Le texte suivant est une sélection d’extraits du troisième chapitre de l’ouvrage Le jour des petits recommencements — Essai sur l’actualité de la Parole (Évangile-Loi) de Dieu (Lausanne, Éditions L’Âge d’Homme, 1996, 275 pages) du professeur & pasteur Pierre Courthial (doyen honoraire de la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence) intitulé L’humanisme défait par la Loi de Dieu.
Alliance : Évangile et Loi
Une perspective sommaire et générale permet de décrire l’Alliance [entre Dieu et le peuple de Dieu] en deux points : Évangile et Loi. À chacune de ses étapes historiques (Adam, Noé, Abraham, Moïse, David, le Christ Jésus), l’Alliance comporte toujours, dans leur distinction mais sans séparation, Évangile et Loi. En fait, l’Alliance ne peut être entendue, comprise, reçue, que dans la conjonction, en elle, de l’Évangile et de la Loi. Conjonction aussi indissociable que sont indissociables l’avers et l’envers d’une médaille. Au reste, l’Évangile se rapporte à la Loi, comme la Loi se rapporte à l’Évangile. Inévitablement.
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Si le mot "Évangile" (en grec euaggelion) ne se trouve que dans la Tradition apostolique, la réalité "Évangile" est déjà sous-jacente à tout le Tanak [Bible hébraïque]. Et si le mot "Loi" (en hébreu Torah, en grec Nomos) caractérise surtout le Tanak (même dans la Tradition apostolique), la réalité "Loi" est encore sous-jacente à toute la Tradition apostolique. Il est juste de dire que, de A à Z, le traité allianciel ne cesse d’épeler, de raconter, de découvrir, dans leur rapport intime, profond, ce que sont ces deux inséparables : l’Évangile et la Loi de Dieu.
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Autre détail de vocabulaire à noter : le mot biblique "Loi" (Torah, Nomos) a un sens autrement prégnant qu’en français. S’il comprend les sens d’ordonnances, de commandements, de règles, d’interdictions, d’injonctions ou de directives, il comprend aussi, plus généralement, le sens de Droit ;
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Contra – Mais, ont dit et disent certains : l’Écriture Sainte (en particulier par Saint Paul) n’oppose-t-elle pas l’Évangile à la Loi ?
Respondeo – Pas du tout ! La seule opposition qu’expose l’Écriture Sainte (en particulier par Saint Paul) est entre :
- Ceux qui osent se servir de la Loi [...] pour s’auto-justifier [prétendre se sauver soi-même], et
- Ceux qui savent, par la Parole de Dieu, qu’il est impossible de s’appuyer sur la Loi et les oeuvres de la Loi pour, prétendument, se justifier, et qu’il n’y a de justification possible qu’en Christ, et par la foi en Lui.
L’exemple et l’enseignement inspiré par Dieu de Saint Paul sont clairs et nets à cet égard. Saint Paul, ci-devant Saul de Tarse, raconte, témoigne et déclare :
- Quand j’étais Saul de Tarse, je me reposais sur la Loi et m’en glorifiais, alors même (je le sais maintenant) que je transgressais la Loi comme tous les hommes (Romains 2:17 et 2-3) [...] je recherchais, et croyais avoir trouvé, comme beaucoup de mes compatriotes, Pharisiens et scribes en tête, une justice [moyen salvifique] provenant de la Loi, des œuvres de la Loi ; et je pensais que la Loi, les œuvres de la Loi, permettaient aux hommes, et d’abord aux Juifs, d’établir, d’assurer, leur propre justice [salut spirituel] (Romains 10:3).
- Mais, devenu Paul après avoir rencontré Jésus-Christ (que je persécutais en persécutant son Église), sur la route de Damas, j’ai été définitivement dégagé, libéré, de la Loi soi-disant justificatrice [salvatrice], et du régime ancien de la lettre qui tue, pour servir le régime nouveau de l’Esprit (Romains 7:6) ; ainsi, j’ai cessé d’être sous la Loi pour passer sous la grâce (Romains 6:15), sachant désormais que la Justice, la justification [le salut], vient par la foi (Romains 9:30 et 10:6), par grâce (Romains 10:4), en Christ, le Saint — [qui fut] maudit à ma place, à notre place (Galates 3:13), alors qu’il avait, Lui, parfaitement obéi à la Loi (Romains 5:19).
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Le mouvement théonomique contemporain
C’est à partir de cet Évangile, et en rapport avec cet Évangile du salut par grâce, par le moyen de la foi [...], que la Loi démontre et développe tout son contenu de sens, non pas pour la justification des hommes, mais pour leur commencement et recommencement d’obéissance reconnaissante au Dieu trinitaire, l’unique Sauveur, qui veut et doit être aussi l’unique Seigneur. Par droit de Création et par droit de Rédemption. Par la puissance efficace de sa grâce vivifiante et sanctificatrice.
Aux quatre dogmes fondamentaux de la Foi ecclésiale catholique (= fidèle à toute l’Écriture), le dogme trinitaire et le dogme christique définis aux premiers siècles, puis le dogme sotérique [relatif au salut] et le dogme scriptural définis au XVIe siècle, va devoir s’ajouter, dans l’avenir, un cinquième dogme fondamental : le dogme sur la Loi (Nomos) de Dieu (Theos), le dogme "théonomique".
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Si, chez les Pères des premiers siècles et les Docteurs médiévaux, la doctrine théonomique ne pouvait pas encore être vraiment et nettement développée, le dogme sotérique de la justification n’ayant pas encore été défini comme il le sera lors de la Réformation, cependant l’idée théonomique, imposée intérieurement par la Sainte Écriture, a toujours été présente et active dans l’Église et dans la société christianisée. C’est ainsi, pour ne prendre que trois exemple :
- Que l’empereur romain Justinien Ier (482-565) introduisit des éléments de la Loi biblique dans le Corpus Juris Civilis (le "Code Civil" byzantin), notamment au sujet du mariage, et que l’interprétation des lois romaines anciennes retenues fut renouvelée dans un sens biblique ;
- Que sous le roi Alfred le Grand (849-899), plusieurs lois bibliques furent adaptées au Droit anglais ; voir The Institutes of Biblical Law de Rousas John Rushdoony (The Craig Press, 1973, p. 786-787),avec cette remarque de l’auteur qu’« en raison de leur ignorance de la Loi biblique, bien des historiens ne le remarquent pas" ;
- Que "le système féodal a été fort influencé par l’idée biblique de l’alliance. Le terme même féodal a la même racine que le mot latin foedus = alliance. Voir l’article de Jean-Marc Berthoud intitulé "Social Contract Tradition and the Autonomy of Politics" (Calvinism Today, Vol 1, No 1, 1991, p. 14). Dans cet article, citant l’ouvrage de Régine Pernoud sur Aliénor d’Aquitaine, Jean-Marc Berthoud remarque que le serment féodal plaçait les liens sociaux sous l’autorité d’un pouvoir moral souverain [Dieu] et leur faisait partager la qualité sacrée de l’alliance conjugale.
Parmi les Réformateurs, c’est le Suisse Pierre Viret (1511-1571) qui, au XVIe siècle, mieux que Calvin peut-être, et mieux que Luther sûrement, a esquissé avec vigueur la doctrine théonomique, en particulier dans son maître-ouvrage : Instruction chrétienne en la doctrine de la Loi et de l’Évangile (Genève, 1564 ; deux volumes seulement ont paru sur les trois projetés). [...] Depuis la parution, en 1973, de The Institutes of Biblical Law (La Doctrine de la Loi — ou du Droit — biblique) par Rousas John Rushdoony, suivie de celle, en 1976, de Theonomy in Christian Ethics (La théonomie dans l’éthique chrétienne) par Greg L. Bahnsen, des savants Réformés confessants, de plusieurs pays, n’ont cessé de s’intéresser à la théonomie tandis que d’autres (ou les mêmes !) en cherchaient et mettaient en œuvre des applications.
De la connaissance du bien et du mal
Si Dieu n’était pas, il n’y aurait ni vrai ni faux, ni bien ni mal. C’est de Dieu seul, et précisément en ne portant pas la main, comme un voleur, sur l’arbre qui lui était alors interdit, que l’homme pouvait apprendre et connaître le bien et le mal. Autrement dit : la Parole de Dieu est la seule source de la morale et du droit.
C’est lors de la chute qu’a été insidieusement proposée à l’homme une autre source à côté et à l’opposé de la seule source de la morale et du droit. Et cette autre source-mirage, nous savons par la parole de Dieu quel en a été, quel en est toujours, l’indicateur, l’instigateur [Satan]. Et s’il y a eu chute, c’est parce que l’homme révolté, en Adam, a cédé à l’instigateur, et a préféré l’autre source à la seule source.
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L’Église, et en particulier l’Église représentative, quand elle met en avant la "raison", la "nature" et un quelconque droit ou une quelconque morale naturels, croit pouvoir établir un no man’s land, un territoire neutre et commun, intermédiaire entre la vraie Foi et les fausses fois, où pourraient hypothétiquement se trouver ensemble et à l’aise, dans la "paix" (?), tous les hommes ; en réalité, ce faisant, l’Église déserte le combat des deux Cités, et en bloque beaucoup dans la Babel, la Babylone d’en bas, au lieu de les amener, vaincus, à rejoindre le Christ Sauveur-Seigneur dans la Jérusalem d’en haut.
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D’Adam à Noé, à Abraham, à Moïse, à Jésus-Christ, et jusqu’à la fin du monde, la seule vraie connaissance du bien et du mal, du juste et de l’injuste, n’est venue, ne vient et ne viendra que de l’écoute fidèle de la Parole de Dieu, en apprenant et re-apprenant sans cesse, en sondant, en scrutant, et en commençant et re-commençant à vivre, par la foi, l’Évangile et la Loi révélés.
Le bien et le mal ne sont des réalités définies, décrites, que par le Dieu de l’Alliance dans son Traité d’Alliance qu’est la Sainte Écriture. Par nul autre ! Et nulle part ailleurs ! Et l’Église catholique [universelle], mater et magistra, se doit à elle-même, doit à tout homme, en tout temps et en tout lieu, et d’abord et surtout doit à Dieu, de dire et redire cela tranquillement, fermement, avec persévérance et patience, sous peine de n’être plus "sel de la terre", "lumière du monde", "colonne et appui de la Vérité". L’Église ne pourrait que mourir — et pas seulement de honte ! — du pacte qu’elle croirait pouvoir conclure avec l’humanisme du dehors et du dedans. En choisissant la synthèse plutôt que l’antithèse, en voulant ne faire qu’une Cité des deux Cités, l’Église trahirait sa mission, et, du même coup, trahirait les hommes auxquels elle doit communiquer la Parole de vérité et de salut, et trahirait son Seigneur et Époux Jésus-Christ.
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[S'insère ici la partie La théonomie face à l'autonomie humaniste.]
L’extension de la Loi de Dieu
La Loi de Dieu n’a jamais été confinée au seul peuple saint. Déjà, aux étapes adamique et noachique de l’Alliance, avant l’existence d’Israël, tous les hommes étaient concernés par la Loi (les lois) de Dieu ; avant ou après la chute :
- Au sujet du mariage (Genèse 2:24 et 3:16).
- Au sujet du travail (Genèse 2:15 et 3:19).
- Au sujet du repos (Genèse 2:1-3).
- Et surtout, au sujet de la culture et de la place éminente de l’homme dans la création — sous l’autorité de Dieu, bien sûr (Genèse 1:28, 2:15 et 9:1).
[...]
Les Nations étrangères ont toujours été tenues responsables, par le Seigneur, devant la Loi : venant de parler de Canaan (à propos de l’inceste, de l’adultère et de l’homosexualité en Lévitique 18:1-23), le Seigneur dit à Israël (Lévitique 18:24-25, 27 et 30) :
Ne vous souillez par aucune de ces pratiques, car c’est par toutes ces choses que se sont souillées les nations que je chasse devant vous ; le pays en a été souillé ; je suis intervenu contre sa faute, et le pays a vomi ses habitants… Ce sont là les horreurs qu’ont commises les hommes du pays qui y ont été avant vous, et le pays en a été souillé… Vous ne pratiquerez aucun des horribles principes qui se pratiquaient avant vous.
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Il y a bien aussi continuité entre Israël et les Nations, car les normes morales (personnelles et sociales) de la Loi de Dieu sont pour tous, et donc les mêmes pour Israël et les Nations : Dieu n’a pas deux Lois morales différentes ; l’une pour Israël, l’autre pour les Nations.
Ce qu’affirme la théonomie, suivant la Sainte Écriture, c’est que la Loi morale révélée par Dieu à Israël, peuple allianciel, est normative pour tous les hommes et toutes les Nations.
Greg L. Bahnsen, parlant de la Loi mosaïque comme norme morale unique pour Israël et les Nations, dit avec justesse que
l’évidence en est apportée par les exemples bibliques de Sodome, de Ninive, de l’expulsion des Cananéens, des intentions de David, de la louange d’Artaxerxès par Esdras, de l’expérience de Daniel à Babylone, des prophéties contre les Nations, de la littérature sapientiale, de l’homme impie (anomos = sans-loi), du témoignage de Paul devant ses juges, de Romains 13, etc.
C’est par l’unique et même Loi morale de Dieu que tous les hommes sont justement condamnés (Romains 1 à 3) et que toutes les nations ont un seul modèle, un seul exemple, à suivre (Deutéronome 4:68). Dieu seul, en son Écriture, a souverainement défini et décrit, une fois pour toutes, les fondements de la morale et du Droit. Nous sommes tous responsables devant la même Loi, la même Norme objective et souveraine, que Dieu a révélée (…) Cette Norme est Sainte parce que Dieu est saint ; et elle ne change pas car elle reflète le caractère immuable de Dieu.
Le maintien intégral de la Loi morale
Si quelques réformés piétistes n’ont cru, ou ne croient, devoir garder, à l’extrême, que les lois dites morales, réduites parfois au seul Décalogue, et ont rejeté, ou rejettent, tant les lois dites cérémonielles que les lois dites judiciaires (ou politiques), sans plus, les théonomistes (qui ont eu d’illustres prédécesseurs, comme Pierre Viret, au départ de la Réformation) — et pas seulement ceux qui se disent tels — enseignent qu’il faut garder la Loi morale révélée à Israël en son entier, intégralement, avec ses exemples casuistiques, y compris les lois sociopolitiques (les lois dites judiciaires) qu’elle énonce et que si les lois dites cérémonielles — en fait, les lois sacrificielles et sacramentelles et les lois sur le pur et l’impur, de l’Église ancienne ne doivent plus être directement et littéralement appliquées, elles doivent garder néanmoins une autorité indirecte et typique qu’il ne faut aucunement éliminer. En cela, la théonomie suit fidèlement le Christ et son Écriture.
Jésus a nettement dit :
Ne pensez pas que je sois venu détruire (abroger, supprimer) la Loi et les Prophètes ; je ne suis pas venu détruire mais accomplir. En effet, je vous le dis, c’est la vérité : jusqu’à ce que passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i, de la Loi ne passera jusqu’à ce que tout soit arrivé. Dès lors, celui qui viole un seul des commandements, même des plus petits, et enseignera aux autres à faire de même, sera appelé plus petit dans le Royaume des cieux ; celui qui les pratiquera et les enseignera, celui-là sera appelé grand dans le Royaume des cieux (Matthieu 5: 17-20).
La Tradition apostolique (= le Nouveau Testament !) ordonne d’abandonner (et ne permet d’abandonner que) le sens direct et littéral des "lois sur le pur et l’impur" et des "lois sacrificielles et sacramentelles" du service ancien (cf. entre autres, pour les premières : Actes 10:10 à 11:10, Éphésiens 2:11-20 ; pour les secondes : Hébreux 1 à 10). Écrivant peu avant 70 — année cruciale de la destruction du Temple de Jérusalem et du jugement terrible du Christ sur une génération méchante, adultère, pécheresse et perverse, l’auteur des Hébreux dit que "ce qui est ancien est vieilli, tout près de disparaître" (8:13). Mais le même auteur rappelle aussi qu’avec le Tabernacle, le Sanctuaire , les objets et les sacrifices du culte ancien, nous avons des "représentations" (hypodeigmata = images, répliques, copies) des réalités célestes" (9:23-24). De même, en 2 Corinthiens 6:14 à 7:1, et Romains 12:1, Saint Paul nous enseigne que "les lois sur le pur et l’impur", auxquelles il faut joindre sans doute les Lois interdisant de mêler deux espèces de semences, d’animaux ou de fibres (par ex. Deutéronome 22:9-11), ont encore beaucoup à nous dire et à nous révéler (dans la recherche scientifique notamment), à nous qui sommes sous le nouveau régime allianciel, qui sommes le "Temple du Dieu vivant", qui ne devons "pas former avec les infidèles un attelage disparate" mais "offrir nos corps comme un sacrifice vivant", ce qui est notre culte logique (= notre culte selon le Logos, selon la Parole incarnée et écrite) ; mais alors, nous devons entendre et vivre ces lois séparatrices en un sens désormais indirect et typique (Sur ce point, lire les chapitres 1 à 8 de The Shadow of Christ in the Law of Moses de Vern Sheridan Poythress).
Je note encore que la distinction nécessaire entre lois morales et lois sacrificielles est confirmée, s’il en est encore besoin, par l’affirmation divine : "Je veux l’amour fidèle (en hébreu hèsèd) et non le sacrifice" (Osée 6:6).
Il faut inclure dans les lois sacrificielles et sacramentelles, les lois concernant les purifications, aussi bien des hommes que des femmes (cf. par exemple Lévitique 15, 18:19, 20:18 et Nombres 19:11-22) ou celles des femmes après la naissance d’un enfant (cf. Lévitique 12).
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Les lois casuistiques
Quant aux lois casuistiques, nombreuses dans la Torah, elles constituent pour nous, dans la nouvelle disposition de l’Alliance, des exemples normatifs d’application de la Loi morale de Dieu en des situations et circonstances historiques et culturelles nouvelles [1]. Ainsi devons-nous écouter, et chercher à suivre fidèlement, dans l’obéissance, aussi bien les principes généraux (qui vont bien au-delà du seul Décalogue, mais qui sont condensés dans celui-ci, comme lui-même est condensé dans le sommaire de la Loi : Deutéronome 6:5, Lévitique 19:18, Matthieu 22:34-40)de la Loi morale de Dieu que les exemples de leur application qui nous sont aussi révélés [2]. La casuistique a besoin d’être restaurée, réformée, sans cesse mise à jour, dans la fidélité à la Sainte Écriture.
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La restauration du sens de la Loi de Dieu, jusqu’en sa casuistique, va puissamment contribuer à la défaite indispensable de l’humanisme qui infeste aujourd’hui l’Église et les chrétiens. La catéchèse, la prédication et le témoignage chrétiens cesseront, en effet, d’être pervertis par l’enseignement et la proclamation, à la Marcion, d’une Parole de Dieu, d’un Évangile, amputés de l’indispensable Loi de Dieu avec ses commandements, ses exemples et ses avertissements.
Les "pasteurs et docteurs" devenus a-nomistes (sans Loi) ou anti-nomistes (contre la Loi), sous prétexte de fidélité à l’Évangile, sous prétexte de s’en tenir au "salut par grâce par le moyen de la foi", ou bien se convertiront (feront demi-tour), ou bien devront quitter leur ministère devenu insupportable à leur Église redevenue fidèle.
Il ne sera plus question de parler de lois mythiques ("inventions", par exemple, du nomadisme primitif) que contiendrait l’Écriture ; ou de lois dépassées, n’ayant eu de sens qu’en des époques révolues de l’histoire "progressive" de l’humanité ; et encore moins de lois à rejeter, à biffer, à annuler, parce qu’attentatoires à la modernité ou aux "droits de l’homme".
Les lois judiciaires et politiques
Nous en venons à la question, importante pour la théonomie, des lois dites judiciaires, politiques, qui concernent le domaine du Droit, privé ou public, au sens large ; lois qui touchent au social, au politique, à l’économie, et à la pénologie et décrivent, définissent, tant les normes de la vie sociopolitique que les sanctions, les suites, positives ou négatives, qui s’ensuivent.
Sur ce point, la théonomie se heurte non seulement aux humanistes, du dehors ou du dedans, mais, en l’Église, au piétisme qui, sans le vouloir, contribue au développement de la maladie humaniste en lui abandonnant des secteurs entiers de l’existence. Au long des siècles, et notamment depuis le XVIIIe siècle, le piétisme n’a cessé de limiter la portée et l’autorité de la Parole, de la Loi, de Dieu à la vie personnelle et familiale, au culte, et à l’Église isolée du monde et s’en retranchant [...].
En minimisant la Loi morale de Dieu, en la restreignant, en s’opposant à son extension à tous les domaines qui constituent la majeure partie de la vie des hommes ici-bas, [...] les piétistes abandonnent, de fait, tout le reste — ce qui fait beaucoup ! — aux volontés humaines (ou démoniaques ?), maîtresses alors du terrain. Ils [les piétistes] deviennent complices de l’humanisme qui profite de leur réserve, de leur abstention, volontaire, pour l’emporter.
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À l’opposé, d’autres "chrétiens", malades de l’humanisme, chercheront bien à s’engager, à militer, dans les domaines de l’existence socio- (ou économico-) politiques etc., mais pour suivre alors, non la Loi de Dieu concernant ces domaines mais les idéologies (idol-ogies) humanistes et leurs lois [on peut penser aux nombreux "protestants" français adeptes du socialisme].
Piétistes ou militants humanistes se rejoignent alors au moins sur ce point : Dieu, dans ces domaines, n’a rien dit, n’a rien à dire, n’a rien voulu dire. On comprend ainsi pourquoi toute église, malade de l’humanisme, ou bien prend le parti, à son tour, de ne rien dire ; ou bien, quand elle croit devoir dire quelque chose, s’aligne sur les idées ou opinions humaines majoritaires et/ou à la mode, véhiculées par les médias. À la limite, en ces domaines, on "se réfère" à Dieu, au Christ, à la Bible, sur tel ou tel point "choisi" et qui "plaît" ;
[...]
Défaisant les diverses formes que prend l’humanisme, la théonomie, au sens fort de Loi de Dieu, est seule à définir et décrire ce que sont le bien et le mal, ce que sont la justice et l’injustice, ce que sont les divers gouvernements d’institution divine [gouvernement familial, ecclésial et civil], quelles sont les normes établies par Dieu pour tous les divers domaines de la vie des hommes ; et ce, avec le nombre d’exemples d’application de la Loi qui doivent être fidèlement transposés dans les circonstances actuelles. La difficulté de cette recherche d’obéissance, de commencement d’obéissance, ne doit jamais détourner de cette recherche ; la difficulté n’est d’ailleurs pas du côté de la Loi, mais de notre côté, en raison de tout ce qui reste en nous de péché, de penchant vers l’autonomie, de résistance à céder à Celui qui, avec et par sa Loi — toujours accompagnée, inséparablement, de son Évangile — nous enveloppe et pénètre de sa miséricorde, et de la force et douceur de sa grâce.
La Tradition apostolique, à maintes reprises, rappelle et souligne l’autorité indéfectible des lois judiciaires (= sociopolitiques) de la Torah et du Tanak, par exemple :
- Sur la famille en Matthieu 15:4-6, cf. Exode 20:12 et 21:17.
- Sur l’inceste en 1 Corinthiens 5:1, cf. Lévitique 18:8, Deutéronome 27:20 et Amos 2:7.
- Sur l’homosexualitéen 1 Corinthiens 6:10, Romains 1:26-27 et 32, cf. Genèse 1:27-28, 2:18 et 23-24, 5:2-19, Lévitique 18:22, 20:13.
- Sur les rapports avec les prochains [...] en Matthieu 5:44, Romains 12:19-20, cf. Exode 23:4-5, Job 31:29, Proverbes 25:21-22, etc.
A fortiori, même si la Tradition apostolique ne le rappelle pas, les lois judiciaires concernant les immigrants, les étrangers dans la communauté d’Israël [l'Église] gardent leur autorité normative ; ni plus ni moins que les autres.
Nous avons d’ailleurs déjà vu que la Torah interdit de retrancher quoi que ce soit à la Loi morale, exemplaire pour toutes les nations, donnée par le ministère de Moïse (Deutéronome 4:2 et 5-8).
En ce qui concerne le gouvernement civil — pour simplifier, disons, l’État — sa forme, [...] qu’elle soit démocratique, oligarchique ou monarchique, est bien secondaire par rapport à la soumission au Droit défini par la Parole de Dieu :
- Ou bien la théonomie ; ou bien l’humanisme de quelque prétendue autonomie ;
- Ou bien un État légal, c’est-à-dire un État de Droit, cherchant à gouverner un territoire donné conformément à la Loi de Dieu (au sens biblique donc, des mots légal et Droit), un État selon Romains 13:16 ; ou bien un État selon Apocalypse 13, un État de tendance arbitraire et totalitaire mettant sa propre Loi à égalité avec (ou au dessus de) la Loi de Dieu ;
- Ou bien un État qui reconnaît les limites de son pouvoir et de son domaine, et dont les mains portent les marques théonomes (Deutéronome 6:8) ; ou bien un État qui, en tous domaines, impose ses propres marques autonomes sur les mains de tous les citoyens (Apocalypse 13:16-17)
- Ou bien un État exerçant sa légitime autorité dans le domaine précis que Dieu lui a confié, et comme une diaconie (= une charge, un service, cf. Romains 13:4) afin que ceux qui font le bien soient approuvés et protégés et que les malfaiteurs soient jugés et condamnés, selon la Loi de Dieu, car ce n’est pas en vain que les autorités en place portent le glaive qui manifeste, quand il le faut, la juste colère de Dieu (toujours Romains 13) ; ou bien l’État tyrannique de la Bête (toujours Apocalypse 13).
Avec le développement de l’humanisme, cette religion antichrétienne et antinomiste (= opposée à la Loi de Dieu, à la Sainte Écriture), et sa croissante infiltration contaminante dans l’Église [...] le pouvoir de l’État, de l’État-Providence, de l’État divinisé, n’a cessé de croître. Et cette totalitarisation de l’État, vrai retour au paganisme humaniste de l’Antiquité ou des temps pré-chrétiens, tend à s’exacerber au point que sur plusieurs importantes questions éthiques qui se posent aux plus grands savants dans leurs recherches, comme aux plus ordinaires des hommes dans leur vie quotidienne, fuse aujourd’hui l’effrayante interrogation : "Quelles lois doivent gouverner : celles de Dieu ? ou celles de l’État ? [Faux dilemme : les lois de l'État doivent être les lois de Dieu ! Et si les lois de l'État contreviennent aux lois de Dieu, alors se sont des lois illégitimes.]
[...]
Notes
- Pour prendre un exemple élémentaire, facile, Moïse nous dit, en Deutéronome 22:8 "Si tu bâtis une maison neuve, tu feras une balustrade autour de ton toit afin de ne pas mettre du sang sur ta maison, dans le cas où il en tomberait quelqu’un." Nous avons là un exemple normatif casuistique d’application du commandement "Tune commettras pas de meurtre." Si nos maisons, aujourd’hui, n’ont pas souvent un toit plat servant de terrasse pour nos hôtes, ce commandement nous enseigne que nous avons la responsabilité morale de protéger ceux-ci jusque dans l’aménagement de nos demeures, contre les risques qu’ils viendraient à courir du fait de notre négligence (…) Sur les lois casuistiques, cf. By This Standard : The Authority of God’s Law Today, de Bahnsen, p. 137-138 et 317-318.
- Gary NORTH, Tools of Dominion : The Case Laws of Exodus, Tyler, 1990, 1280 p. North signale deux anciens traités réformés du XVIIe siècle : A Christian Directory (Un répertoire chrétien) de Richard Baxter (1673), qui cherche, dit ce dernier, "à résoudre des cas de conscience pratiques" ; et A Complete Body of Divinty (Un traité complet de théologie) de Samuel Willard (1726, œuvre posthume car mort en 1717). Cf. aussi les volumes I et II de The Institutes of Biblical Law de Rousas John Rushdoony (1973 et 1982).