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Archive for septembre 2011

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Plongeons dans la pensée théocentrique des réformateurs et des huguenots français du XVIe siècle. Les citations suivantes sont tirées de l’ouvrage L’Honneur et la foi : Le droit de résistance chez les réformées français (1536-1581) publié par la Librairie Droz en 2012 ainsi que de l’article Calvin monarchomque ? Du soupçon à l’argument publié dans la revue quadrilingue Archives pour l’histoire de la Réformation en 1998.

Qu-est-ce qu’un gouvernement légitime ? Un gouvernement limité et mesuré.

Un bon dirigeant politique « ne reconnait pas seulement ses frères pour prochains & comme associés : mais aussi tient pour frères tous les principaux Officiers du Royaume, et n’a point honte de confesser que c’est d’eux qu’il a la couronne. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyranos, 1581.

« Ceux qui étaient appelés à la couronne de France, étaient élus sous certaines lois & conditions qui leur était limitée, et non point comme tyrans avec une puissance absolue, excessive & infinie. »

— François Hotman, Francogallia, 1573.

« Pour certain [sûr] c’est une parole très fausse, & non point d’un loyal sujet à son Prince, mais d’un détestable flatteur, de dire que les souverains ne sont astreints à nulle loi. »

— Théodore de Bèze, Du Droit des magistrats, 1574.

Qu’est-ce qu’une tyrannie ? Un pouvoir qui viole la Loi de Dieu.

« Il n’y a pas de roi au monde qui ne soit pas sujet à tous ceux qui discernent entre le bien et le mal, pour être condamné pour ses vices. Si un roi est dissolu et efféminé, on dira qu’il n’est pas digne d’un tel lieu. S’il est ivrogne ou gourmand, il sera condamné aussi bien. S’il est cruel et qu’il tourmente son pauvre peuple par tributs et par taxes, on l’accusera de tyrannie. Mais cependant le jugement des hommes s’évanouit tantôt, de sorte que cette majesté éblouit les yeux, et c’est comme si on donnait un coup de marteau sur la tête de chacun : qu’on n’ose pas juger ceux qui sont élevés si haut. »

— Jean Calvin, 32e sermon sur la Genèse, 15 novembre 1559.

« Les Rois sont ordonnés de Dieu et établis par le peuple pour procurer le bien de ceux qui leur sont assujettis. Ce bien ou profit se fait voir principalement en deux choses, à savoir en l’administration de justice aux sujets et adresse aux armes pour repousser les ennemis. Certainement il faut inférer et conduire de là que le Prince qui ne sert qu’à son profit ou à ses plaisirs, qui méprise et renverse tous droits et devoirs, qui traite plus cruellement son peuple que ne ferait un ennemi du tout désespéré, peut être proprement appelé Tyran, et que les Royaumes ainsi gouvernés, quoi que de longue et large étendue, ne sont autre chose que grands brigandages. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyranos, 1581.

« Le tyran fait tous ses efforts de fuir ou d’abolir toutes assemblées publiques, redoute l’Assemblée des États, les Parlements, les Diètes ou journées pour traiter matières de l’État, fuit la lumière ne voulant être connu en ses actions, même il tient pour suspects les devises, propos & contenances des sujets. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyranos, 1581.

« Car celui est roi qui régit et administre son royaume avec règle, prudence et conseil, qui ne se croit soi-même, n’obéit à ses sensualités, mais modère toutes choses selon la raison. Au contraire, le tyran est celui qui méprise le Conseil, qui ne croit qu’à lui-même, obéissant à son appétit, et rejetant en arrière toute raison. »

— Jean de Coras, Question politique : s’il est licite aux sujets de capituler avec leur prince, 1568.

Quelle est la limite du pouvoir des gouvernants ? La Loi de Dieu.

« En l’obéissance que nous avons enseignée être due aux supérieurs, il y doit y avoir toujours une exception, ou plutôt une règle qui est à garder devant toutes choses : c’est que telle obéissance ne nous détourne point de l’obéissance de Celui sous la volonté duquel il est raisonnable que tous les édits des rois se contiennent, que tous leurs commandements cèdent à son ordonnance et que et que toute leur hautesse soit humiliée et abaissée sous sa Majesté. »

— Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, volume 4, chapitre 20, section 32.

Le souverain doit s’engager conjointement avec le peuple à être sujet de Dieu et à régner selon Ses Lois, telles que définies par « les deux Tables données à Moïse, dans lesquelles, comme en bornes immuables, l’autorité de tous Princes doit demeurer enclose. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyranos, 1581.

« Il n’y a autre volonté que celle d’un seul Dieu qui soit perpétuelle & immuable, règle de toute justice. C’est donc lui seul auquel nous sommes tenus d’obéir sans aucune exception. Et quant à l’obéissance due aux Princes, s’ils étaient toujours en la bouche de Dieu pour commander, il faudrait aussi dire sans exception qu’on leur devrait obéir tout ainsi qu’à Dieu. Mais n’advenant le contraire que trop souvent, cette condition y doit être apposée : Pourvu qu’ils ne commandent choses irréligieuses, ou iniques. J’appelle commandements irréligieux ceux par lesquels il est commandé de faire ce que la première Table de la Loi de Dieu défend, ou défend de faire ce qu’elle commande. J’appelle commandements iniques ceux, auxquels on ne peut obéir sans faire ou ommettre ce que chacun doit à son prochain selon sa vocation, soit publique, soit particulière. »

— Théodore de Bèze, Du Droit des magistrats, 1574.

« En la première Alliance [entre le souverain et Dieu] il y a obligation à piété, en la seconde [entre le souverain et la population] à justice. Par celle-là le Roy promet d’obéir religieusement à Dieu, par celle-ci, de commander justement au peuple. Par l’une il s’oblige de procurer la gloire de Dieu, par l’autre le profit du peuple. En la première il y a cette condition [de légitimité] : Si tu observes ma Loi [divine] ; en la seconde : Si tu gardes à chacun le droit qui lui appartient. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyranos, 1581.

Quelle est la limite de l’obéissance des gouvernés ? La légitimité des gouvernants.

« Si on nous commande de paillarder [se débaucher], de dérober et de meurtrir, prendrons-nous tout cela pour une loi ? Nenni. Nous dirons que ce sont [ceux qui nous commandent] des bêtes insensées qui veulent nous jeter en enfer […] Or celui qui commande qu’on offense Dieu, il commande ce qui ne vaut pas mieux que tout larcin [méfait, rapine, brigandage] […] Tiendrons-nous cela pour loi ? Nenni. Non […] Il faut que cette bride soit mise par dessus, c’est à savoir que nous ne soyons point distraits ni détournés de l’obéissance, ni de la sujétion que nous devons au Roi Souverain [Dieu], qui domine par dessus tous les princes de ce monde, sachant que les royaumes ne sont rien, sinon en tant qu’ils sont constitués de Dieu. Quelle autorité hérite un roi, sinon autant que Dieu lui donne ? Et s’il s’élève contre Dieu, faut-il qu’on lui obéisse ? Il est bien certain que non. »

— Jean Calvin, sermon sur le Livre de Daniel, 1561.

Quels sont les devoirs des citoyens ordinaires ? Défendre leur patrie contre les imposteurs intérieurs et extérieurs.

Tous sont égaux sous le devoir de « maintenir l’état légitime de sa patrie : à laquelle, après Dieu, chacun se doit soi-même, contre celui qui n’est point son magistrat, puis qu’il veut usurper, ou a usurpé telle domination contre les lois. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyranos, 1581.

« Avenant qu’une tyrannie se voulût fourrer en un État, il est permis au moindre du peuple de repousser telle usurpation. Celui qui réprime le destructeur de la patrie et de la discipline publique n’esmeut [ne commet] point de sédition, mais au contraire l’abolit. »

— Philippe de Mornay, Vindiciae Contra Tyrannos, 1581.

Que doivent faire les gouvernés qui se retrouvent soumis à un gouvernant illégitime (irréligieux) ? Le renverser et le châtier.

« Car s’il y avait en ce temps-ci des magistrats constitués pour la défense du peuple, pour refréner la trop grande cupidité et licence des rois – comme anciennement les Lacédémoniens avaient ceux qu’ils appelaient Éphores, et les Romains leurs défenseurs populaires [Tribuns de la Plèbe], et les Athéniens leurs Démarques [sortes de maires] – et comme sont possibles aujourd’hui en chaque royaume les trois États [États-Généraux] quand ils sont assemblés : À ceux qui seraient constitués en tel États, tellement que je ne leur défendrais pas de s’opposer et de résister à l’intempérance ou la crudelité des rois, selon le devoir de leur office, que même s’ils dissimulaient, voyant que les rois désordonnément vexassent le pauvre populaire, j’estimerais devoir être accusée de parjure telle dissimulation, par laquelle malicieusement ils trahiraient la liberté du peuple, de laquelle ils se devraient connaître être ordonnés tuteurs par le vouloir de Dieu. »

— Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne, volume 4, chapitre 20, section 31.

« S’il advient que les princes veulent nous détourner de l’honneur de Dieu, s’ils veulent nous contraindre aux idolâtries et superstitions, alors ils ne doivent avoir nulle autorité entre nous, non plus que les grenouilles, non plus que les poux et encore moins. Et pourquoi ? D’autant qu’il nous veut contraindre de faire une chose qui est contre la volonté du Prince souverain [Dieu], auquel nous devons obéir plutôt qu’à tous les hommes du monde, quelque soit l’autorité et la prééminence qu’ils aient par-dessus nous. »

— Jean Calvin, 41e sermon sur les Actes des Apôtres, 14 décembre 1550.

« La plus grande autorité que puissent avoir les rois de ce monde, n’est-ce point qu’ils soient serviteurs de Dieu, qu’ils soient comme ses officiers ? Or si un prince ne se contente point de ceste simplicité là, il n’est pas digne d’être accomparagé à un poux, à un ver, ou quelque autre vermine, car les poux sont encore créatures de Dieu, et voilà un vilain qui avait été institué de Dieu pour être son lieutenant, et toutefois il se moque de son Prince Souverain ! N’est-il pas digne qu’on lui crache au visage ? Nous sommes tenus d’obéir à nos princes, voire sinon qu’ils s’élèvent à l’encontre de Dieu. Mais quand ils voudront déroger de sa Majesté, qu’ils entreprendront plus qu’il ne leur est permis, si les princes s’élèvent jusque-là, fi, fi, ce n’est plus qu’ordures d’eux. Il faut qu’ils soient mis en bas, et qu’on ne tienne plus compte d’eux non plus que de savates [vieille pantoufle usée]. »

— Jean Calvin, 9e sermon sur le Livre de Daniel, 1552.

« Les rois, combien qu’ils confessent que Dieu gouverne le monde, néanmoins ne peuvent pas se persuader qu’ils peuvent être renversés de leur dignité en un moment, car ils leurs semblent qu’ils sont attachés à leur nids, et par ce moyen ils se font accroire que leur état sera permanent à toujours. »

— Jean Calvin, sermon sur le chapitre 27 du Livre de Jérémie, entre 1559 et 1562 (publié à Lyon par Claude Senneton en 1565). Notons que des agents sont requis pour renverser et abattre les régnants iniques.

« Même les rois de ce monde, quand ils sont ennemis de Dieu, nous les devons tenir comme des diables enchaînés. »

— Jean Calvin, 19e sermon sur le Second Livre de Samuel, 14 juillet 1562.

« Tous les rois et princes sont enseignés de dominer en telle sorte qu’ils fassent toujours hommage à Dieu de la supériorité qu’ils ont en main, et qu’ils se gouvernent de telle sorte que Dieu soit toujours par dessus, et qu’ils se montrent être ses vrais lieutenants et officiers, ou bien Dieu leur ôtera toute liberté, et il faudra que ceux qui leur doivent être sujets s’élèvent et les tiennent captifs et attachés. »

— Jean Calvin, 63e sermon sur le Second Livre de Samuel, 13 novembre 1562.

« [Les États-Généraux] du pays ou autres, à qui telle autorité est donnée par les lois, […] s’y peuvent et doivent opposer jusques à remettre les choses en leur état, et punir même le tyran, si besoin est, selon ses démérites. »

— Théodore de Bèze, Du Droit des magistrats, 1574.

« Cas advenant aussi que celui qui est Roy par élection ou droit héréditaire se détourne manifestement des conditions sous lesquelles & non autrement il a été reconnu & avoué pour Roy, qui peut douter que l’inférieur Magistrat du Royaume, ou de la ville ou de la Province, de laquelle il a reçu l’administration de par sa souveraineté, ne soient quittes de leur serment, au moins jusqu’à ce point qu’il leur soit loisible de s’opposer à l’oppression manifeste du Royaume, duquel ils ont juré la défense & protection selon leur charge & particulière administration ? »

— Théodore de Bèze, Du Droit des magistrats, 1574.

« Si le pape veut susciter une guerre, il faut lui résister comme à un monstre furieux et possédé ou, à vrai dire, comme à l’arctolucos [au loup-garou]. »

— Martin Luther, 1539 ; cité dans Éric FUCHS et Christian GRAPPE, Le droit de résister – Le protestantisme face au pouvoir, Genève, Labor & Fides, 1990, p. 40 sur 97.

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Tous les peuples de l’histoire de l’humanité, qu’ils constituent des tribus ou des empires, se sont dotés de métarécits, des versions de l’histoire faites sur-mesure, comprenant des doses variables de vérité et de fausseté, et donnant du sens à leur existence de façon à orienter leurs pensées et leurs actions. La vision qu’un individu a de l’histoire est fondamentale. Elle dicte son rapport à son passé, qui en retour dicte sa compréhension du présent ainsi que du futur.

Traditionnellement, les métarécits on cherchés à faire comprendre à l’individu qu’il fait partie d’une filiation, qu’il est comme le maillon d’une chaîne, qu’il y a quelque chose avant lui et après lui auquel il appartient, et que c’est lui qui tient le tout ensemble. Cette conception holiste m’apparaît tout à fait naturelle, normale et désirable : elle permet d’assurer la continuité de la société et de la civilisation. De surcroît elle est conforme à l’Évangile et complémentaire à la biologie (génétique/démographie). De tels métarécits peuvent s’élaborer et se transmettre sans glisser dans le mensonge, et n’impliquent pas nécessairement un statisme intellectuel.

Or ce n’est pas toujours le cas. Parfois les métarécits s’appuient non sur une revendication du passé, mais sur un rejet du passé. Des métarécits peuvent combiner revendications et rejets sélectifs, le catholicisme médiéval se situait ainsi par rapport à l’« Antiquité » païenne et le Réforme protestante se positionnait ainsi par rapport au « Moyen Âge » catholique.

Tout cela étant dit, notre temps (la Postmodernité) est en large partie héritier du métarécit de la Modernité, qui lui-même se voulait comme une rupture avec le « Moyen Âge » (comprenant l’« Ancien régime ») et une revendication maladroite de l’« Antiquité ».

La construction de ce métarécit moderne commence avec les humanistes italiens du XIVe siècle (Pétrarque, Boccace) qui inventèrent l’idée même de «Moyen Âge » (medium tempus), prétendu âge ténébreux médian entre l’illustre Antiquité gréco-romaine et le supposé glorieux retour à celle-ci (la« Renaissance », qualificatif encenseur que l’on doit à l’historien anticlérical Jules Michelet). Cette construction s’est poursuivie à l’époque des« Lumières » et s’est finalisée en France au XIXe siècle.

Il y a assurément, dans cette suite humanistes-philosophes-républicains, une sorte de conspiration, sinon une mauvaise volonté notoire, de tordre et de vicier l’histoire pour des motifs idéologiques et égoïstes.

Les historiens, médiévistes en tête (et souvent incroyants), ont battus en brèche ce métarécit moderne quant à son rapport au Moyen Âge (et en extension à l’Ancien régime) depuis maintenant un bon demi-siècle. Mais je constate que les rectificatifs apportés par nombre d’éminents historiens hautement qualifiés, diffusés dans quantité d’articles et d’ouvrages parfaitement accessibles, demeurent massivement inconnus du grand public, qui demeure artificiellement dans une ignorance crasse vis-à-vis la plupart de ce qui touche à l’histoire, et particulièrement le Moyen Âge.

Je dis artificiellement car je pense qu’en effet, il y a quelque chose comme une conspiration qui entretient soigneusement cette médiocrité. L’éducation est largement aux mains de l’école publique, elle-même largement aux mains de l’intelligentsia progressiste qui domine actuellement la société. Celle-ci, pour se maintenir en place, n’a aucun intérêt à améliorer l’enseignement de l’histoire en l’ajustant sur les avancées de la nouvelle historiographie professionnelle. Pourquoi ? Car le métarécit (post)moderne est la première et principale chose qui légitimise le système actuel. Questionner ce métarécit floué, le réfuter et l’écarter revient à saper les fondements même de notre société progressiste, socialiste, hédoniste, hyperindividualiste et multiculturaliste (en fin de compte, anti-chrétienne).

L’on peut correctement qualifier cela de machiavélique, la raison d’État et l’idéologie l’emportent sur la vérité, la droiture et l’exactitude. Cette volonté de cultiver l’ignorance historique est très conscience chez nos élites politiques, même si certains des rouages du système peuvent agir inconsciemment. Je pense par exemple à une de mes profs de littérature au cégep qui m’affirmait catégoriquement, le plus sérieusement du monde : « L’agriculture a été inventée à la Renaissance, elle n’existait pas au Moyen Âge ! » Ce cas typique illustre parfaitement l’ignorance institutionnelle que nous subissons (et pour laquelle nous payons avec nos taxes) : la prof syndiquée n’a visiblement jamais entendu parler de la Révolution agricole du Moyen Âge classique, mais elle devrait quand même savoir que la vaste majorité des habitants de l’Europe étaient des éleveurs/agriculteurs du Néolithique jusqu’à la Révolution industrielle.

Le fait que les enseignants d’histoire au secondaire n’ont pas de formation d’historien est une mauvaise excuse : leur niveau de connaissances doit correspondre à la nature de la matière enseignée, c’est leur leur vocation !… Où l’est-ce vraiment ? Qu’importe : qu’ils se forcent à remplir leur mandat. De la rigueur. Si leur bac en éducation, bourré de pédagogisme absurde, ne les a pas outillés pour leur métier, qu’ils s’instruisent. Parce qu’une nouvelle génération d’historiens attend pour prendre leur place…

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Quelques résumés des multiples biographies analytiques du réformateur français Jean Calvin publiées à l’occasion de son récent 500e anniversaire de naissance.

Calvin a initié des ouvertures vers la modernité

Notre invité [Olivier Abel, professeur de philosophie à la Faculté de théologie de Paris] revient sur ce qui lui est apparu comme central, essentiel dans son approche : « […] le travail sur Calvin m’a amené à constater toutes les ouvertures qu’à son insu Calvin a initiées. Celui qui lit tous les auteurs de la modernité, lorsqu’il lit Calvin, fait une découverte. Par exemple : Calvin dit que le fidèle doit sortir de l’enfance, de l’âge mineur, pour devenir adulte, et c’est l’idée même des Lumières, celle définie par Kant. Le projet de la modernité, c’est sortir de la minorité, être un peu adulte. Aujourd’hui quand on pense à l’individu adulte, on pense à un individu tellement autonome qu’il ne doit rien à personne, alors que le cœur de l’adulte doit être capable de gratitude, savoir se retourner pour dire merci [à Dieu]. Pour Calvin, être responsable, c’est être capable de répondre de soi à quelque chose qui nous précède [Jésus-Christ].

Des idées au cœur de l’idéal démocratique

Par ailleurs, on a oublié combien l’idée de contrat, de pacte qui est au cœur de l’idéal démocratique de la modernité occidentale, vient de l’idée biblique de l’Alliance ; certes, une vieille alliance a pu être brisée mais c’est pour nouer une nouvelle alliance. Et on a chez Calvin, le prototype de la modernité : la possibilité d’aller ailleurs, de recommencer sa vie sur de nouvelles bases. C’est essentiel pour penser toutes les colonisations, avec ce que cela peut avoir de négatif, mais aussi de constructif. Ceux qui sont partis vers les États-Unis d’Amérique, l’ont fait sur cette idée-là : on quitte, on rompt mais parce que on va passer un nouveau pacte, un nouveau contrat, une nouvelle alliance avec des gens qui sont d’accord pour passer ce pacte. C’est le cœur de la conception de la politique nouvelle, c’est aussi le cœur de la conception de l’Église nouvelle, l’Église est une Église d’adultes libres qui passent un pacte nouveau. On retrouve cette idée jusque dans le mariage car Calvin est pratiquement l’inventeur du divorce [ou plutôt le rétablisseur de la conception biblique du divorce].

Divorcer pour renouer une autre alliance

En effet, à Genève, ville refuge, arrivent des hommes et des femmes dont la plupart ont du quitter leurs époux ou épouses qui tenaient à rester catholiques. Calvin prononce leurs divorces et leur offre ainsi la possibilité de se remarier, de faire une nouvelle alliance, un nouveau pacte. C’est une invention extraordinairement moderne ! Et c’est aussi une nouvelle figure du couple qui apparait : le couple comme alliance ; Calvin dit dans son commentaire du Deutéronome que la femme a autant de droit que l’homme à divorcer et à rompre le pacte en pareilles circonstances.

Cette idée d’alliance — qui est devenue l’idée du contrat social — s’est malheureusement transformée en petits contrats précaires dans lesquels les démocraties occidentales sont en train d’enterrer définitivement la grande idée fondatrice de la modernité : l’idée du pacte, on ne peut se lier que parce qu’on peut se délier. On va sortir de l’esclavage, des servitudes, de l’état de perpétuelle enfance, par cet acte de rupture : il faut quitter ses parents pour se marier… Mais ces grandes intentions manifestes à l’aube de la modernité ont été trahies, car le divorce tel qu’il est pratiqué aujourd’hui n’a plus rien à voir avec les intentions de Calvin. Dieu n’est plus dans le monde, […]  il est complètement extérieur au monde, donc le monde est désenchanté, il n’y a plus de finalité dans le monde.

Et Olivier Abel de conclure : « Il me semble qu’aujourd’hui il serait utile de revenir sur cette espèce de petite boite noire qui avait enregistré certaines des intentions de la modernité pour essayer de comprendre ces intentions, […] le refoulement d’un Jean Calvin est grave car il symbolise la perte de l’une des clés des portes de la modernité. »

Source : Une nouvelle image de Calvin, moins austère, plus ouvert, très moderne [Canal Académie / Institut de France]

Il nous a semblé nécessaire de faire appel à un historien. Yves Krumenacker l’est. Il est professeur d’histoire moderne à l’Université de Lyon-III et l’auteur d’une biographie historique qui vient de sortir (Calvin, au-delà des légendes). […] Au terme de ce travail, l’historien nous met en garde : il ne faut pas nous tromper d’époque. Calvin n’est pas adepte de la tolérance. Dans sa Genève, la pluralité des opinions religieuses n’est pas admise. Il prône l’individu mais un individu encadré, enserré, bien loin de l’individu d’aujourd’hui. Il met en avant l’examen mais refuse le libre examen — et encore plus la liberté de conscience. Il est dans une petite cité autogouvernée, mais n’est pas démocrate [pourtant il y avait élection des magistrats et cooptation des pasteurs]. Quant à la « laïcité », elle n’est pas à l’ordre du jour. Max Weber mettait en évidence une affinité d’esprit entre le capitalisme et le protestantisme, alors même, nous dit toujours Yves Krumenacker, que Calvin est à l’opposé de cet esprit capitaliste.

Là est le mystère de l’héritage de Calvin : tous les éléments sont là pour contribuer à la modernité. D’autres après lui reprendront son œuvre, d’une autre manière, pour plus d’autonomie de l’individu, plus de liberté. La modernité est pour partie calviniste sans être de Calvin. Et c’est justement cette modernité-là, trop individualiste, qui est aujourd’hui en crise. D’où le besoin de reprendre cette séquence historique, de l’éclairer d’un jour plus historique, en mettant en évidence les continuités, les ruptures d’héritage, les lignes brisées puis reprises et ce sur différents thèmes : l’individu moderne, la tolérance, la question politique.

Source : Quelle est la modernité de Calvin ? [Canal Académie / Institut de France]

La Réforme introduit une rupture fondatrice pour la modernité conjugale

Selon Calvin le mariage est un vœu de Dieu pour l’homme car il n’est pas bon que l’homme soit seul (Genèse 2:18). Dès le commencement, ainsi Dieu a mis ensemble l’homme et la femme, afin que les deux ne fassent qu’un, qu’ils préfèrent leur conjoint à leurs parents mêmes, et qu’ils vivent tellement ensemble que l’un ait soin de l’autre comme si c’était la moitié de sa personne. Calvin s’oppose ici comme Luther à l’idéal monastique. Dans le même commentaire de Matthieu 19, il poursuit : les hommes mortels s’attribuent par trop, quand ils présument de s’exempter de la vocation céleste.

Les vertus du mariage

Il faut souligner à quel point cette lecture des textes bibliques est originale […] la conjugalité n’est pas un moindre mal, mais un vœu de Dieu pour l’homme. La nuptialité est bonne, et l’alliance qu’elle représente est plus forte que la nature et le droit : selon Calvin, nul ne peut se séparer de sa femme sans se mettre lui-même en pièce, serait-elle lépreuse. Le lien nuptial est en soi un bonheur et une bénédiction.

[…]

En autorisant le divorce et le remariage dans la Genève du milieu du XVIe siècle, Calvin doit faire face à la tempête de l’histoire, à l’afflux des femmes et des hommes qui ont préféré tout quitter pour leur foi, et jusqu’à leur conjoint. Et ce droit de divorcer et de se remarier, il l’établit d’emblée autant pour les femmes que pour les hommes.

[…]

Nous sommes ici au cœur de la révolution puritaine : on peut rompre tous les pactes [humains], et se séparer de son mari, de sa femme, de son église, de son roi, pour aller recommencer librement ailleurs. Il faut que les humains quittent leur père et leur mère pour s’attacher à leur conjoint, pour reprendre les termes de la Genèse, et il n’y a pas de nouvelle alliance qui ne présuppose une rupture première.

[…]

Aujourd’hui le problème est celui de l’exclusion, et où il faudrait plutôt instituer « un droit à ne pas être jeté ». On a perdu le sens civique du mariage comme pacte par lequel se tisse le lien social. Aujourd’hui le couple est un duo privé, une affaire entre soi qui ne regarde personne, sauf s’il y a parentalité : certes il y a une place juridique et sociale pour la mère et même pour le père, mais l’épouse et l’époux sont des figures effondrées de l’imaginaire commun.

Or ce que la crise réveille dans le monde entier, c’est justement l’importance des solidarités, d’abord conjugales […] Aux USA, l’an dernier [en 2008] c’est la déréliction des liens qui a entraîné la non solvabilité des individus, chacun tout seul, et l’affaissement du système bancaire. Nous n’existons que par un prodigieux endettement mutuel et nul ne peut dire qu’il ne doit rien à personne. Oui, le mariage, l’amitié, les fidélités ont de belles années devant elles, au fur et à mesure que l’on découvrira que rien ne tient sans ces attachements-là.
Source : Une théologie protestante du couple ? [Paroles Protestantes]

Et si relire Calvin dont nous célébrons le 500e anniversaire de la naissance permettait de mieux comprendre le monde où nous vivons ? Calvin a en effet eut une influence considérable sur le monde moderne et au premier chef sur les États-Unis. […] De l’affaire Lewinski au fondement d’une éthique du travail, à la conception de l’égalité de tous devant la justice, nous sommes bien davantage construit par la religion que nous ne le pensons.

Source : Calvin, de Genève à Washington [France Culture]

Voir aussi :

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La revue L’Actualité posait la question en février 2009, et c’est la proposition révolutionnaire de Robert Epstein, l’ex-rédacteur en chef du magazine Psychology Today, longuement étayée dans sa brique de 500 pages intitulée The Case Against Adolescence — Rediscovering the Adult in Every Teen que je me suis tapée pour mon cours de psychologie. Il n’est pas le seul contestataire de premier plan. Newt Gingrich, l’ex-Président de la Chambre des représentants américaine (chambre basse du Congrès), réclame lui aussi l’abolition de l’adolescence en tant qu’institution sociale, la qualifiant de « modèle culturel raté ».

Le texte qui suit est le résumé suivi d’une brève critique du dernier chapitre de l’ouvrage du psychologue de renom Epstein.

ABOLIR L’ADOLESCENCE

1. Résumé

Dans le chapitre final de The Case Against Adolescence, intitulé Why Some Will Resist (pages 351-376), Robert Epstein explique pourquoi plusieurs éléments puissants de la société nord-américaine s’opposeraient à une éventuelle mise en application du projet d’abolition de l’adolescence qu’il propose dans son livre. Nous nous pencherons brièvement sur chacun de ces éléments.

Les agences gouvernementales

Les agences gouvernementales sont les pires agents d’infantilisation pour la simple raison que nous exigeons que le gouvernement règle quasiment tous les problèmes que nous confrontons. Lorsque les adolescents sont violents, sexuellement imprudents, ou prennent trop de drogues, nous nous attendons à ce que le gouvernement s’empare du problème, et il le fait habituellement d’une manière simpliste et/ou restrictive. Nous savons que les jeunes arrêtent de faire la fête presque immédiatement après qu’ils entrent dans le monde du travail. Si l’intégration dans la société adulte commençait à un âge plus bas, les jeunes gens ne s’embêteraient probablement pas avec les drogues. Mais au lieu de cela, le U.S. Departement of Labor interdit aux jeunes d’occuper un emploi, et pendant ce temps le National Youth Anti-Drug Media Campaign, un sous-organisme du Office of National Drug Control Policy, dépense des centaines de millions de dollars pour essayer de dissuader les jeunes de consommer des drogues illégales.

Les institutions religieuses

Entre 1880 et 1900, les communautés religieuses ont adoptées le nouveau concept d’adolescence qui a balayé l’Occident : les adolescents sont faibles et incompétents, ils ont besoin d’une supervision adulte stricte. Comme jamais auparavant, les églises ont tentés de s’accaparer tout le temps libre des jeunes et sont devenues obsédées à enseigner les principes de la pureté, de la chasteté et de la tempérance. Cela se poursuit aujourd’hui.

Les médias

Plusieurs chaînes de télévision sont dirigées exclusivement vers les adolescents. MTV est la plus importante et la plus ancienne de celles-ci. MTV est tellement arrogante que ses porte-paroles ont déjà déclaré qu’ils « possèdent cette génération » ! La programmation de ces chaînes nous répète de manière univoque que les adolescents sont des gros enfants irresponsables. Les équivalents québécois de cette chaîne sont VrakTV et MusiquePlus. Leurs émissions mettent en scènes des adolescents et des jeunes adultes irrespectueux, insouciants, nonchalants et gâtés. Au moment où cet ouvrage a été écrit, un seul des quarante-neuf programmes diffusés sur MTV dépeignait les adolescents comme étant compétents d’une quelconque manière. À ces chaînes s’ajoutent une panoplie de films tout autant pernicieux dont American Pie, EuroTrip et Hangover sont peut-être les plus grands « succès ». Finalement, des douzaines de magazines – produits principalement pour les filles – tels que Seventeen (ou Cool au Québec) contribuent à perpétuer la mythologie et la culture adolescente. Ces médias ont tout à perdre de l’abolition de l’adolescence : leur auditoire disparaîtrait.

L’industrie

En 1990, l’industrie américaine a dépensé quelque 100 millions de dollars en publicité visant les jeunes gens ; par 2000, ce chiffre a augmenté 20 fois, à deux milliards. En 2004, les adolescents ont générés 25 pourcent des revenus de l’industrie de la téléphonie cellulaire (six ans plus tard, ce nombre est probablement déjà désuet). Quelque 22 pourcent de la musique enregistrée est achetée par les jeunes. Les produits électroniques et pharmaceutiques spécifiquement pour adolescents se multiplient – en faire la liste serait trop long. Les adolescents constituent une clientèle si considérable qu’une remise en question sérieuse de cette période de la vie serait vigoureusement découragée par l’industrie. Le néologisme suivant démontre efficacement l’importance de l’industrie dans l’alimentation de l’adolescence (page 361) :

The editors of the ubiquitous Merriam-Webster Collegiate Dictionary recently announced that their next edition will include the word “teensploitation” – the exploitation of teens by industries such as the movie industry. In an Associated Press article about Merriam-Webster’s decision to canonize this term, lexicographer John Morse, president of the company, reminds us that “language is a window into our culture and history.”

Le système de santé mentale et le système de justice juvénile

Lorsque les psychologues et les « sauveurs des enfants » ont fait de l’adolescence une institution il y a un siècle de cela (pendant la Révolution industrielle), ils ont aussi créé des nouveaux emplois pour des armées de travailleurs sociaux et de travailleurs de la justice juvénile. Ces travailleurs sociaux ont transformé la pure délinquance en pathologie : l’Oppositional Defiant Disorder (« Désordre d’opposition et de défiance ») est défini comme un « schéma de comportement négativiste, hostile et défiant ». Pour diagnostiquer un patient, le thérapeute a simplement besoin de conclure que son client « argumente fréquemment avec les adultes », « énerve délibérément les gens » ou « est souvent irritable » ; des millions d’adolescents sont ainsi « soignés » (ou plutôt contrôlés) avec des médicaments chaque année.

Le système de justice judiciaire s’acharne à catégoriser les adolescents comme des êtres incapables de réfléchir et ne devant pas être tenus responsables de leurs actes. En 2005, la Cour Suprême des États-Unis a renforcé ce système en rendant illégal l’exécution des personnes pour leurs crimes commis avant l’âge de 18 ans. Se faisant, elle a accepté cet âge magique comme un indicateur de maturité et d’habileté à raisonner, même si les supposées différences entre adolescents et adultes sont fréquemment inexistantes lorsque l’on compare d’individu à individu.

Les centrales syndicales

Les syndicats de travailleurs sont bien connus pour leur dédain de la concurrence entre générations. Les adultes sont les pourvoyeurs, et toute menace à la sécurité économique des membres des unions sera sans aucun doute farouchement résistée. Si seulement quelques millions de jeunes individus devenaient soudainement disponibles pour entrer sur le marché de l’emploi nord-américain, les syndicats n’hésiteraient pas à brandir les arsenaux de lois anti-travail des « enfants » pour se débarrasser de cette compétition, et conséquemment s’efforceraient à garder les jeunes travailleurs potentiels dans l’adolescence.

Les organisations non-gouvernementales (ONG)

Des organisations comme la Parent Television Council montent des campagnes coordonnées dans le but de stopper la diffusion de matériel indécent sur les ondes publiques. D’autres ONG, tels la Child Labor Coalition, qui semble considérer presque toute forme de travail effectué par les jeunes gens comme étant mauvais et comme une forme d’exploitation, la Children’s Defense Fund, qui considère les enfants comme étant intrinsèquement sans défense, et tel la Parent Music Resource Center qui a fait ses débuts avec un agenda de censure puis qui a désormais pour objectif d’obliger les compagnies des disques compactes d’apposer des collants d’avertissement sur leur marchandise qui peut corrompre les jeunes et fragiles consommateurs.

[Ce résumé omet malheureusement de mentionner le rôle majeur du système d’éducation publique dans la perpétuation artificielle du concept d’adolescence. Epstein argumente en faveur d’une cession de l’obligation de scolarité dès la moitié du secondaire pour permettre aux jeunes de se familiariser avec le marché du travail plus rapidement, et d’une modification en profondeur de notre mentalité quant à l’éducation supérieure afin de permettre de faire concorder travail professionnel et études plutôt que d’attendre de devoir être bardé de diplômes avant de décrocher un véritable emploi. Nous pourrions ajouter qu’au secondaire, les connaissances transmises devraient inclure des choses pratiques qui sont utiles dans notre vie et non seulement des connaissances purement théoriques inutiles que les jeunes oublient immédiatement après les examens. Dans son récent livre After America, l’écrivain Mark Steyn a aussi dénoncé les effets pervers de la « sur-univertisation » de la jeune génération qui retarde indéfiniment l’entrée de celle-ci dans la vie adulte.]

Conclusion

Epstein argumente que divers éléments puissants de notre société (soit les agences gouvernementales, les institutions religieuses, les médias, l’industrie, le système de santé mentale et le système judiciaire juvénile, les syndicats et les organisations non-gouvernementales) participent à entretenir artificiellement cette période de la vie pour des motifs idéologiques ou car ils en tirent profit.

2. Critique

Dans ce chapitre, l’auteur commet l’erreur de catégoriser comme « ennemis » des éléments de la société qui pourraient être favorables à son idée. Malgré cela, Epstein a atteint son objectif qui est de démontrer que plusieurs éléments sociétaux bloqueraient tout changement de la situation actuelle.

Critique négative

L’Église n’a jamais été imperméable au monde qui l’entoure. Si des églises ont mis sur pied des organisations de jeunesse où les jeunes sont séparés des adultes et incités à « être des jeunes », c’est simplement car la culture populaire ambiante a pénétré ces églises. D’autre part, si certaines églises mettent beaucoup d’emphase sur la transmission de valeurs morales strictes aux jeunes, c’est justement pour contrer la culture progressiste – celle-là même qui a produit l’adolescence.

Robert Epstein fustige la droite religieuse car elle participe, selon lui, à maintenir artificiellement l’adolescence, mais il devrait plutôt regarder les chrétiens conservateurs comme une « force de changement » puisque ceux-ci ont toujours défendu des valeurs incompatibles avec l’adolescence telles que la maîtrise de soi et la responsabilité individuelle, sans oublier qu’ils accordent beaucoup plus d’importance à garder des bonnes relations parents-enfants (ce qui inclut « mélanger » les adultes et les adolescents dans des fréquentes activités communes) que ne le fait la société postmoderne.

Similairement, Epstein critique les organisations non-gouvernementales en s’attardant surtout sur celles qui ont des positions conservatrices et en jugeant moins sévèrement les ONG progressistes qui jouent elles aussi un rôle dans la perpétuation de l’adolescence. Là encore, l’auteur perçoit ces différents groupes ayant des idéaux différents comme formant une conspiration pour faire la vie dure aux jeunes gens (Epstein les appelle carrément « les ennemis des adolescents »). L’auteur ne se rend pas compte que les ONG conservatrices souhaitent censurer le contenu inconvenant de la télévision publique justement car ce contenu est immature, infantilisant et nuisible au bon développement moral et intellectuel des jeunes. C’est d’autant plus intéressant qu’Epstein lui-même critique vigoureusement les médias télévisés qui abrutissent la jeunesse ! S’il avait un peu plus de sens stratégique, l’auteur regarderait d’un bon œil les objectifs de ces organisations et endosserait leurs causes… d’un point de vue légal, la seule raison pour laquelle nous pourrions censurer les émissions indécentes est qu’elles portent atteinte à la pudeur publique.

Critique positive

Ce chapitre est généralement bien étayé avec maints exemples concrets. Il s’appui sur un grand nombre de références, ce qui lui assure une bonne crédibilité. L’auteur parvient à faire réfléchir le lecteur sur le bienfondé de l’attitude de la société moderne vis-à-vis de ceux qu’on appelle les « adolescents ». Epstein fait bien de souligner la perfidie des chaînes comme MTV et de pointer du doigt le mercantilisme immoral de l’industrie.

Conclusion

En somme, même si l’idée de l’auteur est radicale, il est certain qu’une part importante de la population nord-américaine ne peut qu’approuver, au moins en partie, sa dénonciation de la situation actuelle ainsi que les différents éléments de la société qui entretiennent cette situation malsaine.

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