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Archive for octobre 2011

La décadence de « l’Église d’Angleterre » :

La congrégation puritaine de Scrooby au Nottinghamshire :

Les Puritains de Srcooby en exil à Amsterdam puis Leyde en Hollande :

Le passage des Puritains anglais de Leyde à l’Amérique :

L’embarquement déchirant en Europe et la traversée de l’océan :

Le Pacte du Mayflower ratifié lors de l’arrivée à Cape Cod au Massachusetts :

Une alliance entre les Puritains et les Amérindiens :

La première Action de Grâce :

La Revue réformée s’est penchée sur l’influence de Calvin aux États-Unis :

Les terres d’Amérique du Nord ont, en effet, été colonisées par des hommes et des femmes pour qui les convictions religieuses constituaient souvent une question de vie ou de mort. […] Ce sont surtout des colons avides de Dieu, assoiffés de liberté religieuse, qui s’y sont installés, fuyant les persécutions dont ils étaient victimes sur le Vieux Continent.

[…]

Ce premier exil protestant [anglais en Europe continentale] se dirigea en priorité vers les terres nouvellement calvinistes du continent, qui se montrèrent particulièrement sûres et accueillantes : cités helvétiques (à commencer par Genève), sud-ouest du Saint-Empire [Palatinat du Rhin, Francfort, Strasbourg]. Les nombreux réfugiés anglais y furent sensibilisés aux spécificités du calvinisme, découvrant le projet réformé d’alors, qui visait à une reconstruction systématique de la société sur la base des enseignements bibliques tels que Jean Calvin les avait exposés dans son œuvre. Cet exil en terre calviniste eut une influence déterminante sur les réfugiés anglais. La plupart d’entre eux retournèrent ensuite en Angleterre, à la mort de Marie Tudor [la Reine sanglante], avec une vision renouvelée de leur projet : c’est désormais en référence au calvinisme qu’ils envisagèrent la poursuite de la Réforme anglaise. Ils ne revinrent pas les mains vides : leur exil fut ainsi marqué par « une nouvelle édition anglaise du Nouveau Testament, à forte empreinte calviniste, qui fut à l’origine de la Bible de Genève, sans égale dans l’Angleterre d’Élisabeth » […] Leurs convictions principales peuvent être résumées en quatre thèmes, qui vont profondément marquer la culture religieuse des colonies américaines et de ses « Pères pèlerins » (Pilgrim Fathers).

Leur première conviction est celle de la totale dépendance des humains vis-à-vis de Dieu pour leur salut.

[…]

La deuxième conviction des puritains calvinistes est l’autorité de la Bible, conformément au principe protestant du Sola Scriptura, « l’Écriture seule ». Cette idée d’« autorité » n’est pas à comprendre seulement en terme de doctrine. La Bible, certes, doit seule fonder la doctrine, mais « l’autorité » de la Bible va plus loin : elle implique que le chrétien ne doit faire que ce que la Bible prescrit, et ne rien faire qui soit contraire à son enseignement.

[…]

Au Massachusetts, sous la conduite de John Winthrop (1588-1649), les colons « vont plus loin que les puritains d’Angleterre […] La vie civile devra être réglée selon l’interprétation puritaine des Écritures ».

[…]

Le troisième trait saillant des convictions puritaines est l’idée que Dieu a créé la société comme un « tout » unifié. L’État, l’Église, la sphère publique et la sphère individuelle sont liés, complémentaires, et sous la souveraineté de Dieu. La Genève de Calvin correspondait à cette exigence d’une « sphère d’union à son Dieu, de glorification de son Dieu » (Denis Crouzet) dans toutes les dimensions de la vie de la cité. […] La plupart des puritains américains qui peuplent le Nouveau Monde au XVIIe siècle entendent reconstruire la Cité de Dieu sur la base des principes protestants d’inspiration calviniste.

[…]

La quatrième composante majeure des convictions puritaines est la certitude que Dieu communique et œuvre avec les humains au travers d’une « alliance » (covenant). La Bible met en scène, à leurs yeux, une série d’alliances entre Dieu et ses créatures. D’où l’importance, dans les congrégations, dans les assemblées, d’engagements solennels, d’alliances au travers desquels les croyants manifestent leur désir de marcher selon les commandements de Dieu. À l’échelle [inter]nationale, les puritains estiment, de même, qu’il existe des « alliances » spécifiques entre telle nation et Dieu. La nation qui deviendra « américaine » éprouvera très tôt cette conviction d’une alliance particulière contractée avec Dieu.

[…]

Le premier établissement anglais permanent fut en Virginie, dès 1607. […] En mai de cette année 1607, les colons ne manquent pas de célébrer un culte de reconnaissance avec le révérend Robert Hunt, et le tout premier code de loi de Virginie impose comme obligatoire l’assistance au culte dominical ! Le second établissement permanent de colons anglais, à Plymouth, en 1620, fut bien davantage marqué par le puritanisme. Comme le rapporte le chroniqueur de cette implantation, William Bradford (1589-1657), « ils savaient qu’ils étaient des pèlerins et ne regardaient pas tant (à leurs terres) qu’aux réalités célestes vers lesquelles ils levaient les yeux, tranquillisant leur esprit en contemplant leur pays le plus cher ». Venus par le Mayflower, ils arrivèrent au Cap Cod, début novembre 1620. Avant de quitter le bateau, les pèlerins firent cette alliance, sur la droite ligne des usages puritains : « Ayant entrepris pour la gloire de Dieu, et l’avancement de la foi chrétienne, et pour l’honneur de notre roi et de notre pays, un voyage pour planter la première colonie au nord de la Virginie, nous présents faisons solennellement et mutuellement, en la présence de Dieu et les uns envers les autres, une alliance dans le corps politique, pour une meilleure organisation et préservation, pour atteindre les objectifs précités. »

Le gouverneur John Winthrop (1588-1649), auteur de la fameuse formule appelant l’Amérique puritaine à être une « cité sur la colline » (a city upon a hill), le pasteur John Cotton (1584-1652), le pasteur et historien Cotton Mather (1663-1728), auteur d’une fresque historique à la gloire des premiers puritains d’Amérique, le Magnalia Christi Americana, et bien d’autres vont maintenir ensuite, dans les colonies américaines, le flambeau puritain d’une alliance particulière avec Dieu.

Les écrits de Calvin jouèrent, dans cette fermentation culturelle, un rôle majeur […] Depuis la Nouvelle-Angleterre, ces principes puritains vont, ensuite, peu à peu s’étendre à la plupart des colonies, sous l’impulsion, en particulier, du « Grand Réveil » du XVIIIe siècle, où un puritain, Jonathan Edwards (1703-1758), et un méthodiste [sic : un autre puritain], George Whitefield (1714-1770), provoquent par leurs appels à la conversion une remobilisation sans précédent des églises du Nouveau Monde. Dès lors, la pensée de Jean Calvin, particulièrement à l’honneur chez la plupart des théologiens puritains, à commencer par Jonathan Edwards qui lui consacra des milliers de pages, se diffusa en profondeur dans la culture religieuse américaine, jusqu’à l’entrée du XXIe siècle.

Quelque historiens discutent de la survivance déformée de l’héritage puritain aux États-Unis (post)modernes :

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Il est de bon aloi, de nos jours, de dire que les Québécois sont un peuple métissé. On entend souvent dire que les Québécois, au sens de Canadiens-Français, sont « un des peuples les plus métissés du monde ». On évoque souvent les Amérindiens et les Irlandais. C’est faux. Évidemment, le métissage n’est pas strito sensus une fatalité, il n’est pas dramatique en tant que tel, car ce n’est pas l’ethnie d’un individu qui détermine s’il est une bonne personne. Ce n’est pas une question de valeur, c’est une question de fait. Cette question historique demeure. Celle-ci devrait être approchée de façon scientifique. C’est l’historicité que l’on doit rechercher, pas une mythologie émotionnellement satisfaisante mais factuellement erronée.

Commençons par le commencement. D’où viennent les Canadiens-Français, c’est-à-dire les descendants des pionniers venus défricher la vallée du St-Laurent à l’époque de la Nouvelle-France ? Il est avéré qu’ils proviennent de presque toutes les régions françaises, mais que la majorité des contingents était surtout issue de quelques régions dans le nord-ouest du royaume. En ordre d’importance : le Poitou-Charente, la Normandie, l’Île-de-France (grande région parisienne) et la Bretagne. Les colons non-français (néerlandais, suédois, allemands, etc.) comptaient pour un pourcentage minime (2-3 %) de l’émigration.

Ces Français se sont-ils promptement métissés avec les Amérindiens, comme on le raconte ? Nullement. Il y eut bien sûr un certain nombre de mariages mixtes, mais la plupart des unions mixtes étaient des concubinages entre coureurs-des-bois et amérindiennes, et les enfants nés de ces relations furent adoptés par les communautés amérindiennes. C’est donc les Amérindiens qui se métissèrent (les Huron-Wendats blonds aux yeux bleus !), mais rarement les Canadiens-Français qui connurent peu ce phénomène.

Qu’en est-il des Irlandais, arrivés par milliers au Québec au XIXe siècle ? C’est « bien branché » de dire que 20, 30, voir 40 % des Québécois sont à moitié irlandais. En réalité, habituellement, il ne s’agit que d’un seul ancêtre lointain, aux confins de l’arbre généalogique. Un mémoire de maîtrise  en médecine soutenu à l’Université du Québec à Chicoutimi en 2007, l’Analyse démogénétique de la contribution des fondateurs irlandais au peuplement du Québec, a établit que les gènes irlandais constituent moins de 1 % du bassin génétique des Québécois de souche.

Voici d’autres renseignements initialement publiés par le groupe Genizon Biosciences (recherchistes en génétique des maladies héréditaires) :

En raison de son âge relativement jeune, du nombre limité de ses fondateurs et de sa taille actuelle très importante, la population fondatrice du Québec est une des populations les plus intéressantes pour la cartographie génique.

De par son contexte historique, le Québec se caractérise par un déséquilibre de liaison (partage génétique) optimal en raison de sa fondation, il y a 12 à 16 générations, par seulement 2 600 fondateurs effectifs [soit 1300 unions nuptiales], ainsi que de la multiplication par 80 de sa population au cours des 230 dernières années, avec une dilution génétique minime par mariages mixtes.

Le Projet BALSAC et le Programme de recherche en démographie historique de l’Université de Montréal (PRDH) constituent une documentation détaillée de la généalogie de la vaste majorité de la population fondatrice du Québec, depuis sa fondation jusqu’au temps présent. L’accès à ces bases de données facilite le processus de découverte de gènes.

[…]

L’immigration en provenance de France a pratiquement cessé par la suite [en 1760], et les mariages mixtes avec la population anglaise furent limités pour des raisons culturelles, linguistiques, religieuses et historiques. La population a d’emblée connu une expansion très rapide : pour chaque couple fondateur, on comptait en moyenne 36 enfants et petits-enfants. Il s’est également produit un phénomène de « dérive génétique démographique », où quelques familles très prolifiques ont assuré une contribution importante à la croissance de la population, ce qui a augmenté son homogénéité génétique.

[…]

La population canadienne-française actuelle est principalement issue d’une croissance très rapide de la population de colons originale. Au cours des 230 dernières années, la population du Québec a été multipliée par 80, alors que pendant la même période la population de la France, par exemple, n’a été multipliée que par 6. Avec ses 6 millions d’habitants [canadiens-français], le Québec est actuellement l’endroit au monde qui abrite la plus vaste population fondatrice génétiquement homogène.

Une fois établie l’homogénéité historique de la population québécoise de souche, se pose une autre question : mais leurs ancêtres qui ont fait la traversée, représentaient-ils, eux, ethniquement homogènes ? Vérifions pour les quatre régions principales d’origine des colonisateurs :

  1. Poitou-Charente : Les Poitevins et les Charentais descendent presque exclusivement des Gaulois celtes qui peuplèrent l’actuelle France il y a deux millénaires et demi, puisque le Poitou-Charente est à la fois situé hors de la zone de colonisation des Francs germains (au nord de la Seine) ainsi qu’hors de la zone de peuplement celtibère en Aquitaine (où des Celtes d’Ibérie fusionnèrent avec des Gaulois dès l’Antiquité).
  2. Normandie : Les Normands descendent de la fusion entre des Vikings — c’est-à-dire des Germains originaires de Scandinavie (Nordmen, « hommes du nord ») — établis au IXe siècle sur le territoire qui est devenue la Normandie et la population gallo-franque déjà présente.
  3. Île-de-France : Les Franciliens descendent des Gaulois celtes ainsi que des Francs germains qui se sédentarisèrent dans le Nord de la Gaule au VIe siècle après Jésus-Christ.
  4. Bretagne continentale : Les Bretons descendent des Gaulois celtes ainsi que de leurs cousins les Bretons celtes natifs de la Bretagne insulaire (actuelle Grande-Bretagne) qui passèrent du côté opposé de la Manche pour fuir l’invasion des barbares anglo-saxons au Ve siècle de l’ère chrétienne.

Précisons que si des mouvements de populations importants accompagnèrent la chute de l’Empire romain, les peuples germaniques qui migrèrent en Gaule, dans la péninsule ibérique et en Italie du Nord se comptaient en dizaines de milliers d’individus arrivant dans des pays dont les populations se comptaient en multiples millions d’habitants. Les Germains se sont imposés par leur supériorité militaire, pas par leur faible poids numérique, et c’est pourquoi ils s’assimilèrent génétiquement aux populations celtiques et italiques.

« Ainsi les Wisigoths sont peut-être 100 000 en Aquitaine [ils ne s’y mélangèrent pas avec les Aquitains et furent rapidement expulsés par les Francs] et les Burgondes environ 80 000. Quant aux Francs, ils entrent en Gaule par infiltrations successives, et ne dépassent sans doute jamais 5 % des populations romanisées. » (Source : Nadeije LANEYRIE-DAGEN et al., « Le baptême de Clovis », Mémoire de la France, Paris, Larousse, 2003, p. 76-77.)

La seule région où les Germains furent incontestablement majoritaires est l’Alsace, où les Alamans (aussi dispersés au Bade et en Helvétie) supplantèrent les Gaulois. Les Burgondes, quant à eux, s’établirent surtout en Savoie et en Helvétie, même si leur domaine militaro-commercial (la Burgondie, devenue la Bourgogne) en vint à s’étendre sur tout l’Est de la France. Ce n’est donc pas abusif de dire « nos ancêtres les Gaulois », même s’il est vrai que cette expression est simplificatrice.

Il se dégage de ce tableau une identité française clairement définie et cohérente — à double composante ethnique : celtique et germanique — que l’on peut adéquatement résumer par le qualificatif germano-celtique. D’ailleurs les Celtes et les Germains, qui appartiennent à la même famille européenne, n’étaient pas très éloignés ethno-culturellement, allant parfois jusqu’à se confondre (les historiens utilisent le terme celto-germanique pour désigner les peuplades frontalières qui combinèrent des apports celtes et germains dès le premier millénaire av. J.-C., notoirement les Belges gaulois).

Et nous pouvons en fin d’analyse comprendre que « Du IXe à la fin du XIXe siècle, la composition du peuplement de la France reste stable. […] On voit ainsi que le phénomène moderne d’immigration massive, de populations très éloignées physiquement et culturellement, qui bouleverse définitivement la composition des peuples de France, est inédit et ne s’inscrit nullement dans notre tradition. » (Source : GUYLA, « La formation du peuple français », L’Héritage, Numéro 2, été 2005, p. 14-15.)

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La Revue réformée a rassemblée des données sur les affiliations théo-idéologiques des dirigeants réformés en France. En se basant sur les critères de Jean-Paul Willaime dans Profession pasteur (Genève, Labor & Fides, 1986, chapitre 4 : Orientations et clivages idéologiques au sein du corps pastoral, p. 125-192), François-Georges Dreyfus classe les allégeances des pasteurs et des conseillers presbytéraux (membres « laïcs » composant les petits gouvernements locaux des paroisses réformées) en quelques catégories nous permettant peut-être d’y voir un peu plus clair dans le paysage politique du milieu réformé.

J’ai allégé ces chiffres et voici les résultats. Je compte comme conservateurs ceux qui s’identifient comme orthodoxes, barthistes et évangéliques (ce dernier terme peut avoir plusieurs sens mais est historiquement synonyme de conservateur dans le contexte réformé), tandis que je compte comme libéraux ceux qui s’identifient comme tel ou qui se revendiquent de la « théologie politique » (comprendre les « protestants athées » à la Lionel Jospin).

Les conseillers de l’Église réformée de France (ERF) à Paris :

  • 50 % conservateurs
  • 22 % libéraux
  • 28 % indécis

Les conseillers de l’Église réformée de France (ERF) en province :

  • 24.5 % conservateurs
  • 15 % libéraux
  • 60.5 % indécis

Les pasteurs de l’Église réformée de France (ERF) :

  • 61 % conservateurs
  • 39 % libéraux

Les pasteurs de l’Église réformée d’Alsace et de Lorraine (ERAL) :

  • 57 % conservateurs
  • 11 % libéraux
  • 32 % indécis

Les pasteurs des Églises réformées évangéliques indépendantes (EREI) :

  • 100 % conservateurs
  • 0 % libéraux

Dreyfus cite également un sondage de 1995, selon lequel 39 % des pasteurs de l’ERF se réclament du libéralisme ou de la « théologie de la sécularisation » (sic), et en conclut :

On retrouve cette tendance dans Église et pouvoirs, le « manifeste encyclique » de la Fédération protestante de France en 1971, qui nous offrait comme modèle de société la RDA [Allemagne de l’Est communiste].

[…]

Leur libéralisme théologique a sans doute largement accéléré la sécularisation du protestantisme français réformé et du luthéranisme alsacien depuis une trentaine d’années. En 1965, il y avait en France 470 000 réformés et 300 000 luthériens : il n’y a plus aujourd’hui [en 2000] que 350 000 réformés et moins de 250 000 luthériens.

Pour revenir aux données de Willaime, à première vue, les orthodoxes semblent nettement majoritaires sur les libéraux. Mais la proportion fulgurante d’« indécis » ne cache-t-elle pas beaucoup de libéraux inconscients ou inavoués ? Les pasteurs et conseillers « indécis » s’abstiennent de répondre aux questionnaires qui leur parviennent, tellement ils veulent plaire à tous et rester politiquement corrects, ou bien car leur manque de conscience sociopolitique les empêche de s’aligner. Or l’inculture sociopolitique rime souvent avec l’incrédulité théologique.

Cependant la situation n’est peut-être pas si grave que cela. Au plan social, selon le sondage mentionné plus haut, 47 % des fidèles estiment qu’il faut « limiter le nombre des étrangers ». 42 % pensent qu’il faut « retrouver le sens des valeurs morales » et 77 % sont convaincus que « l’institution familiale est une valeur fondamentale ». De ces chiffres discordants, se dégage encore la séparation floue 50/50.

Voyez aussi sur Le Monarchomaque :

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Voici une prédication pertinente sur la légitimité des taxes imposés par les divers gouvernements de ce bas-monde : Unlawful Taxation and Unlawful Civil Government [Greg Price sur Sermon Audio].

Présentation fournie sur l’hébergeur :

Gives biblical guidelines concerning what the Bible teaches about paying taxes and introduces Scriptural teaching on how to tell if a particular civil government is lawful or unlawful. The classic Knoxian/Covenanter position defended here will certainly hold some surprises for most modern Christians. For much more on this subject see Greg Price’s book Biblical Civil Government Versus the Beast and the Basis for Christian Resistance.

Le prédicateur cite le calviniste écossais Samuel Rutherford (1600-1661), un théologien et théoricien du droit qui présenta la première théorie moderne du constitutionnalisme dans son ouvrage Lex Rex (« la loi est roi », s’oppose à Rex Lex, « le roi est loi ») en 1644 : « Fidélité à Christ ne peut pas être trahison à César »… concrètement, désobéir à la personne qui occupe l’office de « César » n’est pas désobéir à Christ, car même si c’est Dieu qui a institué cet office (Romains 13, 1 Pierre 2), il n’approuve pas nécessairement la personne qui occupe l’office. Si la personne occupant l’office travestit cet office, alors ce n’est que respecter (et défendre) ledit office que de désobéir à ladite personne et/ou la renverser.

Le réformateur français Jean Calvin disait faisait lui-même cette distinction entre la personne et la fonction des dirigeants politiques dans son Commentaire sur le De Clementia de Sénèque :

Si la religion nous contraint de à [ancien français] résister quelquefois à quelques édits tyranniques, lesquels défendent de rendre au Seigneur Jésus l’honneur qui lui appartient, et le service que nous devons à Dieu : lors nous pouvons à bon droit protester que nous ne violons point la puissance des rois. Car ils ne sont pas ainsi élevés en dignités hautes, afin qu’à la façon des géants ils tâchent de tirer Dieu hors de son trône.

Le jurisconsulte toulousain Jean de Coras, un contemporain de Calvin, Chancellier du Royaume de Navarre et auteur d’un important traité intitulé Question politique — S’il est licite aux sujets de capituler avec leur prince (1568), établissait lui aussi cette distinction entre l’office et la personne qui occupe l’office si on le lit attentivement :

Puisque le roi n’ordonne rien, le roi ne consulte rien, le roi ne dispose rien, mais toute cette administration politique passe par l’avis de ce furieux déchaîné [le Cardinal de Lorraine], si les sujets du roi y contredisent, ils ne capitulent [ratification d’un contrat entre deux parties] point avec leur prince, mais résistant aux pernicieuses entreprises de l’ennemi de Dieu et du royaume, ils capitulent pour le roi, pour sa couronne, pour sa majesté.

Dans cette prêche Greg Price dit « On [les chrétiens] ne peut pas consentir à l’autorité d’un gouvernement païen à cause de notre Alliance avec Dieu »… cette affirmation est à nuancer : Un gouvernement non-chrétien qui respecterait pleinement les droits fondamentaux des chrétiens et qui appliquerait dûment la justice civile de Dieu serait légitime. Bien sûr, l’existence de tels gouvernements reste purement conceptuelle. Chose certaine, c’est une impossibilité logique qu’un État fasse précisément ce que Dieu prohibe, ne fasse pas ce que Dieu commande, et que cet État soit moralement légitime.

Greg price affirme également « Un régnant sans autorité légitime n’a pas plus de droit légitime à taxer qu’un voleur a de droit sur notre portefeuille »… c’est la déduction logique de ce qui a été expliqué précédemment.

Greg Price distingue entre se soumettre passivement par crainte à des régnants païens et se soumettre activement par conscience à des régnants païens. En Romains 13, l’apôtre Paul avertit en apparence de ne pas faire exactement cela, mais de se soumettre car « le magistrat est serviteur de Dieu pour ton bien ». Or Paul ne se référait par là qu’à l’exercice légitime des magistratures (récolter les impôts afin de porter l’épée pour punir ceux qui font le mal), et évidemment un exercice illégitime des magistratures peut avoir lieu lorsque les personnes les occupant ne remplissent pas ce pour quoi Dieu les a mandatés (« exercer la vengeance de Dieu »).

Cette alternative mise de l’avant par Greg Price (s’inspirant de John Knox) semble être un compromis adéquat pour les situations très difficiles. Donc payer des taxes à un gouvernement peut être ou peut ne pas être une manifestation d’allégeance. Cependant, lorsque cela est possible, nous devons nous débarrasser des régnants païens persécuteurs des chrétiens, sans quoi nous nous rendons indirectement complices de leurs méfaits par nos subsides financiers et notre passivité politique.

Par ailleurs, Greg Price présente un bon cas pour dire que l’autorité romaine n’était peut-être même pas légitime en Judée au temps de Jésus, contrairement à ce qu’on prend pour acquis. Certains pourraient rétorquer que Dieu a autorisé cette domination romaine car les Juifs se seraient détournés de Dieu. C’était le cas des conquêtes faites par les Assyriens et la Babyloniens un-demi millénaire auparavant, mais il n’est pas écrit dans la Bible que Dieu utilisa les Romains pour infliger un châtiment aux Juifs à cette date. Si la Bible se prononce sur les événements géopolitiques & religieux survenus en Judée & Galilée au premier siècle de l’ère chrétienne, elle est silencieuse sur la conquête romaine du Royaume hasmonéen au premier siècle avant notre ère. Quoi qu’il en soit, la compréhension des notions bibliques générales de la légitimité des gouvernements ne dépend pas de la validité des prétentions romaines sur la Terre sainte au temps de Jésus.

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Le point de départ de la démocratie parlementaire occidentale est la Magna Carta (Grande Charte). En plein Moyen Âge, les barons anglo-normands, la ville de Londres et le clergé, excédés par la taxation et les réquisitions outrancières de leur roi Jean sans Terre, forcèrent celui-ci à signer ce prototype de constitution obligeant le monarque à limiter l’édiction d’impôts et à gouverner de pair avec un Parlement.

La rédaction de la Magna Carta se fit en sol français à l’Abbaye de Pontigny en Bourgogne du nord et fut réalisée par l’archevêque de Canterbury Étienne Langton (qui avait étudié puis enseigné la théologie pendant vingt ans à l’Université de Paris) secondé par d’autres chevaliers et jurisconsultes anglais insurgés.

La plupart des 63 dispositions de cette charte sont relatives au droit féodal et sont donc incompréhensibles pour le lecteur moyen moderne. Les préceptes qu’ils contiennent ne sont cependant pas caducs, ils ont simplement évolués au fil des siècles. Certaines dispositions ont une qualité universelle et perpétuelle, elle demeurent et demeureront toujours d’actualité : l’autonomie des pouvoirs locaux et régionaux, l’interdiction d’emprisonnement sans procès légal (habeas corpus), l’interdiction de réquisition arbitraire des personnes, l’inaliénabilité des droits de propriétés, la gratuité de la justice, la proportionnalité de la peine en cas de faute, la liberté de déplacement, la liberté du commerce (sauf avec les ennemis), etc. Voici une sélection d’articles de ce document crucial. La traduction est celle de la Bibliothèque Jeanne Hersch ; il existe des traductions sensiblement différentes sur le catalogue Cliotexte du Canton de Genève et sur la Digithèque de l’Université de Perpignan.

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Sachez que sous l’inspiration de Dieu, {…} pour l’honneur de Dieu et l’exaltation de la Sainte Église, et pour la réforme de Notre Royaume, avec le conseil de nos vénérables pères {…} Nous avons d’abord accordé à Dieu et par cette présente Charte Nous avons confirmé, pour Nous et pour nos héritiers, à perpétuité :

1. Que l’Église d’Angleterre sera libre et jouira de tous ses droits et libertés, sans qu’on puisse les amoindrir ; et Nous voulons qu’il soit constaté, qu’il est évident en vertu de cette charte, que la liberté des élections, que nous avons accordés et confirmés, sont ce qui était reconnu comme étant le plus grand besoin de l’Église d’Angleterre {…} Nous avons aussi accordé à tous les hommes libres de Notre royaume, pour Nous et pour nos héritiers à perpétuité, toutes les libertés inscrites ci-dessous pour leurs bénéfice et pour qu’ils les conservent pour eux et leurs héritiers, de Nous et de nos héritiers.

12. Aucun impôt ou aide ne sera imposé, dans Notre Royaume, sans le consentement du Conseil Commun de Notre Royaume, à moins que ce ne soit pour la rançon de Notre personne, pour faire notre fils aîné chevalier ou, pour une fois seulement, le mariage de notre fille aînée. Et, pour ceci, il ne sera levé qu’une aide raisonnable.

13. Il en sera de même pour le soutien de la Cité de Londres. Et la Cité de Londres aura toutes ses anciennes libertés et libres coutumes, autant sur terre que sur les voies maritimes. En outre, nous voulons et concédons que tous les autres cités, villages, villes et ports, auront leurs entières libertés et libres coutumes.

14. En plus, le montant d’aide levé sera déterminé par le Conseil Commun du Royaume, à l’exception des trois cas susdits. Et, pour déterminer le montant des impôts, nous convoquerons individuellement par écrit : les Archevêques, Évêques, Abbés, Comtes et Hauts Barons du Royaume {…}

15. Nous ne donnerons dorénavant à personne la permission de prendre de l’aide de ses hommes libres, à moins que ce ne soit pour la rançon de sa personne, pour faire son fils aîné chevalier ou, une fois seulement, le mariage de sa fille aînée ; et pourvu que ce soit une aide raisonnable.

19. Aucun de nos préfets ou huissier ne prendra de qui que ce soit du grain ou d’autres provisions sans payer immédiatement, à moins que le vendeur ne lui accorde volontairement crédit.

20. Pour une offense mineure faite par un homme libre, l’amende imposée sera proportionnelle à la gravité de l’offense, et il en sera ainsi pour une offense plus grave, mais sans le priver de son gagne-pain. La marchandise d’un marchand sera ainsi épargnée, et un agriculteur pourra garder ses accessoires agricoles, s’ils devenaient sujets à la merci de Notre cour. Aucunes des susdites amendes ne seront imposées sans le témoignage sous serment d’hommes honnêtes et justes du voisinage.

30. Aucun de nos Shérif ou Huissiers ou autres ne prendra les chevaux ou les charrettes de quiconque pour le transport, sans la permission du propriétaire.

31. Ni Nous, ni nos Huissiers ou autres, ne prendront le bois d’un citoyen pour nos châteaux ou autres besoins, sans la permission du propriétaire du bois.

34. L’acte judiciaire praecipe in capite {obligation de prouver le droit d’une propriété quelconque par un autre moyen que la possession} ne sera dorénavant pas émis pour le propriétaire d’une propriété inaliénable, si ledit acte pouvait priver un homme libre de sa cour {la « présomption de propriété » est donc accordée sans exigence de preuve supplémentaire}.

38. Aucun Huissier ne soumettra dorénavant quiconque à sa loi, sur sa seule accusation non corroborée, sans produire des témoins fiables convoqués pour cette raison.

39. Aucun homme libre ne sera saisi, ni emprisonné ou dépossédé de ses biens, déclaré hors-la-loi, exilé ou exécuté, de quelques manières que ce soit. Nous ne le condamnerons pas non plus à l’emprisonnement sans un jugement légal de ses pairs, conforme aux lois du pays.

40. À personne Nous ne vendrons, refuserons ou retarderons les droits à la justice.

41. Tous les marchands (s’ils n’en avaient pas été interdits auparavant) pourront sortir et entrer en Angleterre, y demeurer et circuler librement en toute sécurité par voies terrestres ou voie maritime, pour acheter ou vendre, d’après les anciens droits et coutumes, sans péage malveillant, excepté en temps de guerre {…}

42. Il sera dorénavant légal pour toute personne qui Nous est loyal de sortir de notre royaume et d’y revenir, librement et en toute sécurité, par voie terrestre ou voie maritime. Sauf temporairement, en temps de guerre, pour le bien commun du Royaume. Et, à l’exception des prisonniers et des hors-la-loi, qui seront traité d’après les lois du pays, et du peuple de la nation qui en guerre contre nous. Les marchands seront traités tel que susdit.

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Signalons que grâce à l’ignorance postmoderne, la moitié de Britanniques ne savent pas ce qu’est la Magna Carta.

Voir aussi sur Le Monarchomaque : Petit manuel du pouvoir légitime (et illégitime)

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