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Archive for mars 2011

L’« Occident chrétien », cette civilisation qui fut le porte-étendard de la foi monothéiste trinitaire pendant un millénaire et demi — de l’Antiquité tardive au milieu du XXe siècle — est malheureusement un concept du passé. Bien que les chrétiens occidentaux n’ont pas dit leur dernier mot, il faut constater que les forces vives du christianisme universel ne sont plus en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Australie. Mais cela ne signifie aucunement qu’un déclin global du christianisme est en train de s’opérer, plutôt le contraire. Tandis qu’ici les lobbys athées — se méprenant sur les succès éphémères qu’ils enregistrent (grâce à leur putch des leviers du pouvoir) — s’autorisent à fabuler sur la destruction totale et complète de la religion, ils oublient que dans les autres hémisphères le sécularisme est à l’agonie.

En Russie, l’écroulement du communisme athée a entraîné un retour impressionnant du christianisme orthodoxe. Ce renouveau spirituel traverse toutes les couches de la société et est d’une ampleur telle qu’il n’y a soudainement  plus assez d’églises pour tous les croyants ! Voir ce reportage de la  :

Voir aussi ce court documentaire français :

Ce retour en force du christianisme dans la société s’accompagne assurément d’un retour sur la place publique. Notamment, l’Église de Russie envisage autoriser les prêtres à se présenter à tous les niveaux aux élections. En réaction au déshabillé excessif des femmes russes, l’une des principales têtes pensantes de l’Église orthodoxe, l’archiprêtre Vsevolod Tchapline, a récemment exigé l’instauration d’un code vestimentaire pour les femmes en Russie, estimant que « certaines d’entre elles confondent la rue avec un club de strip-tease ».

Ce qui vaut pour la Russie s’observe aussi dans les pays d’Europe de l’Est. Ainsi, pour la première fois en 90 ans, les élèves ukrainiens ont la possibilité d’étudier l’éthique chrétienne dans les écoles publiques de leur pays, depuis la prise de pouvoir par le Président Viktor Yushchenko suite à la Révolution orange de 2005 :

→ Christian ethics taught in Ukraine’s public schools  [Current]

En mars 2008, le christianisme a remporté une victoire importante en Roumanie sous l’impulsion du clergé orthodoxe des plus convaincu et de diverses organisations civiles. Cela c’est passé 63 ans presque jour pour jour après le coup d’État communiste de mars 1945 qui a mit fin au gouvernement provisoire issu de la résistance anti-nazie. La dictature athéiste qui c’est alors abattue sur le pays a fait deux millions de morts au cours des quatre décennies suivantes :

→ Roumanie : la religion est de retour à l’école [Pour une école libre]

Des mouvements de masse en faveur de l’éducation religieuse en milieu scolaire s’organisent également en Moldavie et en Bulgarie.

Mais encore plus remarquable sont les changements qui ont cour en Afrique et en Chine. J’aborderai d’abord l’Afrique puis me pencherai sur la Chine plus loin. L’Afrique du Nord est arabo-musulmane, c’est bien connu. Dans son essai Le Choc des Civilisations écrit en 1993, l’historien Samuel P. Huntington classait l’Afrique subsharienne  (sans la Corne de l’Afrique) simplement comme « Civilisation africaine », qu’il jugeait inaboutie car il n’y avait pas de religion dominante, mais seulement un ensemble de pratiques animistes. Pour lui, l’existence d’une grande religion unificatrice est une condition préalable à l’existence d’une grande civilisation. Cependant, les progrès des différentes dénominations chrétiennes en Afrique noire au cours de la décennie suivante ont permi d’invalider cette catégorisation d’Huntington. En 2002, un autre historien, Philip Jenkins, a publié The Next Christendom, prédisant que les chrétiens d’Afrique et d’Asie allaient bientôt rompre avec leur passé païen, établir le christianisme dans leurs sociétés qui se constitueront en blocs régionaux relativement monolithiques, lesquels deviendront très puissants et joueront un rôle majeur dans la géopolitique mondiale. Il argumente correctement que le christianisme d’Afrique et d’Asie est jeune, fort, visionnaire, militant et revendicateur. Surtout, il met l’emphase sur le caractère conservateur et traditionaliste de cette culture chrétienne triomphante. Si cet auteur voit cela d’un mauvais oeuil, nous chrétiens avons toutes les raisons de s’en réjouir.

Jenkins insiste que dans le futur, les chrétiens d’Afrique et d’Asie vont, du fait de leur récente supériorité numérique, avoir un poids beaucoup plus lourd que les chrétiens d’Occident dans les relations internationales…

Demographic Shift

The most important reason is demographic shift. While in the liberal North and West the number of Christians is rapidly shrinking, Christianity in the global South and East is experiencing a phenomenal growth. Jenkins notes that of the 18 million Catholic baptisms recorded in 1998, eight million took place in Central and South America, three million in Africa, and about three million in Asia. In the Philippines alone, the number of baptisms annually was higher than the totals for Italy, France, Spain and Poland combined. It is projected that by 2025, 50 percent of the Christian population will be in Africa and Latin America, and another 17 percent will be in Asia. In the Catholic Church, by the same year, three quarters of all Catholics will be in the same three continents.

Un contre-argument qui pourrait être avancé est que le christianisme, dans le tiers-monde et les pays émergents, est l’acabit des pauvres, la drogue des démunis, le refuge irrationnel des êtres en détresse mentale. Mais une rapide survol de l’Afrique subsaharienne permet de réfuter cette contre-thèse. En Afrique noire, les pays les plus bordéliques sont justement ceux qui sont les moins christianisés, nommément la Somalie, le Niger, la Côte d’Ivoire, le gros Congo (ex-Zaïre), le Zimbabwe et l’Afrique du Sud, qui sont encore gangrénés par l’animisme, le marxisme et le mahométisme.

Symbolique de cette « nouvelle Chrétienté » d’Afrique noire, le préambule de la constitution (1996) de la République de Zambie stipule :

We, the people of Zambia, by our representatives assembled in our Parliament ;
Acknowledge the supremacy of God Almighty ;
Declare the Republic a Christian nation ;
While upholding the right of every person to enjoy that person’s freedom of conscience or religion.

Charl van  Wik, un missionnaire d’origine néerlandaise qui travaille là-bas, précise que :

Due to the free market opening up in this Christian nation, 200 farmers moved from communist Zimbabwe to Zambia. The results : They’ve provided jobs for the locals, boosted the economy and turned a net food importer into a net exporter. According to a U.S. based research group, 70 percent of Zambian Christians believe that God’s law must be applied in their civil law.

The proposed new constitution (2010) further makes abortion illegal, homosexual marriages banned and pornography no longer tolerated. Case in point, a South African businessman was incarcerated when trying to import illegal sexually explicit material. Dr John Jere, who founded Zambia United Christian Action (Zuca), served on the National Constitutional Conference (NCC) of Zambia, a body re-writing the national constitution.

Cette réforme de la constitution zambienne a été rendue possible grâce à la mise sur pied de l’Oasis Forum (un comité de coordination d’ONGs, d’organismes de juristes, de la Conférence épiscopale catholique de Zambie, du Conseil chrétien de Zambie et de l’Association évangélique de Zambie) qui en 2007 a engagé une bataille constitutionnelle contre le gouvernement en place dans le but de faire adopter une nouvelle constitution nationale. L’Oasis Forum mobilisé l’opinion publique en organisation des manifestations et d’autres activités. Peu de temps avant les élections présidentielles, les évêques de Zambie ont écrit une note pastorale intitulée La vérité vous rendra libre pour confirmer l’importance des élections pour l’avenir de la démocratie du pays. Dans leur lettre, les évêques ont exhorté les électeurs chrétiens à un vote informé et responsable. Les évêques ont affirmé que : « Le vote est non seulement un droit mais aussi un devoir envers le pays, pour aider à identifier et élire des personnes crédibles en mesure de faire fonctionner le pays pour le bien commun. »

Charl van Wik (cité plus haut), qui par ses voyages et ses nombreuses connexions a accès à quelques informations privilégiées, affirme que :

University, hospital and League of Christian Nations

Bishop Lamba in the Congo has a vision to see the building of a League of Christian Nations in Africa — and this is no small vision by any means. He and his team have started both a Christian radio and television station, as well as many Christian schools and planted around 1000 congregations. A Christian university and hospital are on the agenda (…) Africa is moving forward and getting a small glimpse of God’s will « being done on earth as it is in Heaven ».

Maintenant la Chine. Le christianisme y est illégal en dehors de la surveillance étatique, ce qui n’empêche pas 100 millions de chrétiens de pratiquer dans des églises souterraines. Le taux de conversions est très élevé (il y aurait en dix mille par jour), et le christianisme n’est pas seulement la religion des pauvres mais d’abord et avant tout celle de la classe moyenne émergente et de l’élite universitaire. Au rythme où vont les choses, la Chine pourrait très bien devenir un « Empire chrétien » d’ici le milieu du siècle…

Chinese Calvinism Flourishes

I spent some time on Monday talking to the Rev May Tan, from Singapore, where the overseas Chinese community has close links with mainland China. The story she told of the spread of Calvinist religion as an elite religion in China was quite extraordinary.

In China, the place where Calvinism is spreading fastest is the elite universities, fuelled by prodigies of learning and translation. Wang Xiaochao, a philosopher at one of the Beijing universities, has translated the two major works of St Augustine, the Confessions and the City of God, into Chinese directly from Latin. Gradually all the major works of the first centuries of the Christian tradition are being translated directly from the original languages into Chinese.

All of this is happening outside the control of the official body which is supposed to monitor and supervise the churches in China. Instead, it is the philosophy departments at the universities, or the language departments and the departments of literature and western civilisation that are the channel. Chinese Christianity using Chinese to do Christian thinking has become a very interesting movement.

Though the communists stigmatised Christianity as a foreign religion, they also and still more thoroughly smashed up the traditional religions of China : « The communist, socialist critique of traditional religion, and of Confucianism has been effective », she (Dr Tan) says : « The youngsters think it is very cool to be Christian. Communism has removed all the obstacles for them to come to Christianity. »

In China now, this kind of Christianity (Calivism) is seen as forward-looking, rational, intellectually serious, and favourable to making money. « Very soon », said Dr Tan, « Christians will become the majority of university students, that could happen. » It would be astonishing if China were to become a great power in the Christian world, as well as in the economic one.

À suivre…

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Le 1er mars 1562, six semaines après que l’Édit de Janvier ait autorisé le culte calviniste à l’extérieur de toutes les villes françaises, quelque 200 protestants célèbrent dans une grange de Wassy en Champagne. Le Duc de Guise, archi-catholique, passe par là et entend résonner leurs cantiques. Il s’irrite et ordonne à sa troupe de châtier ces renégats. Elles s’exécutent brutalement, assassinent et humilient collectivement les pratiquants… on décompte une cinquantaine de morts et 150 blessés avant que les soldats ne permettent aux survivants de se disperser. Cette commotion marque le début des Guerres de Religion qui vont déchirer la France pendant 30 ans et causer — directement ou indirectement (par famine et épidémie) — la mort d’un millions d’habitants, soit  le huitième de la population du royaume. En rétribution aux exactions de Guise, le prince protestant Louis de Condé attaque Orléans le 2 avril 1562, puis s’ensuit un cycle incessant d’épiques et sanglantes prises d’armes entrecoupées d’édits de cessation des hostilités…

Environ 15 % des Français adoptent entre-temps la foi nouvelle qui s’articule autour d’un corps de doctrines solidement établi : rapport personnel et direct au Créateur, lecture par tous  les chrétiens de la Parole de Dieu (Saintes Écritures), sacerdoce de tous les croyants, salut par la foi, adoration de la Trinité seule (et non pas de Marie et d’une ribambelle de saints quasi-déifiés). Mais cette minorité est disproportionnellement répartie entre les classes. En chiffres ronds, le protestantisme rallie 10 % de la paysannerie, 50 % de la bourgeoisie et 50 % de la noblesse.  Comment expliquer cette disparité ? C’est que les membres de l’élite lettrée, qui avaient la chance de lire la Bible eux-mêmes et y redécouvrir ses trésors, étaient beaucoup plus enclins à passer à la Réforme que les paysans analphabètes qui dépendaient entièrement d’un curé pour leur nourriture spirituelle. Les cultivateurs et les éleveurs des villages où il pré-existait une école communale qui enseignait les rudiments de la lecture et de l’écriture aux enfants acceptèrent généralement avec beaucoup  d’enthousiasme la Réforme, comme dans le Vaucluse, les Cévennes et le Vercors.

Si la moitié des nobles de l’ensemble des provinces embrassent le protestantisme (même dans des régions catholiques comme la Bretagne), les fidèles calvinistes sont nettement concentrés dans le sud et l’ouest. En 1562, on compte déjà quelque 1400 paroisses réformées « dressées » à la genevoise (c’est-à-dire organisées autour d’un pasteur et d’un consistoire) en territoire français :

Plusieurs métropoles régionales comme Montauban, Nîmes et Montpellier deviennent des bastions réformés, La Rochelle se transforme pratiquement en république calviniste indépendante. Lyon est une capitale protestante en 1562-1563 ; le Quatrième Synode National de l’Église Réformée de France s’y tient en 1563 sous l’autorité du puissant pasteur Pierre Viret.

Lyon devient le second centre d’imprimerie de France en importance et un foyer de réflexion considérable, au point où l’on a pu parler de Lyon comme de la « capitale intellectuelle du royaume ». C’est dire l’influence de la ville pendant cette période.

La Paix d’Ambroise rend la ville à la Ligue catholique, mais le parti réformé en redeviendra maître en 1594. En 1570, Jeanne d’Albret fait du calvinisme la religion d’État du Béarn dont voici la localisation :

En réaction au mariage « d’apaisement » entre le Roi de Navarre huguenot, Henri de Bourbon, et l’officiellement catholique fille du Roi Henri II de France, Marguerite de Valois (la reine Margot), le massacre parisien de la Saint-Barthélémy du 24 août 1572 est reproduit à Bordeaux et  Toulouse le 3 octobre, faisant environ une dizaine de milliers de morts (incluant le chef  des Huguenots, l’amiral Gaspard de Coligny), et rallumant les Guerres de Religion.

La régente Catherine de Médicis observe avec satisfaction les résultats de l’hécatombe criminelle :

Après une tentative de meurtre contre lui par Catherine de Médicis en 1576, Henri  de Navarre prend la tête du parti protestant et prépare la contre-offensive avec le surnom de « Roi de Gascogne », titre qui n’était pas tout à fait inapproprié si l’on compare les frontières de son domaine avec celles de la Gascogne.

Carte du domaine d’Henri de Navarre :

Carte de la Gascogne :

Dans la décennie 1570, catholiques et protestants s’organisent en territoires quasi-souverains dans les parties du royaume qu’ils contrôlent. Le calvinisme est porteur d’une théorie politique selon laquelle le tout système étatique doit s’appuyer sur le peuple qui est indirectement souverain (via la petite noblesse dans ce contexte). Les Huguenots créent ainsi dans le sud de la France une république fédérative où chaque province jouit d’une grande autonomie face au pouvoir central. L’autorité est confiée au « pays », c’est-à-dire à des États-Généraux. Les Provinces-Unies du Midi sont fondées à Anduze en février 1573. Ce régime perdurera une bonne vingtaine d’années. Les Provinces-Unies du Midi constituent un précédent à la monarchie constitutionnelle.

Le 20 octobre  1587, l’armée royale catholique est écrasée par les calvinistes des Provinces-Unies du Midi à Coutras en Gironde (Aquitaine),  ce qui prélude à la marche de l’héritier du trône, de la couronne et sceptre sur Paris et à la conclusion de la 8ème guerre de religion.

Voir également sur Le Monarchomaque :

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