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Archive for mai 2010

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L’insigne des unités protestantes des Forces Françaises Libres (FFL) :

Nous célébrons aujourd’hui le 65e anniversaire de la victoire alliée contre le Troisième Reich en Europe. L’orientation religieuse du national-socialisme est toujours controversée. Selon une idée reçue, ceux-ci auraient entretenus d’excellentes relations avec les églises protestantes et catholique romaine. Voici un condensé d’informations démontrant plutôt le contraire.

1. L’antichristianisme, fondement du nazisme

2. Confrontation entre protestants conservateurs et nazis

En Allemagne

Le 13 novembre 1933 :

Lors d’une manifestation des « Chrétiens allemands » [sic] au Palais des Sports de Berlin, un « pasteur » nazi déclara que l’Ancien Testament et des passages du Nouveau Testament n’étaient que des superstitions, et se réclama d’une nouvelle profession de foi qui mettrait l’accent sur les valeurs héroïques de l’idéologie nazie, soi-disant défendues par Jésus. [Cette profession de foi devint par la suite un texte officiel des « Chrétiens allemands ».] Il s’agissait de transformer l’Église du Reich en un instrument de propagande diffusant l’idéologie nazie, et n’ayant plus rien à voir avec les véritables principes chrétiens.

On rappelle que l’arrivée au pouvoir d’Hitler, qui impose une organisation des églises chrétiennes (les Deutschen Christen), fut accueillie favorablement par la majorité des protestants allemands qui y voyaient la fin des humiliations du traité de Versailles. Mais la mainmise des partisans d’Hitler sur l’Église protestante amena la création de l’Église confessante qui, sous l’influence de K. Barth (expulsé de Bonn en 1935) et du pasteur luthérien H. Asmussen publia en 1934 un texte de résistance spirituelle au nazisme : la Déclaration de Barmen. Des théologiens luthériens comme Martin Niemöller (interné en camp de concentration en 1937) et Dietrich Bonhoeffer (pendu en 1945 par les nazis), s’engagèrent dans la résistance active.

En Alsace-Lorraine

Dans les territoires annexés de fait d’Alsace et de Lorraine, la politique de nazification interdit la presse chrétienne, ferme les écoles religieuses, les étudiants de la Faculté théologique de Strasbourg sont dirigés sur Tübingen. […] Le parti nazi étend sa politique anti-chrétienne, supprime le régime concordataire de 1801, et l’administration n’assure plus le salaire des prêtres et des pasteurs. Les églises deviennent des sociétés religieuses de droit privé et doivent payer des impôts, contrainte heureusement compensée par l’importance des cotisations versées par les fidèles. Les écoles privées sont supprimées. Malgré ces agressions, on note une forte affluence aux cultes, l’Évangile étant perçu comme un message de libération.

La résistance intellectuelle des protestants français

Par ailleurs, la revue Foi et vie, dirigée par Charles Westphal et Pierre Maury avait publié dès janvier 1941, malgré la censure, la Lettre aux protestants de France de Karl Barth (octobre 1940) prônant la résistance à l’hitlérisme : ce dernier fut un adversaire inlassable du régime nazi et l’inspirateur de l’Église confessante, s’opposant aux Deutschen Christen imposés par Hitler. Cette lettre fut diffusée par les pasteurs Roland de Pury et Georges Casalis. En septembre 1940, Marc Boegner demande aux protestants de ne pas s’engager dans la Légion française de combattants, car le serment d’allégeance vis-à-vis du Maréchal lui semblait ouvrir la voie à des engagements pleins d’ambiguïtés.

Le calvaire des protestants dans le système concentrationnaire

Toute manifestation de vie religieuse étant totalement interdite, « l’évocation de la vie spirituelle dans les camps de concentration doit être empreinte de beaucoup de sobriété » (pasteur Aimé Bonifas) [détenu #20801 dans les bagnes nazis]. Prière individuelle, rares célébrations clandestines, dans des conditions souvent indescriptibles. De nombreux écrits évoquent ces personnalités qui ont témoigné de leur liberté intérieure et de leur solidarité en rapport avec leur force spirituelle.

Références :

3. Confrontation entre catholiques conservateurs et nazis

Du côté catholique, dès 1931,  les évêques allemands interdisent aux catholiques de joindre le NSDAP en déclarant qu’« on ne peut être catholique et nazi à la fois ». Joseph Goebbels lance alors une campagne d’intimidation contre Mgr Bernhard Lichtenberg. En 1933, après la prise de pouvoir des nazis, son logement est fouillé par la Gestapo. En 1935, ayant appris la réalité des camps de concentration, il proteste dans une lettre adressée à Hermann Göring. Suite aux premiers pogroms en 1938,  Mgr Lichtenberg déclare dans un sermon qu’il priera publiquement chaque jour à la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin pour les Juifs et les chrétiens non-aryens persécutés. En 1941, il est arrêté par les SS, emprisonné et torturé. Il leur répond : « Je n’ai qu’un seul Führer : Jésus-Christ ». Bernhard Lichtenberg meurt déporté en 1943.

Après son ascension au pouvoir en 1933, Hitler s’était arrangé pour signer un accord concordataire avec l’Église romaine, placant la catholicité allemande dans le giron de l’État tout en garantissant, théoriquement, les droits de l’Église et des familles chrétiennes. L’article 14 du concordat stipulait que « Les nominations d’archevêques, d’évêques et toute autre nomination ne deviendront définitives que lorsque le représentant du Reich aura donné son accord. »

Comme en Italie, le concordat n’est pas respecté. Lors de la Nuit des Longs Couteaux, les dirigeants des mouvements de jeunesse catholique sont exécutés par les SS. À partir de l’automne 1933, les Nazis persécutent le clergé. Au cours de l’été 1934, le chancelier autrichien Dolfuss, fervent catholique, est assassiné. Face au viol continuel du concordat, Rome réagit en mettant à l’Index Le Mythe du XXe siècle, de l’idéologue nazi Alfred Rosenberg et en adressant 55 lettres de protestation entre 1933 et 1937, date de la condamnation officielle de l’attitude et l’idéologie du gouvernement de Berlin par le  par l’encyclique antinazie Mit Brennender Sorge du pape Pie XI. Ce texte condamnant le racisme et les tendances païennes du régime est interdite de diffusion par la Gestapo. Suite à sa lecture publique dans les églises, 1100 prêtres allemands sont arrêtés. 447 d’entre eux ainsi que plusieurs évêques sont internés à Dachau, 94 y laissent leurs vies.

Références :

4. L’hostilité du Führer à la foi chrétienne

Hitler éprouvait un grand intérêt pour la religion islamique et regrettait que ses armées n’eussent pas triomphé à Poitiers :

« Le gouvernement aussi des Arabes en Espagne fut quelque chose d’infiniment distingué : les plus grands scientifiques, penseurs, astronomes, mathématiciens, une des époques les plus humaines, en même temps qu’une chevalerie colossale. Lorsque, plus tard, y vint le christianisme, alors on peut dire : les barbares. La chevalerie qu’avaient les Castillans était en réalité un héritage arabe. Si Charles Martel n’avait pas vaincu à Poitiers, puisque le monde juif s’était déjà emparé de nous – que le christianisme est bien quelque chose de fade – nous aurions bien mieux encore reçu le mahométisme, cette doctrine de la récompense de l’héroïsme : le combattant seul a le septième ciel ! Les Germains auraient avec cela conquis le monde, ce n’est que par le christianisme que nous en avons été tenus éloignés. »

Source : François Genoud, Libres propos d’Adolf Hitler sur la Guerre et la Paix recueillis sur l’ordre de Martin Bormann, Paris, Frammarion, 1952. Martin Bormann était Chef de la Chancellerie du NSDAP. Ces extraits de conversations furent transcrits et par le Sous-Secrétaire d’État nazi Heinrich Heims et transmis de Berlin à sa femme Gerda Bormann au Nid d’Aigle en Bavière. François Genoud les compila et les publia par la suite. Les propos ici cités ont été tenus à son Quartier-Général le 27 août 1942.

Hitler était mécontent que les Allemands vouent un culte au Christ et non aux autres religions orientales :

« Et cette fois nous éprouvons une violente sensation de colère à la pensée que des Allemands ont pu s’enliser dans des doctrines théologiques privées d’une quelconque profondeur quand sur la vaste terre il y en a d’autres, comme celle de Confucius, de Bouddha et de Mahomet, qui à l’inquiétude religieuse offrent un aliment d’une bien autre valeur. »

Hitler avait en haute estime les anciennes croyances païennes :

« Le paysan doit savoir ce que l’Église lui a dérobé : l’appréhension mystérieuse et directe de la Nature, le contact instinctif, la communion avec l’Esprit de la terre. C’est ainsi qu’il doit apprendre à haïr l’Église. Il doit apprendre progressivement par quels trucs les prêtres ont volé leur âme aux Allemands. Nous gratterons le vernis chrétien et nous retrouverons la religion de notre race. »

Hitler planifiait détruire l’Église une fois qu’il en aurait fini avec les Juifs, trisomiques, démocrates, et autres ennemis du national-socialisme :

« Quant aux autres, je n’ai pas besoin d’eux, Je vous garantis que, si je le veux, j’anéantirai l’Église en quelques années, tant cet appareil religieux est creux, fragile et mensonger. Il suffira d’y porter un coup sérieux pour le démolir. Nous les prendrons par leur rapacité et leur goût proverbial des bonnes choses. Je leur donne tout au plus quelques années de sursis. Pourquoi nous disputer ? Ils avaleront tout, à la condition de pouvoir conserver leur situation matérielle. Ils succomberont sans combat. Ils flairent déjà d’où souffle le vent, car ils sont loin d’être bêtes. »

Hitler croyait que l’Église et les membres du clergé étaient aussi mauvais que les Noirs et les Juifs :

« Je leur arracherais du visage leur masque de respectabilité. Et si cela ne suffit pas, je les rendrais ridicules et méprisables. Je ferai tourner des films qui raconteront l’histoire des hommes noirs. Alors on pourra voir de près l’entassement de folie, d’égoïsme sordide, d’abrutissement et de tromperie qu’est leur Eglise. On verra comment ils ont fait sortir l’argent du pays, comment ils ont rivalisé d’avidité avec les juifs, comment ils ont favorisé les pratiques les plus honteuses. Nous rendrons le spectacle si excitant que tout le monde voudra le voir et qu’on fera de longues queues à la porte des cinémas. Et si les cheveux se dressent sur la tête des bourgeois dévots, tant mieux. »

Hitler avait la ferme intention de combattre l’Église romaine :

« L’Église catholique, c’est une grande chose. […] Mais leur temps est passé. Du reste, ils le savent bien. Ils ont assez d’esprit pour le comprendre et pour ne pas se laisser entraîner dans le combat. Si toutefois ils voulaient entamer la lutte, je n’en ferais certainement pas des martyrs. Je me contenterais de les dénoncer comme de vulgaires criminels. »

L’« Église allemande unie » qu’Hitler voulait créer n’était qu’une étape de son plan pour mettre les églises sous son contrôle et éventuellement les détruire :

« Laissons de côté les subtilités. Qu’il s’agisse de l’Ancien Testament ou du Nouveau, ou des seules paroles du Christ, comme le voudrait Houston Stewart Chamberlain, tout cela n’est qu’un seul et même bluff judaïque. Une église allemande ! Un christianisme allemand ? Quelle blague ! On est ou bien chrétien ou bien allemand, mais on ne peut être les deux à la fois. »

Hitler espérait que les Allemands oublieraient le christianisme en faveur d’une nouvelle foi germanique :

« Pour notre peuple, au contraire, la religion est affaire capitale. Tout dépend de savoir s’il restera fidèle à la religion judéo-chrétienne et à la morale servile de la pitié, ou s’il aura une foi nouvelle forte, héroïque, en lui-même, en un Dieu indissociable de son destin et de son sang. »

La relative tolérance de l’Église n’était qu’un plan d’Hitler pour éventuellement l’éradiquer :

« Le fascisme peut, s’il le veut, faire sa paix avec l’Église. Je ferai de même. Pourquoi pas ? Cela ne m’empêchera nullement d’extirper le christianisme de l’Allemagne. Les Italiens, gens naïfs, peuvent être en même temps des païens et des chrétiens. Les Italiens et les Français, ceux qu’on rencontre à la campagne, sont des païens. Leur christianisme est superficiel, reste à l’épiderme. Mais l’Allemand est différent. Il prend les choses au sérieux : il est chrétien ou païen, mais non l’un et l’autre. D’ailleurs, comme Mussolini n’arrivera jamais à faire de ses fascistes des héros, peu importe qu’ils soient païens ou chrétiens. »

Source des huit citations ci-dessus : Hermann Rauschning, Hitler m’a dit, Paris, Hachette, 1995 (1939), pages 91-99. Ces propos furent prononcés en 1933-1934.

Hitler haïssait le christianisme à cause de ses liens avec le judaïsme :

« D’autres enfin, et c’est évidemment le courant dominant, celui auquel Hitler s’associe, se bornent à une critique acerbe du christianisme, conçu comme une religion orientale, déformée sous l’action de Saint Paul, marquée du sceau des Juifs, une religion de dégénérés et de malades, dont la morale, sous le nom de charité, de pitié, de résignation, de pardon des injures, d’amour du prochain, enseigne la faiblesse, la peur, la lâcheté, les scrupules, le déshonneur, s’oppose à toutes les vertus martiales et achemine les peuples à l’esclavage. »

Source : André François-Poncet, Souvenirs d’une ambassade à Berlin de 1931 à 1938, Paris, Flammarion, 1946, page 80.

Un des collaborateurs les plus proches et les plus dévoués d’Hitler considérait le paganisme gréco-romain comme de même valeur que le christianisme :

« Le christianisme et la syphilis avaient rendu l’humanité malheureuse et l’avaient privée de liberté. Quelle différence entre un Zeus souriant bienveillant et sage, et un Christ crucifié et tiraillé par la souffrance ? »

Source : Josef Goebbels citant Arthur Schopenhauer dans son journal intime, le 8 avril 1941. Schopenhauer avait aussi un opinion favorable de l’hindouisme et du bouddhisme.

Hitler croyait que l’Église était une ennemie des Allemands :

« Le germanisme dut ainsi rétrograder lentement, mais sans arrêt, devant cet abus sournois de la religion et faute de toute défense suffisante. […] Les efforts anti-allemands des Habsbourg ne trouvèrent point, surtout parmi le clergé supérieur, l’opposition qui s’imposait, et la défense même des intérêts allemands fut complètement négligée. L’impression générale ne pouvait pas varier : le clergé catholique tel quel causait un brutal préjudice aux droits des Allemands. Il paraissait donc que l’Église non seulement n’était pas de cœur avec le peuple allemand, mais qu’elle se rangeait de la façon la plus injuste aux côtés de ses adversaires. La raison de tout le mal, d’après Schoenerer, résidait dans le fait que la tête de l’Église catholique ne se trouvait point en Allemagne ; et c’était là une cause suffisante de son attitude hostile aux intérêts de notre nation. »

Source : Adolf Hitler, Mon Combat : Mein Kampf, Le Vaumain (Oise), Nouvelles Éditions Latines, 1934 (1924), pages 112-113.

Il n’est donc pas surprenant que cette attitude hostile au christianisme se soit traduite par plusieurs politiques antichrétiennes, notamment en forçant les églises protestantes à inclure une mention d’adhésion aux idées du régime hitlérien dans leurs confessions de foi et en interdisant la publication de tout écrit théologique n’allant pas dans le sens de l’idéologie de l’« Église du Reich ».

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