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Archive for août 2011

Il est communément admis que si le christianisme est devenu la religion dominante du monde occidental de l’Antiquité tardive jusqu’au milieu du XXe siècle, c’est d’abord et avant tout car celle-ci aurait persécuté ses opposants hors d’existence. Cet article se penche sur les principales icônes de cette croyance générale et réévalue le rôle qu’a véritablement joué la coercition dans la diffusion du christianisme lors de cinq phases clef : 1. La politique religieuse de Constantin le Grand (et de son successeur Théodose le Grand), 2. Les royaumes germaniques des temps « barbares », 3. La soumission des Saxons par Charlemagne, 4. L’Ordre teutonique contre les Baltes, et finalement 5. L’éradication des cathares au Moyen Âge classique.

1. La politique religieuse de Constantin le Grand et de Théodose le Grand

Il est fréquent d’entendre les critiques du christianisme alléguer que c’est uniquement à cause de Constantin Ier (272-337) que le christianisme est devenu une religion de quelconque importance. Cet empereur machiavélique aurait instrumentalisé le christianisme en imposant la nouvelle foi à tous ses sujets afin de se rendre plus puissant, alors qu’« en réalité » il aurait lui-même voué un culte au dieu solaire (Sol Invictus). Certains désinformateurs professionnels, comme Dan Brown (auteur du roman de fiction Da Vinci Code), vont jusqu’à prétendre que Constantin aurait « fabriqué » le christianisme en faisant rédiger le Credo trinitaire au Concile de Nicée en 325. C’est méconnaître profondément la situation politico-religieuse du IVe siècle de notre ère, dans laquelle le christianisme est passé l’ennemi intérieur numéro 1 de l’Empire romain à celle de religion officielle pseudo-obligatoire en l’espace de huit décennies.

Nous n’avons pas l’espace ici pour réfuter tout ces mythes de façon détaillée, mais remettons quand même quelques choses en place. Pour commencer, par l’Édit de Milan de 313, Constantin décida de

[…] permettre dorénavant à tous ceux qui ont la détermination d’observer la religion des chrétiens, de le faire librement et complètement, sans être inquiétés ni molestés. […] La même possibilité d’observer leur religion et leur culte est concédée aux autres citoyens, ouvertement et librement, ainsi qu’il convient à notre époque de paix, afin que chacun ait la libre faculté de pratiquer le culte de son choix. Ce qui a dicté notre action, c’est la volonté de ne point paraître avoir apporté la moindre restriction à aucun culte ni à aucune religion. De plus, en ce qui concerne la communauté des chrétiens, voici ce que nous avons cru devoir décider : les locaux où les chrétiens avaient auparavant l’habitude de se réunir […] doivent leur être rendus sans paiement.

L’Édit de Milan fit donc du christianisme un culte toléré au même titre que le paganisme, mais ne fit pas du christianisme la religion d’État et n’imposa aucunement le christianisme à 90 % de la population qui demeurait païenne. Douze ans plus tard, Constantin a d’ailleurs attendu d’être invité par les évêques avant de siéger comme observateur au Concile de Nicée où il n’est pas intervenu dans les débats, ce qui est une preuve de retenue remarquable pour un empereur romain.

La politique religieuse de Constantin le Grand pourrait se résumer sommairement en quelques points (d’après le récent ouvrage de Paul Veyne) :

  1. Tolérance et paix religieuse : Constantin protège le libre exercice des cultes chrétien, païen et juif pour tous les citoyens, ce qui inclut dispenser les fonctionnaires chrétiens d’avoir à exécuter des rites païens dans l’exercice de leurs fonctions publiques.
  2. Abolition du culte de l’Empereur : Constantin se considérant chrétien et s’affichant comme tel, l’Empereur cesse d’être idolâtré comme une divinité. Le paganisme est écarté de tout ce qui est relatif à la personne de l’Empereur (par exemple les sacrifices d’animaux sont interdits dans les fêtes impériales), Constantin lui-même ne participe pas aux sacrifices.
  3. L’Empire reste majoritairement païen et l’État garde une façade officiellement païenne : Le Sénat de Rome continue de financer le clergé et les cultes païens, et Constantin garde le titre de Pontifex Maximus mais prend soin de vider de son sens cette plus haute fonction de la religion païenne en s’assurant que les prêtres païens du temple dynastique impérial n’y performent aucun sacrifice.
  4. Promotion ouverte du christianisme par le pouvoir public : Constantin évangélise fréquemment sa propre cour, il affirme constamment la véracité du christianisme et l’erreur du paganisme dans ses textes officiels, il finance la construction de beaucoup d’églises chrétiennes tout en ne faisant bâtir peu de nouveaux temples païens (quelque-uns à Constantinople), il rémunère les pasteurs & évêques (puisque le clergé païen est également subventionné), et il aide l’Église à consolider sa position (par exemple en lui accordant le droit de recevoir des héritages, celui de détenir des propriétés immobilières et l’exemption de taxe foncière — soulignons que le paganisme était déjà doté des privilèges identiques).

En somme, Constantin n’a presque pas touché au paganisme et s’est contenté de soutenir le ministère de l’Église, laissant à celle-ci la mission de convertir les âmes perdues. Constantin savait qu’en laissant la paganisme intact mais en prêtant main forte aux chrétiens, il accélérait la christianisation du monde romain. Cette collaboration assez respectueuse et consensuelle entre le premier empereur se revendiquant du christianisme et ses adhérents ne fut pratiquement pas synonyme de persécution des adeptes du polythéisme.

Nous ne nous attarderons pas sur la quinzaine de césars et d’augustes ayant succédés à Constantin Ier (trépassé en 337) dont les politiques religieuses furent souvent  contradictoires, s’annulant elles-même par leur manque de continuité, pour en arriver à Théodose le Grand. Intronisé en 379, ce chrétien orthodoxe régna jusqu’en 395 et fut le dernier empereur à diriger les deux parties de l’Empire (Occident et Orient). Dès 380, par l’Édit de Thessalonique, Théodose Ier fit du christianisme la religion d’État et annonça son intention de rallier tous les habitants de l’Empire à la foi trinitaire telle qu’exprimée dans le Credo adopté 55 ans auparavant à Nicée, sans toutefois prévoir des sanctions contre les non-chrétiens.

En 388, Théodose Ier délégua son beau-frère Valentinien II (arien devenu chrétien) comme vice-empereur d’Occident, et délégua un noble germain nommé Arbogast (païen) pour assister le vice-empereur. Ceux-ci installèrent leur gouvernement à Vienne au Dauphiné. Rapidement, le comportement d’Arbogast ne fut qu’insubordination. Simple assistant du vice-empereur, il se méprenait pour le maître de Valentinien II. Arbogast s’autopromut général en chef de l’Occident, fit assassiner Valentinien II en 392 et proclama au titre d’Auguste un de ses hommes, le rhéteur Eugène. Subséquemment à ce coup d’État, le paganisme public fut restauré, un monument païen fut replacé dans le Sénat, la subvention du polythéisme battait son plein. L’affrontement entre l’empereur légitime Théodose Ier et le duo Arbogast-Eugène se préparait. Ce putsch était l’occasion tant attendue pour les sénateurs païens de débarrasser le monde romain du christianisme. Arbogast promettait qu’il ferait une écurie avec la cathédrale de Milan.

Dans cette conjoncture où un conflit de légitimité se transformait en combat à mort entre le monothéisme et le polythéisme, Théodose Ier mit le paganisme hors-la-loi par l’Édit de Théodose de 392, qui stipule (Code Théodosien, volume 16, chapitre 10, article 10) :

Nul ne doit se souiller avec des victimes, immoler un animal innocent, pénétrer dans les sanctuaires, fréquenter les temples et adorer des statues façonnées de main d’homme mortels sous peine de sanctions divines et humaines. Cette disposition doit s’appliquer également aux fonctionnaires. Si l’un d’eux, dévoué à un rite profane, pénètre dans un temple pour y vénérer les dieux, […] il sera immédiatement contraint de verser quinze livres d’or.

Mais ces mesures sévères à l’encontre du paganisme devaient être appuyées par la réussite des armes sur le terrain. Le choc a lieu le 6 septembre 394 sur la Rivière Froide en actuelle Slovénie. Le vent souffle le sable dans les yeux de l’armée du camp païen qui est est écrasée par l’armée du camp chrétien. L’usurpateur Eugène est décapité et Arbogast se suicide. C’est le second grand triomphe militaire du christianisme du siècle avec la Bataille du Pont Milvius de 312. L’historien agnostique Paul Veyne souligne que l’illégalisation des rites païens ne peut pas se comprendre sans la situer dans le contexte de guerre civile qui l’a engendré  (pages 166-167 du livre cité plus haut) :

C’est un conflit pour le trône qui a été l’occasion d’une révolution religieuse ; l’interdiction du paganisme ne se comprend que dans ce contexte politique. Et c’est moins cette interdiction elle-même, en 392, qui a mis fin au paganisme que le prochaine défaite du parti païen sur un champ de  bataille, en 394. L’ambition d’un chef germain, […] une tentative d’usurpation comme il y en avait sans cesse et une révolte religieuse du Sénat de Rome auront été l’occasion de cet événement mondial qu’est la fin finale du paganisme.

Théodose le Grand a quand même insisté que les temples païens, même désaffectés, ne soient pas saccagés ou démolis afin de les conserver comme bâtiments patrimoniaux dans leur intégralité. Ce vœux ne fut cependant pas respectée par certains moines zélés qui attaquèrent quelques temples à Alexandrie.

Notons aussi que malgré les dispositions légales faisant supposément du christianisme la seule religion tolérée, des fonctionnaires ouvertement païens continuèrent à être recrutés aux plus haut postes de l’État jusqu’en 416. Les derniers sanglants combats de gladiateurs eurent lieu à Rome en 418. Le complexe d’Apollon du Mont-Cassin en Italie centrale était encore desservi autour de 530, l’école païenne d’Athènes continua de fonctionner jusqu’en 529, le temple d’Isis à Philæ (sur le Nil en Haute-Égypte) était opérationnel jusque vers 550, et des poches de paganisme subsistaient en 600 en Sardaigne.

2. Les royaumes germaniques des temps « barbares »

Ce triomphe du christianisme fut de courte durée, car il coïncida avec la chute de l’Empire romain. Rome est pillée par les Goths en 410, et à partir de là les Romains ne reprennent plus jamais le contrôle de la situation. L’Empire d’Occident se démembre province par province, et en 476 les insignes du pouvoir suprême sont transférés à Constantinople, marquant symboliquement la fin de l’Antiquité et le début du Moyen Âge. Si l’Empire romain d’Orient va perdurer encore un millénaire, les immenses territoires de l’ancien Empire d’Occident sont désormais découpé en un ensemble de petits royaumes germaniques dont les souverains sont tous, à prime abord, païens ou ariens (des hérétiques anti-trinitaires).

Cette initiale faiblesse politique du christianisme rend difficile de soutenir la thèse voulant que l’Europe soit devenue chrétienne par coercition. La réponse habituelle est donc de dire que les évêque se sont arrangés pour convertir les monarques (le baptême de Clovis à Reims en 496 est l’exemple typiquement évoqué) qui à leur tour imposèrent le christianisme unilatéralement à leurs sujets.

Cependant, un récent ouvrage signé par le respecté Bruno Dumézil et intitulé Les racines chrétiennes de l’Europe — Conversion et liberté dans les royaumes barbares (Ve-VIIIe siècle) remet en question cette vision simpliste de l’histoire. Présentation de l’éditeur (Fayard) :

Pourquoi l’Europe est-elle devenue chrétienne ? Une évangélisation pacifique des populations a bien évidemment existé ; mais très tôt la force, et notamment la force publique vint s’ajouter ou se substituer au pouvoir de conviction des prédicateurs. Malgré la qualité de leur appareil législatif et administratif, les empereurs romains ne parvinrent cependant jamais à convertir l’ensemble de leurs sujets [les campagnes reculées restant massivement païennes]. Lorsque le dernier d’entre eux fut déposé en 476, l’Occident passa définitivement sous la domination de rois germaniques, dont à cette date aucun n’était catholique [terme désignant à l’époque chrétien trinitaire]. Les politiques civiles de coercition religieuse disparurent et l’on put même douter que le christianisme survive à l’anéantissement de l’Empire. Trois siècles plus tard, l’Europe ne connaissait plus qu’une seule religion, le christianisme […] Pour les contemporains, le phénomène parut mystérieux, car il était paradoxal. Les peuples barbares, vainqueurs de la puissance romaine, avaient accepté de se soumettre à la religion de leurs vaincus. De façon plus extraordinaire encore, des évêques isolés et des législateurs d’États embryonnaires étaient parvenus à réaliser ce que Rome n’avait pas même rêvé d’accomplir. Comparer l’ampleur des réalisations à la modestie des moyens ne peut qu’amener à réviser l’idée que le christianisme a été imposé par la force. À moins que notre définition de la contrainte religieuse se révèle imparfaite face aux mentalités de ces siècles obscurs. Dans un âge d’inquiétude, la participation collective à des rituels d’unanimité ou la reconnaissance de signes surnaturels ont pu fléchir les consciences, sans pour autant les violer. De multiples facteurs sociaux, économiques ou culturels et intellectuels se sont superposés, comme autant de formes de pression subtiles qui amenèrent les individus au baptême.

Le magazine L’Histoire commente :

« Nous ne pouvons imposer une religion, parce que personne ne peut être obligé à croire contre son gré. » S’adressant aux Juifs de Gênes, le roi ostrogoth Théodoric le Grand (453-526) se faisait-il le défenseur de la liberté de conscience ? C’est à cette question difficile que s’attaque courageusement Bruno Dumézil dans un livre qui impressionne par son ampleur et son érudition.

Il s’agit en somme de rendre compte d’un paradoxe : du Ve au VIIIe siècle, la christianisation de l’Europe a eu lieu au moment où, l’Empire romain s’étant effacé, les royaumes barbares n’avaient ni la force politique ni sans doute l’ambition idéologique d’imposer une conversion forcée aux populations. Et parallèlement, de Grégoire le Grand à Bède le Vénérable, nombreux étaient ceux qui condamnaient l’usage de la coercition dans l’évangélisation, prônant ce qu’il vaut mieux appeler une liberté qu’une tolérance — même si, comme le précise justement Bruno Dumézil, il s’agit moins d’un droit à la différence que d’un droit à l’erreur.

Et la revue Esprit & Vie des Éditions du Cerf ajoute :

Malgré bien des idées reçues ultérieures, « ils [les acteurs de la christianisation] agirent progressivement avec […] prudence, de manière à éviter des ruptures » et donc « cette globalisation de la pression en faveur de la norme chrétienne, caractéristique de la période médiévale, [ne] s’accompagna [pas] nécessairement d’une augmentation de la violence religieuse » (p. 457).

Il n’est guère étonnant que ce bel ouvrage s’achève sur une réflexion visant une problématique qui se développera bien ultérieurement […] : celle de la liberté de conscience. Même si évidemment le débat [sur la liberté de conscience] n’a jamais été posé explicitement à l’époque qu’il étudie, Dumézil affirme qu’« il est évident qu’il exista [alors], à certains moments et dans certains contextes, l’idée d’un droit à la différence ». Et, même si cette « perception de l’altérité religieuse était indiscutablement paradoxale » et, de toute manière, limitée, il n’en empêche pas moins que, « pourtant, bien souvent, cette conception minimaliste permit aux royaumes barbares de ne pas reproduire les drames massifs de persécution religieuse qui avaient périodiquement ensanglanté l’Empire romain et qui continuaient à déchirer le monde byzantin » (p. 466), et ces lignes mesurées sont les dernières de notre épais volume.

Au bout du compte, ce livre apparaît comme une contribution essentielle à celui qui veut mieux connaître l’avancée du christianisme en Occident entre le Ve et le VIIIe siècles. […] D’une manière aussi scientifique que possible, Bruno Dumézil trace ainsi un sillon profond qui se veut aussi éloigné de l’histoire ecclésiastique traditionnelle, plutôt apologétique […] que de l’historiographie concurrente qui, à partir du XVIIIe siècle avec, par exemple, un Edward Gibbon, n’a souvent produit que des réquisitoires excessifs contre le supposé obscurantisme de l’Église. De tels ouvrages, aussi bien documentés que charpentés, et qui n’oublient pas de présenter une thèse solide en conclusion de leurs longs développements, sont suffisamment rares, du moins en langue française, pour ne pas être chaleureusement salués, en souhaitant à leurs auteurs prometteurs de nous offrir encore bien d’autres semblables joyaux.

La revue Médiévales a produit un résumé plus long de cet ouvrage.

3. La soumission des Saxons par Charlemagne

La conversion forcée de la Saxe par l’Empereur franc Charlemagne est probablement un cas unique de conversion coercitive de tout un peuple non-chrétien dans l’histoire de l’Église. Au VIIIe siècle de notre ère, les Saxons étaient une confédération de tribus païennes vivant dans la grande forêt s’étendant entre le Rhin (à l’ouest) et l’Elbe (à l’est), au nord de la Bohême.

Hostiles au christianisme, les Saxons ne se contentaient pas d’exécuter les missionnaires chrétiens envoyés pour leur annoncer l’Évangile, ils ne se gênaient pas pour envahir et piller des territoires francs. En 772, ils saccagèrent notamment la ville de Deventer (située sur le Rhin aux Pays-Bas actuels). En 774, les Saxons envahirent la Frise et la Hesse, brûlant les églises et les monastères.

Ces incursions en territoire chrétien amenèrent Charlemagne à percevoir les Saxons comme une menace à la sécurité intérieure de l’Empire carolingien. Charlemagne eut beau mener deux grandes campagnes punitives entre 772 et 775, la Saxe demeurait un turbulent voisin.

À ce stade, deux facteurs peuvent donc avoir convaincus cet homme à décider de convertir la Saxe par la force des armes. À prime abord, il est admis chez les historiens que Charlemagne se voyait investit par la Providence divine de la mission de répandre le christianisme sur la terre. Mais cette analyse ne doit pas occulter ce qui fut le deuxième mobile de cet empereur : la christianisation des Saxons leur enlèverait la principale raison de faire la guerre aux populations chrétiennes sous protection carolingienne, ceux-ci se retrouvant sur un pied d’égalité avec les autres peuples constituant l’Empire. En fin de compte, c’est peut-être plus ce second facteur — la volonté d’assurer la stabilité — qui a pesé dans la balance que le premier. Des considérations pratiques et utilitaires se mêlèrent à la spiritualité.

En 782-785, Charlemagne entreprit une ultime campagne avec une armée plus puissante et mieux ravitaillée que les fois précédentes. À l’issue d’une guerre d’attrition, il parvint à soumettre la Saxe définitivement  (la dernière tentative de soulèvement eut lieu en 803). Charlemagne obligea tous les Saxons à recevoir le baptême et à payer la dîme, et illégalisa toute manifestation de paganisme.

Charlemagne eut des remords et admit plus tard la cruauté de cette politique excessive. Il  en modifia certaines dispositions. Bien sûr, il n’était pas question de revenir en arrière. La Saxe avait était convertie — officiellement du moins — par le fer, le feu et le sang. Il faut dire que cela n’est pas la page la plus glorieuse de la riche histoire de la Chrétienté. Mais il faut dire, aussi, que cet épisode tragique n’a guère d’équivalents : ne s’est agit que d’une seule région dans la seule Allemagne du Nord.

Source : Histoire-Fr.

4. L’Ordre teutonique contre les Baltes

La conversion de la Prusse et des Slaves des Pays Baltes (actuels Lituanie, Lettonie et Estonie) en Europe du Nord est un autre cas où la coercition pourrait être invoquée. Mais comme nous allons le voir, la christianisation des populations habitant ces contrées ne se fit pas par conversions massives forcées.

Au VIIIe siècle, les Wendes, un ensemble de tribus slaves, s’établirent le long de la mer Baltique entre les fleuves Elbe (à l’ouest) et Oder (à l’est), dans le nord de l’Allemagne actuelle (Holstein et Mecklembourg). Les Wendes commencèrent à affronter constamment les Saxons dès le Xe siècle. Au XIe, les Wendes forcèrent les Saxons à leur verser un tribut mais cette situation s’inversa à l’avantage des Saxons au XIIe. Avec la christianisation de la Scandinavie, les Wendes se retrouvèrent isolés en tant que nation païenne. En 1147, une coalition composée de princes allemands, de seigneurs tchèques et du Danemark prirent d’assaut les territoires wendes et imposèrent le catholicisme à ce peuple qui ne représentait pas une menace sérieuse. Cela est très déplorable d’un point de vue chrétien, mais il est important de préciser que contrairement au cas de Charlemagne et des Saxons, la population wende ne fut pas placée devant le choix entre le  baptême et le glaive. Les États ayant encerclés les wendes imposèrent la foi romaine à leurs chefs (en 1185), qui à leur tour permirent la fondation d’évêchés et de monastères qui, grâce à leur rayonnement culturel et intellectuel, convertirent lentement et pacifiquement la population wende. En somme, il y eut coercition des élites wendes mais pas des masses.

Le même scénario se répéta pour la conversion des autres peuplades slaves longeant la Mer Baltique. Après l’incorporation des Wendes au sein de la Chrétienté et le Drang nach Osten (Poussée vers l’est) germanique en Poméranie (nord-ouest de la Pologne actuelle), il se créa rapidement des tensions entre les défricheurs occidentaux et les Prussiens païens (la Prusse géographique s’étend sur le nord-est de la Pologne actuelle et l’Oblat russe de Kaliningrad). Les Prussiens trouvaient également au sud d’eux les Polonais volontairement christianisés, ce qui les plaçait dans une situation analogue à celle des Wendes. Après que les Polonais aient essayés de soumettre les Prussiens en 1173-1215, les Prussiens attaquèrent les villages et les abbayes polonaises frontalières et les captifs de ces raids furent réduits en esclavage. Cela encouragea les Polonais à faire appel à l’Ordre teutonique — des croisés revenus de Terre Sainte et jouissant de l’appui de l’Empereur germanique. De 1225 à la fin du XIIIe siècle, l’Ordre teutonique conquit toute la Prusse.

Les conquêtes s’enchaînèrent. Les habitants de la Livonie (nord de l’actuelle Lettonie) et de l’Estonie, qui vivaient de la piraterie au détriment des navires de commerce allemands et scandinaves, entrèrent dans le giron teutonique entre 1188 et le milieu du XIIIe siècle. Notons que la Courlande (ouest de l’actuelle Lettonie) fut acquise pacifiquement. En 1386, le duc de Lituanie répudiait le paganisme, et en 1399, les Teutoniques, Polonais et Lituaniens s’unirent pour pacifier la Samogitie, dernier fief païen dans l’ouest de la Lituanie.

Là encore, bien que les classes dirigeantes des Pays Baltes furent souvent contraintes militairement à adopter le christianisme (et elles le firent sans doute souvent par sens géopolitique) la conversion des populations baltes fut surtout non-violente et progressive. Cette conversion des masses rurales est due à la ténacité des prédicateurs infatigables évangélisant des années durant en parcourant des distances surhumaines, au rôle socio-économique des abbayes qui s’implantaient en plein territoire païen où elles agissaient comme des bases de diffusion du catholicisme en même temps que de centres de soutien matériel et scolaire aux populations locales. Tout cela est incomparable aux persécutions systématiques orchestrées à l’endroit des non-musulmans et terre d’islam.

D’autre part nous pouvons argumenter que cette conversion au christianisme étant relativement superficielle (puisque le catholicisme est un christianisme fortement imbibé de paganisme), les populations de maintes régions d’Europe ne furent pas pleinement christianisées avant la Réforme protestante du XVIe siècle, mais ceci est une autre histoire.

Source : Thomas MADDEN et al., Les Croisades, Londres, Duncan Baird Publishers, 2004, p. 126-131 sur 224.

5. L’éradication des cathares au Moyen Âge classique

Beaucoup a été dit également sur la façon dont l’Église romaine a institutionnalisé la répression des cathares (des hérétiques bithéistes devenus nombreux et puissants dans le Midi de la France) au XIIIe siècle. D’emblée il faut concéder que les méthodes coercitives de l’Inquisition — mise sur pied par la papauté dans ce contexte trouble précisément pour combattre le catharisme — étaient inhumaines et n’avaient en soi pas grand chose de chrétiennes. Cela dit, il convient de préciser trois choses sur ce sujet.

Premièrement, comme Jacques Heers (ancien directeur d’études médiévales à la Sorbonne) le démontre à la section 3 de la 4e partie de son ouvrage Le Moyen Âge : une imposture (aux pages 293-304), la Croisade des Albigeois (autre nom désignant les cathares), une campagne militaire menée par le roi de France et ses barons alliés de 1208 à 1249, tenait plus d’une volonté des suzerains du Nord de s’emparer des terres fertiles du Sud que d’une volonté de « purification religieuse » du royaume. La répression qui a accompagné cette guerre, bien que justifiée par les protagonistes de l’époque par des motifs religieux, avait en réalité des motivations plus temporelles que spirituelles.

Deuxièmement, comme l’explique Régine Pernoud (médiéviste féminine la plus reconnue du XXe siècle) dans le chapitre L’index accusateur de son livre Pour en finir avec le Moyen Âge (aux pages 111-114), l’Inquisition était une créature du droit romain, ce dernier ayant pénétré aux XIIIe siècle les universités, les cours princières et les cercles cléricaux. Les Romains païens de l’Antiquité faisaient moins de distinction entre les domaines religieux et politique que n’en fait le christianisme. La réintroduction du droit romain a conduit l’État médiéval (et l’Église médiévale étatisée) à imposer un conformisme religieux par coercition et à punir la dissidence d’opinion par des peines graves à la mode de l’Antiquité.

Troisièmement, la disparition du catharisme au Languedoc et à imputer à son essoufflement doctrinal plus qu’à l’action des tribunaux du « Saint Office ». Car pour reconquérir spirituellement cette région, les dominicains (principaux responsables de l’Inquisition) ne se bornèrent pas jeter aux fers et aux flammes tous ceux qui s’opposaient aux positions de l’Église romaine, mais organisèrent des colloques et divers débats théologiques où maints dignitaires cathares furent convaincus de la supériorité doctrinale du catholicisme par rapport au catharisme. Dans la seule petite localité de Montréal en 1206, 150 cathares se convertirent volontairement suite aux discussions publiques.

Source : Laurent ALBARET, « Les derniers jours des cathares — Profession inquisiteur », L’Histoire, numéro 242, avril 2000, page 56.

En fin de compte, le christianisme est peut-être la première grande religion a avoir autorisé qu’on adhère à quelque chose d’autre qu’elle-même (au sens légal mais non moral), comme en témoigne l’article 2 du chapitre 20 de la Confession de foi de Westminster rédigée par les calvinistes britanniques en 1646 (puis reprise et adaptée par les congrégationalistes en 1658 et par les baptistes en 1677) :

Dieu seul est le Seigneur de la conscience […] Exiger une foi implicite et une obéissance absolue et aveugle, c’est détruire la liberté de conscience et contrevenir à la raison.

Cette modération intrinsèque au christianisme explique sans doute pourquoi c’est en Occident et non dans quelconque autre civilisation que le sécularisme a gagné en ampleur jusqu’au point de prendre le dessus sur le christianisme. Ainsi, on peut dire que le christianisme a été une victime de ses propres vertues. Mais ce n’est pas une fatalité irréversible…

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Le 24 août 1572 au soir. La noblesse française est assemblée à Paris pour célébrer le mariage d’Henri de Navarre et de la princesse Marguerite de Valois qui eut lieu une semaine plus tôt. Le Duc de Lorraine, Henri de Guise — un opportuniste hissé à la tête du parti catholique — et la Reine-Mère Catherine de Médicis poussent l’incapable roi Charles IX à ordonner l’assassinat d’une cinquantaine de gentilshommes huguenots (protestants français). Au cours de cette nuit de la St-Barthélémy, la populace catholique, exaltée par les prédicants apocalyptiques de la Contre-Réforme, transforme cette décapitation politique en hécatombe nationale. Tous les protestants qui refusent d’abjurer la foi biblique sur-le-champ sont violemment mis à mort au milieu de ce cauchemar très réel. Le massacre parisien inaugure une véritable « saison des St-Barthélémy », la tuerie systématique des calvinistes étant reproduite en pendant l’automne dans la plupart des grandes villes du royaume, faisant entre dix et trente mille victimes au total selon les estimations.

Voici cet événement difficile et douloureux tel que mis au cinéma dans le film La Reine Margot (1994) :

Si le vidéo dysfonctionne essayez ici ou ici. La Saint-Barthélémy de 1572 a aussi été mise en scène de façon similaire dans le film Henri IV (2010). À partir de 05:50 (j’avertis : scène impudique dans les minutes qui précèdent) :

Jusqu’à 06:00 :

La première victime de cette folie démoniaque fut l’Amiral de France, Gaspard de Coligny. Voici le monument érigé en son l’honneur près du Temple réformé de l’Oratoire du Louvre à Paris :

La maxime de Coligny était « Gloire de Dieu et Bien Public ». En 1925, le recteur de l’église franco-protestante de New York (et fondateur de la Huguenot Society of America), Alfred Wittmeyer, prononça le mémorable sermon L’Amiral Coligny — Martyr Huguenot. Une fresque du peintre Vasari célébrant ce massacre avec le cadavre de Coligny jeté en dehors d’une fenêtre orne encore le Vatican aujourd’hui. C’est beau, l’œcuménisme à la romaine.

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WeThePeople

J’ai déjà abordé la question du rapport entre la religion et la Constitution américaine, démontrant que constitutionnellement, les États-Unis ne sont pas laïcs et que tout ce que Thomas Jefferson voulait dire en écrivant qu’il devrait y avoir « séparation entre l’Église et l’État » c’est qu’il ne doit pas y avoir d’Église d’État afin de protéger les églises de l’ingérence étatique. Ce sujet mérite d’être approfondi. Les militants laïcistes citent continuellement l’establishment clause du Premier amendement de la Constitution — qui stipule que « le Congrès ne fera aucune loi relative à l’établissement de la religion ou prohibant le libre exercice d’icelle » — pour justifier la sécularisation complète de la sphère publique.

Premier point : la Constitution elle-même est un document confessionnel chrétien, pour deux raisons. D’abord, l’Article 7 de la Constitution clôt le document en stipulant « Fait en Convention, du consentement unanime des États représentés, le dix-septième jour de septembre de l’an 1787 de Notre Seigneur », puis suivent les signatures apposées par une quarantaine des Pères Fondateurs délégués par leurs États respectifs. « Notre Seigneur » dont il est question ici est certainement Jésus-Christ. Ceci est irréfutablement une allégeance confessionnelle faisant de la Constitution un document chrétien. Les jurisconsultes qui ont élaborés ce texte savaient très bien ce qu’ils faisaient et mesuraient scrupuleusement la portée de chacun des mots qu’ils y inscrivaient. Si les Pères Fondateurs avaient vraiment voulu que la Constitution et l’État qui en émane soient « religieusement neutres » (comme si une telle chose était possible), ils n’auraient certainement pas ajoutés la mention « de Notre Seigneur ». Les progressistes modernitaires pourraient alléguer que ce n’était qu’une formalité d’époque, mais en suivant cette fausse logique nous pourrions étendre ce raisonnement à l’entièreté de la Constitution et ainsi la rendre caduque.

Ensuite, la Section 7 de l’Article 1 de la Constitution affirme que le chef du pouvoir exécutif (c’est-à-dire le Président) a dix jours pour approuver ou renvoyer les projets de loi élaborés par le Congrès qui les lui soumet, dimanche non compté. Cette importante précision vise à favoriser la pratique du christianisme jusqu’au plus haut échelon du gouvernement. C’est là une allégeance confessionnelle supplémentaire que contient la Constitution : le jour de repos chrétien est reconnu et protégé par le document qui établit la légitimité même de l’État fédéral américain. Les instances gouvernantes ont l’obligation légale de respecter le jour du Seigneur (Jésus-Christ).

Gary DeMar, le président d’American Vision, explique :

Maintenant, revenons à l’establishment clause du Premier amendement. Pour interpréter correctement l’injonction constitutionnelle à ne pas « établir de religion » (injonction qui pèse uniquement sur la législature fédérale et non sur les autres branches ou paliers de gouvernement), il faut la replacer dans le contexte politico-religieux américain de la fin du XVIIIe siècle. Pour comprendre cette phraséologie volontiers floue, il faut l’éclairer du sens que les auteurs de la Constitution lui donnaient. Une panoplie d’exemples pourraient être cités, mais prenons-en seulement quelque-uns.

En 1782, alors que la guerre empêchait l’importation de Bibles dans les colonies insurgées, les Pères Fondateurs du Congrès Continental approuvèrent l’édition de trente mille Bibles avec les fonds publics. D’ailleurs, le Président du Congrès Continental en 1782-83, Elias Boudinot (d’origine française calviniste), fut aussi le premier Président de l’American Bible Society. Assurément, les Pères Fondateurs considéraient que la promotion ouverte du christianisme par l’État est compatible avec le non-établissement d’une église particulière par le Congrès fédéral. Le Président du

Similairement, le 4 décembre 1800, le Congrès approuva l’utilisation du Capitol Building comme église le dimanche. Visiblement, les législateurs ne voyaient là aucune contradiction avec le Premier amendement. Et il est significatif que le Capitol Building, bien qu’il fut dès le départ destiné à accueillir la Chambre des représentants et le Sénat, fut utilisé comme église dès 1795, soit une demi-décennie avant que la députation ne s’y installe.

Il suffit de donner la parole aux Pères Fondateurs pour savoir ce qu’ils en pensaient…

Le pouvoir suprême [c-à-d le Parlement britannique] ne peut justement prendre la propriété d’aucun homme sans son consentement. Les droits naturels des colons sont les suivants : Premièrement, le droit à la vie ; Deuxièmement, le droit à la liberté ; Troisièmement, le droit à la propriété ; ainsi que le droit de se supporter et de se défendre de la meilleur manière qu’ils le peuvent. Les droits des colons peuvent être compris en étudiant soigneusement les instituts du Grand Donneur de la Loi et Tête de l’Église chrétienne [Jésus-Christ], lesquelles se trouvent clairement écrits et promulgués dans le Nouveau Testament.

— Samuel Adams, surnommé le « Père de la Révolution », dans sa lettre aux colons américains de 1772, député au Congrès Continental (1774-1781), Gouverneur du Massachusetts (1789-1797)

La Providence a donné à notre peuple le choix de ses dirigeants. Il est un privilège, un devoir ainsi que dans l’intérêt d’une nation chrétienne de préférer et de choisir des chrétiens comme dirigeants.

— Jonh Jay, premier Juge en chef des États-Unis, 28 février 1797

Notre Constitution a été faite uniquement pour un peuple moral et religieux. Elle est complètement inadéquate pour le gouvernement de n’importe quel autre.

— Jonh Adams, second Président des États-Unis (1797-1801), 11 octobre 1798

Les plus grands piliers de tout gouvernement et de la vie sociale sont la vertu, la moralité et la religion. Ceci est l’armure, mon ami — et c’est cela uniquement — qui nous rend invincibles.

— Patrick Henry, député du Congrès Continental (1774), Commandant de la milice virginienne (1775), Gouverneur de Virginie (1776-1778 et 1784), 8 janvier 1799

Sans moralité, une république ne peut subsister aucune période de temps ; ceux donc qui décrient la religion chrétienne dont la moralité est si sublime et pure […] sapent les solides fondements moraux, les meilleures sécurités pour la durée des gouvernements libres.

— Charles Carroll, signataire de la Déclaration d’Indépendance et de la Constitution américaine, député au Congrès Continental (1776), Sénateur du Maryland (1781-1799), 4 novembre 1800

Les Principes généraux à partir desquels les Pères ont accomplis l’indépendance étaient les seuls principes sur lesquels cette merveilleuse assemblée de jeunes gentilshommes pouvaient s’unir. […] Et quels étaient ces Principes généraux ? Je réponds : les Principes généraux du christianisme, dans lesquels toutes ces sectes [sic] étaient unies.

— Jonh Adams, second Président des États-Unis (1797-1801), 28 juin 1813

La préservation de la république est aux mains du peuple. Nous plaçons le futur entier de la civilisation américaine non sur le pouvoir du gouvernement, loin de là. Nous plaçons le futur de toutes nos institutions sur la capacité de l’humanité à s’auto-gouverner ; sur la capacité de chacun d’entre nous à se gouverner soi-même, à se contrôler soi-même, à se soutenir selon les Dix Commandements.

— James Madison, quatrième Président des États-Unis (1809-1817)

La plus haute gloire de la Révolution américaine est d’avoir connecté en un lien indissoluble les principes du gouvernement civil et les principes du christianisme.

— John Quincy Adams, sixième Président des États-Unis, 4 juillet 1821

N’est-ce-pas la Déclaration d’Indépendance qui a premièrement organisé notre pacte social sur le fondement de la mission terrestre du Rédempteur ? Qui a fixé la pierre angulaire du gouvernement humain sur les premiers préceptes du christianisme ?

— John Quincy Adams, sixième Président des États-Unis, 4 juillet 1837

Sources des citations :
Congress and the Bible [JEM Leadership Ministries]
Is America a Christian Nation ? [World Net Daily]
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On trouvera beaucoup plus d’information sur l’intention originelle du Premier amendement dans l’ouvrage The Christian Life and Character of the Civil Institutions of the United States de B.F. Morris, dont l’édition originale remonte à 1864 mais qui fut réédité en 2007 par American Vision.
Il est aussi intéressant d’étudier la philosophie des puritains qui ont précédés les Pères Fondateurs en établissant les Treize Colonies. Voici une citation de l’ouvrage Christian Life and Character référé ci-haut :
Le Cadre de gouvernement civil que William Penn a complété en 1682 pour le gouvernement de la Pennsylvanie était dérivé de la Bible. Il a déduit de plusieurs passages bibliques que l’origine de tout pouvoir humain descend de Dieu et que les gouvernements ont un droit [ou mandat] divin à deux fins : 1. terrifier les malfaiteurs, 2. chérir ceux qui font le bien ; de façon à ce que le gouvernement en soi semble faire partie de la religion, une chose sacrée dans ses institutions et ses fins.
Source : The Christian Origins of the American Constitution [New Geneva Orthodox Presbyterian Church]
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Autant que l’Israël antique, la Chrétienté pré-postmoderne se considérait comme le royaume de Dieu car elle était gouvernée (officiellement du moins) par la Loi de Dieu telle qu’énoncée dans l’Écriture Sainte (Bible). En tant que peuple de Dieu selon la Nouvelle Alliance, les populations chrétiennes étaient sujettes à la Loi divine de la même manière que l’était la nation hébraïque aux second et premier millénaire avant Jésus-Christ. Bien sûr, jusqu’à la Réforme protestante et même jusqu’à nous jours, ce « droit chrétien » était combiné, mélangé, voir pétri de droit romain et de droit germanique.
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Cependant, au XVIIe siècle, les puritains (des protestants d’Europe du nord de dénomination presbytérienne, congrégationaliste ou baptiste persécutés par les anglicans et les catholiques) qui se réfugièrent au nouveau monde entreprirent de créer une société nouvelle, purifiée des souillures de l’ancien monde et dotée d’un système de gouvernement qui soit exempt de toute influence non-chrétienne. C’est dans cette démarche que les puritains du Massachusetts ont abolit la peine de mort pour crime de vol sur la base que le Lévitique ne prescrit pas une telle sanction (cette peine démesurée était sans doute un lointain héritage païen anglo-saxon), voir cet édifiant article.
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Similairement, l’Assemblée Générale de la colonie puritaine de New Haven au Connecticut décida que la Loi divine, sans aucune interférence extérieure, fut établie la loi de la colonie, comme en témoignent les résumés de ses résolutions. Le 2 mars 1641 :
Selon l’accord fondamental — fait et publié par plein et général consentement, lorsque la plantation s’est mise en place et qu’un gouvernement fut fondé — les lois judiciaires de Dieu transmises par Moïse étayées dans d’autres parties de l’Écriture, pour autant qu’elles soient reliées à la Loi morale [ou dépendantes d’icelle] et qu’elles soient ni cérémonielles ni spécifiques [aux Hébreux] ou qu’elles n’aient aucune référence à Canaan, ont une équité éternelles en elles, et devront servir de règle pour les procédures.
Le 3 avril 1644 :
Il fut ordonné que les lois judiciaires de Dieu, telles qu’elles furent livrées par Moïse […] seront la règle pour toutes les cours de cette juridiction dans leurs procédures.
Source : Institutes of Biblical Law [Christ Rules]
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Mais aujourd’hui, 400 ans après la fondation des colonies puritaines et 200 ans après la fondation de la république chrétienne, la gauche athée et/ou multicul voudrait nous faire croire que « la situation a changée », que les États-Unis ont « évolué », et que désormais les institutions civiles devraient être religieusement « neutres ». Pure foutaise.

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Consultez également : A Summary of Crucial Errors of Pietism

Le piétisme est une mentalité selon laquelle le chrétien doit se réfugier dans un îlot de « piété » intérieure et doit s’abstenir de participer aux mauvements et aux conflits sociaux, culturels et politiques de son temps. Selon cette doctrine non-chrétienne, le chrétien doit s’occuper des enjeux « terrestres » le moins possible. Le piétisme véhicule une forme de nombrilisme ecclésial, ou d’ecclésiocentrisme. Le piétisme pousse les chrétiens à refuser de remplir leur mandat créationnel qui est de dominer sur la Création. Historiquement, à l’âge de la Réformation, chez les protestants, seuls les mennonites étaient piétistes. Mais avec le temps, les quakers et les darbystes embrassèrent le piétisme. L’activité de ces trois dénominations conjuguée à l’influence de la philosophie des « Lumières » firent en sorte que le piétisme en vint à contaminer toutes les dénominations, quoique à des degrés différents.

L’Encyclopédie Universalis dit ceci à propos du piétisme :

Mouvement à forte composante émotionnelle, le piétisme peut être considéré comme une réaction contre les tendances « mondaines » [sic] que manifesta le protestantisme à partir du XVIIe siècle et contre le fait que les découvertes religieuses opérées par les réformateurs ne faisaient plus l’objet que d’un acquiescement de nature principalement intellectuelle.

[…]

Dans cette perspective [piétiste], l’Écriture sainte représentait moins un recueil de connaissances dogmatiques qu’une source vivante de la foi.

[…]

La théologie de l’Université de Halle (Saxe-Anhalt) insista fortement sur la nécessité d’une conversion acquise à travers une crise profonde. Pour être un enfant de Dieu, il fallait avoir connu une lutte intérieure comprenant une phase initiale de désespoir ; […] La piété resta, la plupart du temps, très affective et sentimentale.

[…]

Le terme de « piétisme » est cependant parfois utilisé avec une connotation négative. En effet, certains estiment néfaste l’influence du piétisme sur le protestantisme, qu’il a rendu souvent enclin à l’introspection et à une forte intériorisation de la religion.

Et la substantiellement libérale Fédération protestante de France (FPF) ajoute :

Le piétisme est un grand mouvement religieux né en Allemagne au XVIIème siècle. Philipp Jakob Spener en était un des principaux instigateurs. […] Le courant du piétisme reprochait à l’orthodoxie protestante de l’époque de faire de la religion un ensemble de confessions de foi dans lesquelles la piété et la sensibilité personnelle du croyant n’avait pas de place.

À propos de Philipp Jacob Spener, la FPF précise :

Philipp Jacob Spener est né à Ribeauvillé en Alsace en 1635. Après des études de philosophie et de théologie, il est appelé à un poste influent, la direction du corps pastoral de Francfort-sur-le-Main. C’est là qu’il va contribuer au développement d’un mouvement de réveil du protestantisme allemand, qualifié de « piétisme ».

Cherchant à renouveler la vie de l’Église, il fonde avec des amis un groupe d’édification, le Collegium Pietatis. En 1675, il fait paraître un opuscule : Les Pia Desideria, ou Désir sincère d’une amélioration de la vraie Église évangélique [sic], dans lequel il met l’accent sur la piété personnelle.

Rétrospectivement, nous pouvons constater que peut-être sans nécessairement le vouloir, la mouvance piétiste a conduit le christianisme à s’auto-marginaliser, pavant ainsi la voie à la montée du sécularisme. Le piétisme a donc ultimement contribué à la déchristianisation des sociétés occidentales :

Pietism was an emphasis on piety understood in a dualistic sense […] Pietism defined Christianity in terms of “spiritual” otherworldliness and saw it in opposition to the worldliness of day-to-day human activity. Pietism, in fact, saw Christianity as a retreat from earthly, worldly concerns, which it increasingly abandoned.

[…]

Pietism, having accepted a spiritualized view of Christianity […] Not only was the material world left to secularization, the Bible itself was seen as legalistic when it delved into specifics of behavior. […] This Pietistic trend was also then applied to the Bible. Those laws seen as mundane or worldly were dismissed as Hebrew “civil” law and seen by Pietists as of no value to “spiritual” Christians.

Source : How Christianity Marginalised Itself [Chalcedon Foundation]

Pierre Courthial commente :

[En embrassant le piétisme,] l’Église déserte le combat des deux Cités, et en bloque beaucoup dans la Babel, la Babylone d’en bas, au lieu de les amener, vaincus, à rejoindre le Christ Sauveur-Seigneur dans la Jérusalem d’en haut. […] En choisissant la synthèse plutôt que l’antithèse, en voulant ne faire qu’une Cité des deux Cités, l’Église trahirait sa mission, et, du même coup, trahirait les hommes auxquels elle doit communiquer la Parole de vérité et de salut, et trahirait son Seigneur et Époux Jésus-Christ.

[Le piétisme,] sans le vouloir, contribue au développement de la maladie humaniste en lui abandonnant des secteurs entiers de l’existence. Au long des siècles, et notamment depuis le XVIIIe siècle, le piétisme n’a cessé de limiter la portée et l’autorité de la Parole, de la Loi, de Dieu à la vie personnelle et familiale, au culte, et à l’Église isolée du monde et s’en retranchant […].

En minimisant la Loi morale de Dieu, en la restreignant, en s’opposant à son extension à tous les domaines qui constituent la majeure partie de la vie des hommes ici-bas, […] les piétistes abandonnent, de fait, tout le reste — ce qui fait beaucoup ! — aux volontés humaines (ou démoniaques ?), maîtresses alors du terrain. Ils [les piétistes] deviennent complices de l’humanisme qui profite de leur réserve, de leur abstention, volontaire, pour l’emporter.

Piétistes ou militants humanistes se rejoignent alors au moins sur ce point : Dieu, dans ces domaines, n’a rien dit, n’a rien à dire, n’a rien voulu dire.

« Le Texte sacré ne vise pas seulement un salut “spirituel”, le “salut des âmes”, comme le présuppose le piétisme, mais toute notre manière de vivre, en tous domaines, au quotidien. » — Pierre Courthial (1914-2009), co-fondateur et ex-doyen de la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence

« Il n’existe pas un seul domaine de la vie humaine dont le Christ ne puisse dire : “C’est à Moi !” » — Abraham Kuyper (1837-1920), pasteur puis Président des Pays-Bas (1901-1905)

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