Notice explicative du Musée virtuel du protestantisme français :
Aux XVIe et XVIIe siècles, les théoriciens désignés comme « ceux qui combattent le gouvernement d’un seul » sont partisans d’une monarchie contractuelle. Ils sont aussi appelés monarchomaques. En France, les monarchomaques sont d’abord des protestants : Théodore de Bèze, Philippe de Mornay, François Hotman, Hubert Languet, etc. Ils déclarent la souveraineté du peuple représenté par les États-Généraux. L’assemblée des États choisit les rois et les magistrats, elle peut les déposer s’ils ont démérité ; elle décide de la paix et de la guerre et fait les lois. Cette monarchie contractuelle annonce la future monarchie constitutionnelle. L’obéissance du peuple est conditionnelle : elle repose sur le respect par le roi de ses promesses. Dans le cas où le souverain est un tyran, la résistance est légitime.
Voici une brève synthèse sur l’impact des monarchomaques dans l’histoire occidentale de la Revue d’histoire de l’Université de Sherbrooke…
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Résistance et révolution politique dans la postérité calvinienne
« C’est le peuple qui établit les rois, qui leur met les sceptres dans les mains, et qui par ses suffrages approuve leur élection. »
— Hubert Languet (1518-1581)
« Christ, not man, is King. »
— Oliver Cromwell (1599-1658)
« Where the Spirit of the Lord is, there is Liberty. »
— Seconde Épître aux Corinthiens (3:17), cité sur une bannière du bicentenaire de la Révolution américaine (1776-1976)
L’année 2009 a marqué le 500e anniversaire de la naissance du réformateur protestant Jean Calvin (1509-1564). Dans le cadre de cette commémoration internationale, des chercheurs se proposent de prendre la pleine mesure de l’influence et des limites de son influence historique au fils des générations et à travers le monde. Tâche gigantesque s’il en est une ! [...] J’aborderai d’abord brièvement la théorie de la résistance aux tyrans dans le contexte des Guerres de religion en France au XVIe siècle. Ensuite, je montrerai la résonance que cette pensée, pleine de potentialités, a trouvée dans trois exemples historiques, soit :
- la Guerre de la Liberté aux Pays-Bas du Nord (1568-1648) ;
- la Guerre civile sous Olivier Cromwell (1642-1649) suivies de la Glorieuse Révolution (1688) en Angleterre ;
- la postérité révolutionnaire calviniste dans la Guerre d’Indépendance américaine (1776).
Dans sa synthèse sur l’histoire du protestantisme, É.G. Léonard a qualifié Calvin de « fondateur d’une civilisation ». À la fin de son premier tome, il soutient une thèse forte : « Il était réservé au Français et au juriste Calvin de créer, plus qu’une théologie nouvelle, un homme nouveau et un monde nouveau. L’homme “réformé” et le monde moderne. » La question est donc lancée : Calvin et ses héritiers ont-ils fondé la civilisation moderne ?
On sait qu’à la suite des travaux de Max Weber, toute une historiographie a tenté de démontrer que l’ethos du travail dans le calvinisme a contribué au développement du capitalisme. Cette interprétation a depuis été nuancée. On laissera donc ici de côté la portée économique de l’éthique calvinienne pour s’intéresser aux rapports qui unissent la réflexion théologique du réformateur et de ses héritiers et leurs prolongements dans la sphère politique appliquée. Ceci mènera, en conclusion, à s’interroger sur l’importance de la religion dans les mutations sociales et au sens qu’il faut donner au terme révolution dans les sociétés d’Ancien Régime (i.e. avant 1789).
La question au cœur de cette réflexion se trouve posée par un passage du Nouveau Testament qui a fait l’objet de nombreux commentaires aux cours des siècles. Dans l’Épître aux Romains (13:1-2), Saint Paul a édicté les normes suivantes concernant l’obéissance des sujets aux autorités politiques :
Que tout homme soit soumis aux autorités qui exercent le pouvoir, car il n’y a d’autorité que par Dieu et celles qui existent sont établies par lui. Ainsi, celui qui s’oppose à l’autorité se rebelle contre l’ordre voulu par Dieu, et les rebelles attireront la condamnation sur eux-mêmes.
[Selon une lecture irréfléchie], l’obéissance aux pouvoirs établis doit être totale. Toute possibilité de révolte est exclue. Or la difficulté à laquelle les protestants furent confrontés était la suivante : quelle obéissance devaient-ils à un roi, à un prince ou à un magistrat qui se comportait en tyran et qui s’opposait à la vraie foi en persécutant ses propres sujets ? Une telle autorité était-elle légitime et approuvée de Dieu ? Plus concrètement, le (la) fidèle devait-il (elle) soumission et obéissance à un tel pouvoir ? La question n’était pas récente. Elle remontait à l’Église primitive, persécutée par les Césars romains dont Dioclétien fut le dernier en date.
La réponse à cette interrogation, au XVIe siècle, connut un développement long, complexe et parfois contradictoire. Calvin et ses coreligionnaires ont, pour la plupart, repris les thèses développées par les juristes et les théologiens luthériens qui furent, avant eux, confrontés au dilemme de l’obéissance à des princes catholiques et à l’empereur Charles Quint qui voulaient abolir la foi nouvelle après la Diète de Spire (1529). Le temps manque ici pour citer les textes des premiers théoriciens de la résistance aux magistrats. Contentons-nous de relever trois étapes importantes dans le traitement de ce problème.
Premièrement, les réformateurs reconnaîtront aux sujets protestants le droit à la désobéissance, droit qui doit être distingué de celui à la résistance active contre le tyran. Ensuite, émerge l’idée d’un droit à la résistance, mais qui exclue derechef toute sédition armée et privée. Dans cette optique, seuls des magistrats dûment institués peuvent s’opposer à des magistrats iniques qui, par leurs comportements, se sont privés de leur devoirs conférés par Dieu. Finalement, sous la pression de luttes antagonistes, apparaît l’idée que la résistance aux tyrans est non seulement un droit, mais un devoir. Le fait intéressant à relever est que les théoriciens réformés ne se limitèrent plus à des arguments tirés des Écritures Saintes, mais qu’ils élargirent leurs investigations à l’histoire gréco-latine et aux chroniques d’histoire médiévale.
Les guerres de religions en France contribuèrent à la radicalisation du discours sur la résistance politique. Après les tentatives d’« accommodements raisonnables » entre les deux confessions religieuses lors du colloque de Poissy en 1561, les tenants d’une réconciliation entre protestants et catholiques durent déchanter. En 1562, éclatait la première des huit guerres civiles qui allaient déchirer le royaume jusqu’à la proclamation de l’Édit de Nantes (1598). Entre ces deux dates, la Saint-Barthélemy (1572) jeta les Huguenots dans une opposition ouverte contre les Valois.
Les développements politico-religieux sur le droit et le devoir de résister trouvèrent un écho à la même époque dans les communautés calvinistes des Pays-Bas, soumis à la domination de Philippe II. Guillaume d’Orange le Taciturne, converti au calvinisme en 1573, justifia sa prise de pouvoir à la tête des Provinces-Unies contre l’Espagne en s’inspirant de la doctrine calviniste des contrats et de la responsabilité représentative. On citera à ce chapitre les lignes célèbres de la Déclaration de l’indépendance hollandaise de 1581 : « Dieu n’a pas créé les peuples esclaves de leurs princes pour obéir à leurs ordres, qu’ils soient bons ou mauvais ; mais plutôt il a créé les princes pour leur sujets. »
Dans les années 1550, des calvinistes anglais et écossais tentèrent aussi de résoudre le problème de la résistance aux autorités de façon satisfaisante. Il s’agit de John Ponet, de Christopher Goodman et de John Knox. Rappelons que depuis la mort d’Henri VIII, le calvinisme avait largement pénétré le gouvernement anglais du jeune Edouard VI sous la régence d’Edward Seymour, duc de Somerset, et de John Dudley, duc de Northumberland. Peu avant, en 1553, Marie Tudor épouse de Philippe II, avait reprit le pouvoir et tenta d’éradiquer le protestantisme par la force. Plus au Nord, Marie d’Écosse, fille de Jacques V et de Marie de Guise-Lorraine, était revenue dans son royaume après treize années passées en France. Cette reine papiste, figure d’intrigues internationales, devint la cible des attaques féroces du terrible Knox. À la mort d’Élisabeth 1ère (1603), Jacques VI d’Écosse (devenu Jacques 1er d’Angleterre), fils de Marie Stuart et de Charles 1er, monta sur le trône pour gouverner une nation divisée politiquement et religieusement. On constate à partir de ce temps, un divorce progressif entre la couronne et le parlement londonien. Les politiques absolutistes des deux premiers souverains Stuarts aboutirent aux guerres religieuses avec Cromwell. Les historiens nomment cette première révolution, qui conduisit à la décapitation de Charles 1er (1549), la Guerre civile, réservant le terme de révolution aux événements de 1688. Avec l’exécution du roi, la résistance protestante franchit l’étape du régicide. On relèvera avec intérêt que l’acte d’accusation porté contre le monarque fut lu « au nom du peuple d’Angleterre ». On reconnaît ici l’affirmation du concept de souveraineté populaire, à l’instar de Déclaration hollandaise de 1581. Avec la Glorious Revolution (1688), le parlement déclara souveraine la fille de Jacques II, Marie, et son époux George d’Orange, mais il leur imposa le Bill of Rights qui consacra la suprématie parlementaire dont l’autorité du roi découlait. Le principe de souveraineté du peuple était désormais acquis en Angleterre… un siècle avant la Révolution française.
L’influence du calvinisme se fit aussi sentir dans la Guerre d’Indépendance américaine. Les principes de la Constitution de 1787 inspireront plusieurs révolutions en Europe et dans le monde. Il est connu que la Déclaration d’Indépendance s’inscrit sous l’adage du « consentement des gouvernés » (consent of the governed), notion qu’on ne saurait plus à cette date séparer de la souveraineté populaire défendue par les calvinistes depuis près de deux siècles. Vers 1776, les presbytériens représentaient 20 % de la population de la Nouvelle-Angleterre, sans compter les baptistes et les congrégationalistes sympathiques aux thèses réformées. Selon Thomas Jones et Joseph Galloway, deux loyalistes exilés, les presbytériens jouèrent un rôle important dans le Congrès Continental. Pour les calvinistes, la Guerre d’Indépendance unissait de façon insécable des éléments politiques et religieux. On ne saurait trop souligner combien le cadre théorique, élaboré notamment par Locke, puis revu et appliqué par de nombreux acteurs, contribua dans la culture populaire au désir de se gouverner eux-mêmes. La Révolution américaine ne saurait donc se comprendre sans référence au puritanisme. La postérité politico-religieuse calvinienne est donc indéniable tout au long de la modernité. Ce qu’il faut retenir, cependant, c’est que le concept du devoir religieux de résistance fut transformé, ultérieurement, en un concept moderne et politique de droit moral à la résistance dont nous sommes aujourd’hui les héritiers.
Tout ceci m’amène à soulever deux questions. Premièrement, la place prépondérante de la religion dans les mutations sociales invite à se demander si les concepts politiques occidentaux ne proviennent pas directement de la théologie ? La question n’est pas naïve et mérite une attention sérieuse. Deuxièmement, quels sens précis faut-il donner au vocable révolution dans les sociétés d’Ancien Régime influencées par le protestantisme réformé ?
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Voici le sceau que Thomas Jefferson (auteur de la Déclaration d’Indépendance puis 3e Président américain de 1801 à 1809) et Benjamin Franklin (ambassadeur en France de 1776 à 1785 puis Gouverneur de la Pennsylvanie de 1785 à 1788) proposèrent pour les États-Unis naissants. Il portait par la sentence « RÉBELLION AUX TYRANS EST OBÉISSANCE À DIEU » :

Arrière-plan : Moïse guidant les Israélites hors d’Égypte. Avant-plan : Pharaon et son armée engouffrés par la Mer Rouge. Au centre : Un pilier de flammes dans un nuage exprime la présence et le commandement divin.

J’ai particulièrement apprécié l’explication de la relation entre la Révolution américaine et les racines calvinistes des théories politiques de l’époque (dont nous sommes héritiers et tenants).
George, tu es reconnu.. j’adore..! j’ai tout lu..!! incroyable
les liens entre la théologie et la politique sont plus que réels en Amérique, et ce que nous retenons, c’est le point de vu des vainqueurs.
un vidéo très intéressant: A Theology of Manifest Destiny
Nous avons déjà parlé de l’identification des Puritains aux Israélites fuyant la servitude pour la Terre promise et confrontant les Amérindiens/Cananéens ici : Qui étaient les Puritains ?
J’ajouterais que ce n’était pas seulement une question théologique, mais aussi de doctrine économique. Les Français avaient gardés l’idée médiévale selon laquelle les territoires appartiennent aux nations/populations en propriété collective inaliénable (ou presque), c’est pourquoi ils ont partagés le territoire avec les Amérindiens avec l’accord de ceux-ci. En contraste, les Anglais avaient développés une mentalité utilitariste selon laquelle si une terre n’était pas dûment habitée et exploitée par ses propriétaires, et que d’autres personnes pourraient mieux faire fructifier cette terre, alors ladite terre devait revenir à ces personnes. C’est pourquoi il était inconcevable pour les Anglais de reconnaître la souveraineté française sur un tiers de l’Amérique du Nord car la plupart de la Nouvelle-France était inhabitée et inexploitée.
Quant à la plainte dans ton vidéo que les conditions de vie sur les réserves amérindiennes qui seraient comme au tiers-monde, hé bien, elles ne sont pas très différentes de celles de leurs ancêtres cannibales qui vivaient en plein Paléolithique à l’arrivée des Européens.
intéressant
… j’aime bien le fait que vous confirmez tout à fait ma thèse que la théologie d’un individu influence énormément sa vision de l’histoire.
j’admire votre fine connaissance de l’histoire pré-coloniale, et l’évacuation que vous faites d’une quelconque association entre le traitement des conquis par les conquérants et les conditions actuelles des conquis, en détournant le sujet et en profiter pour vomir votre mépris de tout ce qui n’est pas votre propre culture que vous idolâtrer.
Tommy, dire que les conditions de vies actuelles des Amérindiens sur leurs réserves sont comparables à celles de leurs ancêtres cannibales paléolithiques est une simple constatation des faits.
Quel est ton point au juste ? Le but de cette page est de faire connaître l’impact du calvinisme sur la culture politique occidentale. Et toi tu viens me pleurnicher le métarécit nouvel-âge, selon lequel les méchants Européens ont volés la Terre-Mère des amérindiens qui vivaient en harmonie holiste avec la nature et dansaient la danse de l’amour cosmique avec la déesse Gaïa. Pas de mutilations génitales, de rapt de populations, de sacrifices humains, de rituels sataniques de torture ? Même si c’était vrai, cela n’invaliderait ni n’altèrerait la thèse présentée plus haut. Si tu est trop pénétré par la culture païenne de notre époque au point de devoir convertir la culpabilité occidentale qui t’a été inculquée par le système progressiste en pseudo-humilité chrétienne, je te conseil vivement de prendre un billet aller-simple pour l’Europe.
En passant, si l’Amérique septentrionale était tellement dépeuplée quand les Européens sont arrivés, c’est car les peuplades amérindiennes avaient un taux de mortalité phénoménalement élevé à cause qu’elles s’entre-détruisaient à une cadence presque jamais égalée par les Européens entre eux :
Source : Before the white man came? War – We’ve deluded ourselves into believing in the myth of the noble and peaceful primitive (Maclean’s)
Quant à la “culture que j’idolâtre”, ce n’est rien d’autre que le christianisme appliqué à toute les sphères de l’existence humaine, concept biblique qui semble te contrarier énormément. Il faut choisir entre la Réformation et la Postmodernité, monsieur.
bien.
ça confirme encore plus.
merci!
désolé de venir “foutre le bordel” sur votre blog.
bonne journée.
p.s. 2 suggestions de lecture: Ellul, La subversion du christianisme, Hauerwas, Resident alliens. Si vous en avez pour moi, n’hésitez pas.
Généralement j’aime bien Jacques Ellul (sans qu’il soit pour moi un maître à penser), mais visiblement pas pour les mêmes raisons que toi. C’est un excellent historien dont j’ai utilisé les ouvrages pour plusieurs de mes dissertations. Dans le livre que tu cites, Ellul s’adonne à l’anti-constantianisme habituel et mal avisé, ce qui est décevant de la part d’un tel homme. Si l’historien chrétien se doit de dénoncer l’ecclésiocratie (qui est incompatible avec la théocratie biblique), il doit au moins baser son analyse sur les bonnes données. D’ailleurs, je ne pense pas qu’Ellul pousse l’anti-constantianisme jusqu’à l’antinomisme comme Hauerwas et toi le faisez. En lui pardonnant cet errement regrettable, je me revendique d’Ellul pour sa défense de l’orthodoxie protestante face aux adeptes de la Postmodernité qui s’acharnent à subvertir l’Église de Dieu. Sur ce point, Ellul en aurait gros à t’apprendre.
“Il faut choisir entre la Réformation et la Postmodernité, monsieur.”
… exactement !
ça me fait penser à l’auteur aux Hébreux qui dit aux chrétiens juifs: “il faut choisir entre le judaïsme et le christianisme”
les chrétiens sont comparables aux chrétiens juifs des premiers siècles… incapables de lâcher leur chrétienté (civilisation chrétienne, christianisme culturel)
me lancer le terme “post-moderne” comme si c’était une tare, c’est comme un chrétien-juifs du premier siècle qui dit à un chrétien grec: espèce de Grec,… en se voulant péjoratif.
voir ici: http://tommyab.wordpress.com/2011/12/12/lethique-chretienne/#comment-1200
Donc tu te revendiques de la Postmodernité contre la Réformation, quelle brillance.
Un exemple très contemporain de prétendu chrétien qui est impieusement attaché à une culture profane qui se prétend sacrée, c’est la mouvance “Emerging Church” dont Tommy Ab est ici le preux représentant.
Le christianisme étant un vecteur de civilisation inégalé, et étant de surcroît une Loi devant régir la culture politique & civique de toutes les nations, les chrétiens qui s’attachent aux doctrines socio-politiques bibliques ne font que ce que Dieu leur commande.
La caractéristique centrale du postmodernisme est le relativisme, ce qui est totalement incompatible avec le christianisme, donc quiconque se revendique du christianisme et qui simultanément baigne dans le postmodernisme/relativisme commet assurément une tare.
paraphrasons …
“Donc tu te revendiques de la Réformation, sans te rendre compte que la réforme est survenue dans un contexte historique et philosophique bien précis, qui est la modernité.
Un exemple très contemporain de prétendu chrétien qui est impieusement attaché à une culture profane qui se prétend sacrée, c’est la mouvance “église d’état” dont beaucoup de chrétiens sont les preux représentants.
…
La caractéristique centrale du modernisme est la croyance en l’objectivité et l’absolu, et la confiance en la raison humaine, ce qui est totalement incompatible avec le christianisme, donc quiconque se revendique du christianisme et qui simultanément baigne dans le modernisme/rationalisme commet assurément une tare.”
… je connais en fait très peu d’églises émergentes, et je sais que pour plusieurs d’entre elles, c’est juste du n’importe quoi.
Mais il faut bien reconnaître que lorsqu’il y a réaction à un ordre des choses, ce n’est pas sans raison, et ce n’est pas particulièrement à priori par mauvaise volonté. La réforme était une réaction au paganisme catholique. Le(s) mouvement(s) émergent(s) (et autres mouvements récents: missional, organiques, house church, etc) sont des réactions souvent légitimes à un ordre de choses qui a 1-soit révélé ses défauts avec le temps 2-n’est plus adapté à la réalité actuelle.
Je ne prône pas une Église étatique, pas plus que Calvin, Bèze et Viret le faisaient.
Il y a une différence entre rationalisme et rationalité. Le premier est élévation de la raison comme principe absolu, le second est l’utilisation de la faculté de réflexion dont le Créateur nous a donné.
Tu ne viendras pas me dire que le christianisme ne dit pas de lui-même qu’il est absolu.
je ne me revendique pas contre la réformation.
je dis simplement que le réforme était une réponse à des problèmes de son époque, et que ce n’est pas en continuant à frapper le même clou que nous arriverons à transmettre l’évangile à nos contemporains.
La Réformation était une réponse biblique à l’idolâtrie collective d’une époque donnée, et l’idolâtrie de notre époque appelle à une même Réformation.
Tout à fait d’accord,
Mais sommes-nous obligé de faire du copié-collé ?
Quand Luther fut confronté au paganisme de l’Église de son temps, il s’est probablement inspiré de ce qui s’était fait avant (ex: les mouvements de “réforme” qui ont eu lieu au Moyen-Âge: les ordres monastiques, Saint-François, Saint-Benoit, etc…), mais a-t-il fait du copié-collé ?
Non.
Il a relu les Écritures, et probablement les Pères de l’Église, en particulier Saint-Augustin, et a pu arrivé à une théologie qui était adaptée aux problèmes auxquels il était confronté.
Notre contexte est immensément différent.
Qu’est-ce que nous “réformons” aujourd’hui en voulant être “réformé” ? Il n’y aucune église à réformer. Nous ne vivons plus dans une société médiévale où tout les citoyens sont baptisés et catholiques
Un autre article à propos du sujet: New Perspective on Paul
@ Tommy Ab : Luther, Mélanchton, Bucer, Farel, Cranmer, etc. n’ont pas redécouverts les Écritures simplement pour “arriver à une théologie qui était adaptée aux problèmes auxquels il était confrontés”, mais pour retrouver la doctrine chrétienne authentique ! Ta façon de voir me semble complètement utilitariste et circonstancialiste. Tu parles comme s’il fallait inventer une nouvelle théologie au fur et à mesure que le monde profane se tord et se détord. Mais non, le contexte socio-culturel ne doit pas dicter la théologie ! Nous pouvons certes construire et approfondir sur les fondements bibliques de la Réformation (Cornelius van Til), mais qu’on ne peut pas les remplacer par d’autres (Brian McLaren).
La réforme fut bien plus qu’un phénomène social… La théologie de la réforme est, à mon avis, indépassable, car elle est l’expression mature du message chrétien. Penser qu’être réformé c’est être nostalgique d’une époque lointaine, c’est ne rien comprendre à la Réforme
@ Pascal…
… de ma perspective de Nord-Américain, les réformés sont souvent des réactionnaires qui s’attache plus à la Réforme qu’à tenter de comprendre les apôtres et le message de Christ. C’est comme si le monde s’était arrêté avec Luther et Calvin, et qu’il n’y avait plus d’amélioration possible de notre compréhension des Écritures. Comme si Dieu n’avait pas fermé le canon avec le Nouveau Testament, mais qu’il avait reparlé avec Luther et Calvin et qu’alors c’était la vraie fin du canon.
(Je fais référence aux débats entre les neo-reformed et ceux de la new perspective on Paul, et entre les neo-reformed et les anabaptistes… voir ces deux articles pour un peu comprendre de quoi je parle:
New Perspective and Reformed Theologies at a Crossroads
Why Neo-Reformed Theology Won’t Jive With Mission
La Nouvelle Perspective sur Paul ne dit pas simplement que nous devons évoluer en reconnaissant que nous sommes dans un contexte différent de celui de la Réforme. Mais la NPP affirme que la compréhension des réformateurs au sujet de la justification était erronée puisqu’elle importait le légalisme de l’Église de Rome dans son interprétation du judaïsme du premier siècle.
E.P. Sanders aurait soi-disant démontré que le judaïsme n’avait pas une sotériologie légaliste, mais plutôt un “nomisme d’alliance”. De ce présupposé, on a relu les épîtres paulinienne en tentant de comprendre ce que Paul entendait en opposant foi et loi ; grâce et oeuvres s’il ne s’en prenait pas au légalisme des judaïsants puisque ceux-ci auraient pratiqué une religion de grâce… La conclusion: Luther n’a rien compris à l’Évangile et nous devons cesser de lire le N.T. au travers de sa conscience.
La NPP a été réfutée par de nombreux spécialistes du N.T. Elle est bien populaire parmi ceux qui veulent réinventer le christianisme (les émergeants), mais son fondement académique est plutôt chancelant. Je ne prétends pas être un spécialiste de la question; mais après avoir fait plusieurs lectures et recherches sur ce sujet dans le cadre d’une dissertation en théologie; je demeure convaincu que la théologie de la Réforme demeure la doctrine indépassable enseignée par les apôtres.
Faites attention Tommy sur quel fondement vous bâtissez!
… J’aimerais bien trouver une sotériologie légaliste dans le judaïsme.
Je lis les Psaumes, et je ne vois rien qui se rapproche de ça.
nous définissons le “salut”, et “la vie éternelle” en terme très éloignés de ce que les juifs (y compris Jésus, les apôtres, Paul) entendaient par ces termes.
voir ici 2 articles qui abordent ce sujet:
http://tommyab.wordpress.com/2011/05/25/lire-avec-des-presupposes-evangeliques-i/
http://tommyab.wordpress.com/2011/05/28/lire-avec-des-presupposes-evangeliques-ii/
Je ne vois pas ce que vous voyez d’incorrect dans les propos de Sanders.
À moins bien sûr que nous prenions pour acquis que les écrits de Luther sont canoniques…
Ce n’est pas le judaïsme scriptural de l’Ancienne Alliance qui est légalise au plan sotériologique, mais le judaïsme talmudique qui n’a pas grand chose à voir avec la doctrine donnée à Moïse par Dieu.
Bonjour,
A la lecture de cet article je reste sur ma faim.
Il y a un beau développement concernant les débuts d’un protestantisme politique qui va justifier la résistance armée aux tyrans, ainsi que les guerres de religions, mais j’attends toujours des appuis bibliques sérieux à cette émergence… N’avez-vous pas plutôt l’impression d’une résurgence talmudique dans un contexte chrétien ? C’est à dire des raisonnements humains qui prennent peu à peu la place qui est due aux Écritures Inspirées et à une Révélation qui donne des convictions personnelles pour lesquelles ont est prêt à donner sa vie, même pour ceux qui nous combattent ?
Car enfin, où est passé l’annonce du Christ concernant l’amour des ennemis qui, à mon avis, caractérise le plus la condition de ses disciples (Luc 6:35) ? Lorsque l’on tire sur ses adversaires au mousquet, qu’on perce leur cœur avec son épée, ou qu’on les brûle pour hérésie, peut-on encore se prétendre légitimement enfant d’un Dieu « qui est bon pour les méchants et les ingrats » ?
Il ne s’agit plus là de dérapages dus à un contexte difficile, et qui serait parfaitement compréhensibles s’ils étaient suivis d’une repentance, mais bien d’une institutionnalisation religieuse abusive de l’usage de la force prétendument appuyée sur la révélation biblique. Les Réformés qui ont brûlé (entre autres) Michel Servet et les sorcières de Salem, ne me semblent pas agir très différemment de ceux qui les combattaient de la même manière anti-évangélique en les envoyant aux galères ou sur les bûchers…
Autant j’ai du respect pour les Réformés historiques, leur courage et la somme de réflexions bibliques qu’ils nous ont léguées, autant je n’arrive pas, pour des raisons scripturaires, à adhérer à cet aspect légaliste et violent que vous développez, et qui ne trouve pas ses fondements dans les Saintes Écritures, mais uniquement dans des raisonnements juridiques humains, liés à un contexte bien particulier.
Jean-Luc B
Bonjour Jean-Luc,
Il est vrai que les deux articles reproduits sur cette page (Musée virtuel du protestantisme et de la Revue d’histoire de l’UdeS) exposent plus les applications historiques concrètes de la théologie de résistance réformée que son fondement proprement théologique. Cela ne veut pas dire que ces motivations théologiques n’existent pas.
“Aimer ses ennemis” ne signifie pas que les chrétiens doivent se laisser vautrer dans le paganisme par les princes d’ici-bas. Nous pouvons prier pour le salut de nos ennemis, mais s’ils dirigent leurs méfaits vers des chrétiens, alors c’est notre devoir de les combattre. Même si Jésus a dit d’aimer ses ennemis et de tendre la joue droite (ce qui est assurément une hyperbole), il n’a pas pour autant commandé aux chrétiens d’être pacifistes. Il n’a pas abolit les magistratures militaires alors qu’il en avait l’occasion parfaite à Capernaüm (Luc 7:1-10). De même, l’apôtre Pierre — divinement inspiré par le Saint-Esprit — n’a pas exigé du centurion Corneille qu’il quitte l’armée avant d’être baptisé à Césarée (Actes 10:30-47) ; c’est une reconnaissance implicite de l’office militaire. Lorsque des légionnaires demandèrent à Jean-Baptiste ce qu’ils devaient faire pour obéir à Dieu, Jean-Baptiste n’a pas exigé qu’ils changent de métier, mais il leur commanda de ne pas commettre d’extorsion ou de fraude et de se contenter de leur solde (Évangile selon Luc 3:14). De surcroît, Jésus a maintenu l’office des juges en Matthieu 5:25-26, une magistrature qui repose sur l’usage de la force armée.
Une fois bibliquement établie la légitimité de la guerre, les chrétiens peuvent se demander si elle peut être utilisée contre les régnants qui persécutent le peuple de Dieu. Pour notre édification, l’histoire sacrée nous livre justement de multiples récits où les serviteurs de Dieu procédèrent au tyrannicide des régnants iniques avec la bénédiction de l’Éternel. Jehojada organisa une révolte contre Athalie et la fit mettre à mort (2 Chroniques 23:14-15). Jéhu exécuta Joram puis fit mettre à mort Achazia et Jézabel (2 Rois 9:24, 27 & 33 ; 2 Chroniques 21-22). Éhud exécuta le roi inique Elgon (Juges 3:15-25). Dans tous ces passages des Saintes Écritures, l’usage de la force armée contre les usurpateurs/tyrans est présenté comme oeuvre d’obéissance à Dieu. C’est notamment sur la base de ces événements de l’histoire biblique que Philippe de Mornay, dans l’ouvrage monarchomaque français le plus aboutit, intitulé De la puissance légitime du prince sur le peuple et du peuple sur le prince, justifiait le régicide.
Je ne suis pas sûr de saisir le sens que vous donnez au terme “légaliste”. Si vous l’utilisez dans le sens du salut par les oeuvres, alors ce qualificatif est erroné, car les réformés historiques dont je me revendique rejettent vivement l’idée papale de justification par les oeuvres. Cependant, si vous l’utilisez dans le sens de Loi donnée par Dieu aux hommes pour la sanctification, dans ce cas, j’y adhère car la doctrine réformée rejette l’antinomisme.
Michel Servait était un anti-chrétien de la pire espèce qui associait la Sainte Trinité à Cerbère, le monstre tricéphale qui garde l’enfer dans la mythologie romaine. Il a cherché le trouble jusqu’à la fin. Personnellement, j’aurais préféré l’expulsion à la peine capitale, mais cela n’aurait pas réglé le problème car Servet avait déjà été condamné à mort dans toute l’Europe et l’entrée lui été clairement interdite dans la cité lémanique.
C’est probablement autant une question de politique intérieure que de politique extérieure qui a poussé le le Consistoire de Genève a se débarrasser d’un hérétique notoire comme Servet. La République de Genève commençait à passer pour un nid de subversion en Europe et ses dirigeants voulaient garder l’image d’une cité respectable. Le bûcher n’est pas un mode d’exécution prescrit par la Bible (c’est d’origine païenne), c’est pourquoi Calvin demanda que Servet soit plutôt pendu ou décapité, mais il n’obtint pas satisfaction. Case closed.
Quant aux prétendues sorcière de Salem au Massachusetts colonial, la Loi du Lévitique, qui exige au minimum deux témoins pour condamner quelqu’un pour sorcellerie, ne fut pas respectée. On ne peut donc pas faire passer cet incident malheureux sur le dos des réformés puritains. Il semble plutôt qu’une lutte de pouvoir locale doublée d’une dose d’hystérie collective soit responsable pour les événements survenus à Salem.
Bonjour Durandal,
Décidément, au delà d’un problème de compréhension théologique, nous devons expliciter nos vocabulaires.
Commençons donc par préciser le sens que nous donnons aux mots. Lorsque je parle de « l’aspect légaliste et violent », il n’est pas question de supprimer toute référence à la loi, mais de bien faire remarquer que l’Écriture nous démontre que le « plaquage extérieur » de règlements, aussi justes soient-ils, n’a jamais changé un cœur. La Nouvelle Alliance est précisément fondé sur un changement de l’emplacement de la loi, qui n’est plus extérieure à l’homme comme dans l’Alliance de la Loi, mais gravée par le doigt de Dieu aux tréfonds de l’être intérieur (Jer. 31:33 – Heb. 8:10), et se manifeste par une dynamique capable de transformer le cœur de ceux qui en font l’expérience. C’est la « loi de Christ » dont nous parle Paul et dont il oppose la dynamique vivifiante à celle de la « loi littérale » que les juifs cherchaient à imposer au Peuple.
Est-il besoin de préciser que depuis l’invention de ce terme par Luther, l’antinomisme est un peu la tarte à la crème et le « point Goldwin » de la plupart des débats chrétiens sur le sens et l’utilité de la loi ? Alors, avant de poser ce terme dans un débat, il me semble préférable de prendre le temps de bien sonder ce que l’autre a voulu dire. Ce qui permettra aux échanges de perdurer un peu plus dans un meilleur esprit…
Pour en revenir au sens de nos échanges, ce que je reproche à cette théologie de la réponse violente aux abus de pouvoir, c’est une grave confusion et un mélange abusif entre l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.
Selon ce qu’en explique Paul, les récits plus ou moins violents de l’Ancien Testament ne sont pas des exemples à suivre littéralement (« selon la lettre »), mais « ils ont été écrits pour nous servir de types », d’exemples spirituels (1 Cor. 10:6 et 11), dans un combat qui n’est plus contre la chair et le sang, mais contre des puissances spirituelles (Eph. 6:12).
Il ne s’agit évidemment pas de « se laisser vautrer dans le paganisme par les princes d’ici-bas », comme tu le laisses entendre, mais de leur apporter une réponse qui soit conforme à l’exemple et aux enseignements du Seigneur. Les chrétiens des premiers siècles l’avaient bien compris en ne se révoltant pas contre le pouvoir abusif des empereurs romains, mais en refusant simplement, au prix de leur vie, d’obéir à leurs ordres injustes. Ils suivaient en cela l’exemple prophétique de Daniel et de ses compagnons, qui avaient déjà compris les enjeux spirituels auxquels ils étaient confrontés.
Effectivement, une simple observation de l’histoire de la diffusion de la Bonne Nouvelle, nous montre que la mise-à-mort des disciples n’a jamais empêché l’Évangile de se répandre, bien au contraire ! Car en pardonnant et en priant pour leurs ennemis au moment de leur martyr, ils faisaient du bien à ceux qui les maltraitaient et les persécutaient et leur donnaient ainsi la possibilité de comprendre la puissance vivifiante de l’amour de Dieu envers eux. Par contre, dès que les chrétiens prenaient les armes pour se battre contre la chair et le sang, une ligne de fracture se mettait en place entre les « bons » et les « méchants » qui entravait l’avance du véritable Évangile. Des lignes de fracture qui ont malheureusement perduré pendant des siècles dans de nombreuses régions du monde. La Parole du Christ reste toujours actuelle :
« Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la trouvera. » (Marc 8:35)
Lorsque la Vie est perdue parce qu’on a voulu la sauver, il reste parfois une bonne théologie, mais la dynamique vivante n’est plus là et ne touche donc plus les cœurs, ce qui ne permet plus de métanoïa, de véritable transformation intérieure. On se trouve alors devant des adhérents à un groupe avec son système de pensée, mais ne se manifeste malheureusement plus en eux la puissance d’une vie impérissable transformée de l’intérieur par l’action de l’Esprit…
Jean-Luc B
@ Jean-Luc B,
Que Dieu, dans sa grâce, mette sa Loi sans le cœur des élus, ne change strictement rien au fait que la Loi demeure socialement normative et qu’elle doit s’appliquer à tous. La Loi n’est pas un truc ésotérique.
L’apôtre Paul donne en effet plusieurs sens au concept de “loi”. Outre cela, vous vous méprenez visiblement sur les caractéristiques de la Nouvelle Alliance. Vous exploitez l’idée d’une loi intériorisée et expérimentale (c’est absolument postmoderne comme lecture), alors que la Loi morale garde toute sa validité socio-politique et son universalité sous la Nouvelle Alliance. Il est réducteur de dire que l’apôtre Paul oppose une “loi intériorisée” à une “loi littérale”. Il critique surtout la loi comme moyen de justification (ce qui n’était même pas une disposition de l’Ancienne Alliance mais plutôt une dérive pharisienne) à la Loi comme moyen de sanctification (ce qui était déjà en vigueur sous l’Ancienne Alliance). La “Loi de Christ” dont parle Paul n’est rien d’autre que… l’immuable Loi de Dieu !
Je n’ai surement pas besoin de vous citer les nombreux passages où Paul réfute l’idée de la loi comme moyen de justification (Romains 3:20 etc.). Or le Nouveau testament affirme aussi la validité de la Loi morale sous la Nouvelle Alliance :
En d’autres occurrences le terme “commandement” est utilisé comme synonyme de “Loi” :
D’où la clarification que fait Paul lui-même : “Nous n’ignorons pas que la Loi est bonne, pourvu qu’on en fasse un usage légitime.” (1 Timothée 1:8) Usage de justification = illégitime ; usage de sanctification = usage légitime prescrit par Dieu.
De même que l’apôtre Paul oppose la Loi divine de sanctification à la loi pharisienne de justification, il différencie entre deux compréhensions de la “loi intérieure” sous la Nouvelle Alliance. L’une est la loi charnelle, la “loi du péché”, tandis que l’autre est la Loi de Dieu que le Saint-Esprit place dans notre cœur (Romains 7:21-25). Donc je conviens qu’il y a bien intériorisation de la Loi morale, mais l’application de la Loi morale ne se limite pas à cette intériorisation individuelle !
Certes, l’apôtre Paul dit aussi “Je ne suis pas moi-même sous la loi” (1 Corinthiens 9:20), mais il ne se réfère pas ici à la Loi morale servant à la sanctification. Dans ce verset et dans d’autres similaires, Paul renvoie soit au faux concept de loi de justification, soit aux dispositions de l’ancienne Loi sacrificielle qui sont abrogées (malgré qu’elles gardent leur valeur morale, le cas échéant), ou soit à la condamnation divine que la Loi morale faisait peser sur les élus jusqu’à leur rachat par le sacrifice de Jésus-Christ sur la croix.
Nous nous entendons que seule l’action du Saint-Esprit peut changer les cœurs. Mais c’est surprenant comment vous niez le rôle de la Loi dans la sanctification des hommes. La Bible dit clairement : “Parce qu’une sentence contre les mauvaises actions ne s’exécute pas promptement, le cœurs des fils de l’homme se remplit en eux du désir de faire le mal.” (Ecclésiaste 8:11) L’action du Saint-Esprit ne se fait pas juste à travers la prédication ministérielle et l’exhortation fraternelle, mais également par l’application civile de la Loi morale. Le caractère public de la Loi morale révèle la sainteté et la justice de Dieu. Même si le « plaquage extérieur » de la Loi morale ne convainc pas tous les gens, il fixe une norme sociale de piété, il freine la dégénérescence sociale et ainsi protège les individus autant que la société.
Les événements survenus sous l’Ancienne Alliance nous servent en effet d’exemples et d’avertissements, comme l’indique 1 Corinthiens 10:6-11. Justement, les exemples que j’ai cités nous instruisent sur l’importance d’éviter que le pouvoir civil tombe sous l’emprise d’idolâtres persécuteurs de l’Église de Dieu, car dans ces circonstances les chrétiens devront entreprendre la mission difficile et risquée (mais non moins noble) de renverser leur gouvernement. APPEAL TO HEAVEN.
Si les chrétiens des trois premiers siècles se révoltèrent tardivement, c’est pour une pratique : ils en avaient rarement les moyens. Cependant, lorsque leur nombre fut devenu assez fort, Dieu suscita un empereur, Constantin le Grand, qui n’était pas sauvé mais que Dieu employa comme son instrument pour faire cesser les persécutions et amorcer la christianisation du droit et des institutions civiles.
Aux marges asiatiques de l’Empire, les chrétiens devinrent majoritaires plus rapidement. L’Osroène, foyer de la culture et de la langue araméenne où le christianisme fut dominant dès le début du IIIe siècle, était un pays-frontière entre les empires romain et perse, autrement dit, pas un royaume pacifique.
Les chrétiens d’Arménie prirent victorieusement les armes contre le césar persécuteur Maximin Daïa en 311 (Defending Constentine, p. 265). Plus tard, les chrétiens d’Arménie ainsi que de Géorgie (Iberia et Lazika sur la carte) se soulevèrent avec succès contre la tyrannie zoroastrienne de l’Empire perse 481-482.
Je pourrais élaborer là-dessus mais ça suffira. Je pense que vous pouvez oubliez le mythe des “premiers chrétiens pacifistes”. Il n’y a jamais eu de consensus pacifiste dans l’Église.
Vous dites que “la mise-à-mort des disciples n’a jamais empêché l’Évangile de se répandre, bien au contraire”. Ce mythe de l’Église “persécutée mais prospère” est fascinant. Allez lire le cas du duché de Ferrare au XVIe siècle où les protestants n’entreprirent pas d’actions militaires et où ils furent néanmoins exterminés. Pleins d’autres exemples pourraient être cités.
Votre interprétation pacifiste d’Éphésiens 6:12 ne rend pas compte d’une réalité que j’ai déjà exposée : Dieu institue des magistrats civils et militaires pour et châtier les malfaiteurs, ministère qui est évidemment incompatible avec le pacifisme irresponsable et imprévoyant que vous prônez. Alors soit la Parole de Dieu se contredit, soit votre interprétation pacifiste est erronée. Je penche pour la seconde option.
Sincèrement Jean-Luc B, je n’ai pas créé ce blogue pour en faire le lieu de ce type de débat. Vous répondre me prend un temps fou, et je crois que les quelques dizaines de personnes qui fréquentent ce blogue le font précisément parce qu’ils sont lassés de la naïveté piétiste qui imbibe le milieu franco-protestant. Je n’ai pas envie de poursuivre cette discussion.