] dépendent partiellement des efforts des magistrats. Ils sont beaucoup plus essentiellement fonction de la fa on dont réagissent les paysans eux-mêmes.

[…]

L’Artois fait figure de région « fermée » la pénétration de la justice officielle dans les villages alors que la Flandre et le Hainaut sont nettement plus « ouvertes ». […] La terminologie adoptée […] à propos des villages anglais « ouverts » ou « fermés » pour expliquer les variations régionales et locales de ce mouvement est parfaitement opératoire […] pour comprendre les différences énormes observables dans la grande chasse aux sorcières. Non seulement en distinguant des provinces « ouvertes » comme la Flandre et « fermées » comme l’Artois au sein du même État, mais également en opérant des distinctions chronologiques et entre les États.

Le Danemark par exemple doit probablement […] aux garanties juridiques laissées aux accusés le fait de avoir pas connu de nombreux bûchers alors qu’une forte poussée démographique et l’émergence d’accusations de sorcellerie marquent le XVIIe siècle. Aux Provinces-Unies, l’importance des villes, l’intégration plus ancienne du monde rural, les particularismes juridiques et surtout l’inadaptation de la démonologie aux structures mentales des élites [calvinistes] expliquent sans doute l’arrêt précoce des poursuites. Le cas suédois devrait être vu de près dans cette optique : on peut dès à présent noter un frein judiciaire avec la limitation de la torture et un développement tardif des procès dans des provinces surtout côtières peut-être plus marquées alors que intérieur par des changements socio-économiques.

[…]

L’arbre ne doit pas cacher la forêt : moins religieuse que fondamentalement politique, la chasse aux sorcières est une pierre parmi autres de l’œuvre de désenclavement des campagnes.

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